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Full text of "Dictionnaire de théologie approprié au mouvement intellectuel de la seconde moitié du XIXe siècle par l'abbé le Noir. Volume 3"

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DICTIONNAIRE 



LE 



THÉOLOGIE. 



TOME TROISIÈME 



GLE-DIF 




BIBLIOTHEQUE 
SAINTE | 



GENFVIEVE 







PARIS. — IMPRIMERIE PIERRE LAROUSSE 

49, RCE SOTHE-DAME-DES-CHAMPS, 4» 



BERGIER 



DICTIONNAIRE 

DE THÉOLOGIE 

APPROPRIÉ AU MOUVEMENT INTELLECTUEL 

DE LA SECONDE MOITIÉ DU XIX e SIÈCLE 



L'ABBÉ LE NOIR 



TOME TROISIEME. 

CLE-DIF 







PARIS, 

LIBRAIRIE DE LOUIS VITES, ÉDITEUR. 



RUE DELAMBBE, 43. 



1873. 



LE 



DICTIONNAIRE THÉOLOGIQUE 



DE BERGIER 



APPROPRIÉ AU MOUVEMENT INTELLECTUEL 



DE LA SECONDE MOITIE DU XIX e SIÈCLE. 



CLÉMENT D'ALEXANDRIE. (Théol. 
hist. biog.) Dans la seconde moitié du 
second siècle de l'ère chrétienne, un 
jeune philosophe voyageait, par 
amour de la science, comme autrefois 
Platon, dont il était le disciple et 
l'admirateur. Il avait déjà parcouru 
la Grèce, pays de sa naissance, l'Ita- 
lie, l'Asie Mineure, la Syrie et la Pa- 
lestine, mettant partout en pratique 
la règle qu'il s'était imposée de ne se 
livrer exclusivement à aucune secte, 
mais de choisir dans tous les systè- 
mes ce qui lui paraîtrait raisonnable. 

Parvenu à Alexandrie, il s'empressa, 
selon sa coutume, d'aller entendre 
les leçons des savants qui professaient 
dans cette ville, célèbre alors par sa 
bibliothèque, par ses musées, et par 
les écoles dephilosophiequi ont gardé 
son nom. Il y en avait un, nommé 
Pantène, pédagogue fameux, mais 
en même temps chrétien, que l'évè- 
ique avait chargé de faire un cours 
d'instruction religieuse aux cathécu- 
mènes. Notre jeune philosophe de- 
vint son disciple assidu, il l'écouta 
avec autant d'admiration que d'inté- 
rêt, et conçut pour ce nouveau So- 
crate une vénération qu'il garda 
toute sa vie. Il disait qu'il avait eu 
beaucoup d'excellents maîtres, mais 
III. 



(suite) 

que celui-là les avait tous surpassés. 

C'est qu'il avait trouvé dans la pa- 
roledusage Pantènece qu'il cherchait 
avec sincérité, aveepassion, la vérité. 
A ses explications, il vit les erreurs 
de l'idolâtrie, son âme s'éclaira des 
lumières de la foi, et sa raison fut 
satisfaite. Il sentit la supériorité de 
la théologie chrétienne sur toutes les 
sciences profanes, éprouva le besoin 
d'en étudier sérieusement les mystè- 
res, en comprit l'importance pour le 
bonheur de l'homme, et, sans renon- 
cer aux autres connaissances, lit de 
celle-là sa première étude ; « car, di- 
sait-il, la vertu est le plus précieux 
des biens, et cette théologie n'a d'au- 
tre but que celui de perfectionner 
la vie par toutes les vertus. » 

Il perdit son maître. L'évêque Dé- 
métrius envoya Pantène, en qualité 
de missionnaire, jusques dans les In- 
des. Mais alors le jeune philosophe 
était devenu un chrétien si édifiant 
par les mœurs et si fort par la science, 
Cjue l'évêque ne balança pas à lui con- 
fier la chaire des catéchèses devenue 
vacante par le départ du maître. Il 
surpassa ce maître lui-même dans la 
charge de catéchiste, devint célèbre, 
et forma des disciples, au nombre des- 
quels s'en trouva un que Dieu desti- 

1 



•: 



CLE 

liait à plus de célébrité qu'aucun 
autre et qui fut le grand Origène. 

Il fut ordonné prêtre dans les pre- 
mières années du règne de Sévère, 
et continua de tenir son école. Mais 
l'empereur, ayant, selon l'habitude 
des Césars, ordonné une persécution 
dans la seconde année du troisième 
siècle, notre pédagogne fut obligé de 
fermer son école, il erra dans divers 
pays, enseignant toujours. L'histoire 
le retrouve à Jérusalem entouré de 
nombreux auditeurs, puisa Antioche, 
et enfin le voit revenir à Alexandrie 
et y mourir vers la fin du règne de 
Caracalla. 

Saint Jérôme l'a appelé le plus sa- 
vant des écrivains ecclésiastiques, et 
tous les anciens auteurs ont célébré 
la sainteté de sa vie. Plusieurs de ses 
ouvrages sont parvenus jusqu'à nous ; 
ils sont d'une grande étendue philo- 
sophique, et juslilieni tous les éloges 
qu'il a reçus de la part des Pères de 
l'Église. 

La bonne foi, là droiture d'inten- 
tion, la franchise furent la vertu dis- 
tinctive de ce grand homme ; il ne s'en 
tint pas à pratiquer cette vertu rela- 
tivement à lui-même, comme nous 
l'avons raconté lors de ses premières 
relations avec le sage Pantène, dont 
la doctrine sainte et raisonnable 
trouva en lui un admirateur franc et 
un cœur ouvert; il ne cessa jamais 
d'en user à l'égard des autres, aussi 
bien à l'égard des philosophes païens 
ses premiers maîtres, qu'à l'égard 
des chrétiens. Accepter le vrai, le 
juste, le bon, de quelque part qu'il 
vienne continua d'èlre, jusqu'à la 
fin de sa vie, sa règle intellectuelle 
et morale. Il appliqua même cette 
théorie à sou enseignement, à sa 
prédication évangélique, et à l'ins- 
truction des catéchumènes; sa mé- 
thode consistait à faire briller d'a- 
bord, à leurs yeux, les bons principes 
de la philosophie profane, à leur 
faire aimer la morale naturelle, à 
éclairer leur raison par degrés, et à 
l'élever petit à petit, des vérités phi- 
losophiques, aux régions sublimes 
de l'enseignement chrétien. 

La loyauté et la franchise sont les 
seules armes que puisse accepter la 
vraie religion; elle exige qu'on en 



2 CLE 

use, sans partialité aucune, à l'égard 
de ses ennemis eux-mêmes ; notre pé- 
dagogne comprenait l'importance de 
ce principe pour le succès, et sa belle 
âme ne pouvait, d'ailleurs, en prati- 
quer d'autre. Aussi fut-il grand devant 
Dieu et devant les hommes, et heu- 
reux dans sa culture du champ évan- 
gélique. 

Cet homme aussi saint que savant 
fut un des Pères et docteurs de l'É-j 
glise, et l'un des plus rapprochés des 
apôtres selon l'ordre des- temps. Il 
se nommait Titus-Flavius Clément, et 
est connu sous le nom de Clément d'A- 
lexandrie, dit saint dans quelques 
églises. 

Il vajêtrè question de ses ouvrages, 
dans les deux articles suivants. Le N oir 

CLÉMENT D'ALEXANDRIE, philo- 
sophe éclectique, ou qui n'était atta- 
ché à aucune secte, fut disciple et 
successeur de Pantliène dans l'école 
d'Alexandrie ; il y eut pour auditeurs 
Origène et Alexandre, évêque-de Jé- 
rusalem, et mourut au commence- 
ment du troisième siècle. La meilleure 
édition de ses ouvrages est celle qu'à 
donnée Potter, à Oxford, en 1715, 
in-folio. Elle a été réimprimée à Ve- 
nise en 1758. 

Comme il nous apprend lui-même 
qu'il avait vu et entendu les succes- 
seurs immédiats des apôtr a s, Sfront., 
liv. 1, pag. 322. ses écrit:, méritent la 
plus grande atterOon. Dans Swi Ex- 
hortation aux Gentils, il s'est proposa 
de faire sentir l'absurdité de l'ido- 
lâtrie, des fables du pagjcavsme, de 
ce qu'en ont dit les philosophes e'; 
les poètes. Ses Stromates, ou tapisse- 
ries, sont un mélange de la doctrine 
des philosophes comparée à celle de 
l'Evangile. Dans le traité intitulé : 
Quel riche sera sauvé? il montre qu'il 
n'est pas nécessaire de renoncer aux 
richesses pour être sauvé, pourvu 
que l'on en fasse un bon usage. Le 
Pédagogue est un traité de morale, 
dans lequel on voit la manière dont 
les chrétiens fervents vivaient dans 
ces premiers temps. Il avait écrit plu- 
sieurs autres ouvrages, desquels il ne 
resle que des fragments. 

Clément d'Alexandrie est un des 
Pères de l'Eglise contre lesquels les 



CLE 



CLE 



critiques anciens et modernes ont 
montré le plus d'humeur. Ils ont dit, 
non-seulement que ses ou\ rages sont 
sans ordre, son style négligé, ses rai- 
sonnements vagues et obscurs, ses 
explications de l'Ecriture sainte sou- 
vent fausses, ses maximes de morale 
outrées, mais que sa doctrine n'est 
rien moins qu'orthodoxe. 

Scultet, Daillé, Le Clerc, Mosheim, 
Brucker, Semler, Barbeyrae, ont ré- 
pétéàpeu près les mêmes reproches, 
cl se sontplu à exagérer les méprises 
vraies ou apparentes de ce docteur 
vénérable; nos incrédules modernes 
u'ont fait que copiertous ces censeurs 
protestants. 

Nous convenons que ce Père est 
souvent obscur, qu'il est difficile de 
prendre le vrai sens de ce qu'il dit ; 
mais les philosophes qu'il copie ou 
qu'il réfute n'étaient pas eux-mêmes 
fort clairs. Quiconque cependant se 
donnera lapeine de le lire, sera frappé 
de l'étendue de son érudition, des 
grandes idées qu'il avait conçues de 
la miséricorde divine, de l'efficacité de 
la rédemption, de la sainteté à la- 
quelle un chrétien doit tendre. Il a 
jugé les païens, qu'il connaissait très- 
bien, aveemoins de sévérité quen'ont 
fait plusieurs autres ['ères; mais il n'a 
dissimulé ni loin s erreur* ni leurs vices. 
Photius l'accuse d'avoir enseigné 
des erreurs monstrueuses dans ses 
livres des Hj/i othyposes, que nous n'a- 
vons [dus; mais peut-on en croire 
Photius, lorsqu'on trouve une doctrine 
contraire dans les ouvrages de Clé- 
ment qui nous restent? Quelques an- 
ciens ont pensé que les hérétiques 
avaient altéré plusieurs de ses ouvra- 
ges; Photius a pu être trompé par un 
exemplaire ainsi falsifié. Eusèbe, saint 
Jérôme, saint Epiphane, saint Cyrille, 
Théodoret, etc., tous capables d'en 
juger, ont rendu pleine justice au 
mérite de Clément. 

Mais les critiques modernes n'ont 
pas été aussi équitables; plusieurs 
l'ont accusé d'à oir dit, en termes 
formels, quoDieu e.-i corporel. Strom., 
liv. ci, c. 14, il a dit le contraire. Se- 
lon Clément, les stoïciens disent que 
Dieu, aussi bien que l'âme, est une 
nature composée de corps et d'esprit; 
vous trouverez cela, dit-il, dans nos 



Ecritures" ; mais il ajoute que les stoï- 
ciens en ont mal pris lesens. En effet, 
les stoïciens concevaient Dieu comme 
l'âme du monde ; selon ce système, 
D eu était revêtu d'un corps aussi 
bien que l'âme humaine ; mais, con- 
tinue Clément, nous ne disons pas 
comme eux que Dieu pénètre ton Le 
la nature ; nous disons qu'il est créa- 
teur de la nature par son Verbe. 11 
réfute ensuite Aristote et des antres 
philosophes qui admettaient deux 
principes, l'esprit et la matière ; il 
dit que Platon n'en admettait qu'un, 
que cette matière imaginaire a été 
forgée sur ce qui est dit dans l'Ecri- 
ture : La terre était sans forme et sans 
ordre, etc. 

Dans son Exhortation aux Gentils, 
c. 4, p. 35, il enseigne que « la seule 
» volonté de Dieu est la création du 
» monde ; qu'il a tout fait seul, parce 
» qu'il est seul vrai Dieu; que sa vo- 
» lonlé seule opère, et que l'effet suit 
» son seul vouloir. » Il n'est pus pos- 
sible d'attribuer à Dieu, d'une manière 
plus énergique, le pouvoir créateur : 
or, ce pouvoir ne peut convenir qu'à 
impur esprit. Comme Platon, il n'ad- 
met qu'un seul premier principe de 
toutes choses, qui est l'esprit. Il dit 
ailleurs, Pxdag., 1. 1, c. S, p. 140, 
que Dieu est un et au-dt sshs del'unité ; 
cela serait faux s'il était corporel. 

Le Clerc, dansson ArtcrUique, tome 
3, p. 12, s'est néanmoins obstiné à 
soutenir que Clément d'Alexandrie a. 
supposé l'éternité de lamatière, puis- 
qu'il n'a pas réfuté formellement Pla- 
ton et les autres philosophes qui ad- 
mettaient une matière éternelle. 
Mais il n'a pas non plus réfuté for- 
mellement Heraclite, qui soutenait 
l'éternité du monde; s'ensuit-il que 
Clément a été dans la même, erreur ? 

Qu'il ait ou n'ait pas admis les idées 
éternelles de Platon, qu'il ait même 
prétendu que ce philosophe les avait 
prises dans Moïse, il ne s'ensuit lien ; 
celle opinion n'entraîne aucune con- 
séquence contraire au dogme du 
Christianisme. 

Lorsqu'il appelle l'âme de l'homme 
l'esprit corporel, il entend l'esprit re- 
vêtu d'un corps humain, et. non une 
matière subtile, comme Bayle, Beau- 
sobre, d'Aryens et leurs copistes af- 






CLE 

fectent de l'entendre. Dès qu'un au- 
teur s'est une fois expliqué, il est 
absurde d'argumenter contre lui sur 
un mot. 

Une autre injustice de la part de 
Le Clerc, est de vouloir persuader 
que Clément d'Alexandrie ne s'est pas 
exprimé d'une manière orthodoxe sur 
la divinité du Verbe ; ce Père a été 
vengé par Bullus, Defens. fidHNicxn., 
sect. 2, cap. 6; et par Bossuet, sixiè- 
me avert. aux Protest., n° 79. 

Ce même critique fait grand bruit 
de ce que Clément et plusieurs autres 
Pères, trompés par la version des 
Septante, ontcruque lesanges avaient 
eu commerce avec les filles des 
hommes, et avaient engendré des 
géants : nous convenons du fait, et 
nous ne voyons pas ce que cette er- 
reur a pu avoir de si dangereux. Voy. 
Ange. 

D'autres ont dit que Clément n'a- 
vait pas admis le péché originel. Non- 
seulement il l'admet, mais il le prouve 
parles paroles de Job, c. 14, f 4 et H, 
selon les Septante : Personne n'est 
exempt de souillure, quand il n'aurait 
vécu qu'un seul jour. Selon lui lorsque 
David a dit : J'ai été conçu dans l'ini- 
quité et formé en péché dans le sein de 
ma mere,Ps. 50, f 5, il parlait d'Eve 
dans un sens prophétique. Strom., 
liv. 3, c. 16, p. 556, 557. Mais il s'é- 
lève contre ceux qui concluaient de 
là que la procréation des enfants est 
un péché, et qui condamnaient le ma- 
riage. 

Un reproche plus grave que lui 
fait Barbeyrac, est d'avoir très-mal 
enseigné la morale. Après avoir 
donné, à sa manière, un extrait du 
Pédagogue de Clément d'Alexandrie, 
il lui reproche : 1° d'avoir écrit avec 
peu d'ordre, et de n'avoir pas fait de 
la morale un système méthodique. 
Lorsqu'on nous aura fait voir quelles 
nouvelles vertus ont fait éclore parmi 
nous les systèmes méthodiques de 
morale enfantés par les philosophes 
modernes, quels vices ils ont corri- 
gés, nous consentirons à reconnaître 
le tort des Pères de l'Eglise, et nous 
regretterons que Jésus-Christ et les 
apôtres n'aient pas fait eux-mêmes 
des traités méthodiques et raisonnes 
pour sanctilier les mœurs. 



4 CLE 

2° Barbeyrac dit que Clément d'A- 
lexandrie n'a point parlé des devoirs 
qui regardent Dieu directement. Ce- 
pendant ce Père a souvent insisté 
dans ses ouvrages sur la nécessité 
d'adorer Dieu en esprit et en vérité, 
comme faisaient les chrétiens, de 
croire à sa parole, d'être reconnais- 
sants de ses bienfaits, résignés aux 
ordres de sa providence, soumis aux 
lois qu'il nous a prescrites dans l'E- 
vangile. Il nous parait que ces de- 
voirs regardent Dieu très-directe- 
ment. 

3° Selon ce même censeur, Clément 
a voulu inspirer aux chrétiens l'apa- 
thie des stoïciens, a voulu qu' un gnos- 
tique, c'est-à-dire, un parfait chré- 
tien, fût exempt de passion. Lorsqu'on 
veut en juger avec un peu d'équité, 
on reconnaît que ce Père exige seu- 
lement qu'un chrétien réprime si 
exactement ses passions, qu'il ne pa- 
raisse plus en avoir. Quand sur ce 
sujet il aurait répété quelqu'une des 
expressions dont se servaient les stoï- 
ciens, il ne faudrait pas en conclure, 
comme fait Barbeyrac, que Clément a. 
pensé comme eux, puisque souvent il 
combat leurs maximes. 

4° Un autre critique a dit que ce 
Père exhortait les chrétiens au mar- 
tyre par l'exemple des anciens païens 
qui se donnaient la mort. C'est une 
calomnie. Clément dit au contraire 
que ceux qui cherchent la mort ne 
connaissent pas Dieu, et n'ont rien 
de chrétien que le nom ; il taxe de 
témérité celui qui s'expose au dan- 
ger sans nécessité; il dit qu'en se 
présentant aux juges il se rend cou- 
pable de meurtre, et contribue, autant 
qu'il est en lui, à l'injustice des per- 
sécuteurs; que s'il les irrite, il est 
dans le même cas que celui qui pro- 
voquerait un animal féroce. Strom., 
liv. 4, no 4 et 10, p. 571, 597. Bar- 
beyrac lui fait encore un crime de 
cette décision, et soutient que Clé- 
ment la prouve par de mauvaises rai- 
sons. 

5 U Enfln.il assure et s'efforce de prou- 
ver que ce Père a voulu justifier l'idolâ- 
trie des païens. Dans le passage qu'à 
cité Barbeyrac, Clément dit seulement 
que, selon l'intention de Dieu, c'était 
pour les païens un moindre mal d'ado- 



CLE 

rer le soleil et la lune que d'être sans 
divinité, ou d'èti'e entièrement athées ; 
puisque leur vénération pour les as- 
tres devait les conduire à la connais- 
sance du Créateur. Mais il ajoute, 
qu'à moins qu'ils ne se soient repen- 
tis, ils sont condamnés, les uns, parce 
que pouvant croire en Dieu, ils ne 
l'ont pas voulu ; les autres, parce que, 
quoiqu'ils le voulussent, ils n'out pas 
fait tous leurs ellbrts pour devenir 
fidèles. Strom., liv. 6, c. 14, p. 795, 
796. 

Après avoir reconnu que les expres- 
sions de Clément d'Alexandrie sont 
souvent obscures, il y a de l'impru- 
dence à vouloir juger de ses senti- 
ments par un seul passage. 

6° D'autres lui ont fait un crime 
d'avoir cru le salut des païens ver- 
tueux, et d'avoir ainsi frayé le che- 
min au pélagianisme. Pour disculper 
ce Père, il suffit de comparer son 
sentiment à celui de Pelage. Cet hé- 
rétique soutenait qu'un païen pouvait 
être sauvé sans grâce, par le mérite 
des vertus qu'il pratiquait par les 
seules forces de la nature. 11 faisait 
consister toute la grâce de la rédemp- 
tion en ce que Jésus-Christ nous a 
donné des leçons et des exemples de 
vertu ; dans cette hypothèse, il est clair 
qu'un païen qui ne connaît pas Jé- 
sus-Christ, n'en reçoit aucune grâce. 
Si donc il était sauvé, il le serait sans 
que Jésus- Christ eût aucune part à 
son salut. Voilà ce que saint Augus- 
tin n'a cessé de reprocher aux péla- 
giens. « Comment, dit-il, celui qui 
» ose promettre le salut à quelqu'un 
» sans Jésus-Christ, peut-il espérer 
» lui-même d'être sauvé par Jésus- 
» Christ?» Serm. 294, c. 4, n° 4. 

Est-ce là le sentiment de Clément 
d'Alexandrie? Il dit que le Verbe de 
Dieu prend soin de toutes les créatu- 
res, et fait l'office de médecin de la 
nature humaine. Psedag., liv. 1, c. 2, 
pag. 101. Selon Pelage, la nature hu- 
maine n'avait pas besoin de médecin, 
puisqu'elle n'est pas malade. Dans les 
Stromates, liv. 6, c. 13, p. 793, Clé- 
ment enseigne qu'il n'y a qu'un seul 
testament de salut qui nous vient 
d'un seul Dieu par un seul Seigneur, 
mais qui opère son effet de différen- 
tes manières. Il n'admet donc pas un 



i CLE 

salut sans Jésus-Christ. Il dit que 
Dieu, seul tout-puissant et bon, a 
voulu de siècle en siècle donner le 
salut par son Fils, liv. 7, c. 2, p. 831 
et suiv., etc. Pour trouver là du pé- 
lagianisme, il faut supposer, comme 
les pélagiens, que Jésus- Christ ne 
donne point de grâce à ceux qui ne 
le connaissent pas; c'est une erreur 
que jamais les Pères n'ont admise, 
qu'ils ont même combattue de toutes 
leurs forces; en enseignant le con- 
traire, ils ont réfuté les pélagiens d'a- 
vance. 

Il nous a paru d'autant plus néces- 
saire de justifier Clément d'Alexan- 
drie, que les reproches qui lui ont été 
faits par les protestants, sont regar- 
dés par nos critiques incréd ules co m me 
des objections sans réplique et des 
décisions irréfragables. Le père Bat- 
tus en a démontré la fausseté dans sa 
Défense des saints Pères accusés de pla- 
tonisme, liv. 4, etc. BEnGiEn. 

CLÉMENT D'ALEXANDRIE (les ou- 
vrages de). (Thëol. hist. bibliog.) — 
L'arlicle de Bergier qu'on vient de 
lire est insuffisant relativement à l'im- 
portance qu'on doit attacher à un au- 
teur aussi ancien que Clément d'Alex- 
andrie ; nous le complétons par l'ana- 
lyse raisonnée qu'a donnée de ses 
travaux M. Fessier dans le Dict. Ën- 
cycl. de la théol. cathol. 

« Il n'est parvenu jusqu'à nous, des 
nombreux écrits de Clément, que 
quatre ouvrages complets : 

1° V Exhortation aux Gentils (Aoyoç 

itporpMraxdç -rrpdç °EX>.T|Votç ) , Exhortatio 
ad ûentes ; 

2° Le Pédagogue [à nw.Sayu^^Paida- 
g'ogus; 

3° Les Stromates (stpujjuxte';). 

Ces troissont liés les uns aux autres; 

4° les riches •peuvent-ils être sauves ? 
kk à cruÇônEvoç (Aoiimoî, quis clives sa- 
lutem consequi possit) 

« Clément part de cette conviction : 
le Logos, l'éternelle Vérité, le Verbe 
du Père éclaire tout homme venant 
en ce monde ; cependant le rayon do 
cette lumière supérieure se brise, s'af- 
faiblit et s'obscurcit dans chaque 
homme, suivant ses dispositions, sui- 
vant sa capacité, suivant sa récepti- 
vité. Le Christ, le Fris de Dieu fait 



CLE 

homme, est le soleil levant de l'huma- 
nité , en qui réside la plénitude de la 
vérité, tandis que l'on n'en trouve que 
des rayons épars dans les anciens phi- 
losophes (1). Si ces philosophes, Pla- 
ton et d'antres, ont proclamé beau- 
coup de vérités, ils les ont puisées 
dans les sources de la révélation di- 
vine. Ce que Dieu a révélé parle Verbe 
dans l'Ancien et le Nouveau Testa- 
ment, ce qu'il a confié en dépôt à sa 
sainte Église, c'est là l'unique et com- 
plète vérité, vérité qu'il faut concevoir 
avec une foi vivante, à laquelle se rap- 
portent toute science et toute sagesse, 
et qui engendre l'amour, perfection 
et consommation de la foi et de la 

science. 

« Or, ces vérités traditionnelles, dis- 
séminées, comme des rayons épars, 
dans l'antiquité païenne (2), Clément 
entreprit de les réunir et de les con- 
centrer dans un système général, et, 
en s'appropriant ainsi la forme domi- 
nante de la philosophie éclectique 
alors en faveur (3), il prépara les es- 
prits à reconnaître le vide et la vanité 
du paganisme, dépouillé de ce qui ne 
lui appartient pas, et à admettre le 
Christianisme, éternelle source de la 
vérité de tous les temps. Quant aux 
gnostiques, il les fit connaître tels 
qu'ils étaient, dévoila leurs principes, 
stigmatisa leur pratique, opposa à 
leur folie superbel'humble et profonde 
sagesse de l'Évangile, à leur morale 
décevante le sublime idéal du Chré- 
tien. 

« Tel est le plan de sa trilogie 
scientifique. C'est le Logos lui-même, 
qui, dans son premier ouvrage, ex- 
horte les païens à reconnaître et à 
abandonner les erreurs du poly- 
théisme ; qui, dans le second ouvrage, 
entreprend leur éducation morale, et, 
dans le troisième, leur fait entrevoir 
la vérité sous toutes sortes déformes 
et d'images mystérieuses. 

« Dans l'Exhortation aux païens, 
qui ne forme qu'un livre, Clément ex- 
pose l'origine du polythéisme et mon- 
tre la folie de la mythologie helléni- 
que, de l'idolâtrie égyptienne, la fu- 



(1) Strom., 1, 15. 

(2) Cohort,, c. 6. 

(3) Slrom., 1, 7. 



CLE 

tilité et l'ignominie des mystères 
païens, la vanité du naturalisme et les 
profonds égarements du panthéisme 
philosophique (I). Après avoir ébranlé 
ainsi le paganisme dans ses bases, il 
exhorte les païens à s'élever des créa- 
tures au Créateur, qu'ont reconnu d'a- 
vance lesplus grands d'entre les philo- 
sophes et les poètes de l'antiquité 
grecque, qu'ont pré lit les sibylles pro- 
phétesses du paganisme, qu'ont clai- 
rement annoncé les voyants del'Anciea 
Testament, qui, hérauts au Dieu .ni- 
que, ont en même temps montré aux 
hommes la voie du salut, c'est-à-dire 
le Christianisme, proclamant le Dieu 
trois fois saint, son Verbe incarné et 
l'Église fondée par lui pour perpétuer 
son œuvre parmi les hommes, Il les 
encourage à embrasser la foi chré- 
tienne en leur mettant devant les yeux 
l'amour de Dieu pour le genre hu- 
main, tel qu'il se manifeste dans l'œu- 
vre de la Rédemption, ainsi que la 
justice divine atteignant les impies; 
il réfute l'objection vulgaire qu'on ne 
peut facilement renoncer aux coutu- 
mes de ses pères, et fait un magnifi- 
que tableau de tous les avantages que 
le Christianisme offre aux hommes (2). 
« Son second ouvrage, lePédagogue, 
renferme trois livres destinés à l'é- 
ducation morale des païens. Avant 
que l'homme, plongé dans la fange 
de la sensualité, puisse reconnaître 
la lumière de la vérité et l'aimer, il 
faut qu'il ait commencé par écouter 
la voix de sa conscience. L'homme 
moralement pur est seul capable de 
recevoir la vérité de la foi ; celui-là 
seul qui entend la voix intérieure de 
Dieu et lui obéit est disposé à admettre 
la voix de Dieu dans sa révélation 
extérieure et positive. Le véritable 
éducateur de l'humanité est le Verbe, 
Jésus-Christ, l'Homme - Dieu , qui 
comme Dieu est libre de tout péché, 
et dans son amour pour nos âmes 
nous remet nos péchés, nous fortifie 
de sa vertu, et qui, comme homme, 
nous instruit, nous encourage et nous 
propose son exemple. Ce divin édu- 
cateur, à qui Dieu a confié tous les 
hommes, mais surtout ceux qui sont 



m c. -15. 

(2) C. 6-12. 



CLE 

baptisés, qui, dès l'origine, à travers 
tout l'Ancien Testament, a veillé sur 
l'éducation de la race humaine, le 
maître et le parfait modèle deJ'hu- 
manité, possède toutes les qualités 
nécessaires pour parfaire cette édu- 
cation, la prudence, la bienveillance, 
la sincérité. L'idéal auquel il veut 
élever l'homme est sa ressemblance 
avec Dieu (I). 

« Dans les deux livres suivants 
Clément donne les prescriptions spé- 
ciales concernant l'âme, le corps, les 
choses extérieures, en rappelant sans 
cesse les tristes mœurs et les odieux 
abus de la vie païenne. Il ramène 
aux principes du Christianisme le 
boire et le manger, les repas et les 
récréations, le sommeil, le mariage, 
la chasteté, le vêtement, la beauté 
physique. Il blâme fortement le luxe 
et enseigne le véritable usage des 
richesses. II recommande énergique- 
ment la connaissance de soi-même, 
l'abnégation, le véritable amour de 
Dieu et du prochain, sommaire de 

tous les devoirs (2) 

« Les Stromntes ou Tapis forment 
sept livres, car on peut considérer 
comme peu authentique, le huitième 
livre. Dans cet ouvrage, dont le num 
provient de la variété des matières, 
Clément commence à exposer les vé- 
rités du Christianisme en les voilant 
toutefois de façon que les initiés seuls 
puissent les reconnaître, tandis que. 
lesnon-initiésnepeuventles discerner 
dans leur enveloppe mystérieuse (3). 
On le considère comme une prépara- 
tion à l'exposition proprement dite 
du Christianisme; car Clément n'y 
conduit qu'aux portes de 1 Église, et 
il déclare à la lin du septième livre 
qu'il exposera le reste d'un autre point 
de vue. La philosophie accordée à 
l'homme par la Providence divine le 
mène à la sagesse, qui n'est autre 
chose que la éritahle connaissance 
des choses divines et humaines. Cette 
philosophie, qui servait aux Grecs de 
moyens de salut, est toujours une 
science préparatoire utile à ceux qui, 
arrivés à un degré supérieur d'ms- 

(t) Lib. i. 

(?.) Lib. u et m. 

(2) Strom., I, i, 2, 12; IV, 1 ; VI, I ; VII, VB. 



i CLE 

traction et de civilisation, doivent 
être menés à la foi par des démons- 
tralions humaines. La foi nécessaire 
au salut est celle qu'on accorde à la 
la vérité éternelle elle-même, celle 
qui opère par la charité, et qui, par 
cette activité dans la charité, s'assi- 
mile la science humaine. Or, la phi- 
losophie, la philosophie vraie, qu'il 
faut soigneusement distinguer de la 
fausse philosophie (de la sophistique 1 , 
s'identifie avec la vérité, caria vérité 
est une ; elle se trouve partiellement 
soit chez les anciens Grecs, soit chez 
les philosophes non grecs ic'est-à-dire 
chez les Hébreux), c'est-à-dire chez ces 
peuples que les Grecs nommaient 
barbares, chez lesquels, d'après leurs 
propres aveux , ils cherchèrent la 
sagesse, florissantepanni les Hébreux 
bien avant l'ère philosophique de la 
Grèce, et dont les docteurs, tels que 
Moïse, Salomon, Daniel, furent in- 
contestablement les maîtres de la 
sagesse hellénique (I). 

« Dans le second livre Clément 
démontre ce que les Grecs ont em- 
prunté aux Juifs, savoir : la doctrine 
de la foi, de l'espérance et de la 
charité, de la pénitence et de la vraie 
crainte de Dieu, ainsi que celle de la 
prudence, do la justice, de la force, 
qui donne à l'homme le courage de 
supporter patiemment les soutirances 
de cette vie et surtout d'affronter fe 
martyre, enfin la contiuence, base de 
toutes les vertus. 

« Mais comme les gnostiques ensei- 
gnaient des erreurs dangereuses au 
sujet de la continence et de l'obliga- 
tion du martyre, Clément prouve 
contre eux que la continence est le 
devoir du Chrétien et de l'homme en 
général, mais que le mariage et la 
génération ne doivent en aucun cas 
être considérés comme illicites, et il 
expose longuement en quoi durèrent 
la continence recommandée par les 
philosophes et celle qu'exige le Chris- 
tianisme (2;. Il étahlitde même l'excel- 
lence du martyre, le Chrétien ne de- 
vant craindre ni la mort, ni les souf- 
frances, qui, considérées à la vraie 
lumière de l'Évangile, ne peuvent être 



m Lib. i. 

(2 Lib. III. 



n 






CLE 

appelées un malheur réel, puisque 
le Christ lui-même eu a fait l'éloge 
et que c'est par elles que l'homme 
peut déployer sa force et prouver l'a- 
mour qu'il a pour Dieu. Il continue 
en résolvant l'intéressante question 
de savoir si le Chrétien, qui possède 
dans la foi la chose suprême et in- 
dispensable, doit s'inquiéter d'une 
science plus haute frvûmç) (1), et dans 
quelle mesure la foi permet au Chré- 
tien des investigations scientifiques 
ou le libre examen 

« Dans les deux derniers livres (2) 
il fait ta description la plus brillante 
du Chrétien parfait, ou, comme il l'ap- 
pelle, du vrai gnostique. Il montre 
quelles doivent être la nature et les 
qualités de sa foi, sur quelles bases 
elle repose, comment elle ennoblit 
toutes les branches de la science hu- 
maine, comment elle peut servir au 
but le plus élevé, comment elle se dé- 
veloppe et devient la science parfaite 
de la vérité révélée (r™"<;) ; comment 
il faut qu'elle pénètre et anime tout 
l'homme, non-seulement sa pensée, 
mais sa parole, mais son action, mais 
sa vie entière, pour les transformer 
et leur donner un sens, et enfin com- 
ment cette foi, dans sa pureté et sa 
perfection, ne se trouve que dans l'É- 
glise catholique. 

« Du reste, ses Stromates, malgré les 
choses magnifiques qu'elles renfer- 
ment, nesontpas exemptes d'erreurs. 
La principale parait consister dans 
son opinion sur le péché originel, 
qu'il ne comprend pas d'une manière 
assez nette ; d'où la part trop grande 
qu'il fait à la liberté et l'estime ex- 
cessive qu'il accorde à la philosophie 
grecque, qu'il met presque au niveau 
fie larèvélationde l'Ancien Testament. 
Il est d'ailleurs, dans ces trois ouvra- 
ges, tout à la fois apologiste, polé- 
miste, dogma- tiste, moraliste, éxé- 
gète ; car il cite beaucoup de textes 
des saintes Écritures, les commente, 
avec une prédilection prononcée poul- 
ies interprétations allégoriques, con- 
formes aux précédents de Philon et 
au goût du temps. Sa connaissance 
des Écritures de l'Ancien Testament 



(l)Lib. IV. 

(2) Lib. VI et VII. 



8 CLE 

dépasse tout ce qu'on trouve dans ce 
genre parmi les écrivains de l'anti- 
quité chrétienne (1). 

« Le huitième livre des Stromates, si 
Clément en a écrit un, est, sans aucun 
doute, perdu. Mais nous avons en- 
core deux dissertations séparées et 
supplémentaires, que Clément a pu 
composer sur des matières particu- 
lières traitées dans les Stromates, qu'on 
joint d'ordinaire à cet ouvrage, et 
c'est pourquoi Photius dit (2) qu'on 
trouve tantôt telle dissertation, tan- 
tôt tel traité indiqué comme huitième 
livre des Stromates. 

« Le premier de ces petits écrits 
est un traité de logique, c'est-à-dire 
que ce sont des définitions des objets 
traités dans l'ouvrage complet, comme 
qui dirait la clet philosophique des 
Stromates. C'est Clément ou un de ses 
amis qui a ajouté ce supplément à 
son livre, pour en rendre l'intelli- 
gence plus facile, et dans nos édi- 
tions il forme d'ordinaire le hui- 
tième livre. 

« L'autre petit écrit, également 
rattaché aux Stromates, et qui traite 
explicitement une question touchée 
seulement dans les autres livres (3), 
a pour titre : Les riches peuvent-Us 
être sauvés ? Clément y démontre très- 
bien que le Christianisme n'enlève 
en aucune façon aux riches l'espoir 
d'être sauvés, et que la richesse, si 
on en fait un légitime usage, peut 
singulièrement faciliter la voie de l'é- 
ternelle béatitude. 

« En outre, nous possédons encore 
sous le nom de Clément: Excerpta ex 
scriptis Theodotiet doetrinx, quseOrien- 
talis vocatur, Epitome ; — Eclogse ex 
scripturis Prophetarum ; — Adumbra- 
tiones in aliquotEpistolas canonicas ; — ■ 
ce dernier seulement en latin. L'au- 
thenticité de ces trois écrits n'est pas 
absolue. — Les Hypotyposeï (uiroTuitû- 
aeiç, esquisses), en huit livres, renfer- 
maient une vue générale et une courte 
explication de toute l'Écriture sainte 
f4) ; mais, comme elles renfermaient 
diverses erreurs, et qu'on les jugeait 



(1) Conf. Strom.. I, 21 ; V, 14; VI, 2. 

(2) Cnd. 111. 
{3)Slrom., III, 0; IV, 0. 

(4J Eusèbe, But eccl., VI, 13, 14. 



CLE £ 

probablement pour ce motif moins 
dignes d'èlre recopiées, elles se per- 
dirent de bonne heure ; peut-être 
aussi les erreurs que Photius y men- 
tionne (1) n'ont-elles été ajoutées que 
plus tard par un copiste inlidèle et 
interpolées dans cet ouvrage, qui était 
généralement estimé par les an- 
ciens (2). Le Noir. 

CLÉMENT (François). (Thcol. hist. 
biog. et bibliog.) — Il fut l'un des sa- 
vants les plus actifs de la congréga- 
tion de Saint-Maur. Né à Beze,en 1714, 
il mourut, d'une attaque d'apoplexie, 
en 1793. Clément se livrait avec tant 
d'ardeur au travail qu'il ne dormait, 
que deux heures, au moins dans sa 
jeunesse et son âge mùr. « Il tra- 
vailla, dans le couvent des Blancs- 
Manteaux à Paris, dit son biographe 
du Dict. encycl, de la Ihéol. cathol., 
aux onzième et douzième volumes 
de l'Histoire littéraire de France, com- 
prenant les années 1141-1167, et ré- 
digea, entre autres articles intéres- 
sants, ceux d'Abélard et de Suger; 
puis il publia, avec D. Brial, le dou- 
zième et le treizième volume du pré- 
cieux Recueil des historiens des Gaules 
et de la France, commencé par D. Bou- 
quet en 1738. Mais son œuvre princi- 
pale fut l'édition de l'Art de vérifier 
les dates qu'on a appelée, non sans 
fondement, « le plus beau monument 
d'érudition du dix-huitième siècle. » 
La deuxième édition, de 1770, publiée 
par les soins de Clément, était, à pro- 
prement dire, un ouvrage tout nou- 
veau. Il travailla plus de treize ans à 
la troisième édilion (Paris, 1783-1787, 
3 vol, in-f°), lit des suppléments et 
des améliorations pour une quatrième, 
qui ne parut qu'en 1818, parles soins 
d'Allais. Clément était membre de l'A- 
cadémie des Inscriptions et Belles-Let- 
tres, et préparait un nouvel ouvrage 
qui, plus que les précédents, devait 
être une preuve de sa gigantesque 
application, savoir : l'Art de vérifier 
les dates avant Jésus-Christ, lorsqu'é- 
clata la Révolution, qui lui prit son 



(!) Cod. 109. 

(2) Hierouym., de Viris illuslr., c. 38. Tille- 
mont, Mém., III, r . 191-195, et p. 654, éd. Ve- 
net. 



CLE 

temps et sa robe ; il continua toute- 
fois de travailler dans la maison d'un 
de ses parents. » Le Nom. 

CLÉMENTINES ; ce sont des lettres, 
des homélies ou discours, et une his- 
toire des actions de saint Pierre, qui 
ont été faussement attribuées à saint 
Clément, pape, et qui paraissaient 
èlre l'ouvrage de quelques hérétiques : 
il n'en est pas fait mention avant le 
quatrième siècle. Voyez les Pérès 
apost. de Cotelier, tome I. 

Mosheim, dans ses Dissertations sur 
l'histoire ecclésiastique, t. 1, p. 175 el 
suivantes, pense que cet ouvrage a 
été composé au commencement du 
troisième siècle; c'est lui attribuer 
une haute antiquité. Il juge que l'au- 
teur était un philosophe d'Alexan- 
drie , demi-juif et demi-chrétien; 
mais à cette conjecture il en ajoute 
beaucoup d'autres qui sont très-su- 
jettes à contestation. Voyez encore sa 
dissert., De turbuta per recentiores 
platonicos Ecclesia, n° 34 et suiv. 

Il ne faut pas confondre avec ces 
pièces apocryphes les décrétâtes de 
Clément V, que l'on nomme aussi 
clémentines, et qui font partie du 
droit canon. Bercier. 

CLÉOB1ENS, secte de simoniens 
dans le premier siècle de l'Eglise. 
Elle s'éteignit presque dans sa nais- 
sance. Hégésippe et Théodore!, qui 
en parlent, ne spécifient point par 
quels sentiments les cléobiens se dis- 
tinguèrent des autres simoniens; on 
croit qu'ils ont eu pour chef un 
nommé Cléobius, compagnon de Si- 
mon. Il avait composé, avec cet héré- 
siarque, des livres sous le nom de 
Jésus-Christ, pour tromper les chré- 
tiens. Hégésippe, apad Euseb., liv 
4, chap. 2-2; Constit. apost., liv. G 
chap. 8 et 16. 

On voit que les faux docteurs, op- 
posés aux apôtres, n'ont négligé au- 
cun artifice pour empêcher le succès 
de leur prédication; que s'il avait 
été possible de convaincre de faux 
les apôtres sur quelque fait ou sur 
quelque point de doctrine, cette mul- 
titude d'hérétiques, qui levèrent l'é- 
tendard contreeux, en serait certaine- 
ment venue à bout. Cependant toutes 






CLE 10 

ces sectes se sont dissipées, ruinées les 
uns les autres ; la vérité en a triom- 
phée. Preuve évidente que le Christia- 
nisme est redevable de ses succès, 
non à l'ignorance ni à la docilité des 
peuples, mais à la certitude invincible 
des faits sur lesquels il est fondé. 
Bergier. 

CLERC, CLERGÉ. On comprend 
sous ce nom tous ceux qui par état 
sont consacrés au service divin ; il 
vient du grec, *Mil»os, sort, partage, 
héritage. Dans l'Ancien Testament, la 
tribu de Lévi est appelée le partage 
ou l'héritage du Seiijneur. Quoique 
tous les chrétiens puissent être envi- 
sagés de même, ceux qu'il a choisis 
et consacrés spécialement à son culte 
sont, dans un sens plus étroit, son 
partage ou son héritage, et en em- 
brassant cet état, ils font eux-mêmes 
profession de prendre le Seigneur 
pour leur part et leur héritage. Lors- 
qu'un clerc reçoit la tonsure, il pro- 
nonce ces paroles du psaume 15 : 
« Le Seigneur ebt la portion d'héri- 
» tage qui m'est échue par le sort ; 
» c'est vous, ô mon Dieu ! qui me la 
» rendez. » Saint Pierre donne déjà 
le nom de clerc ou de clergé à ceux 
qui, sous les évêques, sont employés - 
au saint ministère : neque dominantes 
in cleris. 1 Petr. c. S, f 3. 

Plusieurs critiques protestants ont 
soutenu que la distinction entre les 
clercs et les laïques n'avait pas lieu 
dans l'Eglise primitive, qu'elle n'a 
commencé qu'au troisième siècle. On 
leur a prouvé, parles lettres de saint 
Clément pape, par celles de saint 
Ignace, par Clément d'Alexandrie, 
que cette distinction a eu lieu dès le 
temps des apôtres. Bingham, Orig, 
ccclés., liv. i, chap. 5, § 2, t. 1, pag. 
42 ; Dodwel, première Dissertation. 

Quelquefois les auteurs ecclésiasti- 
ques ont désigné, sous le nom de 
dires, les ministres de l'Eglise infé- 
rii'urs aux diacres, c'est-à-dire les 
sous-diacres, les lecteurs, etc. Les 
clercs en général étaient aussi appe- 
lés canoniques ou chanoines, parce 
que leurs noms étaient inscrits dans 
un canon ou catalogue pour chaque 
église. Par là ils étaient distingués 
des laïques que l'on appelait séculiers 



CLE 

et idiots, c'est-à-dire personnes pri- 
vées, ou simples particuliers. Bin- 
gham, ibid. 

Ceux qui ont étudié l'ancienne dis- 
cipline de l'Eglise, ont remarqué la 
sagesse des précautions que l'on pre- 
nait pour s'assurer de la foi, des 
mœurs et de l'état de ceux que Ton 
élevait à la cléricature. Les soldats, 
les serfs, les acteurs de théâtre, ceux 
qui étaient chaigés des deniers pu- 
blics, les bigames, tous ceux dont la 
condition et la profession n'étaient 
pas honnêtes, ne pouvaient aspirer 
à entrer dans le clergé. Il y avait des 
lois très-sévères pourmaintenirparmi 
les clercs la régularité des mœurs, la 
décence; la paix, l'assiduité à remplir 
leurs fonctions; des peines pour châ- 
tier les désobéissances et prévenir les 
moindres abus. La plupart des con- 
ciles ont étéassemblés pour cet objet; 
et il y a lieu de regretter que les rè- 
glements qu'ils ont faits n'aient pas 
toujours été observés avec la plus 
grande exactitude. Bingham, 1. 4, et 
6; Fleury, Mœurs des chrétiens, n° 32. 

Chez tous les peuples policés, l'on 
a compris que tout citoyen n'étaitpas 
propre à remplir les fonctions publi- 
ques du culte divin ; que ce ministère 
respectable devait être confié à un 
corps particulier d'hommes qui en 
fissent leur étude et leur occupation; 
sur ce point, la conduite des Egj T p- 
tiens, des Juifs, des Grecs, des Ro- 
mains, a été la même. 

Dans le Christianisme, cela était 
encore plus nécessaire. 1° Pour en 
enseigner une religion révélée, la 
mission est essentielle, et Dieu la 
donne à qui il lui plait ; Jésus-Christ 
ne l'a donnée qu'à ses apôtres et à 
ses disciples. 2° Los pouvoirs de ces 
ministres sont surnaturels; il n'ap- 
partient pas à tout fidèle de remettre 
les péchés, de consacrer le corps et 
le sang de Jésus-Christ, etc. 3° La 
multitude des fonctions dont ils sont 
chargés exige qu'ils s'y livrent tout 
entiers ; l'étude seule des dogmes et 
des preuves de la religion, des com- 
bats qui ont été livrés à cette doctrine, 
de la manière dont on doit la défen- 
dre, suffit pour occuper un homme 
pendant toute sa vie. 4° Les travaux 
apostoliques des missions doivent être 



éu . 






CLE 

continués jusqu'à la fin des siècles : 
il faut des hommes libres de tout 
autre engagement, et toujours prêts 
à porter au loin la lumière de l'Evan- 
gile. 

Ainsi en a jugé notre divin légis- 
lateur. Il dit à ses apôtres qu'il les a 
tirés du monde, qu'ils ne sont plus de 
ce monde, ete. Eux-mêmes se sont 
regardés comme les hommes de Dieu, 
dévoués uniquement à son service et 
au salut de leurs frères. Leurs pre- 
miers disciples, saint Clément et saint 
Ignace, ont clairement distingué les 
évoques, les prêtres, les diacres, et 
nous montrent la hiérarchie comme 
établie par les apôtres. Cette disci- 
pline n'a jamais varié. Ce n'est pas 
ici le lieu de développer tontes ces 
preuves, ni de répondre en détail à 
toutes les subtilités par lesquelles les 
luthériens et les calvinistes ont tâché 
d'en détourner les conséquences. Ils 
ont élô réfutés non-seulement par les 
catholiques, mais par les anglicans 
qui ont conservé la hiérarchie. 

Mais nous ne pouvons nous dispen- 
ser de mettre sous les yeux des lec- 
teurs le tableau que la plupart des 
" protestants ont tracé des moeurs du 
Clergé dans tous les siècles, depuis la 
naissance de l'Eglise jusqu'à celle de 
la prétendue réforme; leur dessein a 
été de prouver que leur séparation 
d'avec les pasleurs catholiques était 
indispensable ; qu'il n'y avait point 
d'autre moyen de corriger les vices 
et les abus : nous verrons s'ils sont 
venus à bout de le démontrer. Com- 
mençons par quelques réflexions gé- 
nérales sur l'injusticede leur procédé; 
elles serviront aussi à faire voir la té- 
mérité des incrédules, qui répètent 
les mêmes reproches. 

1° Il y a de l'injustice à prétendre 
que la sainteté du ministère ecclésias- 
tique doit changer en d'autres hom- 
mes ceux qui en sont chargés, et 
étouffer en eux toutes les imperfec- 
tions de l'humauilé; que Jésus-Christ 
a dû perpétuer en eux, par l'ordina- 
tion, le même prodige qu'il avait 
opéré dans ses apôtres par la descente 
du Saint-Esprit. S'il avait voulu que 
les hommes fussent gouvernés par 
des anges, il en aurait envoyé, sans 
doute ; mais des anges mêmes ne se- 



H CLE 

rai< rtt pas à couvert des attaques do 
la ï i dignité des incrédules. Ceux-ci 
oui l'ait, contre les apôtres et contre 
Jésus-Christ même, la plupart des 
calomnies que l'on a forgées contre 
leurs successeurs. 

2° Il y ade l'impiété à vouloir nous 
persuader que, dés le second ou le 
troisième siècle, Jésus-Christ a été 
infidèle aux promesses qu'il avait 
faites à son Eglise, et qu'au lieu de 
lui donner des pasteurs capables de 
la sanctifier, il a lai>sé tomber son 
troupeau entre les mains de loups 
dévorants, qui n'étaient, propres qu'à 
corrompre la foi et les mœurs. 

3° C'est une absurdité d'argumenter 
sur desfaits particuliers, sur quelques 
désordres arrivés parmi le clergé d'une 
seule église, et de conclure que le 
même scandale régnait partout ail- 
leurs. Au troisième siècle, l'abus des 
agapètes ou des femmes sous-intro- 
duites, parait n'avoir eu lieu que dans 
quelques Eglises d'Afrique, et il ne 
fut imité que par Paul de Samosate ; 
Dodwel, Dhsert. 3, Cyprian., etc.; et 
l'on en parle aujourd'hui comme d'un 
dérèglement général du clergé de ce 
temps-là. C'en est une autre de vou- 
loir prouver la corruption des ecclé- 
siastiques, par les lois qui ont été fai- 
tes pour la prévenir ; un seul crime 
connu a suffi pour alarmer le zèle 
des évèques, et pour engager les con- 
ciles à le proscrire. Parce que saint 
Paul a fait rémunération des vices 
auxquels un ministre des autels pou- 
vait être sujet, conclurons-nous qu'il 
y avait déjà pour lors des évèques et 
des prêtres très-vicieux? 

4° C'est une marque d'entêtement 
et de prévention d'ajouter foi à ce que 
les historiens ontditdcs vices de quel- 
ques ecclésiastiques, et de refuser 
toute croyance au témoignage qu'ils 
ont rendu des vertus et de la sainteté 
des autres. Dans tous les temps il y 
a eu des scandales, il y en aura tou- 
jours, Jésus-Christ l'a prédit ; mais il 
y a eu aussi de grandes vertus : les 
protestants ne parlent que du mal, ils 
le recherchent avec soin, et ils l'exa- 
gèrent; ils netiennent aucun compta 
des actions vertueuses, ils les passent 
sous silence, ou ils en empoisonnent 
les motifs, et ils ont donné ce bel ex- 







CLE 

emple aux incrédules; ils ont ainsi 
réussi à faire de leurs histoires ecclé- 
siastiques autant de chroniques scan- 
daleuses. 

5° Est-il juste d'attribuer aux mau- 
vais exemples du clergé une corrup- 
tion de mœurs qui est évidemment 
venue d'une autre cause, de l'irrup- 
tion des Barbares, de l'ignorance et 
des désordres qui s'ensuivirent ? 
Révolution terrible, qui changea la 
face de l'Europe entière, par laquelle 
les ecclésiastiques furent entraînés 
aussibien que les laïques, et qui fail- 
lit à détruire absolument le Christia- 
nisme. Pour ne parler que de nos cli- 
mats, depuis le cinquième siècle, il y 
a eu trois ou quatre pestes générales 
en France ; dans lehuitième etleneu- 
vième, les Normands, les Sarrasins, 
les Hongrois, ont porté la désolation 
danspresque toute l'Europe. Dans ces 
temps de ravages, il est impossible 
que la discipline soit observée en ri- 
gueur, et que les mœurs ne se relâ- 
chent parmi les ministres de la reli- 
gion. 

6° Est-il juste enfin de reprocher 
avec tant d'aigreur au clergé catholique 
des vices dont les réformateurs et leurs 
disciples ont été pour le moins aussi 
coupables, pendant que l'on cherche 
à les pallier et à les excuser dans ces 
derniers ? 

Voilà ce que nous avons à repro- 
cher aux protestants, et en particu- 
lier à Mosheim, qui est aujourd'hui 
leur oracle. Le portrait qu'il a fait 
des ecclésiastiques dans tous les temps 
est remarquable : sous chaque siècle 
de son histoire ecclésiastique, il y a 
toujours un article des vices cluclergé, 
et il n'y est jamais question de ses 
vertus : Liasiiage n'a pas été plus 
équitable. 

Mosheim commence par supposer 
qu'au premier siècle, du temps des 
apôtres, les ecclésiastiques n'avaient 
aucune supériorité d'ordre, de carac- 
tère ni d'autorité sur les simples fi- 
dèles ; que les prêtres étaient seule- 
ment les anciens, et les évèques de 
simples surveillants ; que le gouver- 
nement de l'Eglise était alors pure- 
ment démocratique, tel qu'il a plu 
aux protestants ce l'établir : fait ab- 
solument faux, contredit par l'Evan- 



•12 CLE 

gile et par les lettres de saint Paul. 

Voyez GOUVERNEMENT ECCLÉSIASTIQUE, 

Hiérarchie, Lois , etc . C'est de là 
néanmoins que partent Mosheim et 
Basnage, pour invectiver contre le 
clergé. Dès le second siècle, disent-ils, 
ou plutôt immédiatement après la 
ruine de Jérusalem, l'an 70, les doc- 
teurs chrétiens persuadèrent au peu- 
ple que les ministres de l'Eglise chré- 
tienne avaient succédé au caractère, 
aux droits, aux privilèges et à l'au- 
torité des prêtres juifs ; les évèques 
rassemblés en concile s'arrogèrent le 
droit de faire des lois et d'y assujet- 
tir les fidèles ; on ne peut les excu- 
ser, disent-ils encore, que sur la droi- 
ture de leurs intentions. 

Or , les docteurs chrétiens de ce 
temps-là étaient saint Clément de 
Home, saint Ignace, saint Polycarpe, 
disciples immédiats des apôtres, dont 
nous avons les lettres ; ce sont eux 
qui ont commencé à changer le gou- 
vernement que Jésus-Christ avait éta- 
bli ; et saint Jean, qui vivait encore, 
a souffert cette prévarication sans se 
plaindre et sans en avertir ; le Saint- 
Esprit qu'il avait reçu, ne lui a pas 
révélé les maux qui devaient s'ensui- 
vre de ce germe d'ambition né parmi 
les évèques, duquel cependant, si 
nous en croyons Mosheim et ses pa- 
reils, sont nés tous les vices du clergé 
et toutes les plaies de l'Eglise. 

En effet, il dit qu'au troisième siè- 
cle saint Cyprien et d'autres évèques 
s'arrogèrent toute l'autorité, en dé- 
pouillèrent les prêtres et le peuple ; 
que de là naquirent le luxe, la mol- 
lesse, la vanité, l'ambition, les haines 
et les disputes entre les pasteurs ; 
que la corruption s'empara de tous 
les membres du corps ecclésiastique. 
Il cite en preuve Origène et Eusèbe , 
il pouvaity ajouter saint Cyprien lui- 
même, qui reprochent aux pasteurs 
leurs disputes et les autres vices dans 
lesquels ils étaient tombés avant la 
persécution de Dioclétien. Cest dans 
ce même temps que saint Cyprien 
tonna contre les désordres des clercs 
qui vivaient avec des femmes, ou avec 
de prétendues vierges qu'ils tenaient 
chez eux. 

Il est d'abord difficile de compren- 
dre comment les prêtres etle peuple, 



CLE 



13 



CLE 



dépouillés de leur ancienne autorité, 
en sont devenusplus vigoureux ; l'am- 
bition des évêques ne pouvait influer 
que sur leurs mœurs, etnon sur celles 
du bas clergé. On ne conçoit pas mieux 
comment l'ambition, source de tous 
les vices, a pu se concilier, dans saint 
Cvprien, avec la pureté et l'austérité 
des mœurs dont il a fait profession ; 
est-ce à lui que l'on peut reprocher 
du luxe, de la mollesse, de la corrup- 
tion ? Si, dès ce temps-là, les mœurs 
des clercs commençaient à se corrom- 
pre, les évèques n'avaient pas tort de 
chercher à réprimer ce désordre par 
des lois ■; c'est un devoir que saint 
Paul leur avait prescrit dans ses let- 
tres à Tite et à Timothée. Les décrets 
portés dans les conciles du second et 
du troisième siècle, ne regardaient 
pas seulement les simples fidèles et 
les clercs inférieurs, mais les évèques 
eux-mêmes; nous le voyons par ces dé- 
crets que l'on nomme canons des apô- 
tres : est-ce par ambition que les évè- 
ques s'imposaient le joug d'une disci- 
pline sévère? 

Il y eut, dans ces deux siècles, des 
divisions, des schismes, des hérésies; 
on disputa sur la célébration de la 
pàque, sur le rigorisme outré des no va- 
tiens, sur les erreurs des gnostiques, des 
marcionites, des manichéens, etc. ; 
mais les auteurs de ces hérésies et de 
ces schismes ne furent pas des évo- 
ques ; ceux-ci s'y opposèrent : la ques- 
tion est de savoir s'ils le firent par de 
mauvais motifs, ou par attachement 
à la doctrine, aux leçons et à la prati- 
que des apôtres. Devaient-ilslaisserde 
mauvais philosophes et des disputeurs 
téméraires dogmatiser à leur gré? 
Dans ces temps de persécution, plu- 
sieurs ministres de l'Eglise furent 
obligés, pour subsister,, d'exercer dos 
arts, des métiers, ou de faire quelque 
commerce; d'autres furent réduits 
à fuir et à s'expatrier : leurs mœurs 
purent en soutfrir; mais ce qu'en 
disent Origône, Ensèbe et d'autres, ne 
prouve pas que la corruption fut gé- 
nérale parmi les membres du corps 
ecclésiastique, comme le prétendent 
les protestants ; ces auteurs n'avaient 
pas parcouru toutes les Eglises du 
monde pour savoir ce qui s'y passait. 

Au quatrième siècle, après la con- 



version de Constantin, les évèques 
fréquentèrent la cour, devinrent riches 
et puissants; ils s'emparèrent de tout 
le gouvernement des Eglises, et vou- 
lurent dominer dans les conciles; les 
empereurs se mêlèrent des affaires 
ecclésiastiques; les Papes se rendirent, 
importants par la richesse de leur 
Eglise ; les évêques de Gonstantinople 
firent de même ; tousimitèrentle luxe 
et le faste des grands du monde; les 
principaux voulurent être patriarches, 
afin de se donner un nouveau degré 
d'autorité, et ils ne cessèrent de se 
disputer sur les limites de leur juri- 
diction. 

Il y a quelque chose de vrai dans 
ces reproches ; mais encore une fois, 
ilestabsurdede tirer une conséquence 
générale de quelques faits particu- 
liers. Nous ne voyons pas que les 
évèques d'Afrique, de l'Espagne, des 
Gaules, de l'Angleterre, aient beau- 
coup fréquenté la cour des empereurs; 
que prouve contre eux le faste de quel- 
ques évèques orientaux? Ceux qui ont 
donné dans ce travers, ont été très- 
mal notés par les écrivains ecclésias- 
tiques ; preuve que ce désordre n'était 
pas très-commun. Il ne faut pas ou- 
blier que le quatrième siècle a été le 
plus remarquable, par la multitude 
des grands et saints évèques qui ont 
paru même en Orient; la plupart 
avaient été moines, et ils conservè- 
rent sur leur siège la pauvreté, la sim- 
plicité et l'austérité de la vie monas- 
tique. C'est par là même qu'ils déplai- 
sent aux protestants. Ces censeurs 
bizarres ne peuvent souffrir ni la vie 
un peu trop mondaine de quelques 
évêques, ni les mœurs austères et 
mortifiées des autres, ni les vertus 
paisibles du plus grand nombre, ni 
le zèle actif et laborieux de ceux qui 
occupaient lespremières places. D'ail- 
leurs il y avait déjà pour lors des pas- 
teurs du second ordre, des chorévê- 
ques qui remplissaient, à l'égard des 
peuples de la campagne, les mêmes 
fonctions qu'exercent aujourd'hui les 
curés ; les fautes do leurs supérieurs 
ne doivent pas retomber sur eux. En- 
fin, c'était le peuple qui élisait les 
évèques ; il est difficile de croire qu'il 
choisissait ordinairement des hommes 
vicieux. 



CLE 



14 



CLI 



i 



Au commencement du cinquième 
siècle, les Barbares se répandirent 
dans l'Occident et s'y établirent. On 
dit que leurs rois augmentèrent les 
privilèges des évoques, par un reste 
de leur superstition, et en vertu du 
respect qu'ils avaient eu pour les prê- 
tres de leurs dieux. Mais est-il certain 
que le mérite personnel des évèques 
n'y entra pour rien? Les saints Rémi 
de Reims, Germain d'Auxerre, Loup 
de Troyes, Eurher de Lyon, Agnan 
d'Orléans, Sidoine Appollinaire de 
Clermont, Mumert de Vienne, Hono- 
rât et Hilaire d'Arles, etc., étaient 
pour lors l'ornement du clergé des 
Gaules ; leur vertu, et non leur faste, 
imprima le respect aux Barbares, 
même avant la conversion de ceux- 
ci, et ces saints évèques étaient trop 
zélés pour souffrir, parmi les ecclé- 
siastiques, le luxe, l'arrogance, l'ava- 
rice, le libertinage, dont Moshi im les 
accuse sans preuve et contre conte 
vérité. Lorsqu'il dit que tous ces évè- 
ques ne furent regardés comme saints 
et respectés que par 1 ignorance des 
peuples, il oublie que dans l'Occident 
le cinquième siècle a été le plus 
éclairé de tous, et il en fournit lui- 
même les preuves, .Histoire ecclésias- 
tique, cinquième siè:le, 2 6 part., c. 1 
et 2. Lorsqu'il accuse d'orgueil saint 
Martin, parce qu'il élevait le sacer- 
doce au-dessus de la royauté, et saint 
Léon d'une ambition sans bornes, 
parce qu'il soutint les droits de son 
siège, il se montre aussi mauvais juge 
delà vertu que des talents. 

Il prétend que, pendant le sixième 
siècle, les ecclésiastiques ne pensè- 
rent qu'à établir des superstitions lu- 
cratives, que leurs désordres sont 
prouvés par la quantité de lois por- 
tées contre eux par les conciles ; nous 
avons déjà observé que ces lois ne 
prouvent autre chose que la vigilance 
des évèques et le zèle qu'ils ont eu 
pour le maintien de la discipline. Il 
y eut des schismes à Rome pour la 
papauté ; mais quelle en fut la cause? 
le despotisme des empereurs et l'am- 
bition des grands, qui voulurent dis- 
poser de cette dignité, et gèn r les 
suffrages du clergé et du peuple. Mos- 
lieim pousse l'entêtement jusqu'à 
dire que les moines, quoique vicieux, 



fanatiques, intrigants, remuants et 
perdus de débauche, étaient cepen- 
dant très-respectés ; nous soirtenons 
que s'ils avaient été vicieux pour la 
plupart, ils auraient été méprisés et 
détestés. 

Il répète la même absurdité, lors- 
qu'il reproche au clergé du septième 
siècle l'ambition, une avarice insatia- 
ble, des fraudes pieuses, un orgueil 
insupportable, un mépris insolent 
des droits du peuple. Ce ne sont point 
les ecclésiastiques, mais les guerriers 
sous lenomdenoMes, qui ont opprimé 
le peuple, qui ont regardé comme 
esclave quiconque ne portait pas les 
armes. Le plus grand fléau de l'Eglise 
a été l'ambition de ces mêmes nobles 
d'envahir toutes les dignités ecclésias- 
tiques; mais l'attribuerons-nous au 
clergé, qui en a été la victime, plutôt 
qn'au caractère brutal et féroce des 
Barbares? Lorsque Mosbeim a cru 
voir du relâchement parmi les moi- 
nes, il a déclamé contre ce désordre; 
quand il n'y a vu que la solitude, le 
recueillement, l'austérité, le travail, 
il leur a reproché une affectation phart 
saique de pieté ; mais le vrai caractère 
pharisaique est de calomnier mal à 
propos. 11 dit que dans ce siècle les 
parents avaient la fureur de mettre 
leurs enfants dans les cloîtres ; la rai- 
son en est fort simple, c'est qu'ils ne 
pouvaient leur faire donner ailleurs 
une éducation chrétienne. Il dit que 
des scélérats s'y retirèrent par une 
vaine espérance d'obtenir le pardon 
de leurs crimes ; eût- il mieux valu 
qu'ils les continuassent que d'aller 
en faire pénitence? 

Selon lui, on ne voit, dans le clergé 
du huitième siècle, que luxe, glouton- 
nerie, incontinence, goût pour la 
guerre et pour la chasse. Il est à présu- 
mer, en effet, que plusieurs de ceux qui 
furent intrus dans les évèchés et dans 
les prélatures, par la tyrannie des no- 
bles, y portèrent les vices de leur édu- 
cation. Mais il y a des preuves positi- 
ves que ce désordre, trop com m un dans 
les Gaules, ne fut pas le même par- 
tout ailleurs ; pour y remédier, on 
tira des moines de leur cloître, et ou 
laur confia le gouvernement des Egli- 
ses ; Chaiicmagne fut le premier à 
reudrejustice aux talents et à la vertu. 



CLE 



15 



CLE 



Le vénérable Bôde ; Egbert, évêque 
d'Yorck ; Alcuin, précepteur de Char- 
lemagne; saint Boni l'ace, archevêque 
de Mayence ; saint Chrodegand, évê- 
que de Metz; Théodulphe, évêque 
d'Orléans; saint Paulin d'Aquiléc ; 
Ambroise Autpert, Paul, diacre, etc., 
se distinguèrent par leur zèle et par 
leurs travaux. Si leurs écrits ne sont 
pas des modèles d'éloquence ni d'é- 
rudition, ils respirent du moins la 
piélé la plus sincère. 

On imagine que les donations qui 
furent faites aux Eglises étaient un 
effet de l'ambition des clercs, qui en- 
seignaient que c'était le meilleur 
moyen d'effacer les péchés ; nous pen- 
sons, au contraire, que la plupart 
étaient des restitutions. Souvent la 
clause, si commune dans les Chartres, 
pro remedio animas inese, ne signifie 
pas, pour obtenir le pardon de mes flé- 
chés ,maispour acquitter ma conscience, 
en restituant ce qui ne m'appartient 
pas. Mosheim convient que plusieurs" 
évèques parvinrent à la dignité de 
princes, parce que les rois et les em- 
pereurs comptaient plus sur leur fidé- 
lité que sur celle de leurs barons ; ils 
ne se trompaient pas, et ce motif ne 
fait pas déshonneur au clergé. 

Nous convenons que ce n'est pas 
dans le neuvième siècle qu'il a brillé 
davantage. Les guerres causées par le 
partage de la succession de Charlema-_ 
gne, les incursions des Normands et 
des autres Barbares, l'ignorance du 
peuple et des nobles, l'intrusion de 
ceux-ci dans les évèchés, le pillage 
qu'ils tirent des biens ecclésiatiques, 
furent autant de fléaux pour l'Eglise 
aussi-bien que pour lu société civile; 
le concile de Trosley, tenu en 909, 
attribue à cette même cause le dérè- 
glement des moines. On publia de 
fausses légendes, de fausses reliques, 
de faux miracles, on donna dans les 
dévotions minutieuses et purement 
extérieures, etc.; mais nous soutenons 
rue, dans tous ces abus, il entra moins 
de fraudes pieuses que de traits d'i- 
gnorance et de crédulité aveugle. Ceux 
qui tentèrent de remédier au mal, ne 
purent faire que de vains efforts; et 
le Mége de Rome se ressentit du mal- 
heur commun autant que les autres: 
à qui peut-on s'en prendre ? 



Il y a donc de l'injustice et de la 
malignité à soutenir, comme fait Mos- 
heim, que les papes, devenus des 
monstres, furent la cause de l'igno- 
rance et des vices du clergé dans le 
dixième siècle. Le mal datait de plus 
loin, et plusieurs papes tirent ce 
qu'ils purent pour en arrêter les pro- 
grès. Ont-ils eu quelque part à la dé- 
gradation, à l'ignorance, aux vices du 
clergé dans l'Orient, où ils n'avaient 
plus aucune influence? Tous les scan- 
dales arrivés àRome furent l' ou vrag • 
des tyrans qui ravageaient l'Italie, 
qui disposaient de la papauté comme 
de leur patrimoine, qui la donnaient 
exprès à des sujets vicieux, de peur 
que des papes plus respectables par 
leurs mœurs ne prissent trop d'as- 
cendant sur eux. Une preuve que les 
désordres du clergé venaient du pillage 
des biens ecclésiastiques, c'est que 
les conciles, qui ont noté d'infamie le 
concubinage des clercs, ontcondamné 
en même temps la simonie qui en 
fut toujours inséparable; et < ette ty- 
rannie des séculiers est avouée par 
Mosheim lui-même, dixième siècle, 
2 e part., c. 2, § 10. Ces deux vices ré- 
gnaient principalement eu Allema- 
gne, où la religion, dit M. Fleury, 
avait toujours été plus faible. C'est ce 
qui rendit le clergé de ce pays-là si 
furieux contre Grégoire Vit, qui vou- 
lait le réformer. Mœurs des chrétiens, 
n° 62. 

Ces désordres furent à peu près les 
mêmes dans le onzième et le dou- 
zième siède; mais dans ces temps 
même de confusion et de brigandage 
il y eut un grand nombre de person- 
nages respectables dans le clergé, soit 
séculier, soit régulier. Il est de la 
bonne foi d'avouer que, pendant la 
famine de l'an 1032, la charité des 
évoques et des abbés fut poussée jus- 
qu'à l'héroïsme. Histoire de l'Eglise 
gallic, tom. 7, liv. 20, an. 1031. 

Les querelles entre l'empire et le 
sacerdoce, dont les protestants ont 
fait tant de bruit, sont venues de ce 
que les empereurs voulaient avoir à 
Rome, non-seulement la puissance 
civile, mais encore le droit de dispo- 
ser arbitrairement du pontificat; les 
malheurs qui avaient résulté de cette 
prétention, faisaient sentir aux papes 



CLE 



16 






et au clergé la nécessité de s'y oppo- 
ser. Si la plupart de ces pontifes ne 
furent pas des hommes très-vertueux, 
les princes, contre lesquels ils dispu- 
taient, valaient encore moins : nous 
ne voyons pas ce que la religion, les 
mœurs, la police y auraient gagné, 
si ces despotes ambitieux étaient ve- 
nus à bout d'asservir l'Eglise pour 
toujours. Les papes voulurent dispo- 
ser de tous les bénéfices, parce que 
les princes séculiers y pourvoyaient 
fort mal. 

Au treizième siècle, on fit des pro- 
jets et des tentatives de réforme, maïs 
avec peu de succès. Cela donna 
naissance aux ordres de religieux 
mendiants, et Mosheim avoue qu'ils 
gagnèrent, par l'austérité de leurs 
mœurs, la confiance des peuples. 
Malheureusement ce remède n'était 
pas suffisant pour tout réparer, et le 
grand schisme d'Occident, survenu 
pendant le quatorzième siècle, rendit 
la réforme à peu près impossible. On 
sait d'ailleurs que la peste noire, qui 
régna l'an 1348 et les deux années 
suivantes, eut des suites terribles, et 
fut une des principales eau -es du re- 
lâchement qui s'introduisit parmi le 
clergé et dans les monastères. Voyez 
l'Histoire de l'Eglise Gallic, tom. 13, 
liv. 39. Mosheim n'a pas daigné en 
dire un seul mot. Quel remède la pru- 
dence humaine peut-elle opposer à de 
pareils fléaux? Ce fut un sujet pour 
tous les sectaires de déclamer avec 
emportement contre les vices et les 
abus du clergé; mais faut-il regarder 
toutes ces invectives, dictées par une 
ignorance furieuse, comme de fortes 
prouves de la corruption générale de 
l'état ecclésiastique? Elles continuè- 
rent pendant le quinzième siècle. Ce- 
pendant, quand on considère d'un 
côté la liste des conciles qui furent 
tenus pendant ces trois siècles, et la 
teneur de leurs décrets; de l'autre, 
le catalogue des écrivains ecclésiasti- 
ques, et l'objet de leurs ouvrages; en 
troisième lieu, le nombre des saints 
dont les vertus furent authentique- 
ment reconnues, on est forcé de pen- 
ser que les clameurs des vaudois, des 
albigeois, des lollards, des wiclélites, 
des hussites et d'autres fanatiques 
semblables, ne méritent pas beau- 



CLE 

coup d'attention, et que les protes- 
tants ont très-grand tort de nous les 
donner comme un titre authentique 
de la mission des réformateurs. 

Enfin parut, dans le seizième siè- 
cle, la grande lumière de la réforma- 
tion; l'on sait quels en furent les au- 
teurs, par quels moyens elle s'exécuta, 
et les merveilleux effets qu'elle a 
opérés; nous les examinerons dans 
leur lieu. Voyez Réformation. Les in- 
crédules mêmes, après avoir copié 
toutes les satires des protestants con- 
tre le clergé, ont tourné en ridicule 
le ton de jactance de ces prétendus 
réparateurs; et plusieurs écrivains, 
nés dans le protestantisme, sont con- 
venus de la licence des mœurs qui ne 
tarda pas de s'y introduire, et qui y 
règne encore. Où est donc le grand 
bien qui en est résulté? 

Mosheim finit son libelle diffama- 
toire par nier l'utilité des décrets du 
concile de Trente, touchant la disci- 
pline ; suivant son avis, cette réforme 
n'a rien opéré, surtout à l'égard des 
évêques. Quand cela serait vrai à l'é- 
gard des évèques d'Allemagne, qui 
sont princes souverains, que prouve 
leur exemple contre ceux de France, 
d'Espagne et d'Italie? D'autres pro- 
testants ont été plus judicieux; ils 
sont convenus que si, avant le concile 
de Trente, le clergé avait été tel qu'il 
est aujourd'hui, il n'y aurait pas eu 
lieu à la prétendue réforme de Luther 
et de Calvin. 

Quelques incrédules ont poussé la 
malignité encore plus loin; ils ont 
prétendu prouver que l'état ecclésias- 
tique, par lui-même, est essentielle- 
ment mauvais. 

1° Ils disent que des pouvoirs, tels 
que le clergé se les attribue, doivent 
nécessairement inspirer de l'orgueil 
à un ecclésiastique, le rendre ambi- 
tieux, fourbe, hypocrite et foncière- 
ment vicieux. 

Si ce reproche était sensé, il retom- 
berait sur Jésus-Christmême, puisque 
c'est lui qui a donné aux pasteurs de 
l'Eglise les pouvoirs d'instruire, de 
remettre les péchés, de reprendre et 
de corriger. Il leur a dit, dans la per- 
sonne de ses apôtres : « Celui qui 
» est mon ministre sera honoré par 
» mon Père. » Joan., c. 12, j> 26. « Mon 



CLE 



17 



CLE 



» Père vous aime, parce que vous 
» m'avez aimé et avez cru en moi. » 
C. 16, f 27. Mais il a eu soin de ré- 
primer en eux l'orgueil et l'ambition, 
en les avertissant que celui qui veut 
être le premier, doit se rendre le der- 
nier et le serviteur de tous. Matth., c. 
20, y 26. Si un homme embrasse l'état 
ecclésiastique par intérêt, par ambi- 
tion, sans un désir sincère d'en rem- 
plir les devoirs, il était déjà vicieux 
avant d'y entrer; ce n'est pas la clé- 
ricature qui l'a rendu tel. Il est ab- 
surde de dire qu'un état, dont tous 
les devoirs sont des actes de vertu, 
peut rendre un homme vicieux . La 
seule ambition permise est d'être 
utile ; tant que le clergé continuera 
de l'être, il sera honoré en dépit de 
ses ennemis. 

2° Ils prétendent que le clergé est 
un corps étranger à l'étal, et qui se 
regarde comme tel ; que les intérêts 
particuliers de ce corps étoult'ent, 
dans un ecclésiastique, tout zèle de 
l'intérêt public, le rendent mauvais 
sujet et mauvais citoyen. 

Il n'est pas aisé de comprendre 
comment un corps dévoué au service 
du public ou de l'état, qui subsiste 
aux dépens de l'état, qui doit donner 
l'exemple de la soumission aux lois 
civiles et au gouvernement, peut se 
croire étranger à l'état. On pourrait, 
avec aatant de raison, ou plutôt avec 
autant d'absurdité, faire le même re- 
proche à l'état militaire, a. celui de la 
magistrature, à celui de la noblesse, 
qui tous ont des privilèges et des in- 
térêts particuliers. 

Souvent on a répété que jamais le 
clergé n'a stipulé, auprès des souve- 
rains, que pour ses propres intérêts ; 
c'est une fausseté. Dans les assemblées 
de la nation, le clergé n'a jamais 
manqué déporter au pied du trône 
les représentations, les besoins, les 
justes demandes du tiers état. Dans 
les commencements de la monar- 
chie, les évèques furent presque tou- 
jours revêtus du titre de défenseurs, 
chargés de soutenir les droits, les 
privilèges, les intérêts des villes et 
des communes ; et jamais cette charge 
n'a été mieux remplie que par eux : 
aujourd'hui encore il n'est aucun 
curé de campagne qui ne rende 
III. 



le même service à ses paroissiens. 

3° Plusieurs ont osé écrire que le 
clergé est toujours prêt à résister aux 
ordres du gouvernement et à se ré- 
volter ; d'autres prétendent que le 
clergé est le plus ardent promoteur 
du despotisme des souverains, et leur 
a toujours fourni des armes pour op- 
primer les peuples. 

Deux accusations contradictoires 
n'ont pas besoin de réfutation. Sans 
se révolter, tout chrétien se croirait 
obligé de résister à des ordres qui 
seraient contraires à la loi de Dieu, 
et de mourir plutôt que de trahir sa 
conscience. Excepté ce cas, il sait, 
aussi bien que le clergé, que Dieu or- 
donne d'être soumis aux indssances 
supérieures, etc. Rom., c. 13, y 1. 
Depuis que les philosophes ont trouvé 
bon de sonner le tocsin contre le gou- 
vernement, d'enseigner des maximes 
séditieuses, de souiller l'esprit de ré- 
volte, le clergé se croit obligé de prê- 
cher l'obéissance plus soigneusement 
que jamais. 

D'un côté, les incrédules ont repré- 
senté les anciens prophètes comme 
des rebelles et des séditieux, parce 
qu'ils reprochaient aux rois leurs dé- 
sordres; on a blâmé saint Jean Chry- 
sostome de la censure qu'il lit des 
vices qui régnaient à la cour des em- 
pereurs, et par laquelle il s'attira la 
haine des courtisans; aujourd'hui on 
se plaint de ce que le clergé ne s'op- 
pose point au despotisme des prin- 
ces. On dit qu'il y a une conspira- 
tion entre les ecclésiastiques et les 
souverainspour opprimer les peuples. 
Du moins ce n'est pas le clergé qui 
fomente le despotisme des princes 
mahométans ou idolâtres deSiam, de 
la Cochinchine, du Pégu, delà Chine, 
du Japon, des Indes et de l'intérieur 
de l'Afrique : il y a bien de la diffé- 
rence entre leur gouvernement et 
celui des monarques chrétiens. De- 
puis que les protestants ont dépouillé 
les ministres de la religion de toute 
autorité, voyons-nous les souverains 
d'Allemagne traiter leurs sujets avec 
plus de douceur que sous le règne du 
catholicisme? C'est toujours en écra- 
sant le clergé, que les mauvais princes 
parviennent au despotisme. 

On voit, dans le Dictionnaire de Ju- 
2 






CLE 

risprudence, les privilèges, les immu- 
nités, les dilférents degrés d'autorité 
et de juridiction dont jouit le clergé, 
et qui émeuvent la bile de nos philo- 
sophes réformateurs; il faut, dit-on, 
les supprimer pour l'avantage du pu- 
blic. Mais, comme l'observe très-bien 
un écrivain de nos jours, il n'y a pas 
un abus, pas une loi injuste, pas un 
genre d'oppression, pas une espèce 
d'iniquité publique, à commencer 
depuis le despotisme jusqu'à l'anar- 
chie, qui n'ait eu pour prétexte le 
bien général, l'intérêt des hommes, 
le bonheur des sociétés. Il n'y a point 
d'autre bien public que l'observation 
de la loi naturelle. Or, selon cette 
loi, on ne pourrait toucher aux pri- 
vilèges des ecclésiastiques, sans révo- 
quer aussi ceux de même nature qui 
ont été donnés à la noblesse, aux 
charges de magistrature et à d'autres 
titres (1). 

Il est bon de" se souvenir que le 
nom de clerc, donné dans les bas siè- 
cles à tout homme lettré, et celui de 
clergie, qui désignait toute espèce de 
science, sont un témoignage irrécu- 
sable des services que les ecclésiasti- 
ques ont rendus à l'Europe entière 
après l'inondation des Barbares ; si 
la religion ne les avait pas obligés à 
l'étude, toute connaissance aurait été 
anéantie. Mais depuis que les philo- 
sophes ont voulu se saisir de la clef 
de la science, être les seuls docteurs 
de l'univers, ils ont déclaré la guerre 
au clergé, par jalousie de métier. 
Bergier. 

CLERCS RÉGULIERS. On nomme 

ainsi les ecclésiastiques qui se réunis- 
sent en congrégation par des vœux, 
et s'assujettissent à une règle com- 
mune, pour remplir les fonctions du 
saint ministère, pour instruire les 
peuples, assister les malades, faire 
• des missions, etc. Ils sont distingués 
des chanoines réguliers, en ce que 
ceux-ci se sont astreints à des jeûnes 
et à des abstinences, aux veilles de la 
nuit, au silence des moines; au lieu 
que les clercs réguliers ne se sont im- 
posé aucune austérité, mais seule- 



(1) Les anciens privilèges de la noblesse et du 
clergé sont abolis. Gousset. 



18 CLE 

ment l'exactitude à remplir tous les 
devoirs ecclésiastiques. Ils ont jugé 
avec raison et ils ont prouvé par leur 
exemple, que la vie commune, l'as- 
sujettissement à une règle, la sépara- 
tion d'avec les séculiers, les bons ex- 
emples mutuels, soutiennent la vertu, 
excitent la ferveur, et préservent un 
ecclésiastique des écueils de la piété. 
On connaît en Italie huit congré- 
gations de clercs réguliers, ceux de 
saint Paul, appelés barnabites, ceux 
de saint Gaétan ou théatins, les jésuites 
qui n'existent plus, ceux de saint 
Maïeul nommés somasques, ceux des 
écoles-pies, ceux de la Mère de Dieu, 
les clercs réguliers mineurs, et les mi- 
nistres ou serviteurs des infirmes. 
Ces derniers furent institués en Italie 
par un prêtre nommé Camille de Lel- 
lis, pour soigner les hôpitaux et sou- 
lager les malades. Sixte V, Grégoire 
XV et Clément VII, ont approuvé cet 
institut digne des éloges de tous les 
gens de bien; son fondateur mourut 
saintement en 1614. Ses membres 
rendent les mêmes services que les 
frères de la charité. On les nomme 
aussi crucifères, parce qu'ils portent 
une croix rouge sur leur soutane. 
Bergier. 

CLERGÉ (le) ET LE MONDE. {Théol. 
mixt. mor. social.) — « Le prêtre est 
le sel de la terre » a dit Jésus-Christ. 
Or, le sel, pour saler la terre, pour 
activer sa faculté productrice, ne 
doit-il pas se fondre dans la terre, se 
mêler avec elle, s'identifier à elle ? 
S'il demeure dans sa sèche cristalli- 
sation et dans son isolement, il ne 
remplira pas sa destinée ; il ne sera 
sel que par virtualité, il ne sera pas 
le sel de la terre en action. Il faut 
donc que le clergé se fonde avec le 
monde, se fasse dans le monde tout 
à tous comme saint Paul, et, pour cela, 
qu'il puisse dire : « Rien de ce qui 
est humain ne m'est étranger. » Nihil 
humanum a me alienum est. 

Comment sera-l-il ainsi, si ce n'est 
en ne restant étranger ni aux sciences, 
ni aux arts, ni à la politique, ni à 
rien de ce qui constitue le progrès? 
Il y en a qui disent : « Le clergé ne 
doit s'occuper que de la religion et du 
culte ; » ce sont ses ennemis qui par- 



CLE 



19 



lent de la sorte; ce sont ceux qui, 
comme Frédéric de Prusse, veulent 
« eu l'aire an hibou », alin qu'il perde 
toute influence sur la société. Nous 
lui disons précisément le contraire : 
occupez-vous de toutes les choses du 
monde, soyez au courant de toute 
science, de tout art, de tout mouve- 
ment social ; c'est ainsi que vous au- 
rez de l'action. Ne soyez jamais des 
hommes du passé, soyez des hommes 
modernes et de l'avenir; mêlez-vous 
à tout dans le sens du progrès, et pour 
cela sachez tout. 

Voilà pourquoi, dans ce diction- 
naire de théologie, principalement 
destiné au clergé, nous parlons de 
tout. Ceux qui nous critiqueront pour 
certains articles qui sortent de l'ob- 
jet direct de cette théologie propre- 
ment dite auquel le premier auteur 
s'était limité, qui sont même profanes 
et mondains par leur matière immé- 
diate, prouveront par leur critique 
qu'ils ont donné dans le piège que leur 
tend perpétuellement l'ennemi, et qui 
lui réussit trop bien. Ceux-là ne veu- 
lent donc pas tout savoir, ni pouvoir 
parler de tout; ils veulent, selon le 
conseil qui leur en est donné par 
Satan, se reléguer dans le sanctuaire 
avec le troupeau, de jour en jour 
plus petit, qui leur ressemble. Mais 
dehors, que t'ait le monde? Il va à 
ses affaires, et les oublie, oublie le 
sanctuaire avec eux, et la religion 
s'en va. 

Il n'est rien de mondain qui soit 
méprisé par l'homme vraiment évan- 
gélique ; il n'est rien qui ne soit sus- 
ceptible d'être christianisé par lui, et 
qui ne devienne, dans ses mains, un 
iilet aux pêches miraculeuses. 

Le Nom. 

CLERMONT. (théol. hist. cane. ) — La 
ville de Clermont en Auvergne enre- 
gistre dans son histoire sept conciles, 
dont le plus important fut le qua- 
trième, parce que ce fut dans ce con- 
cile qu'on résolut la première croi- 
sade. 

Le premier de ces conciles eut 
lieu en 1391 sous le règne de Theu- 
debert : quinze évêques présents. Les 
Pères se prononcent contre l'élection 
des évêques par les princes ; l'élec- 



CLE 

tion appartient au clergé et au peu- 
ple et doit être confirmée par le mé- 
tropolitain. 

Le second en !149 : il renouvelle, 
dans seize canons, les décisions du 
cinquième concile d'Orléans, qui con- 
damne les hérésies de Nestorius et 
d'Eutychès, coniirme les droits du 
clergé et du peuple dans les élections 
épiscopales et anathématise les siruo- 
niaques (1) . 

Le troisième en 587. 

Le quatrième, ( Comilium ad Cla- 
rum montent, Cluramoniunum ) de- 
mande à être raconté un peu plus 
longuement. Voici le précis qu'en 
donne M. Fritz : 

« Le pape Urbain II, sollicité par 
une lettre deSiméon, patriarche de Jé- 
rusalem, et par le tableau que Pierre 
d'Amiens lui avait fait de la misère 
et des souifrances qu'avaient à subir 
les Chrétiens de la Palestine, convo- 
qua, pour l'octave de la Saint-Martin 
i 095, un concile à Clermont, en Auver- 
gne, pour réaliser le plan qu'il avait 
formé depuis longtemps , qu'avait 
déjà conçu Crégoire VII, de délivrer 
les lieux saints. Quatorze archevêques 
deux cent vingt-cinq évêques, quatre 
abbés et beaucoup d'autres ecclésias- 
tiques, une multitude de laïques de 
toute condition répondirent à l'appel 
du souverain Pontife. 

a Le concile décréta d'abord trente- 
deux canons ayant pour but de rele- 
ver la discipline et les mœurs, de ré- 
tablir la paix dans l'Église et les 
royaumes chrétiens. Il chercha sur- 
tout à réprimer la simonie et le con- 
cubinage des ecclésiastiques, l'inves- 
titure parles laïques, le cumul. 

« Ces points réglés, Urbain réunit 
la foule inquiète et impatiente sur 
une place et lui adressa un élo- 
quent discours. Plusieurs variantes 
de ce discours sont arrivées jusqu'à 
nous, ce qui s'explique par cela que 
les anciens historiens ont élaboré les 
paroles du Pape chacun a sa façon. 
Peut-être aussi le discours tenu, dans 
des circonstances analogues, par Ur- 
bain à Plaisance a-t-il été fondu dans 
celui de Clermont . Dans tous les cas 
l'effet en fut prodigieux. Le Pape fut 

(i) Coll. Candi., t. V. 



! 



CLE 



120 



souvent interrompu par les larmes 
et les cris de la multitude s'écriaut : 
« Dieu le veut ! » que l'assemblée en- 
tière répéta. L'évêque du Puy, Naimar 
ou Adémar, comme le nomme Guil- 
laume deTyr, se jeta le premier aux 
pieds du Pape et déclara sa résolution 
de prendre part à la croisade ; la 
majorité des ecclésiastiques et des 
laïques présents suivirent son exem- 
ple. Uue croix rouge, appliquée sur 
l'épaule droite, fut le signe de rallie- 
ment de ceux qui avaient juré de 
visiter et de délivrer les lieux saints. 
Les évèques et les prêtres, revenus 
dans leurs diocèses, surent rendre 
général l'enthousiasme pour la croi- 
sade qu'ils avaient puisé à Clermont 
et les indulgences accordées aux croi- 
sés secondèrent l'effet de leurs exhor- 
tations. » 

Le cinquième en 1110, sous le 
légat du pape Richard. 

Le sixième en 1 1 30, sous le légat 
Pierre de Laon. 

Le septième en 1130, sous le pape 
innocent H, qui avait cherché et 
trouvé refuge en France contre les 
Romains révoltés. 11 y reçut les évè- 
ques Conrad de Salzhourg et Héri- 
bert de Munster, envoyés vers lui 
par le roi Lothaire. Le Nom. 

CLÉSINGER (Jean-Baptiste-Augus- 
te). (Tliéol. hist. biog. et œuv. d'art.) 
— Ce sculpteur français est un des 
derniers qui, dans notre époque, ont 
conservé le sentiment de l'art ; ce 
n'est pas qu'il n'y en ait d'autres qui 
soient pleins de talent et doués d'une 
grande habileté; tel est M. Carpcaux 
dont l'adresse et la facilité ne sauraient 
être dépassées; mais presque tous 
ces maîtres se sont jetés dans le léger 
et dans le sec du positivisme, tandis 
que Clésinger a gardé le mouvement, 
l'expression, le sentiment, le vrai beau 
de l'antique. Il naquit à Besançon en 
1820; il a épousé une tille deM me Geor- 
ges Sand, dont il s'est séparé. 

On peut citer parmi ses œuvres : 
un Faune et la Mélancolie, 1846; la 
Femme piquée par un serpent, 1847; 
un buste colossal de la Liberté, 1848; 
une Fraternité, 1848 ; la Tragédie et la 
Comédie, ou M lle Rachel dans Phèdre 
et dans le Moineau de Lesbie, 1852; 



CLE 

la Tragédie, 1 852 ; François I, à cheval, 
1856; la Zingara; Sapho terminant 
son dernier chant ; la Jeunesse de Sapho ; 
Charlotte Corday; Taureau romain; 
1859 ; Combat de taureaux; la Pieta et 
la Comélie avec ses deux enfants 
nous paraissent de très-belles œuvres. 
Clésinger a fait aussi des essais de 
peinture ; son Eve dans le paradis ter- 
restre tentée pendant son sommeil, est 
très-mytique et très-grandiose. Clé- 
singer a partagé avec Eugène Dela- 
croix l'honneur de n'être pas compris 
par ses contemporains, et d'être, de 
leur part, l'objet d'amères critiques. 
Le Noir. 

CLET (saint). (Théol. hist. pap.) — 
S. Clet, d'après l'opinion commune, 
succéda à S. Lin, qui avait lui-même 
succédé à S. Pierre ; selon les uns, 
ce fut vers l'an 78, selon d'autres, 
vers l'an 80, selon d'autres, vers l'an 
90, selon d'autres enfin, vers l'an 93, 
mais il régna 12 ans, 1 mois et 11 
jours. « Mais, dit M. Werner, si, 
comme il est vraisemblable d'après 
d'anciennes traditions, Lin ne fut 
point pape, mais seulement coadju- 
teur de S. Pierre, et s'il mourut en 
67 (V. anaclet), il faut le placer vers 
67 ou 68, et alors, il serait mort eu 
79 ou 80. » 

D'après l'ancien catalogue des Pa- 
pes, connu sous le nom de Catalogue 
de Libère, Clet n'aurait succédé qu'à 
Clément I ou Clément, romain, et 
aurait régné de 77 à 83, soit 6 ans 2 
mois et 7 jours. Dans ce cas, les 12 
années du règne de Clet seraient le 
résultat d'une erreur du copiste du 
Catalogus Felicis IV, qui aurait con- 
fondu Clet avec Anaclet. Le catalogue 
de Libère parait mériter plus de 
croyance que les autres. 

S. Irénée donna cette série : Lin, 
Anaclet, Clément ; mais Tertullien 
nomma Clément comme successeur 
immédiat de S. Pierre. Le canon de 
la messe nomme Clément après Clet, 
ce qui parait grave. Il est difficile de 
sortir de ces obscurités. 

D'après le catalogue de Félix IV, 
Clet était romain de naissance, son 
père se nommait Emilien, il consacra 
25 prêtres à Rome sur l'ordre de S. 
Pierre, ce que plusieurs expliquent 



jU 



21 



CXI 



en disant qu'il distribua la Tille de 
Rome en 25 paroisses. Il paraît pro- 
bable que Clet fut martyrisé par or- 
dre de Domitien. Le Noir. 

CLIMAT. De nos jours on a mis en 
question si la religion chrétienne 
était propre à tous les climats, par 
conséquent si Jésus-Christ a eu raison 
de dire à ses apôtres : Allez enseigner 
toutes les nations. Sans entrer dans 
aucune spéculation physique ni poli- 
tique, la question nous parait décidée 
par un fait incontestable : c'est que 
le Christianisme a produit les mêmes 
effets, le même changement dans les 
mœurs de tous les peuples chez les- 
quels il s'est établi. La mollesse des 
Asiatiques, la férocité des Africains, 
l'humeur vagabonde des Parthes et 
des Arabes, la rudesse des habitants 
du Nord et des Sauvages, ont été for- 
cées de céder à la morale de l'Evan- 
gile. On peut s'en convaincre par le 
tableau des mœurs qui ont régné avec 
le Christianisme pendant quatre siè- 
cles sur les côtes de l'Afrique, en 
Egypte, en Arabie, qui régnent en- 
core chez les Abyssins, par la révo- 
lution qu'il a opérée chez les Perses, 
au sixième siècle en Angleterre, au 
neuvième chez les peuples du Nord, 
de nos jours parmi les Américains et 
aux extrémités de l'Asie. 

Il y a sans doute des climats sous 
lesquels les mœurs sont ordinaire- 
ment plus corrompues, et les habi- 
tants moins propres à s'instruire ; 
mais il n'est point de difficultés que 
le Christianisme n'ait autrefois vain- 
cues; il peut donc encore les vaincre 
aujourd'hui. Au second siècle, Celse 
jugeait, comme nos politiques mo- 
dernes, que le dessein de ranger tous 
les peuples sous la même loi, était un 
projet insensé; cette spéculation pro- 
fonde s'est trouvée fausse, elle le 
sera toujours ; le Christianisme a été 
destiné de Dieu à être la religion de 
toutes les nations, comme il doit être 
celle de tous les siècles. 

Une preuve démonstrative que la 
religion a beaucoup plus d'empire 
sur les.mojurs des peuples que le 
climat, c'est que partout où le Chris- 
tianisme a été détruit, la barbarie et 
l'ignorance ont pris sa place, sans 



qu'aucun laps de temps ait pu les d ; s- 
siper. Y a-t-il quelque ressemblance 
entre les mœurs qui régnent aujour- 
d'hui sous le mahométisme dans la 
Grèce, l'Asie Mineure, la Perse, la 
Syrie, l'Egypte et sur les côtes de 
l'Afrique, et celles que le Christia- 
nisme y avait introduites? Dans peu 
d'années notre religion avait civilisé 
toutes ces nations; il y a près de 
douze cents ans qu'elles sont retom- 
bées dans la barbarie, et elles sem- 
blent condamnées à y demeurer pour 
toujours, à moins qu'elles ne revien- 
nent à la lumière de l'Evangile dont 
l'Alcoranles a privées. En voyageur, 
qui a fait récemment le tour du 
monde, atteste qu'il a vu le Christia- 
nisme produire les mêmes effets dans 
tous les climats, et partout où les mis- 
sionnaires sont parvenus à l'établir. 

Nous ne devons donc pas nous lier 
à ce qu'a dit l'auteur de l'Esprit des 
lois, qu'il est presque impossible que 
le Christianisme s'établisse jamais à 
la Chine. Selon lui, les vœux de vir- 
ginité, les assemblées des femmes 
dans les églises, leur communication 
nécessaire avec les ministres de la re- 
ligion, leur participation aux sacre- 
ments, la confession auriculaire, l'ex- 
trème-onction, le mariage avec une 
seule femme, sont des obstacles in- 
vincibles ; parce que tout cela ren- 
verse les mœurs et les manières du 
pays, et frappe encore du même coup 
sur la religion et sur les lois. 

Mais les vœux de virginité et le 
mariage d'un homme avec une seule 
femme seraient-ils plus difticiles à 
établir à la Chine que dans la Perse, 
dans l'Arabie, en Ethiopie, en Egypte 
et sur les côtes de l'Afrique, où le 
climat est beaucoup plus brûlant qu'à 
la Chine, où la relgion, les mœurs 
et les lois n'étaient pas meilleures 
lorsque le Christianisme y fut porté? 
Qui empêcherait d'ailleurs que dans 
les églises les femmes ne fussent sé- 
parées des hommes par des barriè- 
res impénétrables, que l'on ne leur 
administrât les sacrements avec les 
mêmes précautions qu'à des religieu- 
ses? Lorsque l'Egypte, la Libye, la 
Mauritanie étaient chrétiennes , les 
femmes n'étaient pas renfermées, les 
deux sexes y vivaient à peu près avec 



• 



CLI 



22 



la môme liberté que parmi nous, et 
les Pères de l'Eglise n'ont point en- 
visagé cette société libre comme une 
source de dépravation mutuelle. Elle 
subsiste encore cbez les chrétiens 
d'Ethiopie; les voyageurs n'ont pas 
vu que les femmes y soient plus cor- 
rompues qu'ailleurs. Tertullicn, en 
soutenant que les vierges doivent se 
voiler dès qu'elles ont atteint l'âge de 
puberté, suppose que les femmes ne 
portaient point de voile, et il ne parle 
pour elles d'aucune espèce de clô- 
ture. L. de virgin. velandis. Aujour- 
d'hui à la Cliiue, et partout où le 
mahométisme a porté la corruption, 
les voiles, les sérails, les verroux etles 
eunuques ne suffisent pas pour calmer 
la jalousie inquiète des maris. Un 
Chinois ne comprendra jamais, dit- 
on, qu'une femme puisse décemment 
parler à l'oreille d'un confesseur ; il 
ne comprend pas non plus qu'un 
homme puisse se trouver seul avec une 
femme, dans un lieu écarté, sans être 
tenté de lui faire violence; il com- 
prendrait l'un et l'autre s'il était 
chrétien. En bannissant la polygamie, 
en montrant aux hommes le mérite 
de la chasteté, le Christianisme re- 
trancherait les deux principales 
sources de corruption. Contre des 
faits positifs et incontestables , les 
spéculations et les conjectures philo- 
sophiques ne prouvent rien. 

Bergier. 

CLIMATS. (Théol. mixt. scien. geo- 
grap. et mùtéor, — Nous avons fait 
remarquer dans différents articles 
l'ordre donné par Dieu à la race hu- 
maine, dans la personne de ses pre- 
miers pères, de dominer toute la 
terre, universam terrant, et tout ce 
qu'elle comporte ; nous avons fait 
voir, en même temps, divers accom- 
plissements de la prophétie impliquée 
dans ce commandement. Ces accom- 
plissements se réalisent surtout dans 
les temps modernes, depuis les gran- 
des découvertes du moyen âge, celle 
de la poudre à canon qui, un jour ne 
s'appellera plus, croyons-nous du 
moins, que la poudre à mines, celle 
du nouveau monde, celle de l'impri- 
merie; ils se réalisent aujourd'hui 
par les grandes inventions scientili- 



CLI 

ques et industrielles, telles que la 
vapeur appliquée à la navigation et 
aux chemins de fer, la télégraphie 
électrique terrestre et sous-marine, 
etc. Or,nous ne pouvons laisserpasser 
le mot climats, qui nous tombe sous les 
yeux, sans faire une observation sur 
le tempérament naturel de l'homme, 
comparé à celui de tous les autres 
animaux, dans ses rapports avec la 
climatologie et la destination provi- 
dentielle de l'homme à régner dans 
tous les climats. 

Pour que Dieu put dire à cet être, 
qui n'est ni des petits ni des gros de la 
création terrestre comme développe- 
ment matériel, domine toute la terre, il 
devait avoir mis en lui les conditions 
physiques de cette domination, et 
par conséquent l'avoir créé avec un 
tempérament susceptible de s'accli- 
mater dans toutes les zones, depuis 
latorride aux constantes chaleurs jus- 
qu'aux boréales aux froids perpétuels. 
Or, c'est ce qu'il avait fait par une ex- 
ception unique en safaveur. Il n'existe 
pas, en effet, un seul animal qui 
puisse vivre également sous le climat 
de Pondichéry, par exemple, où la 
température maxima est de 44 degrés 
au-dessus de zéro et la minima de 21 
au-dessous, et sousle climat de Moscou 
où la température maxima est de 32 
au-dessus et de 38 au-dessous. Mais 
l'homme vit parfaitement dans ces 
deux climats, puisque Pondichéry et 
Moscou sont deux grandes villes éga- 
lement habitées par l'homme, et dans 
lesquelles l'homme se sert d'animaux 
tout différents pour l'aider dans ses 
travaux. Il en est de même des zones 
encore plus disparates; dans la Lapo- 
nie et jusque près des pôles, vous 
trouvez des hommes qui se servent 
du renne comme vous en trouvez près 
des tropiques qui se servent du cha- 
meau. L'homme, originaire de pays 
tempérés, tout acclimaté qu'il soit dans 
ces pays, entreprend des voyages aux 
pôles, des voyages aux tropiques, des 
voyages sur l'Océan, des voyages dans 
l'intérieur des continents, et il résiste 
aux assauts des chaleurs les plus lortes 
aussi bien que des froids les plus ai- 
gus, tant par la force même de son 
tempérament que par les moyens 
qu'invente son intelligence pour s'en 






CLI 



23 



CLI 






garantir. Aucun animal, quelque bien 
préservé qu'il soit par son maître 
l'homme, ne résiste jusqu'où l'homme 
résiste. Le chien, que la domesticité 
lui a le plus assimilé, l'accompagne 
très-loin du côté du soleil et du côté 
de la nuit, mais périt encore quand 
son maître continue de vivre. Il y a 
des contrées où l'on ne trouve plus 
d'êtres vivants, que l'homme tout seul 
et quelques rares végétaux tels que la 
tripe de roche, sorte de mousse à la 
rigueur comestible, et le phoque et 
l'ours blanc. On trouve encore là des 
humains, et le voyageur de nos con- 
trées qui s'y hasarda en revint plus 
d'une fois bien portant. 

Il est donc vrai que Dieu pouvait 
dire à l'homme : Domine toute la terre ; 
il avait l'ait, en sa faveur, une grande 
exception à la loi générale des êtres 
terrestres, pour qu'il lui fûtpossible, 
matériellement, de réaliser un jour 
l'envahissement du globe dont toute 
l'étendue lui était donnée en partage. 
Le Noir. 

CLINIQUE. {Théol. rnixt. scienc. 
média.) — Ce mot vient du grec x)avr}, 
lit. La médecine clinique est donc 
l'enseignement médical professé au 
lit même des malades ; c'est l'en- 
seignement théorique allié à l'ensei- 
gnement pratique; c'est par consé- 
quent le plus parfait de tous les en- 
seignements, surtoutenmédecine, où 
il s'agit de la santé du corps et de la 
vie présente, intérêt le plus grand 
que l'on puisse concevoir après celui 
de l'âme et de la vie immortelle. Au 
reste , ' comme enseignement d'une 
science quelconque, on ne peut rien 
imaginer de mieux que celui qui réu- 
nit la théorie à l'application, la spé- 
culation à l'expérience. Eh bien ! 
cette vérité apparut si claire à l'es- 
prit de nos pères les plus antiques, 
au moins en tant qu'appliquée à la 
médecine, qu'elle fut mise en prati- 
que dès l'origine de cette science. 
Nous savons historiquement que les 
prédécesseurs d'Hippocrate lui-même 
ne tinrent que des écoles cliniques. 
De prime jet, sur ce point, l'huma- 
nité historique se posa dans la mé- 
thode parfaite. Ce ne fut qu'après 
qu'llippocrate eut élevé, par ses écrits, 



la médecine à la hauteur d'un corps 
doctrinal que l'on se jeta dans les dis- 
cussions théoriques, et qu'oubliant 
trop l'une des deux parties intégrantes 
de cet enseignement, on ne se livra 
plus guère qu'aux exposés, aux dé- 
fenses ou aux attaques des systèmes. 
On passa, de la sorte, de longs siè- 
cles, pendant lesquels de rares génies 
tels que Galien, essayèrent, autant 
qu'il était donné à des influences per- 
sonnelles, de rappeler la pratique à 
l'aide de la théorie ; et, le croirait-on, 
ce ne fut qu'au xva° siècle qu'on com- 
mença de retourner à la méthode an- 
tique. De même qu'on en était arrivé 
durant le règne brillant de l'école 
d'Alexandrie et durant tout le moyen 
âge à ne pouvoir plus s'aider, dans 
l'enseignement de l'anatomie et de 
la physiologie, de la dissection des 
cadavres dans les amphithéâtres, parce 
que les lois défendaient cette dissec- 
tion et condamnaient les savants cu- 
rieux qui la pratiquaient parfois en 
cachette, de même la médecine pro- 
prement dite ne pensait même plus 
à s'aider, dans son enseignement, de 
la vue des faits intéressants que pré- 
sentaient les malades eux-mêmes. 

Les premiers qui purent recom- 
mencer et recommencèrent la méde- 
cine clinique forent Sylvius de la Hoc, 
Guillaume Stratcn, ùtho Heurnius, 
vers 16a0; Boerhaave lui donna un 
grand éclat vers les débuts du dix- 
huitième siècle ; et enfin Van Swieten 
fonda, à Vienne, en 1750, la première 
école clinique véritable. En France, 
ce fut Desbois de Rochefort qui or- 
ganisa le premier un enseignement 
clinique ; cet enseignement fut consa- 
cré officiellement à la création des 
écoles de médecine ; Corvisart, Pincl, 
Dessault l'illustrèrent ; et aujour- 
d'hui nous avons, à Paris, huit chaires 
de clinique, dont quatre médicales, 
trois chirurgicales et une d'accouche- 
ment, auxquelles il convient d'ajou- 
ter un plus grand nombre de clini- 
ques particulières sur les divers sys- 
tèmes de thérapeutique. 

Or, il est incontestable que c'est de- 
puis cette alliance de l'observation et 
de la pratique à la spéculation et à 
la théorie, que lcssciem-cs aliénantes 
à la médecine, l'anatomie, la physio- 



CLI 



24 



CLï 



logie, la matière médicale, l'hygiène 
etc., ont le plus progressé et ont en 
même temps le plus gagné contre les 
fléaux qui décimaient autrefois l'hu- 
manité. Nous ne voyons plus de ces 
pestes terribles qui dépeuplaient les 
cités. Dans notre siècle, nous avons 
eu le choléra, mais quelle différence 
encore entre ses ravages et ceux des 
anciennes pestes; d'un autre côté, 
c'est depuis sou invasoin la plus 
grave que le progrès s'est réalisé dans 
l'assainissement de nos grands villes. 
Autrefois,une grande guerre ne se pas- 
sait jamais sans être suivie de mala- 
dies contagieuses ou épidémiques, 
désastreuses ; aujourd'hui nous sor- 
tons d'une des plus grandes guerres 
qui aient jamais eu lieu et qui aient 
jeté le plus de cadavres dans le sol ; 
jamais ne s'étaient choqués d'aussi 
nombreux bataillons qu'à Reischof- 
fen, notre combat si malheureuse- 
ment décisif tout le premier qu'il fût; 
pour la première fois, depuis les 
temps historiques, aucune peste n'a 
succédé à cette guerre grandiose. 
Nous croyons donc qu'il y a un grand 
progrès hygiénique et médical dans 
l'humanité, et, sans oser dire avec 
Descartes, un des esprits les plus sé- 
rieux pourtant qui aientjamais existé, 
que l'art hygiénique et thérapeutique 
parviendra un jour à préserver 
l'homme des infirmités de la vieillesse, 
nous croyons que, sur ce point comme 
sur tous les autres, il se fera de telles 
améliorations dans les conditions vi- 
tales de l'humanité qu'il est impossi- 
ble de s'en faire une idée. 

Mais il fallait, pour en arriver là, que 
l'enseigement théorique eût ses siè- 
cles d'engouement après d'humbles 
débuts dans la vraie méthode de l'al- 
liance des deux sources du progrès, 
et qu'après cet engouement on re- 
tournât à l'observation sans aban- 
donner la théorie; il y a aujourd'hui 
une réaction positiviste en faveur de 
la méthode expérimentale, qui va 
trop loin ; mais on finira par trouver 
la véritable pondération des deux 
forces ; et c'est alors que le progrès 
prendra son grand essor. 

Ce sera alors, la réalisation, sous 
le rapport de l'art hygiénique et thé- 
rapeutique, de l'antique parole con- 



signée par Moïse, qui a promis à 
l'homme la possession de la terre. 

Dieu fasse qu'il en soit de même, 
un jour, du travail de l'esprit et du 
cœur, en cette vie, pour la santé dans 
la vie future. Le Noir. 

CLINIQUES. On donnait autrefois 
ce nom à ceux qui avaient été bap- 
tisés dans leur lit pendant une ma- 
ladie ; il vient du grec xX!vt|. lit. 

Dans les premiers siècles de l'E- 
glise, plusieurs différaient ainsi leur 
baptême jusqu'à l'article de la mort, 
quelquefois par humilité, souvent par 
libertinage et pour pécher avec plus 
de liberté. On regardait, avec raison, 
ces chrétiens comme faibles dans la 
foi et dans la vertu. Les Pères de 
l'Eglise s'élevèrent contre cet abus ; 
le concile de Néocésarée, can. 12, dé- 
clare les cliniques irréguliers pour les 
ordres sacrés, à moins qu'ils ne soient 
d'ailleurs d'un mérite distingué, et 
qu'on ne trouve pas d'autres minis- 
tres; on craignait que quelque motif 
suspect ne les eût engagés à recevoir 
le baptême. Le pape saint Corneille, 
dans une lettre rapportée par Eusèbe, 
dit que le peuple s'opposa à l'ordina- 
tion de Novatien, parce qu'il avait 
été baptisé dans son lit étant malade. 
Les cliniques étaient aussi appelés gra- 
bataires, pour la même raison. Saint 
Cyprien, Epist. 76, ad Magnum, sou- 
tient cependant que ceux qui sont 
ainsi baptisés, ne reçoivent pas moins 
de grâces que les autres, pourvu né- 
anmoins qu'ils y apportent les mêmes 
dispositions. Mais on ne les élevait 
pas aux ordres sacrés, dès que l'on 
soupçonnait qu'il y avait eu de la né- 
gligence de leur part. Il paraît que 
la maladie était le seul cas où il fût 
permis de baptiser par aspersion. 
Bingham, 1. 11, c. 41, tom. 4, p. 333. 
Bergieb. 

CLOCHES, bénédiction des cloches. 
L'Eglise veut que tout ce qui a quel- 
que rapport au culte de Dieu soit 
consacré par des cérémonies ; consé- 
quemment on bénit les cloches nou- 
velles : comme les cloches sont 
présentées à l'Eglise, ainsi que les 
enfants nouveau-nés, qu'on leur 
donne un parrain et une marraine, et 



CLO 



25 



CLO 



qu'on leur impose des noms, l'on a 
appelé baptême cette bénédiction. 

Alcuin, disciple de Bède et précep- 
teur de Charlemagne, parle de cet 
usage comme antérieur à l'an 770; 
la forme en est prescrite dans le 
pontifical romain et dans les rituels. 
Après plusieurs prières, le prêtre 
dit : Que cette cloche soit sanctifiée 
et consacrée, au nom du Père, et 
et du Fils, et du Saint-Esprit; il prie 
encore, il lave la cloche en dedans et 
en dehors avec de l'eau bénite, il fait 
sept croix dessus avec l'huile sainte, 
et quatre en dedans avec le saint- 
chrême ; il l'encense et il la nomme. 
On peut voir cette cérémonie plus en 
détail dans les cérémonies religieuses 
de Fabbé Banier. Bergier. 

CLOITRE, en général, signifie un 
monastère de personnes religieuses 
de l'un ou de l'autre sexe, et quel- 
quefois il se prend pour la vie mo- 
nastique; on dit dans ce sens que 
l'on peut faire son salut dans le 
cloître plus aisément que dans le 
monde. 

La plupart des cloîtres ont été au- 
trefois non-seulement des maisons de 
piété, mais aussi des écoles où l'on 
enseignait les langues et les arts li- 
béraux , négligés partout ailleurs. 
Cède Hist., liv. 3, chap. 3, nous ap- 
prend qu'Oswald, roi d'Angleterre, 
donna plusieurs terres aux cloîtres, 
afin que la jeunesse y fût bien élevée. 
La richesse des monastères n'a donc 
pas une source ainsi odieuse que les 
critiques modernes voudraient le 
persuader. Les cloîtres de Saint-Denis 
en France, de Saint-Gall. en Suisse, et 
ime infinité d'autres, dans lesquels 
les enfants des rois avaient été élevés, 
furent non-seulement dotés richement 
par ce motif, mais encore décorés de 
plusieurs privilèges, principalement 
du droit d'asile. Ils servaient aussi 
de prison, surtout aux princes, soit 
révoltés, soit malheureux, exclus ou 
déposés du trône. L'histoire byzan- 
tine, et celle de France en fournissent 
de fréquents exemples. 

Bergier. 



CLOTURE DES 
Voy. Religieuses. 



RELIGIEUSES. 



CLUM, célèbre abbaye située en 
Bourgogne, dans le Maçonnais; c'est 
le chef-lieu d'une congrégation de 
bénédictins, qui en portent le nom. 

Cette abbaye fut fondée sous la 
régie de saint Benoit, l'an 910, par 
Bernon, abbé de Gigny, sous la pro- 
tection et par les libéralités de Guil- 
laume I or , duc d'Aquitaine et comte 
d'Auvergne. Quelques auteurs mo- 
dernes ont voulu faire remonter su 
fondation à l'an 826 ; mais leur 
opinion est dénuée de preuves so- 
lides. 

Dans son érection cette abbaye fut 
mise sous la protection immédiate du 
Saint Siège, avec défense expresse à 
tous séculiers ou ecclésiastiques de 
troubler les moines dans leurs pri- 
vilèges, et surtout dans l'élection de 
leur abbé. Ils prétendirent, par cette 
raison, être exempts de la juridiction 
de l'évèque , ce qui donna lieu à 
d'autres abbés de former la même 
prétention. Cette contestation a été 
jugée depuis quelques années en fa- 
veur de l'évèque de Mûcon. 

La congrégation de Cluni est re- 
gardée comme la plus ancienne de 
toutes celles qui sont unies en France 
sous un seul chef, et qui ne compo- 
sent qu'un corps de plusieurs monas- 
tères unis sous la même règle. Elle a 
donnéà l'Egliseplusieurs personnages 
recommandables par' leur savoir et 
par leurs vertus. Dom Martin Marrie l- 
a fait imprimer à Paris, en 1614, la 
Bibliothèque des écrivains de cette con- 
grégation, an 1 vol. in-folio. Cette ab- 
aye fut pillée et la bibliothèque brû- 
lée par les calvinistes en 1562. 

Mosheim a remarqué que l'on 
parle improprement quand on dit 
î'ordrcde Cluni, puisque cette abbaye 
et ses dépendances ne sont pas d'un 
ordre dilférent de celui des autres 
bénédictins ; on doit dire la congréga- 
tion de Cluni, comme la congrégation 
de Saiut-Maur, de Saint-Vanne, etc. 
Mais cet auteur ne fait pas une réfle- 
xion fort judicieuse, lorsqu'il dit 
que saint Odon, successeur de l'abbé 
Bernon, premier fondateur, obligea 
non-seulement les moines à observer 
leur règle, mais qu'il y ajouta quan- 
tité de rites et de cérémonies, qui, 
bien qu'inutiles, malgré leur appa- 



h 



CLE 



26 



rence de sainteté, ne laissaient pas 
d'être sévères et incommodes. Il 
prouve lui-même que ces pratiques 
n'étaient pas inutiles, puisqu'il dit 
que cette règle de discipline combla 
de gloire saint Odon, qu'elle fut 
adoptée par tous les couvents de l'Eu- 
rope, que par ce moyen l'ordre de 
Cluni parvint au degré d'éminence et 
d'autorité, d'opulence et de dignité 
dont il jouit pendant ce siècle et le 
suivant. 

Une autre preuve de leur utilité, 
que Mosheim fournit lui-même, c'est 
que clans le douzième siècle les moi- 
nes de Cluni se relâchèrent, parce 
qu'ils négligèrent ce qui leur avait 
été prescrit par saint Odon. Saint 
Bernard rétablit ces mômes pratiques 
parmi les religieux de son ordre, et 
ce fut avec le même fruit. Lorsque 
les clunistes voulurent blâmer les 
observances trop rigoureuses de Ci- 
teaux, saint Bernard en fit l'apologie, 
et leur reprocha leur relâchement, 
Pierre le Vénérable, pour lors abbé 
des Cluni, entreprit, de son côté, de 
justitier ses religieux, et écrivit â 
saint Bernardavec beaucoup de modé- 
ration ; mais il sentit si bien le tort 
des clunistes, qu'il lit lui-même des 
règlements pour se rapprocher de 
Citeaux. Fleury, Hist. ecclës., 1. 07, 
§48; 1. 08, §'81. 

Mosheim en impose encore, lorsqu'il 
représente cette dispute comme une 
espèce de guerre scandaleuse, qui eut 
des suites funestes, et qui causa des 
troubles- dans plusieurs parties de 
l'Europe ; ce fut une simple guerre de 
plume, et rien de plus modéré que 
les écrits départ et d'autre. Mosheim, 
Hist. eeclés.,du dixième siècle, 2 e part., 
c. 2, §11 ; dudouzième siècle, 2 e part., 
c. 2, § 17. Bergier. 

COACTIF, revêtu du pouvoir de 
contraindre ou de se faire obéir par 
force. Les lois du souverain ont par 
elles-mêmes la force couctive, parce 
qu'il peut infliger des peines al'flicti- 
ves à ceux qui les violent. Les lois do 
l'Eglise n'ont par elles-mêmes (pie la 
force directive, puisque l'Église ne 
peutinlliger que des peines spirituel- 
les ; ses lois n'ont force coactice que 
quand elles ont été autorisées par le 



CLE 

souverain, et sont devenues lois de 
l'Etat. Elles n'en obligent pas moins 
les fidèles, sous peine de péché, puis- 
que, selon la sentence prononcée par 
Jésus-Christ même, celui qui n'écoute 
pas l'Eglise doit être regardé comme 
un païen et un publicain. Matth., 
c. 18, f 17. Bergier. 

COACTION, violence faite à la vo- 
lonté, et qui lui ôte la liberté d'agir 
ou de résister ; conséquemment lors- 
que la coaction a lieu, il n'y a plus ni 
mérite ni démérite, ni crime ni vertu 
dans l'action de celui qui est ainsi 
forcé. Entre la nécessité et la coaction, 
il y a cette différence, que la première 
\ ient d'un principe intérieur à celui 
qui agit, tt que la seconde vient d'un 
principe extérieur. Un homme qui a 
jeûné pendant longtemps, éprouve, 
par nécessité, la faim ou le désir de 
manger; celui auquel on met par 
violence des aliments dans la bouche, 
souffre coaction de manger. L'une et 
l'autre privent l'homme du pouvoir 
de choisir, par conséquent de la li- 
berté ; quoiqu'un insensé ou un fré- 
nétique ne soient pas poussés par un 
principe extérieur, mais par la dispo- 
sition intérieure de leurs organes, à 
faire certaines actions, ils ne sontpas 
censés plus libres en les iaisant, que 
s'ils avaient été conduits et poussés 
malgré eux par un homme plus fort 
qu'eux. 

Lorsque Jansénius a enseigné que 
pour mériter ou démériter, dans l'état 
de nature tombée, il n'est pas besoin 
d'être exempt de nécessité, mais seu- 
lement de coaction, c'est-à-dire, de ne 
'pas éprouver de violence de la part 
de quelqu'un, il a contredit égale- 
ment la saine théologie et le bon 
sens, et il a fait une injure sanglante 
à saint Augustin, en lui attribuant 
cette doctrine absurde. Vouez Liberté. 
Bergier. 

COBLENCE (concilesdeJ.(ïM>J. Aïs*. 

conc.) — Trois con iles se tinrent à 
Coblence en 800, en 922 et en 1012; 

Le plus important fut le premier. 
Ce fut un concile mixte où l'on traita 
des affaires religieuses et des affaires 
temporelles. « Les deux frères, dit M. 
Floss, Louis le Germanique et Charles 



COA 



27 



COG 



le Chauve, et leur neveu Lothairc II 
de Lorraine, se rencontrèrent dans la 
sacristie de l'église de Saint-Castor, 
de Coblence. Un petit nombre de per- 
sonnes les accompagnait. Onze évo- 
ques, quelques abbés, plus de trente 
princes s'y trouvaient également réu- 
nis. Parmi les évèques on distinguait 
Hincmar, métropolitain de Reims, et 
Gunthar, archevêque de Cologne. Les 
autres étaient Chrétien d'Auxerre, 
Franco de Liège, Théodoric de Min- 
den, Liudbert de Munster, Adventius 
de Metz, Hatto de Verdun, Altfned 
de Hildesheim, Salomonde Constance 
et Gebhard de Spire. 

« 11 s'agissait, entre les deux frères 
Louis et "Charles, de la pais, dont 
Lothaire était le médiateur. Chacun 
des rois parla aux grands assemblés, 
Louis et Lothaire en allemand, Char- 
les en langue romane,' toutefois de fa- 
çon que ce qu'il avait dit en roman, il 
le répétait brièvement en allemand. 
Louis prêta serment à son frère Char- 
les, à ses trois neveux, Louis, Lo- 
thaire et Charles, qu'à l'avenir il vou- 
lait être leur fidèle allié pour le ser- 
vice de Dieu, de l'Église et le bien gé- 
néral. Alors ils convinrent de douze 
articles qu'ils s'engagèrent à intro- 
duire dans leurs royaumes respectifs. 
Ils se promirent mutuellement par- 
don et oubli, fidèle assistance dans le 
besoin, poursuite commune et extra- 
dition des criminels qui fuiraient d'un 
royaume dans un autre, de ceux qui 
seraient excommuniés parles évêqucs, 
de ceux qui vivraient dansles 1 iens d'un 
mariage illicite, dans l'adultère, dans 
le concubinage avec une religieuse; 
en outre extirpation du brigandage, 
maintien du droit et de la justice. Déjà 
les trois frères, Lothaire I er , Charles 
et Louis, avaient, en 851, pris lesmê- 
mes engagements, dans lesmèmes ter- 
mes, à la diète de Mersen. Les arti- 
cles 6-9 étaient seuls nouveaux ; ils 
portaient que l'évèque ne doit exclure 
personne de la communauté sans l'a- 
voir au préalable exhorté à la péni- 
tence et à l'amendement, et, en cas de 
résistance, sans avoir averti le roi et 
les autorités de, l'État. Ceux qui, 
dans les années antérieures, s'étaient 
rendus coupables envers Dieu, l'Église 
ou le prince, devaient, s'ils témoi- 



gnaient du repentir et promettaient 
fidélité, être graciés, réintégrés dans 
leurs biens, et autant que possible, 
dans leurs fonctions. Le droit des ca- 
pitulaires franks introduit par leurs 
ancêtres devait être'maintenu. » 

Le concile de Coblmceàe 922, convo- 
qué sur la demande de CharlesIII,roidc 
France et de Henri I, empereur d'Al- 
lemagne, rendit quatorze canons sur 
la discipline de I'Kglise, alors fort re- 
lâchée. 

Le concile de 1012 fut convoqué 
par le ro; Henri II ; on y interdit a 
l'archevêque intrus de Mayence, les 
fonctions ecclésiastiques tant qu'il ne 
se serait pas justifié des accusations 
portées contre lui. Il n'est pas resté 
d'actes de ce concile. Le Noir. 

COCCÉTENS, sectateurs de JeanCox 
ou Coccéius, né à Brème en 1603, 
professeur de théologie à Leyde, et 
qui fit grand bruit en Hollande. En- 
têté du iigurisme le plus outré, il 
regardait toute l'histoire de l'Ancien 
Testament comme le tableau de celle 
de Jésus-Christ et de l'Eglise chré- 
tienne; il prétendait que toutes les 
prophéties regardaient directement 
et littéralement, Jésus-Christ, que tous 
les événements qui doivent arriver 
dans l'Eglise jusqu'à la fin des siècles, 
sontfigurés et désignés plus ou moins 
clairement dans l'histoire sainte et 
dans les prophètes. On a dit de lui 
qu'il trouvait Jésus-Christ partout dans 
l'Ancien Testament, au lieu que Gro- 
tius ne l'y voyait nulle part. 

Selon son opinion, avant la fin du 
monde il doit y avoii sur la terre un 
règne de Jésus-Christ qui détruira 
- celui de Fantechrist, et sous lequel 
les Juifs et toutes les nations se con- 
vertiront. Il rapportaittoutes les Ecri- 
tures à ces deux règnes prétendus, et 
en faisait un tableau d'imagination. 
Il eutplusieurs sectateurs, et l'on pré- 
tend qu'il y en a encore un bon nom- 
bre en Hollande. Voët et Dcsmarets 
écrivirent contre lui avec beaucoup 
de chaleur ; mais nous ne voyons pas 
en quoi il péchait contre les principes 
de la réforme. Dès que tout particulier 
est en droit de croire et de professer 
tout ce qu'il voit ou croit voir dans 
l'Ecriture, le plus grand visionnaire 






COG 

n'a pas plus de tort que le théologien 
le plus sage ; personne n'a le droit de 
censurer sa doctrine. Voy. Commen- 
taire. Bergier. 

COCCINELLE. (Théol. mixt. scien. 
hist. nat.) — Ce n'est pas à propos du 
coccinelle, cette jolie petite bête qu'on 
appelle vulgairement la bête au bon 
Dieu, la bête de la Vierge ou d'autres 
noms semblables, que l'on aura l'idée 
d'accuser la nature de produire des 
choses inutiles ou exclusivement nui- 
sibles. Ce coléoptère, qu'on désigne 
encore sous le nom de scarabée hémis- 
phérique, a trois utilités qui révèlent 
les précautions les plus délicates de 
la Providence : la beauté de son man- 
teau rouge tacheté, quand il se pro- 
mène sur les feuilles vertes et sur 
les fleurs, est assurément un premier 
mérite qui n'est pas à dédaigner; nos 
yeux en tirent un charme qui contri- 
bue à nous faire admirer le grand ar- 
tiste dans sa bijouterie vivante. La 
gentillesse de ce trimére aphidiphage, 
pour parler comme les savants, amuse 
beaucoup l'enfance, l'amuse à tel 
point chez tous les peuples, que si 
Dieu l'avait créé pour ce motif prin- 
cipal, comme l'association de son nom 
à celui par lequel les enfants le dési- 
gnent pourrait indiquer le sentiment 
que les hommes en ont eu, nous n'y 
verrions qu'une touchante attention 
de celui qui n'a rien oublié dans ses 
œuvres. Enlin, le coccinelle se nourrit 
de pucerons, et en détruit des multi- 
tudes, aussi bien lorsqu'il n'est qu'une 
larve, au corps en forme de cône et 
divisé en douze anneaux, qu'après 
qu'il a pris sa jolie parure. Relative- 
ment aux pucerons, c'est un éléphant 
près d'un oiseau, c'est un ogre; et 
les fleurs, ainsi que les graines, dont 
les pucerons sont les ennemis, ont à 
se féliciter de la guerre incessante 
que leur fait la bête du bon Dieu. 
Le Noir. 

COCHET (l'abbé Jean-Benoît-Désiré) 
(Théol. hist. biog. et bibliog.) — Cet 
archéologue français naquit à Sanvic, 
près le Havre, le 7 mars 1812 ; il est 
devenu successivement membre du 
comité des travaux historiques et des 
sociétés savantes, des sociétés anti- 



!8 COG 

quaires de France, de Normandie, 
de Picardie, de Morinie, de Londres, 
de l'Académie d'archéologie de Bel- 
gique, de l'Association archéologique 
de la Grande-Bretagne, etc. Ses prin- 
cipaux ouvrages sont : Églises de l'ar- 
rondissement du Havre, 2 vol. 1844 à 
1846; Églises de l'arrondisssement dt 
Dieppe, 2 vol. in in-8°, 1846 à 1850; 
Églises de l'arrondissement d'Yvetot, 
2 vol., Dieppe 1852; Étretat, son passée 
son présent et son avenir, in 8°, 1852', 
la Normandie souterraine, gr. in 8.>, 
avec planches, couronné par l'Institut, 
1834; Sépultures anglaises* romaines, 
franques et normandes, gr. in 8°. 1857, 
etc. Le Noir. 

COCLOEUS(Jean), théol. hist. biog. 
et bibliog. ) Son vrai nom était Do- 
beneck; il tira son nom d'auteur, se- 
lon la mode de son temps, du village 
oùil était néenl503. Dans la guerre 
des paysans, il fut obligé, en 1525 
de fuir à Mayence, puis, à titre d'ad- 
versaire de Luther, à Breslau, où il 
mourut chanoine en 1532. 

« En 1521, dit M. Haas, il avait fait 
un voyage à Mayence pour y soute- 
nir une dispute contre Luther, qui, 
sous prétexte que Cochlœus en vou- 
lait à sa vie, ne parut pas, mais diri- 
gea contre son adversaire un pam- 
phlet sous ce t tre : Contre l'homme 
armé nommé Cocldseus, auquel celui- 
ci répondit par son écrit Adversus 
cumllatum monitorem. En 1 526 il avait 
assisté à la diète de Ratisbonne ; il y 
prit surtout la défense du patrimoine 
de l'Église, car il voyait bien quelle 
part avait à la réforme le désir de 
s'emparer de ces biens. 

«11 assista en 1530 àladiète d'Augs- 
bourg et coopéra h la réfutation de 
la Confession d'Augsbourg ; en 
1546, à la diète de Ratisbonne, où il 
discuta contre Bucer et vit chaque 
parti s'attribuer la victoire. 

« Cochlœus composa une masse 
d'écrits polémiques contre Luther, 
Mélanchthon, Zwingle, Calvin, Bucer, 
Conrad Cordatus, Musculus, André 
Osiander, Henri Bullinger, etc., etc. 
Il fit aussi une défense pour le duc 
George ; mais ses ouvrages principaux 
sont : 

« 1° Historia Hussitarum, Milan, 



COG 29 

1549, in-fol.; 2° de Actis et Scriptis 
Lutheri, 1349, in-fol. ;3° Spéculum cir- 
ca Missam, in-8°; 4° deVita Theodonci 
régis Ostrogothorum, Ingolst., 1544 
in-4° ; Stockholm, 1 699, in-5« ; S Con- 
ciliumcardinalium, anno 1538, m-8° ; 
)G° de Emendanda Ecclesia, 1 539, in-8°. 

Il écrivit, en 1527 et 1328, quelques 
ouvrages de moindre haleine, par 
exemple: Preuves Urées des saintes 
Ecritures que Jésus-Christ n'est pas 
Dieu; qu'il faut obéir au diable, etc., 
alin d'établir qu'on peut tout démon- 
trer par les saintes Ecritures, et com- 
bien est erroné le principe de la ré- 
forme, qui n'admet dans les choses 
de foi que ce qui peut être prouvé 
par la Bible. 

« Coc/iteuss'appliquait plus à ré- 
futer les erreurs de son temps qu'à 
justifier les vérités reconnues ; il s'en 
tenait plus aux principes généraux 
qu'aux questions spéciales. Il atta- 
quait les hérésiarques avec vigueur 
et rudesse, mais avec loyauté. Il dé- 
daigna de se faire un allié de la po- 
pulace, comme Luther et les siens, et 
écrivit presque tous ses ouvrages en 
latin. Sou style est facile, mais né- 
gligé. » Le Nom. 

COCK (Jean) ou COCCEIUS. (Théol. 
hist. biog. et bibliog.] — Ce célèbre 
exégète de la Bible parmi les théolo- 
giens protestants, né à Brème, comme 
ou l'a dit à cqccéiens en 1603, fut pro- 
fesseur de langue hébraïque dans sa 
ville natale, puis à Franeker, enfin 
professeur de théologie à Leyde et 
mourut dans cette ville en 1669. 

« 11 donna, dit M. Kozelka, dans 
une biographie plus froide et plus im- 
partiale que celle qu'on vient de lire, 
pour base à son interprétation de la 
Bible la conviction qu'il faut considé- 
rer l'Ancien et le Nouveau Testa- 
ment comme un tout unique, que 
tout s'y ramène à une alliance de 
Dieu avec les hommes et à la triple 
'économie de cette alliance providen- 
tielle, qui fut successivement patriar- 

: cale , légale et évangélique. C'est 
pourquoi ou désigna son système 
théologique sous le nom de théologie 

i fédérale. Il alla si loin dans l'appli- 
cation de ce principe, qu'il avait déjà 
développé dans son ouvrage, publié 



COG 



en 1048 et souvent réédité, Snmma 
doctrines de Fœdere et Testamento Iki 
(I), qu'il ne considérait pas seulement 
l'Ancien Testament et l'Église judaï- 
que en général comme un type du 
Nouveau Testament et de l'Église chré- 
tienne, mais qu'au moyen d'une expli- 
cation allégorique et mystique par 
tropfréquente il cherchait partout un 
sens profondet caché, et voulait recon- 
naître en tout la figure de l'économie 
évangélique. . Ses études antérieures et 
surtoutson savoir rabbinique l'avaient 
préparé à cette interprétation allégo- 
rique ; il s'y engagea de plus en plus 
par la lutte qu'il soutint contre l'exé- 
gèse biblique, partialeet erronée, née 
des abus de la philosophie du temps, 
que défendaient et répandaient Faust, 
Socin et ses adhérents, George Enje- 
din, Jean Crell, Jor.as Schlichtiiig, 
Jean-Louis de Wolzogen, Sim. Epis- 
copius, etc., etc., exégèse à laquelle 
Coccéius voulait opposer une inter- 
prétation biblique partant du point 
de vue théologique. 

« Cette lutte, durant laquelle il ne 
ménagea pas non plus l'exégèse de 
Hugo G rotins, lui valut beaucoup de 
partisans, surtout parmi les théolo- 
giens hollandais, qui furent appelés 
Cocceiens, et dont quelques-uns dé- 
veloppèrent son système, tels que Fr. 
Momma, Fr.Burmann, Chrét Witlich, 
Nie. Gurtler, ainsi que parmi les doc- 
teurs luthériens, comme Jean Wolfg, 
Jager de Tubingue. 

« Les adversaires ne lui manquè- 
rent pas. Parmi eux se distinguèrent 
Voët, professeur de théologie à Utrecht, 
Leydecker d' Utrecht et Hulsius de 
Duisbourg. Ces deux derniers reje- 
taient absolument son système fédéral 
et son principe favori, que la loi du 
sabbat n'obligeait que les Juifs et que 
la solennité du dimanche était une 
institution libre des Chrétiens. Ce 
système déplut en général aux Armi- 
niens, et ne trouva pas plus grâce 
auprès des réformés français, qui tou- 
tefois osaient inoins se prononcer 
contre lui en Hollande. La discussion 
qu'il avait suscitée fut, après sa mort, 



(1) Conf. Summx Théologies ex sacris Scrip- 
turis repetita, Lugd. B., 166 i ; Amstel., 1665, et 
plus tard. 



QŒD 



30 



COEL 



favorable à sa méthode, savamment 
défendue d'ailleurs par l'érudition de 
plusieurs de ses disciples, tels que 
Jean Braum, Ilerm. Witsius, Abr. 
Gulich, Jacq. Golius, Jatq. Gousset, 
Salomon van Till, Campegins, Vi- 
ringa, etc., etc. 

« Les ouvrages de Coccéhis furent 
publiés par son fils sous le titre de : 
Cocceji opéra omnia théologien, etc., 
Amst., 1676-1678, 8 vol. in-fol. ; les 
cinq premiers volumes sont purement 
exégétiques et embrassent presque 
toutl'Ancien et le Nouveau Testament. 
Dans le premier volume se trouve sa 
biographie, écrite par son fils. 

«"Son Lexicon et son Commentarius 
sermonis Uebraici et Chaldaici Vcteris 
Ttstamenti, una cum interpretatione 
vocum Germanka, Belgica ac Grœca, ex 
LXX interpretibm, Amst., 1069, dont 
J.-H. Maius, en 1689, a' publié une 
édition améliorée, est un des meil- 
leurs ouvrages de ce genre de son 
temps et prouve sa connaissance ap- 
profondie de la langue originale de 
la Bible. » Le Noir. 

CŒDMONouCEDMQN. (Théol. hist. 
biog. et Mbliog.) — Ce poëte anglais, 
le pluscélèbre des poètes anglais sa- 
xons de la tin du vu siècle, — il mou- 
rut en 680— a eu pour historien Bède 
qui raconte qu'il porta l'habit laïque 
jusqu'à un âge fort avancé; qu'il était 
chargé du soin des établcs; que, du- 
rant les festins, lorsque les convives 
chantaient tour à tour et que la gui- 
tare arrivait à Cœclmon, il se levait et 
rentrait chez lui, tant il était honteux 
de son ignorance poétique et musi- 
cale ;mais qu'ayant eu une vision dans 
laquelle une figure céleste l'invitait à 
chanter, les liens qui rendaient sa lan- 
gue muette se rompirent ; qu'il chanta 
le Dieu tout-puissant et les merveilles 
de son œuvre, et qu'il se rappela au 
réveil tout ce qu'il avait chanté en 
songe; que, depuis ce moment il pos- 
séda le don de mettre rapidement en 
vers anglo-saxons tout ce qu'il enten- 
dait interpréter de la Bible, et que sa 
poésie touchait tous les cœurs. L'ab- 
besse du double couvent de Whilby, 
poursuit Bède, Hilda, ayant entendu 
parler du talent de Cœdmon, le lit 
p iraitre devant une réunion d'hom- 



mes savants, qui lui donnèrent un 
sujet de l'Écriture sainte, dont le len- 
demain matin il avait fait un poëme. 
Hilda le reçut dans la partie de son 
couvent réservée aux hommes et lui 
fit apprendre l'histoire sainte. Alors 
parurent successivement les poèmes 
sur la Création du monde, l'Origine 
de la race humaine, la Sortie des Is- 
raélites d'Egypte, l'Entrée dans la 
Terre promise, l'Incarnation, la Pas- 
sion, la Résurrection, l'Ascension 
du Sauveur, etc., etc. Cœdmon eut 
ainsi une influence doublement salu- 
taire sur ses compatriotes, car d'une 
part ses paroles inspirèrent à un grand 
nombre d'entre eux la résolution de 
quitter le monde et de se consacrer à 
Dieu, d'autre part elles suscitèrent 
beaucoup d'imitateurs de son art, dont 
cependant aucun ne l'égala. 

« La Société royale dAntiquités de 
Londres, dit M. Schrôdl, a publié une 
nouvelle édition et une nouvelle tra- 
duction, rédigée par Thoope, des frag- 
ments des poèmes de Cœdmon, dont 
Lappenberg a parlé dans l'Annuaire 
de la Critique scientifique de Berlin. 
On a aussi imprimé à la Haye, en 1655, 
in-4°, un volume intitulé : Paraphrasis 
poetica Geneseos ac prxcipuarum sacrse 
yaginœ historiarum, lingua Anglo-Sa- 
xunica, ex manuscript. édita aFr. Ju- 
nio, qui contient, avec une version 
latine, les cantiques et les paraphrases 
de Cœdmon. On les recherche comme 
étant le plus ancien monument connu 
» 

Le Nom. 



de la langue anglaise. 



CO-ÉG ALITÉ, égalité parfaite entre 
des personnes de même nature. L'E- 
glise a décidé contre les ariens que, 
dans la Sainte Trinité, le Fils et le 
Saint-Esprit sont deux Personnes eo- 
ëgales au Père. S'il y avait entre elles 
de l'inégalité, on ne pourrait plus 
attribuer la divinité à celle qui serait 
inférieure à l'autre. Bergier. 

COELICOLES, adorateurs du ciel 
ou des astres, hérétiques qui, vers 
l'an 408, furent condamnés par des 
rescrits particuliers de l'empereur 
Honorius, et mis au nombre des 
païens. Comme dans le code théodo- 
sien ils sont placés sous le même titre 



COE 



31 



COE 



que les Juifs, on croit que -par cœlicoles 
on a voulu désigner des apostats qui 
avaient renoncé au Christianisme pour 
retourner au judaïsme, mais qui ne 
voulaient pas être regardés comme 
Juifs, parce que ce nom leur parais- 
sait odieux. Ils n'étaient pas soumis 
au pontife des Juifs ni au sanhédrin ; 
mais ils avaient des supérieurs qu'ils 
nommaient majeurs on anciens; et 
l'on ne sait pas précisément qu'elles 
étaient leurs erreurs. 

Il est constant que les païens ont 
aussi nommé les Juifs cœlicoles; Ju- 
vénal a dit d'eux : 

Nil prœter mibes et cœh nomen adorant. 

Celse, dans Origène, liv. 1 , n° 26, leur 
reproche d'adorer les anges' : il le ré- 
pète, liv. 5, n» 6. L'auteur de la pré- 
dication de saint Pierre, cité par 
Origène, t. 13, injoan., n° 17, et par 
saint Clément d'Alexandrie, Strom., 
liv. 6, ch. o, forme, contre les Juifs, 
la même accusation; et par les anges, 
ces auteurs ont entendu les génies ou 
intelligences dont on croyait les as- 
tres animés. On a prouvé ce fait par 
un passage de Maimoodes. Voyez la 
Note de Spencer sur Orig., contre Celse, 
liv. 1, n° 26. 

Il est vrai que plus d'une fois les 
Juifs ont rendu aux astres ou à l'ar- 
mée des deux un culte superstitieux ; 
les prophètes le leur ont reproché, 
IV Reg., c. 17, f 16 ;c. 21, ^3, 5, etc. 
C'était l'idolâtrie la plus commune 
parmi les Orientaux. 

Saint Jérôme, consulté par Algasie 
sur le passage de saint Paul aux Co- 
lossiens, ch. 1,f 18, « que personne 
» ne vous séduise en affectant de pa- 
» raître humhle par un i ulte supers- 
» titieux des anges, » répond que 
l'apôtre veut parler do l'aucienne er- 
reur des Juifs, que les prophètes 
avaient condamnée. Ce Père a donc 
pensé que par les anges saint Paul 
entendait les esprits moteurs du ciel 
etdes astres, auxquels les Juifs, comme 
les païens, avaient rendu leur culte. 
Epist. 151, n. 10. Cod. Teod., lib. 12, 
tit. 6. deJudxisetco:licolis. 

Bergier. 

CO-ÉTERNEL. {Théol. misât, philos, 
ontol.) — La coéternité des trois per- 



sonnes divines ne présente devant la 
raison aucune difficulté, puisque ces 
personnes ne sont que les manières 
d'être éternelles, et éternellement dis- 
tinctes entre elles, d'un même être. 
Cet être tire le développement de sa 
vie d'un germe qui n'est pas triple 
par la substance, quoiqu'il soit trine 
en essentialités. L'unité de substance 
détruit en lui toute opposition entre 
ses trois coéternités, et aussi toute 
contradiction entre son unité et sa 
trinité. 

Mais il n'en est pas de même de 
deux ou plusieurs unités substantiel- 
les comme seraient des atomes ou 
des monades qu'on supposerait co- 
éternelles. Notre raison a, sur une telle 
hypothèse, le sentiment bien clair 
d'une impossibilité. Cependant nous 
devons avouer, en ce qui est de notre 
concept personnel, que nous avons 
cherché toute notre vie un raisonne- 
ment mathématique a priori qui 
rendit péremptoire dans l'expression 
ce sentiment intime mais vague, et 
que nous n'avons jamais réussi à le 
formuler de manière à ce çru'il nous 
satisfitparfaitement. Nous n'ignorons 
pas les arguments que tire la philo- 
sophie de la propriété de l'infini, 
après qu'elle a posé cette propriété 
comme essentielle à l'être éternel et 
nécessaire ; et nous concevons la 
rigueur de la déduction après que 
cette essentialité de la souveraine 
perfection est reconnue par la rai- 
son; car, ce principe admis, il nous 
parait très-clair que deux infinis im- 
pliquent contradiction, parce que sup- 
poser l'un en dehors de l'autre et 
échappant à l'autre, c'est supposer 
que cet autre n'est plus l'infini, c'est . 
détruire en lui l'infinité même. Mais 
nous n'avons jamais pu voir, — cela 
tient à une faiblesse de notre raison 
qui est toute personnelle, — ■ qu'il soit 
absolument nécessaire en soi et, a 
priori, qu'un être éternel soit infini, 
en d'autres termes que l'éternité en- 
traîne nécessairement l'infinité. Au 
moins nous n'avons pu trouver la 
tournure rigoureuse du syllogisme 
qui le démontrerait, quoique, nous le 
répétons , un sentiment intuitif, qui 
forme pour nous une certitude suffi- 
sante, en soit dans notre âme. C'est 



1 




COE 

un aveu d'impuissance particulière 
que nous faisons à nos lecteurs ; nous 
aimons à croire et nous croyons que 
plus d'un parmi eux a pu saisir le 
point que nous n'avons pas saisi. 
Quant à l'existence de la souveraine 
perfection, nous la trouvons bien dé- 
montrée a posteriori par les argu- 
ments de Descartes et de Leibnitz, de 
Fénelon et de Boss'uet sur l'idée que 
nous en avons, soit que ces arguments 
concluent de la réalité existante de 
cette idée à la nécessité d'une cause 
productive qui ne peut être qu'infi- 
nie, soit qu'ils concluent du même 
fait cà la nécessité d'une cause objec- 
tive qui ne peut être aussi qu'infinie. 
Mais nous aurions désiré construire 
un théorème qui n'aurait pas eu re- 
cours à l'a posteriori, et qui eut con- 
clu logiquement de l'essence en soi 
de l'éternel à la nécessité de l'infinie 
perfection, et c'est à ce théorème que 
nous n'avons pu encore arriver. Nous 
ne désespérons pas cependant d'y par- 
venir, parce que ce qui est vrai peut 
se démontrer et se démontrera, quoi- 
qu'il puisse attendre longtemps, dans 
l'espritde l'homme, sa démonstration. 

Mais il est un biais par lequel nous 
arrivons à un équivalent relatif à 
nous et à notre monde, qui suffit pour 
nous' donner le repos. 

A la question : peut-il exister dans 
l'essence des choses deux ou plusieurs 
éternels, des coétcniités ? nous répon- 
dons, par la raison que nous venons 
d'endonner, transeat; attendons ; mais 
nous ajoutons : S'il existait deux êtres 
de cette sorte, ils seraient, par suite de 
leur essence éternelle, indépendants 
l'un de l'autre, immutables à tout 
degré l'an par l'autre. Je suis éternel, 
dirait chacun d'eux à son éternel com- 
pagnon ; donc tunepeuxnim'ajouter 
quelque chose , ni me retrancher 
quelque chose, parce qu'alors je ne 
serais plus éternel; de par toi je 
serais temporel ; je te porte donc, 
par mon essence môme, l'éternel 
défi d'apporter en ma nature quel- 
que modification. 

Voilà ce qui nous parait de toute 
évidence. 

Or, faisant aussitôt retour sur nous- 
mème et sur le monde qui se peint 
dans notre âme, nous voyons et sen- 



32 COE 

tons la mutabilité, le changement, 
la durée qui commence et qui finit, 
toutes les conditions de l'être qui 
varie, qui est attingible et modifiable. 

Et nous concluons : Donc s'il y a 
deux éternels ce ne peuvent être moi 
et Dieu, ce monde et Dieu ; et quand 
il y aurait deux éternels, un seul de 
ces deux pourrait être notre Dieu, 
pareeque, si l'on introduit l'autre dans 
le partage de l'empire de notre mon- 
de, il entre en guerre avec son 
voisin et, sur le terrain commun où 
ils se trouvent, ils vont s'entremo- 
difier dans leur puissance, ce qui est 
contre l'hypothèse de leur indépen- 
dance réciproque, absolue par suite 
de leur coéternité. 

Nous nous retrouvons donc, par ce 
biais, avec la nécessité d'un seul Dieu 
de ce monde, d'un seul créateur et 
d'un seul maître de notre univers ; 
l'autre éternel serait pour nous, dès 
lors, l'inconnu et l'étranger qui ne 
peuvent ni nous intéresser en rien, ni 
s'intéresser pour quelque chose à 
nous. 

C'est donc relativement à nous 
comme s'il n'y avait qu'un éternel. 

Si vous ajoutez la toute-science, la 
toute-puissance, l'infinité en un mot, 
ou le parfait absolu dont nous avons 
l'idée, commese déduisantpBr nécessi- 
té apriorique, de l'éternité, oh! alors 
vous démontrez tout droit qu'il ne 
peut y avoir qu'un seul éternel, parce 
qu'il est contradictoire de dire qu'il 
puisse y avoir deux êtres dont chacun 
soit le tout de l'être. V. Dualisme. 
Le Noir. 

CO-ÉTERNITÉ, terme usité parmi 
les théologienspour exprimer qne les 
trois Personnes divines sont égale- 
ment éternelles. Les sociniens, non 
plus que les ariens, ne veulent pas 
reconnaître que le Fils de Dieu soit 
co-êternel au Père ; mais l'Eglise l'a 
décidé en disant qu'il lui est consubs- 
tuntiel ; et c'est ainsi qu'elle entend 
les paroles de saint Jean : Au com- 
mencement le Verbe était en Dieu et 
il était Dieu. 

Pour en détourner le sens, les so- 
ciniens supposent quel'àme de Jésus- 
Christ a été créée avant tous les autres 
êtres, et que Dieu lui a donné le pou- 



COEU 



33 



COEU 



voir de les tirer du néant. Dans cette 
hypothèse, comment Dieu a-t-il pu 
dire : « C'est moi seul qui ai étendu 
» les deux et aifermi la terre, per- 
» sonne n'était avec moi ? » IsaL, 
chap. 44, f 24; Job, chap. 9, $ 8. 
Selon les sociniens, l'âme de Jésus- 
Christ, qui est une Personne, était 
avec Dieu. Bergier. 

CO-ÉYÈQUE, évêque employé par 
un autre à satisfaire pour lui aux fonc- 
tions épiscopales : onle nomme aussi 
suffragant. Il y a de ces évoques en 
France et en Allemagne, surtout chez 
les électeurs ecclésiastiques. Ils sont 
différents des coadjuteurs, en ce que 
ceux-ci sont distingués pour succéder 
à l'évêque titulaire. Il ne faut pas les 
confondre non plus avec les chorévè- 
ques ; la plupart de ces derniers n'a- 
vaient pas reçu l'ordination épiscopale, 
ils étaient simples prêtres. Voy. Cho- 

HEVÉQUES. BeRGIER. 

COEl'R. (Théol. mixt. scien.physiol. 
et anat.) — ■ V. circulation du sang. 

COEUR, se prend, dans l'Ecriture 
sainte : 1° pour l'intérieur ou le lieu 
le plus profond; ainsi il est dit, Ps. 46, 
y :j, que les montagnes seront trans- 
portées dans le cœ.ur de la mer; Matt., 
c. 12, f 40, que le Fils de l'homme 
demeurera trois jours et trois nuits 
dans le cœur de la terre. 

1° Pour les pensées intérieures, les 
désirs et les affections de l'homme. 
Dans ce sens, Dieu sonde les cœurs et 
les reins, Ps. 7, y 10 ; connaît les pen- 
sées et les affections les plus secrètes. 
Où est votre trésor, là est votre cœur, 
Matt., c. t>, f i : là sont toutes vos 
affections. 

C'est dans le même sens que FEcri- 
ture attribue à Dieu un cœur et des 
entrailles. Gen., c. 6, f 0, il est dit 
que Dieu fut affligé dans son cœur, 
pour exprimer une grande indigna- 
tion. Jerem., c. 19, ^ 5 : Cela n'est 
point entré dans mon cœur, c'est-à- 
dire, je ne l'ai point voulu ni ordonné. 
Il est dit de David, IReg., c. 13, f 
14 : Le Seigneur s'est choisi un homme 
selon son cœur; plusieurs critiques ont 
demandé comment un roi coupable 
d'adultère et d'homicide pouvait être 
III. 



selon le cœtir de Dieu ; mais alors 
David n'avait encore commis aucun 
crime ; les paroles citées signiiient 
seulement : le Seigneur s'est choisi 
un homme tel qu'il lui plaît, et pour 
lequel il a de l'affection. 

3° Le cœur désigne quelquefois les 
réflexions ou la sagesse ; dans les Pro- 
verbes, c. 28, 5^ 28, un homme sans 
cœur est un insensé ; se fier à son cœur, 
c'est se lier à sa propre sagesse. 

4° Il signifie aussi, comme en fran- 
çois, le courage et la valeur, Dcut., 
c. 26, f 8, etc. 

5° Dans le sens le plus ordinaire, 
il exprime la volonté, les désirs, les 
résolutions; ainsi Dieu change nos 
cœurs par sa grâce, lorsqu'il nous fait 
vouloir ce que nous ne voulions pas, 
quelquefois même le contraire de ce 
que nous avions résolu. Bergier. 

COEUR (l'abbé Pierre-Louis). (Théol. 
hist. biog. et bibliog.) — L'abbé Cœur 
naquit le 14 mars 1805, à Tarare 
(Rhône), et fut frappé d'apoplexie, il 
y a une dizaine d'années, étant évê- 
que de Troyes depuis le 16 octo- 
bre 1848 ; c'était le général Cavaignac 
qui l'avait appelé à cet évêché. Nous 
donnâmes une étude de ce grand 
orateur dans la Presse religieuse , 
vers 1832; c'était lui qui nous avait, 
le premier de tous, fait comprendre 
ce que c'est que l'éloquence, dans un 
carême qu'il avait prêché à Amiens 
vers 1840. Aucun orateur sacré ne 
nous a plus enthousiasmé que celui- 
là, sans même excepter Lacordaire, 
qui pourtant lui était supérieur à plu- 
sieurs points de vue. Il faisait partie 
du fameux quintuor de nos prédilec- 
tions, dontles autres membres étaient, 
après celui que nous venons de nom- 
mer et qui en était le chef, Ventura, 
Ravignan et Combalot. Il l'emportait 
sur tous par un fond solide de phi- 
losophie cartésienne auquel il ne fai- 
sait jamais défaut dans ses plus pa- 
thétiques élans. Aussi avait-il pro- 
fessé cette philosophie de 1820 à 1824 
au séminaire de Lyon, et s'était-il 
essayé à réfuter Lamennais dans un 
petit ouvrage, dès les débuts de la 
doctrine du sens commun, ce qui avait 
fait dire à M. Fayet, sans beaucoup 
plus de raison, selon nous, que ce 

3 



1 



COEU 



34 



COL 



qu'on en met ordinairement dans un 
bon mot, que « pour réfuter Lamen- 
nais il faudrait être Lamennais lui- 
même. » 

L'abbé Cœur vint à Paris en 1827 
et fut pendant trois ans l'auditeur as- 
sidu des cours de MM. Guizot, Cousin 
et Villemain. Il ne fut ordonné prêtre 
qu'en 1829, etdèslors il refusa toutes 
les fonctions qui lui furent offertes, 
ne visant qu'à un but. celui de la pré- 
dication. Son premier succès fut dans 
la chaire de Saint-Georges de Lyon, et 
ce succès fut si solide que les grandes 
cités et Paris l'appelèrent successive- 
ment et l'entendirent avec un enthou- 
siasme qui ne fut pas cependant una- 
nimement partagé. Il y avait des 
hommes qui n'aimaient pas sa ma- 
nière originale, son feu sacré, sa lo- 
gique, son style brillant et nouveau, 
ses tableaux poignants, tout ce qui 
selon nous constitue l'orateur de pre- 
mier ordre. « Je n'ai pas la vogue, 
disait-il, je n'ai pas même le succès » ; 
comment un philosophe et un poète 
de sa force aurait-il vraiment réussi 
au milieu des tendances positivistes 
qui commençaient à se produire? 

Une des gloires de l'abbé Cœur fut 
celle qu'il mérita d'acquérir et qu'il 
n'acquit qu'à demi, pour la raison que 
nous venons de signaler, par les cours 
d'éloquence sacrée qu'il donna à la 
Sorbonne à lasuite deM r Dupanloup, 
dont l'ardente spontanéité mêlée d'une 
éloquence calculée avaient rendu ses 
leçons impossibles devant la jeunesse. 
M. Cœur fut souvent d'une grandeur 
et d'une énergie incomparables ; nous 
l'avons vu remporter des triomphes 
signalés sur des auditoires malveil- 
lants quand même : « Je venais pour 
bûcher, disait un jour, près de nous, 
en sortant, un vieil étudiant tapa- 
geur ; je suis volé! » L'éloquence du 
professeur, en s'élcvant au-dessus de 
la terre , avait vaincu la jeunesse 
bruyante et lui avait imposé le sé- 
rieux qu'elle redoutait. 

L'abbé Cœur, évèque, s'éleva contre 
la réforme pédagogique tentée par 
l'abbé Gaume contre les classiques 
de l'antiquité profane, ces produits 
des vieilles civilisations qui seront 
toujours les premiers guides pour la 
forme, pour l'art et pour le beau, ainsi 



quel'a soufenu,comme Mgr de Troyes, 
Mgr d'Orléans. Le Noir. 

COLANI (Timothée). (Théol. hist. 
biog. et bibliog.) — Ce théologien 
protestant français est né en 1824 à 
Lenué, dans l'Aisne, d'un pasteur ori- 
ginaire des Grisons. Il se distingua 
en 1847, à Strasbourg en remportant 
un prix de 3000 f. dans un concours 
qu'avait ouvert la faculté de théolo- 
gie sur la Vie de Jésus, du docteur 
Strauss. En 1850, il fonda la Revue de 
théologie et de philosophie chrétienne, 
dont quinze volumes ont paru et 
qui se continue depuis 1858 sous le 
titre nouveau de Nouvelle revue de 
théologie. Il publia en 1857 un vo- 
lume de sermons qui a eu plusieurs 
éditions et des traductions en anglais, 
en allemand et en hollandais. Il vit 
en donnant des leçons et prêche fré- 
quemment. Il appartient à l'école li- 
bérale. 

Le Noir. 

COLARBASIENS, sectateurs de Co- 
larbase, hérétique du second siècle 
de l'Église, et qui était disciple de Va- 
lentinien. Aux dogmes et aux rêveries 
de son maitre, il avait ajouté que la 
génération et la vie des hommes dé- 
pendaient des sept planètes; que toute 
la perfection et la plénitude de la vé- 
rité était dans l'alphabet grec, puis- 
que Jésus-Christ était nommé alpha et 
oméga. Philastre et Baronius ont con- 
fondu Golarbase avec un autre héré- 
tique nommé Bassus; mais saint Au- 
gustin, Théodoret et d'autres les dis- 
tinguent. Saint Irénée et Tertullien 
ont aussi parlé de Golarbase et de ses 
disciples, comme d'une branche des 
valentiniens. Voyez Marcosiens. 

Bergier. 

COLÈRE, passion que Jésus- Christ 
s'est particulièrement appliqué à ré- 
primer : toutes ses maximes respirent 
la douceur, la charité, la patience. 
» Heureux, dit-il, les pacifiques, ils 
» seront appelés les enfants de Dieu. 
» Heureux les hommes doux et débon- 
» naires, ils seront les maîtres sur la 
» terre. Soyez miséricordieux comme 
»' votre Père céleste. Apprenez de moi 
» que je suis doux et humble de cœur, 



COL 33 

» et vous trouverez le repos de vos 
« âmes, etc. » 

La plupart des anciens philosophes 
ont autorisé la coléreet la vengeance, 
ont Pegardé la daueeur comme une 
faiblesse. Quelques-uns plus sensés 
ont compris cpie la colère est toujours 
injuste, que l'homme irrité veut le 
mal d'au-trai, et non son propre bien; 
que la vertu, qui est la force de l'âme, 
consiste principalement à nous vain- 
cre nous-mêmes, et à réprimer les 
mouvements impétueux qui troublent 
notre âme. Plusieurs stoïciens ont dé- 
bité sur ce sujet de très-belles maxi- 
mes. Il est certain que de toutes les 
passions, la colère est la plus capable 
de déranger l'économie animale ; sou- 
vent on a vu des personnes d'un ca- 
ractère violent expirer par un trans- 
port de ce/ re. 

La raison devrait donc suffire pour 
nous en préserver; mais comme le re- 
marque très-bien mi philosophe mo- 
derne, pour vaincre une passion, pour 
le vouloir même, il faut que l'âme 
raisonne, qu'elle examine, qu'elle pèse 
les raisons d'agir et de se retenir : or, 
les arguments de la raison se succè- 
dent avec lenteur, les impulsions du 
sentiment au contraire sont rapides, 
et elles ont déjà emporté l'homme 
avant qu'il ait délibéré sur ce qu'il 
aurait dû faire. Dans les passions tu- 
multueuses, la raison se tait; elle 
laisse l'homme sans défense au milieu 
du danger, et ne lui fournit des armes 
que lorsqu'il n'en a plus besoin; elle 
ne revient à nous que pour nous acca- 
bler de honte et de remords après 
notre défaite. La religion seule peut 
donc nous sou tenir pemfmt le combat, 
ou nous consoler de notre faiblesse 
par l'espérance du pardon. Voyez Pas- 
SION, Bebgieh. 

COLÈRE DE DIEU. «La colère de 
» Dieu, dit saint Augustin, n'est rien 
» autre chose que lajustice par laquelle 

» il punit le crime : ce n'est point en 
» Dieu une passion ou un trouble de 
» l'âme comme la colère de l'homme, 
» mais une perfection que l'Ecriture 
» exprime en disant : Pour vous, Sei- 
» gneur tout-puissant, vous jugez 
» avec une tranquillité parfaite/» iib. 
13, de Trinit., c. 16. « Toute puni- 



COL 



» tion, dit-il encore, est nommée co- 
» 1ère de Dieu; niais ordinairement' 
» Dieu punit pour corriger, quelque- 
» fois pour damner. Selon l'Ecriture, 
«il châtie tout enfant qu'il aime; 
» mais il punira pour damner, lors- 
» qu'il aura mis les impies à sa g.ui- 
» che, et qu'il leur dira : Allez, mau- 
» dits, au feu étemel. » Serm. 2, in 
Ps. 58, n" 6. « Tout ce que nous souf- 
» frons en ce monde est un châtiment 
» de Dieu qui veut nous corriger, 
« pour ne pas nous damner â la fin. » 
Serm. 22, c. 3, n» 3 ; Serm. 471, de 
Verbis Apostoli, n° 5; Enar. in Ps. 
102, n° 17 et 20, etc. Ce que nous ap- 
pelons colère de Lieu dans cette vie, 
est donc souvent un effet de miséri- 
corde. Lactance, qui a fait un traité 
de la colère de Dieu, se borne à prou- 
ver, contre Epieure, que Dieu récom- 
pense la vertu et punit le crime, Voyez 
Justice de Dieu. Behsier. 

COLETANS, franciscains, ainsi ap- 
pelés de laB. Colette Boilet de Corbie, 
dont ils embrassèrent la réforme au 
commencement du quinzième siècle. 
Ils conservèrent ce nom jusqu'à la 
réunion qui se fit de ton! is le? réfor- 
mes de l'ordre de saint François, en 
vertu d'une, bulle de Léon X, en 1517. 
Par la même raison, les religieuses 
colétines reprirent le nom général 
à'observOMtines ou de clarissi s 

Bërgier. 

COLLATINES. Voyez Oblates. 

COLLECTE, dans la messe de l'E- 
glise romaine, et dans la liturgie an- 
glicane, signifie une prière ou oraison 
convenable à l'office du jour, et que 
le prêtre récite avant l'épitre. En gé- 
néral, toutes les oraisons de chaque 
office peuvent être appelées collectes, 
parce que le prêtre y parle toujours 
au nom de toute l'assemblée, dont 
il résume les sentiments et les désirs 
par le mot oremus, prions ; c'est la 
remarque du pape Innocent III, et 
parce que, dans plusieurs auteurs an- 
ciens, l'assemblée môme des fidèles 
est appelée collectes. 

Quelques-uns attribuent l'origine 
de ces oraisons aux papes Gélase et 
saint Grégoire le Grand; mais il est 






COL 



36 



COL 



très-probable que ces deux Papes, 
dans leurs Sacramentâires, n'ont fait 
que rassembler et mettre en ordre les 
prières qui étaient déjà en usage 
avant eux, et en ont ajouté pour les 
nouveaux offices. Claude Despense, 
docteur de la faculté de Paris, a fait 
un traité particulier des collectes, où 
il parle de leur origine, de leur anti- 
quité, de leurs auteurs, etc. 

Le P. Lebrun, Kr-plic. des Cérém., 
tom. 1, p. 192, a fait voir que ces col- 
lectes ou prières communes, qui se 
font par le prêtre au nom de toute 
Yassemblée, sont de la plus haute an- 
tiquité, et datent du temps des apô- 
tres. L'esprit du Christianisme veut 
que les désirs, les prières, les bonnes 
œuvres, soient communes entre \es 
fidèles, et c'est en cela que consiste 
la communion des saints. Ces prières 
n'ont pas été mises d'abord par écrit, 
les prêtres se les transmettaient par 
tradition; mais elles ont toujours ex- 
primé la foi, les espérances, les senti- 
ments communs des fidèles : c'est la 
voix de l'Eglise entière qui s'exprime 
par la bouche de ses ministres. On 
peut donc y puiser avec une entière 
certitude sa croyance et sa doctrine. 
Bergier. 

COLLECTE signifie aussi les quêtes 
que l'on faisait dans la primitive 
Eglise, pour soulager les pauvres 
d'une autre ville ou d'une autre 
province ; il en est fait mention dans 
les Actes et dans les Epitres des apô- 
tres. Bergier. 

COLLÈGE. On a quelquefois donné 
ce nom à l'assemblée des apôtres, et 
l'on a dit le collège apostolique ; par 
analogie, on a nommé sacré collège le 
corps des cardinaux de l'Eglise ro- 
maine, formé de soixante-douze mem- 
bres, par allusion aux soixante-douze 
disciples du Sauveur. Bergier. 

COLLÉGIALE, église desservie par 
des chanoines séculiers ou réguliers. 
Dans les villes où il n'y avait point 
d'évêque, le désir de" voir célébrer 
l'office divin avec la même pompe 
que dans les cathédrales, lit établir 
des églises collégiales, des chapitres 
de chanoines qui vécurent en com- 



mun et sous une règle comme ceux 
des églises cathédrales. Un monument 
de cette ancienne discipline sont les 
cloitres qui .accompagnent ordinaire- 
ment ces églises. Lorsque le relâche- 
ment de la vie canoniale se fut intro- 
duit dans quelques cathédrales, les 
évèques choisirent ceux d'entre les 
chanoines qui étaient les plus régu- 
liers, en formèrent des détachements, 
établirent ainsi des collégiales dans 
leur ville épiscopale. Insensiblement 
la vie commune a cessé dans les 
églises collégiales aussi bien que dans 
les cathédrales ; c'est ce qui a fait 
naître les congrégations des chanoi- 
nes réguliers qui ont continué à vivre 
en commun. Bergier. 

COLLÉGIENS, nom d'une secte 
formée des arminiens et des anabap- 
tistes en Hollande. Ils s'assemblent 
en particulier tous les premiers 
dimanches de chaque mois, et chacun 
a dans ces assemblées la liberté de 
parler, d'expliquer l'Ecriture sainte, 
de prier et de ebanter. 

Tous ces collégiens sont sociniens 
ou ariens ; ils ne communient point 
cl ans leur collège, mais ils s'assemblent, 
deux fois l'an, de toute la Hollande 
à Rinsbourg, village situé à deux 
lieues de Leyde, où ils font la commu- 
nion. Ils n'ont pas de ministre parti- 
culier pour la donner ; mais celui qui 
se met le premier à la table la donne, 
et l'on y reçoit indiiTéremment tout 
le monde, sans examiner de quelle 
religion il est. Ilsdonnentle baptême 
en plongeant tout le corps dans l'eau. 

A proprement parler, ces collégiens 
sont les seuls qui suivent dans la 
pratique les principes de la réforme, 
selon lesquels chaque particulier est 
seul arbitre de sa croyance, du culte 
qu'il veut rendre à Dieu, et de la 
discipline qu'il veut suivre. A la 
vérité leur communion ne met entre 
eux qu'une union très-légère et pure- 
ment extérieure. Ce n'est plus là 
l'unanimité de croj'ance et de senti- 
ment que saint Paul reco mmandait aux 
fidèles, Philipp., cl, ^27; c. 2, y 
2, etc. Les Juifs et les païens, sans 
blesser leur conscience, pourraient 
fraterniser avec eux. 

Bergier. 



COL 



37 



COL 



COLLET (Pierre), {Thêol. hist.biog. 
et bibliog.) — Ce célèbre théologien, si 
connu dans nos séminaires, éditeur 
et continuateur des œuvres de Tour- 
nely, naquit à Tournaile 6 sept. 1603, 
et mourut le 6 octobre 1770, simple 
prêtre de la congrégation des Mis- 
sions, qu'on nomme aussi les Lazaris- 
tes. Il s'acquit le nom considérable 
qu'il porte encore par ses leçons de 
théologie et surtout par ses publica- 
tions. Il faut ajouter à sa louange, 
qu'il avait mérité et obtenu, durant 
sa vie, l'estime des gens de bien par 
ses mœurs autant que par ses écrits. 
Collet fut un écrivain très- fécond; 
voici la liste de ses principaux ouvra- 
ges ; 

l u Vie de S. Vincent de Paul, 2 vol. 
in-4°, 1748. 

2° Histoire abrégée du même, 2 vol. 
in-12. 

3° Vie de M. Bourdon. 

4° Vie de S. Jeande la Croix, 1769. 

o° Traité des Dispenses en général et 
en particulier, 3 vol. in-12, 1735. — 
Cet ouvrage recherché a été publié 
dans une meilleure édition par M. 
Compans, 2 vol. in-8° 

6° Traité desindulgences et du Jubilé. 
2 vol. in-12, 1770. 

7° Traité de l'Office divin. 

8° Traité des saints mystères. 

9° Abrégé du Dictionnaire des Cas de 
conscience de Pontas. 

10° Lettres critiques, sous le nom du 
prieur de Saint-Edme. — Ces lettres 
attaquent vivement les Jansénistes et 
surtout l'abbé de Saint-Cyran. 

11° Bibliothèque d'un jeune ecclé- 
siastique. 

12° Theologia moralis universa, 17 
vol. in-8. 

13° Inslitutiones theologicse, in usum 
seminariorum, 7 , vol. in-12. 

14° Les mêmes en abrégé, 4 vol. 

1 5° De Deo ejusque divinis atlrihutis, 
3, vol. 

10° Semions et Discours ecclésias- 
tiques. Lf Noir. 

COLLUTIIIENS, hérétiques du qua- 
trième siècle, sectateurs de Colluthus 
prêtre d'Alexandrie . Ce prêtre, scan- 
dalisé de la condescendance que saint 
Alexandre, patriarche de cette ville, 
eut dans les commencements pour 



Arius, dans l'espérance de le ramo- 
ner par la douceur, ht schisme, tint 
des assemblées séparées, osa même 
ordonner des prêtres, sous prétexte 
que ce pouvoir lui était nécessaire 
pour s'opposer avec succès aux pro- 
grès de l'arianisme. Bientôt il ajouta 
l'erreur au sebisme ; il enseigna que 
Dieu n'a point créé les méchants, et 
n'est pas l'auteur des maux qui nous 
aftligent. Osius le lit condamuer dans 
un concile qu'il convoqua à Alexan- 
drie en 311). Bercieh. 

COLLYRIDIENS, anciens héréti- 
ques, qui rendaient à la sainte Vierge 
un culte outré et superstitieux. 
Saint Epiphane, qui en fait mention, 
dit que lesfenmies d'Arabie, entêtées 
du collyridianisme , s'assemblaient 
un jour de l'année pour rendre à la 
Vierge un culte insensé, qui consis- 
tait principalement dans l'offrande 
d'un gâteau, qu'elles mangeaient en- 
suite à son honneur. Leur nom vient 
du mot grec collyre, petit pain ou 
gâteau. 

Suivant le récit de ce Père, Ilgeres, 
70, ces femmes adoraient la sainte 
Vierge comme divinité, et lui ren- 
daient le même culte qu'à Dieu, puis- 
qu'il conclut ses réflexions par dire, 
qu'il faut, adorer le Père, le Fils et lo 
Saint-Esprit, mais qu'il ne faut pas 
adorer Marie, qu'il faut seulement 
Yhonorer. 

Basnage, Histoire de l'Eglise, 1. 20, 
c. 2, § 4 et suiv., a disserté beaucoup 
sur celte hérésie ; de la manière dont 
saint Epiphane l'a réfutée, il conclut 
que suivant le sentiment de ce Père, 
on ne doit rendre à Marie aucun 
culte religieux ; il argumente, à son 
ordinaire, sur l'équivoque du terme 
adorer etadoration. Nous avons remar- 
qué, et ilen convient lui même, que, 
dans l'origine, adorera simplement 
signifié saluer, faire la révérence ou se 
prosterner, témoigner du respect par 
un signe extérieur; conséquemment 
les auteurs sacrés l'ont employé à l'é- 
gard de Dieu, des anges et des person- 
nes vivantes. A l'égard deDieu,ilsigni- 
lie le culte suprême et incommuni- 
cable ; à. l'égard des anges, un culte 
religieux, inférieur et surbordonné ; 
à l'égard des hommes, un culte pu- 






B 



COL 



38 



COL 



rement civil. Il en est de même du 
mot culte, qui, dans le sens primitif, 
ne signitie rien autre chose que res- 
pect, honneur, révérence, vénération Le 
culte est ou religieux ou purement 
civil, selon l'objet auquel il s'adresse, 
et selon le motif par lequel il est 
rendu. Voyez Culte. 

Lorsque les Pères de l'Eglise et les 
écrivains ecclésiastiques ont entendu 
par adoration le culte suprême, ils ont 
dit, comme saint Epiphane, qu'il faut 
adorer Dieu seul, et qu'il faut seule- 
ment honorer les saints ; nous le 
disons de même et dans le même 
sens. Mais nous soutenons que l'hon- 
neur que nous rendons aux anges, aux 
saints,, aux images, aux reliques, est 
un culte, puisque honneur et culte sont 
synonymes ; nous ajoutons que c'est 
un culte religieux, parce que nous le 
leur rendons par unmotifde religion, 
par le motif du respect que nous 
avons pour Dieu lui-même. Nous res- 
pectons et nous honorons dans les 
«aints l'amour que Dieu a eu pour 
eux, les grâces dont il les a comblés, 
le bonheur éternel auquel ii les a 
élevés, le pouvoir d'intercession qu'il 
a daigné leur accorder ; c'est par ce 
motif que nous honorons leurs ima- 
ges et leurs reliques. Quand on dit 
que nous les adorons, si par là 
l'on entend que nous nous inclinons, 
que nous nous mettons à genoux, 
que nous nous prosternons pour té- 
moigner notre respect, nous ne dis- 
puterons par sur le terme, puisque 
nous faisons la même chose à l'égard 
des personnes vivantes, mais par un 
motif différent. Si l'on conclut, comme 
Basnage et les autres protestants, 
que nous leur témoignons le même 
respect qu'à Dieu et que nous leur 
rendons le culte suprême qui n'est 
dû qu'à lui seul, nous répondrons 
que cette imputation est un trait de 
mauvaise foi et de malignité. 

Parce que des femmes et des igno- 
rants stupides ont souvent péché par 
excès dans cette dévotion, parce qiie 
des écrivains mal instruits, et qui ne 
pesaient pas la valeur des termes, se 
sont mal expliqués sur ce sujet, il ne 
s'ensuit rien contre la croyance et 
contre la doctrine de l'Eglise catho- 
lique, ni contre les pratiques qu'elle 



approuve ; elle u'est pas obligée 
d'entretenir des professeurs de gram- 
maire pour démêler les équivoques, 
lessophismesetlescalomniestoujours 
renaissantes desprolestants. Cent fois 
on les a réfutés, et cent fois ils les 
recommencent, parce que c'est un 
prétexte pour imposer aux simples et 
nourrir leur entêtement. Vogez Culte 
Marie, Saints, Images, etc. 

Si les femmes de l'Arabie n'avaient 
offert des gâteaux à la sainte Vierge 
que pour la supplier de remercier 
Dieu de la nourriture qu'il daigne 
accorder aux hommes, cette pratique 
aurait été très-innocente ; par là les 
femmes n'auraient reconnu dans 
Marie qu'un pouvoir d'intercession. 
Si elles les lui offraient dans la per- 
suasion que c'était la mère de Dieu 
elle-même qui leur accordait cette 
nourriture par son propre pouvoir, et 
dans l'intention de lui en demander 
la continuation, c'était alors un culte 
superstitieux, et qui tenait de l'idolâ- 
trie ; il venait du même motif par 
lequel les païens faisaient des offran- 
des à leurs dieux. Voyez Idolâtrie. 
Bergier. 

COL-MDRÉ, en hébreu iïtt Ss, 
(Théol. hist. cérém. étr.) — C'est le 
nom d'une prière judaïque qui a at- 
tiré sur les Juifs une multitude de 
persécutions, parce qu'on prétendait 
qu'elle autorisait les faux serments. 
Voici le texte même de cette prière 
telle qu'on la lit dans le rituel chal- 
daïquo appelé le Machsor : 

.'TUS! •■'CU'Igl .Ifllff •\" l ?' s \' *!?!? % 

.wsnrvrçm' .mit» : n'jpairi . , ?iap , i 

ion onis? nv w m oniss Dira 
■prfe.-prq Naiavttt pnSa : rurab isSJ 
yhsa. -y^yù •VP^ -XP V™ 
xrra : ]raijD vh\ pnt? ah ..f"jwaa' 
: BiïtaSa ta xjnyaei .ma xb 

La veille du jour de l'expiation, qui 
a lieu le 10 tischri (septembre), lors- 



COL 



39 



COL 



que toute la communauté est réunie, 
deux docteurs s'avancent vers le 
chantre et disent à haute voix : 

« En présence de Dieu et en pré- 
sence de la communauté, en présence 
de la haute école qui est au ciel et de 
la haute école qui est sur la terre, 
nous autorisons que la prière soit 
faite dans la société des violateurs de 
la loi et des pécheurs. » 

Puis le chantre récite lui-même la 
prière suivante au nom de tous : 

« Nous nous repentons d'avance 
des vœux, obligatiuns, exécrations, 
renoncements, serments et autres 
paroles de ce genre que nous pour- 
rions prononcera partir de ce moment 
jusqu'au prochain jour d'expiation, 
et par lesquels nous pourrions nous 
lier, nous consacrer, nous ohliger. 
C'est pourquoi ils sont d'avance et 
dès ce moment déclarés levés, reniés, 
déliés, annulés, invalidés. Nos- vœux 
ne seront pas des vœux et nos serments 
ne seront pas des serments. 

« Il est certain, dit M. Haneberg, 
que le sens littéral de cette formule 
parle en faveur de ceux qui soutien- 
nent que le Juif est, par elle, affranchi 
de tout sorment qu'il fera dans l'an- 
née suivante et qu'il ne voudra pas 
garder. C'est ce qui explique les 
étranges précautions que prenaient 
certaines législations sur le serment 
des Juifs; par exemple, dans l'ancien 
droit commun et dans le droit féodal, 
il était ordonné au Juif de se placer 
sur la peau d'un cochon, comme si 
cette peau eût été propre a l'isoler de 
son serment ; ailleurs on le forçait à 
se plonger dans l'eau jusqu'au cou, 
ou bien on plaçait devant lui un rou- 
leau de la loi, une corne de bouc, deux 
espèces de rôti, un rôti de bœuf et 
un rôti de poisson, etc. et on lui fai- 
sait proférer contre lui-même des im- 
précations terribles en cas de viola- 
tion du serment; mais si l'opinion 
qu'on avait de la, fameuse prière qui 
se renouvelait chaque année était 
fondée, tout cela était pourtant bien 
inutile. » 

Que faut-il penser du sens véritable 
de cette prière? C'est au droit canon 
des Juifs à répondre. Or, ce droit ca- 
non s'explique là-dessus comme il 
suit : 



« Cette annulation n'a pour objet 
que les vœux et les serments par les- 
quels on se lie envers soi-même, mais 
elle n'a aucune valeur quant aux 
vœux et aux serments par lesquels 
on se lie au prochain ou qu'on doit 
prêter en justice. » 

Le R. Isaac Abuhab, dans le Meno- 
rathlia Maor, dont la morale fait au- 
torité, dit à propos de la même 
prière : 

« Il y a, sans aucun doute, des cas 
où les serments, faits par erreur ou 
par contrainte, sont nuls. Dans ces 
cas de contrainte ou d'empressement 
téméraire, on ne pèche pas si le cœur 
et la bouche ne sont pas d'accord. 
Cependant, et dans aucun cas, une 
dette ne peut être niée (de cette ma- 
nière) envers qui que ce soit, quand 
ce serait un idolâtre. » 

Malgré ces réserves, il est difficile 
de ne pas voir dans le col-nidré un 
acte religieux duquel les consciences 
larges peuvent abuser; mais les chré- 
tiens qui prenaient, d'après les pres- 
criptions des anciennes législations, 
les précautions dont nous avons parlé 
contre les Juifs à cause de cette céré- 
monie dont ils prétendaient conjurer 
les elfets, n'étaient ni moins insensés, 
ni moins immoraux ni moins fana- 
tiques que les Juifs qui n'avaient pas 
assez d'honnêteté naturelle pour n'en 
point abuser dans leur conscience et 
dans leurs actes. 

On a beaucoup écrit sur ce fait 
étrange; Ei-eumenger, dans son Ju- 
daïsme révélé, a fait, en abusant des 
textes, « de vrais diables, » dit M. Ha- 
neberg, de tous les Juifs; M. Schudt, 
dans ses Memorabilia judaica, a mon- 
tré beaucoup d'érudition moderne 
et a été plus juste ; M. Bodenschatz, 
dans la dissertation sur le serment 
judaïque de son Organisation ecclésias- 
tique des Juifs, t. il, soumet le tout à 
une appréciation impartiale qui est 
la seule acceptée des Juifs aujour- 
d'hui. Le Nom. 

COLOGNE. (Théol.hist.conc.) — Cette 
ville a vu se tenir dans ses murs un 
très-grand nombre de conciles, depuis 
l'an 316, date du premier, jusqu'au 
xvii siècle dans lequel eut lieu le 
dernier provincial (1002); M. Floss 



■g 

m 



COL 



40 



COL 



discute comme il suit la question his- 
torique relative à celui de 346. 

« Le premier de ces conciles déposa, 
en 346, l'évèque Euphrate de Cologne, 
parce qu'il enseignait que le Christ 
n'était pas véritablement le Fils de 
Dieu, quod Christus non essct vere 
Filius Dei. Il existe des manuscrits et 
des actes de ce concile qui datent du 
dixième siècle (1); il y en a un à Bru- 
xelles, n° 495-503, d'une main de 
cette époque. La Vie de S. Séverin (2), 
et l'Histoire des Évéques de Verdun, 
par Berthar (3), font mention de ces 
actes. D'après eux, les évoques voi- 
sins d' Euphrate l'avaient averti : Ser- 
vatius, évèque de Tongres, lui avait 
fait d'instantes représentations en 
présence de S. Athanase et de beau- 
coup d'ecclésiastiques ; Jessé, évèque 
de Spire, et Martin, évèque deMayence, 
accompagnés de trois membres du 
clergé, s'étaient convaincus des dis- 
positions hérétiques opiniâtres d'Eu- 
phrate, et cinq évoques, parmi les- 
quels Valérien d'Auxerre et Amand 
de Strasbourg, avaient prononcé une 
sentence contre lui. Le 12 mai 346, 
quatorze évèques présidés par Maxi- 
min, archevêque de Trêves, se for- 
ment en concile national à Cologne ; 
dix autres envoient par écrit leur ad- 
hésion. Onlituncplainte desparoisses 
de Cologne et de toutes les villes de 
la seconde Germanie contre Euphrate, 
et le concile, à l'unanimité, le con- 
damne à être déposé. 

« Mais tous ces actes ont été sem- 
blablementfabriqués dans le huitième 
siècle, car ce qu'ils disent de l'aria- 
nisme d'Euphrate est erroné. D'ail- 
leurs Euphrate parait au concile de 
Sardique, en 347, comme défenseur 
de l'orthodoxie, et Ath'anase, en 358, 
en parle encore avec honneur (k). En- 
fin un coup d'œil sur leur contenu en 
prouve la falsification . Les votes in- 
dividuels ne sont que des variations 
de cette accusation unique : Chris- 
tum Deum esse negat, sans qu'il y ait 
le moindre changement réel dans la 
forme et le fond, ce qui démontre 

(1) Mansi, II, 1371. 

!2) Surins, 23 octobre. 
3) D'Acheiy, Spicil., II, Î34. 
4) Athau., Sist. Ariunorum ad Monach., 
c. 20. Théodoret, Hist. ecc!., Il, 7. 



que les votes proviennent d'un même 
auteur, appartiennent à une même 
époque, époque où l'on s'imaginait 
que les mots rapportés embrassaient 
tout l'arianisme, tandis qu'on sait 
que cette hérésie avait une forme 
bien plus spéciale au quatrième siè- 
cle. La langue même de ces actes, 
presque trop pure pour ces temps 
anciens, dénote une époque posté- 
rieure ; le mot castra estpris dans le 
sens de villes, sens qu'il a pour la pre- 
mière fois au commencement du cin- 
quième siècle dans la Notitia Imperii ; 
la seconde Germanie, Germania II, y 
est désignée comme Germania inferior. 
Les noms des évèques présents ou 
adhérents au concile sont, sauf deux, 
dont on peut démontrer l'existence 
par une légère conjecture, extraits 
tous du catalogue des évèques gaulois 
d'Athanase (1) ; mais les sièges de la 
Gaule leur sont arbitrairement attri- 
bués, comme le prouve la désignation 
de l'évêehé d'Autunpour Simplicius, 
qui ne vécut qu'au cinquième siècle. 
Un évèché des Nerviens, tel que le 
portent les actes, est absolument in- 
connu. On ne peut rien induire con- 
tre les actes de l'accumulation des in- 
dications chronologiques, années de 
Jésus-Christ, olympiades, années de 
Constantin, indiction, etc., etc., qui 
se rencontrent également chez /Egi- 
dius, moine d'Airvant, près de Poi- 
tiers, dans les additions à Hariger de 
Laubes (Vie de S. Servatius) (2), puis- 
que les actes actuels ne sont pas, 
ainsi qu'on l'a cru jusqu'à présent, 
empruntés de ces actes anciens dont 
on aurait laissé de côté les données 
chronologiques trop multiples, mais 
qu'au contraire le manuscrit de Bru- 
xelles ne renferme cette accumula- 
tion que comme une note postérieure 
citée en marge, d'où elle a pu passer 
dans le travail d'^Egidius. 

« Quoique ces actes ne parlent pas 
des provinces gauloises Aquitanica l 
et II et de la provincia Novempopti- 
lana, circonstance qui pourrait dési- 
gner le huitième siècle, époque où 
ces provinces furent séparées de la 



(1) Mansi. III, 77. 

(2) CUapeiville, Gesla Pontif., Tuner., I, 33. 



COL 

Gaule, comme celle des actes (1), nous 
pensons néanmoins que ces actes da- 
tent des premiers temps de l'empire 
carlovingien, époque assez riche en 
falsifications et où l'on cherche à ra- 
Laisser Cologne au profit de Mayence. 
On voulait, par ces actes habilement 
forgés, imprimer une tache à Cologne . 
L'auteur avait probablement lu dans 
une traduction de Théodoret, ou plu- 
tôt dans Cassiodore (2), la lutte d'Eu- 
phrate et des Ariens, qui, à Antiouhe 
avaient secrètement introduit une 
prostituée dans la chambre à cou- 
cher d'Euphrate, afin de pouvoir les 
y surprendre, au scandale de tout le 
monde, et c'est ce qui donna lieu à 
la diffamation dont le bon évêque fut 
la victime. En effet, les chroniqueurs 
de Cologne, ayant foi aux actes, ne 
citent pas Euphrate comme évêque 
de Cologne, et la vie de S. Séverin, do 
dixième siècle, raconte que, par une 
providence divine, Séverin fut le suc- 
cesseur de Materne, après avoir res- 
tauré et maintenu l'œuvre de Materne, 
qu'Euphrate avait cherché à trou- 
bler (3). Ces) une biographie de Ma- 
ximin de Trêves qui, la première, parle 
de la déposition d'Euphrate, et cette 
biographie date, d'après les Bollan- 
distes, du huitième siècle, époque de 
Pépin (4). 

« ^Egidius, moine d'Airvant (vers 
1246), raconte qu'Euphrate, peu après 
sa déposition, fut noyé dans le Rhin 
en face de Neuss. Gelen (5), sans in- 
diquer ses sources, prétend savoir 
qu'il fut englouti en face de Reuss, 
à l'endroit où le Schalksbach passe 
devant le moulin de ce nom pour se 
jeter dans le Rhin ; que ce Ueuve chan- 
gea de lit, forma une grande île, où 
il déposa le cadavre du premier hé- 
résiarque de Cologne. » 

« Historiquement, il n'y a rien de 
vrai dans toute cette affaire d'Eu- 
phrate et du concile. » 

Les conciles de Cologne durant le 
moyen âge, sont très-nombreux, mais 
ne présentent guère d'intérêt que 
pour l'histoire particulière de la ville 

(i) Binterim, Hist. des Conciles, I, 385. 
2) Hist. tripaot. IV, 25. 

(3) Siirius, 23 ottubre. 

(4) Ait. US. Bolland., Mai, VIII, 22. 

(5) Gelen, j>. 34. 



41 COL 

et de la province de Cologne. Le pre- 
mier concile provincial (1310) fut pré- 
sidé sur la demande du Saint-Siège, 
par Henri de Virnebourg ; celui de 
1536 promulgua des décrets pour la 
réforme du clergé, et celui de 1662, 
sous Maximilien Henri, qui fut le 
dernier, décréta des statuts qui sont 
encore en vigueur aujourd'hui dans 
le diocèse de Cologne. Le Noir. 

COLOMB (Christophe). (Théol. hist. 

bîog.) — V CHRISTOPHE . COLOMB OU LE 
NOUVEAU MONDE. 

COLOMB (saint). Il y a eu autrefois 
dans les Iles Britanniques une con- 
grégation de chanoines réguliers de 
ce nom, qui était fort étendue, et qui 
était composée de cent monastères. 
Elle avait été établie par saint Colomb, 
Colm, ou Colmkille, Irlandais de na- 
tion, qui vivait dans le sixième siècle, 
et qu'on appelle aussi saint Colomban; 
mais il ne faut pas le confondre avec 
un autre saint Colomban, son com- 
patriote et son contemporain, fonda- 
teur et premier abbé du monastère 
de Luxeuil en Franche-Comté. On 
voit encore une règle en vers, qu'on 
croit avoir été dictée par saint Colomb 
à ses chanoines ou moines; elle est en 
ancienne langue irlandaise, et elle a 
été tirée des règles des anciens moi- 
nes de l'Orient. Voyez Vie des Pères 
et des Martyrs, t. 5, p. 208. 

Bergieh. 

COLOMBAN (saint). [Théol. hist.bi- 
bliog.) — Le saint Colomban du vi° siè- 
cle dont parle Bergier dans l'article 
précédent (colomu), a laissé plusieurs 
écrits qui ont été souvent réimpri- 
més, par exemple dans la Biblioth. 
maxim. PP. et dans la Biblioth. vcter. 
PP. de Galland, t. xn. Ce sont : De 
octo vitiis principalibus ; Pœnitentiale ; 
Instructiones de officiis christianis ; 
quelques lettres et quelques poésies. 
Le Noir. 

COLONNA (Jlgidius). (Théol. hist. 
biog. et bibliog.) — Parmi les nom- 
breux Colonna dont il est question 
dans l'histoire de l'Église, nous par- 
lerons seulement d'^Egidius, disciple 
de S. Thomas d'Aquin qu'il défendit 






■:■}■.■ 



4 



COL 



42 



COL 



d'une manière si brillante contre 
Guillaume de Hamnre d'Oxford. 

Issu de la famille des Colonna de 
Rome, et pour cela appelé souvent 
le Romoin, il fut le premier augusti- 
nien qui en saigna la théologie à Paris 
où il reçut le titre de doctor fimdatis- 
simus. 11 fut aussi le maitre de Phi- 
lippe le Bel; ca fut pour ce prince 
qu'il composa ses trois livres deRegi- 
mine principum, Rom. 1482 qui ont 
été faussement ait Iribués à S. Thomas. 
Il mourut en 1316 à Avignon. 

« Comme théologien, ditM. Hfeuslé, 
il suit S. Thomas d'Aquin, quoiqu'en 
divers points il s'attache plus résolu- 
ment à S. Augustin. Il était plein de 
prudence et de réserve dans la con- 
troverse, et se trouvait disposé à re- 
venir sur ces propositions quand il 
croyait qu'elles pouvaient scandaliser 
quelqu'un. On en voit des preuves 
dans ses lettres au pape Ilonorius IV, 
de 1285, et à Pévèque de Paris, insé- 
rées dans Palatins (1). Il écrivit de 
nombreux ouvrages de philosophie, 
de théologie, de droit canon, dont 
plusieurs n'ont pas encore été impri- 
més, et dont le catalogue se trouve 
dans Gandulphus, Dissertatio de 200 
scriptoribus Augustinianis. Il existe 
une liste de ces ouvrages imprimés 
dans Bellarmin, de Scriptoribus eccle- 
siasticis, p. 359; dans Possevin, Ap- 
paratus sacer, et dans Cave, Hist. sx- 
cul. Ull, p. 521 et 522, ad ami. 1296. 

« Les plus importants de ces ou- 
vrages sont : 

« A. Ouvrages dogmatiques et po- 
lémiques. I. Elumbraliones et quses- 
tiones in quatuor libros Senlentiarum, 
Basil., 1513; Venet., 1581, in-fol. ; 
Romae, 1623; IL Defensoriurnseu cor- 
rectorium librorum S. Tliomx, contra 
Guilielmi Lamamisis, Thomse ma>tigis 
corrupturium i Venet., 1501, 1556, et 
alib.) ; III. Opéra Wultheri Ilenrici 
Strevesdorf, SS. Theol. Doct., Colon., 
1624. On attribue aussi ce livre au 
théologien dominicain Jean de Paris, 
qui vécut au treizième siècle ; Cave, 
1. c. ; IV. de Peccato originali (Oxonii, 
1479; in-4°) ; V. de Mvnmra et coqm& 
tione Angelorum (Vcncl, , 1598). 

o B. Ouvrages exégéliques : I. Corn*- 

(i) Fasti Cardinal, I, B55. 



ment, in Hexaemeron , lib. Il (1521) 
IL Lectiones 19 in Cantico canticorum 
III. Lectiones inEpist. ad Rom. 
, « C. Philosophie : I. de Esse et Es- 
sentiel (Venet, 1598); II. Comment, in 
Aristotelis libb. de Anima, ad Eduar- 
dum, Anglise regem (Venet., 1501), et 
sur d'autres ouvrages d'Aristote ; III. 
Comment, in Alpharabium de causk\ 
(Venet., 1550); IV; Quodlibeta illus- 
trata (Lovan., 1646, in-fol.). 

D. Droit canon : I. Qusestio in utram- 
quepartem disputata de Potestate regia 
etpontificia (éd. MelebiosGoldast., Mo- 
narch., t. II, p. 95); IL de Renuntia- 
tione Papœ. » Le Nom. 

COLORBASIENS. [Theol hist. sect.) 
— Les colorbasiens étaient vers le 
commencement du III e siècle, une 
secte de gnostiques particulière, ap- 
partenant à l'école de Valentin, qui 
avait eu pour fondateur un certain 
Colorbasus dont on ignore la vie. On 
n'a de détails que sur sa doctrine par 
S. Irénée (lj, S. Epipuane (2), Théo- 
doret (3), S. Augustin (4). Cette doc- 
trine n'était qu'une transforma- 
tion du système des éons de Valen- 
tin ; « d'après Colorbasus, en effet, dit 
11. Haeifslé, la première émanation, 
e'est-àrdire l'octoade de Valentin, dé- 
signait non pas huit substances diffé- 
rentes, mais seulement des relations 
etdes actions diverses du Dieu unique; 
conséquemment aussi, d'après Color- 
basus, les éons n'étaient pas engen- 
drés successivement, mais ils appa- 
raissaient tous en même temps. En 
outre il énumère, dans une autre 
série que Valentin, le AaSsias et la Zu-ô, 
les faisant paraître après "AvBpwraç et 

« L'Être primordial (nporafoup ou 
Bu6dç)résolutd'engendreravecl"'Evvou3t 
et de là son nom de Père ( ricerrip ) ; 
comme il était véritablement dans 
celui qu'il avait engendré-,, il s'appe- 
lait la Vérité, 'klifii:x; voulant se ma- 
nifester lui-môme, il reçut le nom 
d'homme ; les idées de ce qu'il devait 
produire et. qu'il avait, préconçues 



(1) lrin. ado. Hmres., 1. I, c. 12, § 13. 
(2 Epipli., Hsivs., 35. 

(3) Thiiad., Ha>r s. fab., 1. I, c. 12. 

(4) Aug., de Bures., c. 15. 



COL 



•43 



COL 



formèrentrÉglise.L'hommeprononce 
la parole ( tôv léyov ) , et c'est là le 
Fils premier né ; lia vie-, Çto-fo s'ajoute 
à la parole, et c'est ainsi que la pre-' 
inièrc émanation ou l'octoade de Va- 
lentin se clôt dans le Pléroma ( 1 ). 
Sur l'Éon que les Valeutiniens nom- 
ment le Sauveur ( Swxr,& ) et son origi- 
ne, il y avait désaccord parmiles Color- 
basions. Ces nus le faisaient engen- 
drer parTÉtre primordial, entant qu'il 
se nomme i'nomme et l'appelaient 
en ce sens le Fils de l'homme ; d'au- 
tres le faisaient descendre du Pléroma 
tout entier, et le nommaient EôSo- 
vnyro;;. celui qui p 1 ait à Dieu, parce 
qu'il est engendré par la complaisance 
du Pléroma. D'après d'autres encore 
il venait de la seconde série des éons 
de la décade valentinienne, produite 
par la Parole et la Vie, et il était 
nommé la Parole et la Vie. D'autres 
enfin, selon le quels il dérivait de la 
dodéeade produite par l'homme et l'É- 
glise, l'appelaient, sous un nouveau 
rapport, le Fils de l'homme et, en der- 
nier lieu, ceux d'après lesquels il des- 
cendait du Pléroma, produit de l'u- 
nion du Christ et du Saint Esprit, le 
nommaient le Christ, Suivants. Au- 
gustin (2), Colorbasus attribuait une 
grande influence aux sept planètes 
auxquelles il rapportait, disent quel- 
ques modernes, les textes 1, 16, 20, 
de l'Apocalypse. » Le Nom. 

COLORBASUS. (Théol. hist. biog. et 
bibliog.) — V colorbasie.ns. 

COLORITES, congrégation d'Au- 
gustins, ainsi appelée do Colorito, 
petite montagne voisine du village de 
Moruno, dans le diocèse de Cassano, 
et dans la Calabre eitérieure Ce fut 
dans une cabane proche d'une église 
dédiée à la sainte Vierge sur cette 
montagne, que se relira, en 1S30, 
Bernard de Rogliano, et qu'il com- 
mença l'institution de la congrégation 
des Colorites. BergIeu. 

COLOSSIENS. La lettre de saint 
Paul aux Colossiens leur fut écrite de 
Rome l'an 62, lorsque l'apôtre y était 



(1) Couf. Tertull., ado. Valent., c, 36. 
(î) Lot. cit. 



dans les chaînes. Pour préserver ces 
nouveaux fidèles de toute tentation 
de retourner au judaïsme ou au pa- 
ganisme, saint Paul leur donne la 
plus haute idée de Jésus-Christ, du 
bienfait de la rédemption, de la grâce 
que Dieu leur a faite en les appelant 
à la foi, et les leçons de conduite les 
plus sages. 

On remarque beaucoup de ressem- 
blance entre cette épilre et celle que 
saint Paul écrivit en même temps aux 
Ephésiens; l'apôtre, dans plusieurs 
passages de l'une et de l'autre, em- 
ploie les mêmes expressions. 

Les protestants ont beaucoup in- 
sisté sur le y 18 du chapitre 2, où 
saint Paul dit : « Que personne ne 
» vous séduise par une affectation 
» d'humilité, et par le culte des an- 
« ges, marchant dans une voie qu'il 
» ne connaît pas, et enilé d'un or- 
» gueilvainet charnel. » Ils en ont 
conclu que saint Paul réprouve toute 
e-[ièce de culte rendu aux anges. De 
même, f* 20 et 21, il blâme les 
abstinences que certains docteurs 
voulaient prescrire aux Colossiens; 
mais si on veut lire attentivement 
tout ce qui précède et ce qui suit, on 
verra que l'unique dessein de saint 
Paul est de détourner les Colossiens 
des pratiques du judai-me, auxquels 
de faux apôtres avaient, voulu les 
assujettir. Or, au mot Cœlicoles, nous 
avons vu que les Juifs ont été accu- 
sés d'adorer les anges, c'est-à-dire, les 
intelligences ou génies donton croyait 
les astres animés; culte non-seule- 
ment . superslilirux, mais idolàtriqu;, 
formellement défendu par la loi de 
Moïse et encore plus contraire à la 
doctrine de Jésus-Christ; c'est pour 
cela que l'apôtre ajoute que ces gens- 
là ne demeuraient point, al tachés à 
ce divin Sauveur, qui est le chef de 
l'Eglise et la source de toutes les grâ- 
ces. Mais ne. peut-on pas honorer et 
invoquer les anges dont il est fait 
mention dans l'Ecriture sainte, parce 
qu'ils sont les ministres et les ambas- 
sadeurs dont Dieu s'est servi pour 
annoncer aux hommes les mystères 
de Jésus-Christ? Ce divin Sauveur 
lui-même, après son ascension dans 
le ciel, a envoyé ces esprits bienheu- 
reux pour délivrer saint Pierre de ses 






■ 



COL 



COM 



liens, pour révéler à saint Jean les 
destinées de l'Eglise, etc.; les hono- 
rer, ce n'est donc pas se détacher de 
Jésus-Christ, puisqu'on ne leur attri- 
bue d'autre pouvoir que d'exécuter 
ses volontés sur la terre. Voy. Ange. 

Ce n'est pas non plus ressusciter 
le judaïsme que de pratiquer des 
abstinences, non par le même motif 
que les Juifs, mais pour accomplir le 
précepte que saint Paul impose aux 
Colossiens, dans cette même lettre, 
c. 3, )> 5, de mortifier les désirs déré- 
glés de la chair, au nombre desquels 
on doit certainement mettre la gour- 
mandise. Voy. Abstinence. Bergier. 

COLYBES, nom que les Grecs, dans 
leur liturgie, ont donné aune offrande 
de froment et de légumes cuits, qu'ils 
font à l'honneur des saints, et en mé- 
moire des morts; Balsamon, le père 
Goar et Léon Allatius ont écrit sur 
cette matière. 

Les Grecs font bouillir une certaine 
quantité de froment et la mettent en 
petits monceaux sur une assiette, ils 
y ajoutent des poids piles, des noix 
hachées et des pépins de raisin, ils 
divisent le tout en plusieurs compar- 
timents séparés par des feuilles de 
persil, et c'est à cette composition 
qu'ils donnent le non de xoXu&x. 

Ils ont, pour la bénédiction des co- 
lybes une formule particulière, dans 
laquelle ils font des vœux pour que 
Dieu bénisse ces fruits et ceux qui en 
mangeront, parce qu'ils sont offerts à 
sa gloire en mémoire de tel saint et 
de quelques iidèles décédés. Balsa- 
mon attribue à saint Athanase l'ins- 
titution de cette cérémonie ; mais le 
Synaxaire, qui est une vie des saints 
en abrégé, en fixe l'origine au temps 
de Julien l'apostat; il dit que ce prince 
ayantfait profaner le pain et les au- 
tres denrées qui se vendaient au mar- 
ché de Constantinople au commence- 
ment du Carême, par le sang des 
viandes immolées, le patriarche 
Eudoxe ordonna aux chrétiens de ne 
manger que des colybes, ou du fro- 
ment cuit; et que c'est en mémoire 
de cet événement qu'on a coutume 
de bénir et de distribuer les colybes 
aux iidèles, le premier samedi de ca- 
rême. 



On peut consulter un petit Traité 
descolybes, écrit par Gabriel de Phi- 
ladelphie, pour répondre aux impu- 
tations de quelques écrivains de 
l'Eglise latine, qui désapprouvaient 
cet usage : traité que M. Simon a fait 
imprimer à Paris, en grec et en latin 
avec remarques. Bergier. 

COMBALOT (l'abbé Théodore). 
(Théol. hist. biog. et bibliog.) — Ce 
célèbre prédicateur français contem- 
porain, estmortle 18 mars 1873, dans 
l'église même de Saint-Roch, venant 
de descendre de la chaire. Ses der- 
niers moments ont encore été une 
prédication : « En 1820, a-t-ildit, j'ou- 
vris ma carrière de prédicateur en 
cette église de Saint-Roch, par un ser- 
mon sur la sainte Vierge ; je la ter- 
mine aujourd'hui à 76 ans, dans la 
même église, par un sermon sur la 
sainte Vierge : je meurs content. » 

M. Combalot, qui ne porta jamais 
que le titre de missionnaire apostoli- 
que, et n'appartint à aucun ordre 
religieux, était le prédicateur bibli- 
que par excellence ; sa belle manière, 
sa belle voix, son beau feu sacré, son 
beau geste, s'étaient soutenus jusqu'à 
la fin ; il n'avait jamais mieux prêché 
que le jour de sa mort ; il avait même 
notablement corrigé la tendance de 
sa jeunesse à certains emportements 
d'éloquence qui pouvaient nuire à la 
solidité doctrinale. Nous l'avons en- 
tendu dans les derniers discours de 
sa vieillesse comme dans ceux de son 
âge mûr ; en l'écoutant parler si no- 
blement à ses auditeurs, leur rappe- 
ler si bien les grandes figures de l'E- 
vangile, nous sentions un allégement 
à la tristesse que nous inspirait la dé- 
cadence de notre patrie, aussi bien à la 
chaire que partout ailleurs, vers ce pe- 
tit genre positiviste, qui est la négation 
du grand art, depuis la perte des Ra- 
vignan, des abbé Cœur, des Ventura, 
et surtout de l'inimitable Lacordaire. 
Combalot était le dernier représentant 
de ce grand art. 

L'abbé Combalot était né à Chate- 
nay (Isère), le 21 août 1798. Il avait 
déjà professé la philosophie, lorsqu'il 
fut ordonné prêtre à 23 ans avec dis- 
pense d'âge. Il fut un des plus zélés 
partisans de Lamennais et de sou 



COM 



45 



système, représenta longtemps dans 
la chaire les traditions du journal l'A- 
venir et renia eniin les doctrines du 
maître, dont il devint alors un des 
adversaires les plus ardents tout en 
conservant beaucoup de ses tendan- 
ces. Il reçut du Pape, devant lequel 
il prêcha à Rome, le titre de vicaire 
apostolique. 

On a de lui plusieurs écrits qui ne 
sont pas profonds au point de vue 
philosophique, mais qui brillent par 
le style large et noble qui distingua 
presque tous les membres de l'école 
à laquelle il avait appartenu. Ce 
sont les suivants : Eléments de philo- 
sophie catholique, in-8°, Paris, 1 833 ; la 
Connaissance de Jésus-Christ ou le 
Dogme de l'Incarnation envisagée comme 
la raison dernière et suprême de tout 
ce qui esi,in-8°, 4 édit., 1841 et 1852 ; 
Mémoire adressé aux évêques de France 
et aux pères de famille sur la guerre 
faite à la société par le monopole 
universitaire, in-8° de 63 pages, 1844, 
écrit qui valut à l'auteur une condam- 
nation à un mois de prison sous le 
règne de Louis-Philippe ; Conférences 
sur les grandeurs de la sainte Vierge 
in-8°, 184S et 1854; ces conférences 
avaient été prôchées à Sain t-Roch pen- 
dant le mois de Marie. On regarde 
l'abbé Comhalot comme l'auteur d'une 
brochure sur la Brasserie en France 
et sur ses rapports avec l'agriculture, 
in-8° 1839, signée du nom de son 
frère, propriétaire de l'ancienne bras- 
serie du Luxembourg . 

Le Noir. 

COMBEFIS (François), (Mol. hist. 
biog. et bibliog. — Dominicain célèbre 
qui naquit à Marmande en 1005, fut 
l'ami de Léon Allatius et mourut au 
milieu de ses travaux en 1079. Voici 
ce que dit M. Hœuslé de ses ouvrages : 

« Après avoir publié, dès 1044, les 
œuvres d'Àmphiloque, évêque d'Ico- 
nium, de Méthode et d'André de 
Crète, en 2 vol. in-fol., grec et latin, 
avec des remarques, et, en 1045, 
quelques inedita de S. Chrysostome, 
avec une défense des scolies de S. 
Maxime sur S. Denis, il lit paraître, 
en 1648, à Paris, un Novum Aueta- 
rium Grœco-Lalinx Bibliothecse Va- 
trum, aui se divise en deux parties, 



COM 

l'une exégétique, l'autre historico- 
dogmatique. La partie exégétique 
reii terme des homélies et des ser- 
mons de S. Astère, évoque d'Amasée, 
de S. Proclus, de S. Anastase d'A- 
lexandrie , et quelques homélies et 
sermons de différents Pères de l'É- 
glise et historiens sacrés. Dans la 
partie historico-dogmatique se trou- 
vent : Historia hseresis Monothclitarum 
sanctseque in earn sextx synodi actorum 
viîidicise, en trois traités; puis : 
Divcrsorum item antiqua ac medii sévi, 
tum Historiée sacrse, tum dogmatica 
Grseca opuscula, grec et latin, avec 
des éclaircissements sur les passages 
les plus difficiles. 

« L'histoire de l'hérésie monothé- 
lite rencontra quelque contradiction 
à Rome, à cause de certaines asser- 
tions particulières dans lesquelles 
Combefis s'écartait de Baronius et de 
Bellarmin. 

« En 1053, son ami et confrère 
d'ordre, le P. Goar, étant mort au mo- 
ment où il achevait la Chronographie 
de Théophane de Byzance, Combefis 
revit tout le travail et le fit imprimer 
en 1055. Cependant le talent et 
le zèle de l'infatigable Dominicain 
avaient attiré sur lui l'attention de 
l'épiscopat français, et, dans une as- 
semblée des évêques tenue à Paris 
en 1055, on lui assigna une pension 
de 500 livres, qui fut portée à 800 
l'année suivante et à 1,000 plus tard, 
pour venir en aide aux dépenses 
considérables qu'exigeaient ses tra- 
vaux. Combefis répondit d'une manière 
éclatante à ces honorables encoura- 
gements. 

«Après avoir publié, en 1050, l'ou- 
vrage de S. Chrysostome, de Edu- 
candis Liberis, avec cinq sermons sur 
des jours de fête attribués à ce Père, 
et d'autres sermons isolés d'écrivains 
ecclésiastiques, en partie connus, ea 
partie inconnus; puis, en 1660, dif- 
férents actes de martyrs, sous le titre 
lllustrium Christi martyrum* lecti 
triumphi, vetustis Grmcorum monu- 
mentis cortsignati, en grec et en latin, 
il fit paraître en huit volumes in-folio 
sa Bibliotheca Patrum concionatoria, 
Paris, 1062, œuvre aussi substan- 
tielle que vaste, que Combefis, répon- 
dant aux sollicitations de ses contem- 



■^ 



I 



COM i 

porains les pins savants et aux ordres 
de ses supérieurs, exécuta avec une 
conscience scrupuleuse, en s'appuyant 
de la BibUotheca homiliarum et sermo- 
num priscorum Ecclesise Patrum, pu- 
bliée en 4 vol. en 1588, en se servant 
des collections les plus célèbres de 
manuscrits et en la faisant précéder 
d'une introduction, en partie polé- 
mique et très-dôtaillée, sur tous les 
auteurs paraissant dans cette Biblio- 
thèque des prédicateurs. 
! « En 1064, son ami, Léon Allatius, 
lui ayant envoyé sa Diatribe de Simeo- 
num smptis, il la fît imprimer avec 
un petit recueil de plusieurs écrits 
concernant l'origine et les curiosités 
de Constantinoplo, écrits dont Pierre 
Lambécius, bibliothécaire de la cour 
de Vienne, avait publié quelques-uns, 
ce qui excita une polémique entre les 
deux éditeurs. 

« Combcfis, continuant ses travaux, 
fit paraître : Chnsti martynim lecta 
Trias. Hyacinthus Amastrensis, Bac- 
chus et Elias, novi martyres, Agare- 
nico pridem mucrone sublati, Paris. 
1666. 

« Une œuvre plus considérable fut 
celle qui parut en 1672, à Paris, en 
deux volumes in-folio, grec et latin, 
sous le titre : Auctariwm novdssimum 
Bibliothecse Grœcorum Patrum, in quo 
varia scriptorum eedesiasticorum anti- 
quioris, medii et vergentis xvi, opus- 
eula continentur. Dans Je premier vo- 
lume se trouvent : Liber Flavii Josephi 
de imperio rationis in laudem Macha- 
bxorum ; - Hippolyti, episc. et mart. , 
de Christo et Antiehristo ; — Hippolyti 
Romani in Susannum et de Captivitate 
Bab'jlonica. Les traités de Méthodius 
manquent dans ce premier ouvrage 
de Combefis : Conrivium decem Virgi- 
num, sive de Castimonia, et plusieurs 
autres. Le second volume renferme 
deux écrits, contre les Manichéens, 
d Alexandre de Lycopolis, qui avait 
été Manichéen lui-même, et de Di- 
dym» d'Alexandrie ; quelques ser- 
mons et traités de l'hésychaste Pala- 
mas et de son adversaire, le savant 
grec Manuel Kaiékas, qui, repoussé 
de l'Eglise grecque par suite de ses 
eiïorts pour opérer l'union des deux 
Eglises, était entré dans l'ordre des 
Dominicains (Quetif etÉehard, Scrip- 



6 COM 

tores ordinis Pncdicatorum, t. I, t< 
718-720). ' ' 

« Deux ans plus tard parut, uni- 
quement en latin : E ctesiastes Grx- 
cus, id est, illustrium linerorum Pa- 
trum ac oratorum digesti sermones ac 
tractât us, Basilius, M. Csesar. Cappa- 
doc. et Basilius Selhmmlmw. episcopi, 
Paris, 1674; de même, purement en 
latin : Theodoti Ancyrani adversus 
Nestorium liber, et S. Germani Pa- 
inarch. Constantinop. in S. Mariœ 
dormitionem et translationem oratio 
historica, Paris, 1-675, 

« La même année Combefis publia 
une édition des œuvres du solide ad- 
versaire desmonolhélites, Maxime le 
Confesseur, en deux volumes in-foîio, 
avec une traduction latine et des no- 
tes savantes, d'après les meilleurs 
manuscrits de Paris, de Rome, de 
Florence et de Venise, Paris, 1675 : 
Ex almi Gallise cleri jussu et ordine. 

« Ces deux volumes n'embrassaient 
pas toutes les œuvres de Maxime, et 
Qombefts teaait déjà le troisième vo- 
lume prêt pour l'impression lorsque 
la mort suspendit ses tr ivaux. Le ma- 
nuscrit tomba après sa mort dans de 
mauvaises mains, et c'est ainsi que 
les écrits de Maxime que renfermait 
ce troisième volume ne parurent 
qu'isolés et publiés par des éditeurs 
divers. Combefis laissa également ina- 
chevée, du moins de sa main, l'édi- 
tion qu'à la demande du roi il avait 
préparée des écrivains de Byzance 
postérieurs à Théophane ; cependant 
son travail ne resta pas inutile , 
Charles du Fresne ayant publié en 
1685 ces Byzantins. 

« Enfin nous devons encore énu- 
mérer, parmi les travaux critiques de 
Combefis : Basilius Magnus ex intégra 
recensitus. Textus ex fide optimorim 
codicum ubique casiigatus, audits, il- 
lustratm , haud incerta quandoque 
emendatus; versiones recognitse, etc., 
Paris, 1679, 2 vol. in-8°, ouvrage 
digne de mémoire. Plus, Gregorius 
Naziunzenus ex integro restitutus, qui 
ne fut pas publié, mais qui fut trans- 
mis au Bénédictin de Saint-Maur 
François Louvard, qui se proposait 
de puhlier une édition de Grégoire 
de Nazianze. 

« Outre toutes les publications 



COM 



47 



COM 



énumérées, il composa encore, -en 
1668, quelques petits écrits au sujet 
d'une controverse savante qu'il sou- 
tint contre son confrère, Jean Nieolaï, 
sur une nouvelle édition de. la Catena 
aurea, de S. Thomas d'Aquin, parce 
que Nicolas voulait changer, suivant 
la nouvelle édition de la Vulgate, les 
testes de l'Écriture qui se trouvent 
dans la Catena, tandis que Combefis 
tenait à la leçon primitive de S. Tho- 
mas. 

« Sa vaste érudition l'avait mis en 
rapport d'amitié avec les plus grands 
personnages de l'Église et avec la 
plupart des ho'mmes célèbres du dix- 
septième siècle, si riche en savants 
catholiques. Combefès n'en resta pas 
moins jusqu'à la lin le plus humble 
des hommes et le plus scrupuleux des 
moines, toujours affable et obligeant 
envers tous, sévère envers lui-même, 
ne connaissant que le chœur où il 
chantait et la cellule où il travaillait. » 
Le Nom. 

COMÈTES. (Théol. mixt. scien, as- 
tron.) — Nous avons donné au titre 

AVENIR DU MONDE TERRESTRE DEVANT LA 

science un grand article dont celui-ci 
peut-être considéré comme une porte 
dérobée. 

Les comètes sont des astres comme 
les planètes, mais fort étranges à tous 
leurs points de vue. Elles suivent, 
dans notre système solaire, les trois 
lois de Kepler; en vertu de la secon- 
de, elles décrivent des ellipses dont le 
soleil occupe un des foyers ; en vertu de 
la première, leurs rayons vecteiirs dé- 
crivent des aires proportionnelles aux 
temps employés à parcourir ces aires, 
d'où il suit qu'elles vont d'autant 
moins vite qu'elles s'éloignent plus du 
soleil ; en vertu de la troisième, les 
demi grands axes de leurs orbites repré- 
sentant leurs distances moyennes au so- 
leil, élevés au cube, sont proportionnels 
aux carres des nombres qui représen- 
tent leurs révolutions en années, jours, 
minutes, etc.; et tout cela est vrai soit 
que l'on établisse la com pnraison entre 
deux points différents de la même 
orbite, soit qu'on l'établisse entre 
deux orbites, celte d'une comète et 
celle d'une planète par exemple. Elles 
ne paraissent pas, d'ailleurs, être plus 



lumineuses par elles-mêmes que ne 
le sont les planètes. En quoi diffè- 
rent-elles donc des planètes ordinai- 
res? Elles en diM'érent : 1° en ce que 
leurs ellipses sont très-allongées et 
même peuvent l'être jusqu'à sortir 
du système; 2° en ce que ces ellipses 
sont disposées d'une manière quel- 
conque dans l'espace, et comme sans 
harmonie avec les courses des pla- 
nètes ; 3° en ce que la direction de 
leur mouvement peut être même ré- 
trograde, c'est-à-dire dans le sens op- 
posé à celle du mouvement des autres 
astres; 4° en ce que la constitution 
physique de la plupart parait se ré- 
duire à une simple nébulos té dont 
la masse est très-faible, le volume 
très-étendu, et la rarescence très-con- 
sidérable. 

Il n'y a pas longtemps que ces con- 
naissances sur les comètes sont fixées ; 
avant Tieho-Brahé, on les considérait 
comme desmétéoresafnïo-.phéiiques; 
ce fut lui qui, en calculant leur pa- 
rallaxe, trouva qu'elles étaient très- 
loin de la terre, beaucoup plus loin 
que la lune; Kepler n'eut point lui- 
même l'idée de leur appliquer ses 
lois; il crut qu'elles décrivaient dans 
le ciel des lignes droites indélinies; 
et Newton, après avoir calculé qu'un 
corps soumis à l'attraction du soleil 
pouvait aussibien décrire une branche 
d'hyperbole ou de parabole qu'une 
ellipse, émit cette idée que la course 
des comètes pourrait bien être para- 
bolique, ce qui expliquait comment 
certaines comètes, après avoir passé 
près du soleil, ne revenaient plus. 

On a constaté la périodicité d'un 
certain nombre de comètes depuis 
l'invention des télescopes; celle de 
Halley revient au périhélie tous les 
76 ans, celle de Enke tous les trois 
ans et demi, celle de Bréla tous les 
six ans 3/4, celle de Faye tous les 
sept ans environ, celle de Brorsen tous 
les cinq ans environ, celle de d'Arrest, 
reconnue périodique en 1851 par 
Yvon de Villarceau, tous les six ans 
et demi à peu près. D'autres ne pro- 
mettent qu'un retour probable, et 
sont attendues ; telle est la comète dite 
de Charles-Quint, de 1556, qui devait 
revenir avant 1860 et qu'on a cru un 
moment reconnaître dans celle do 



COM 



48 



COM 



1861, mais qui, en réalité, n'a pas 
encore reparu. 

Les comètes présentent des difficul- 
tés considérables à l'observation et à 
leur calcul. Elles ne sont visibles que 
quand elles se trouvent, à la fois, 
assez voisines du soleil et de la terre, 
ce qui n'arrive que lorsquelles en- 
trent dans le voisinage de leur péri- 
hélie ou qu'elles en sortent. Cela 
vient, du moins probablement, de ce 
qu'elles ne sont point lumineuses par 
elles-mêmes, et qu'elles ont besoin, 
pour être visibles, d'être fortement 
éclairées par le soleil; toujours est-il 
qu'il en résulte qu'on ne peut les 
observerque pendant un temps court, 
qui ne permet pas de fixer en assez 
de points leur courbe pour en calculer 
exactement toute l'orbite. 

On a mentionné l'apparition de 
sept à huit cents comètes ; sur ce 
nombre, on n'a pu inscrire les élé- 
ments que de deux cents à peine et, 
parmi ces deux cents il n'y a que 
celles que nous avons citées dont 
l'orbite entière, et par suite la pério- 
dicité, soit constatée. 

Nous venons de résumer à peu près 
tout ce qu'il y a de certain et de 
connu sur ces astres ; mais nous n'a- 
vons pas dit ce qu'elles présentent de 
plus mystérieux ou de plus étrange, 
soit dans leurs formes, soit dans leur 
constitution physique, soit dans leurs 
perturbations. 

Quand une comète revient au pé- 
rihélie, après avoir fait sa révolution 
elliptique, elle a généralement changé 
de forme, en sorte que s'il n'y avait 
que cette forme pour la reconnaître, 
on ne la reconnaîtrait pas. Elle peut 
avoir perdu sa queue, si elle en avait 
une, elle peut l'avoir épanouie ou 
resserrée, elle peut l'avoir mise en 
auréole, etc., et il ne reste, pour cons- 
tater son identité, que les éléments 
de sa révolution s'ils sont à peu près 
les mêmes. Comment expliquer ce 
changement de costume durant son 
voyage à travers les espaces?.... 

Ce n'est pas tout. Nous avons dit 
que les comètes paraissent n'être, pour 
la plupart du moins, que des nébulo- 
sités ; c'est ce qui ressort avec assez 
d'évidence de la transparence d'un 
grand nombre, assez bien constatée 



par leur passage devant des étoiles . 
qui continuent d'être visibles à tra- 
vers leurs substances et même à tra- 
vers leur point le plus dense qu'on 
appelle leur noj'au. Mais cela n'est 
point constaté pour plusieurs, et l'on 
peut penser qu'il y en a qui sont, 
dans ce noyau du moins, compactes 
et solides. 

Il y en a aussi dont le volume est 
énorme; la comète de 1811 avait dix 
mille lieues de rayon ; et malgré cette 
immense étendue, on n'a pas encore 
constaté d'influence des comètes sur 
les planètes, tandis qu'elles-mêmes 
subissent des dérangements parfois 
considérables, sous l'action des pla- 
nètes; il s'ensuit que leur 'densité et 
leur masse sont très-faibles, ce qui 
s'accorde avec leur transparence. D'un 
autre côté, peut-on dire qu'elles con- 
sistent dans des vapeurs légères, lors- 
qu'on sait que les gaz réfractent la 
lumière, et qu'on n'a jamais reconnu 
de réfraction dans les rayons des 
étoiles qui les traversent? Il y a là 
du mystérieux. 

Quand la comète est éloignée du 
soleil, elle est globulaire, elle ne se 
forme en queue que. sous son attrac- 
tion ; et la queue s'allonge dans le 
sens opposé au soleil, mais selon la li- 
gne droite, menée d'elle à lui; elle 
s'allongea, dans la comète de 1680, 
jusqu'à occuper un espace de 34 mil- 
lions de lieues, et dans celle de 1843, 
encore davantage. Au moment où la 
comète fait le tour du soleil, au bout 
périhélie de son orbite, elle va d'une 
vitesse extrême; celle de 1843 ne 
mit que deux heures à décrire un arc 
de 180° autour du soleil ; mais alors, 
il se fait un changement complet de 
direction dans la queue par rapport 
an noyau ; avant d'arriver au périhélie 
la queue suit la tète, et après ce pas- 
sage, c'est la queue qui va devant, en 
sorte qu'elle est toujours à l'opposite 
du soleil. C'est durant le temps de 
cette course, que les changements de 
forme s'opèrent, et ces changements 
sont à l'infini ; tous ces changements 
prouvent assez bien la rarescence, 
l'inconsistance et la mobilité, sinon 
du noyau, au moins de toute la partie 
qui forme la chevelure, la queue, 
l'éventail , etc. , laquelle pourrait , 



COM 

dans les cas où le noj'au serait solide, 
être une grande atmosphère qui chan- 
gerait de formes sous l'action du so- 
leil selon la distance. 

Les perturbations dans la marche 
des comètes peuvent être très-consi- 
dérables soit par des influences con- 
nues et même susceptibles d'être cal- 
culées, soit par des influences incon- 
nues et peut-être même iudécou- 
vrables ; voici ce qu'on sait à cet 
égard : 

Une grosse plané te , telle que Jupiter, 
dans le voisinage de laquelle passera 
une comète, peut l'attirer assez forte- 
ment pour la faire dévier dans le 
tracé de son ellipse et même la dé- 
ranger assez pour modifier à jamais 
sa course, en lui imprimant une di- 
rection plus ou moins différente. C'est 
ainsi que la comète de Halley est trou- 
blée dans sa marche par les influences 
de Jupiter et de Saturne, et que Clai- 
raut ne put fixer son retour pour le 
milieu d'avril 1759 qu'à la condition 
de faire entrer dans le calcul de ses 
éléments celui de ces perturbations ; 
et c'est ce qui fait que ce retour, 
jusqu'à présent, varie son époque 
d'une année, entre 73 et 76 ans. On 
a même profité de ces influences 
perturbatrices pour calculer parfois 
les masses des planètes qui les exer- 
cent. La comète de Enké, par exemple, 
a donné par ce biais, des indications 
sur la masse de Mercure qui en per- 
turbe l'orbite. 

On a même constaté des cas où la 
perturbation a été si considérable 
pour une comète qu'elle en a pris une 
autre direction et qu'elle est même 
sortie,probablemcnt, de notre système 
planétaire, pour aller, dans les espa- 
ces, se rattacher à quelque autre so- 
leil, ou devenir peut-être aussi le sa- 
tellite d'une planète trop éloignée 
pour qu'on put voir son nouveau sa- 
tellite décrire son orbe autour d'elle. 
C'est ce qui arriva pour la magnifi- 
que comète de Lexell qu'avait- décou- 
verte Messier en juin 1770, et dont 
la période, d'après les calculs de Le- 
xell était de cinq ans, cinq dixièmes. 
Comme on ne la revit pas en 1781, 
malgré l'attention qu'on y mit, Lexell 
la calcula de nouveau et constata qu'en 
août 1779 elle s'était par trop appro- 
III. 



ï9 COM 

chée de Jupiter, que l'action de cette 
planète sur elle était devenue supé- 
rieure à celle du soleil et l'avait lan- 
cée dans les espaces où elle s'était 
égarée sous d'autres influences incon- 
nues, si Jupiter ne l'avait pas gardée 
comme satellite. C'était déjà Jupiter 
qui, en 1767, lui avait donné sa courte 
période de cinq ans et demi, et c'est 
lui qui a fini par nous la faire per- 
dre, car elle n'est pas revenue de- 
puis. La terre a-t-elle exercé de ces 
influences, qui produisent des per- 
turbations dans notre univers? On 
ne saurait le dire. On sait seulement 
que plusieurs comètes se sont forte- 
ment approchées de notre globe; 
celle de Lexell, dont nous venons de 
parler, en passa à six fois seulement la 
distance de la lune; il n'eu résulta 
rien pour nous; mais qui pourrait 
dire qu'il n'en résulta rien pour la 
comète, et qui pourrait dire surtout 
que quelque comète n'est pas en route 
pour nous arriver un jour et modi- 
fier considérablement soit nos condi- 
tions astronomiques, soit nos condi- 
tions d'existence? 

Sans parler de la fin du monde — 
nous en avons parlé — quel lecteur 
n'a conclu, dans son esprit, de ces 
faits cométaires, parfaitement cons- 
tatés en astronomie, que l'ordre cos- 
mologique de notre système solaire 
n'a rien de fixe et d'immuable ; que 
les astres, s'ils sont soumis à des pé- 
riodicités dont les temps sont en har- 
monieavecles grandeurs deces corps, 
ne sont pas plus éternels ni immor- 
tels que nos petites existences terres- 
tres. Ils peuvent faire, comme un 
voyageur de la terre, de mauvaises 
rencontres; et nous pouvons raison- 
nablement douter si, au premier jour, 
ne se montrera pas dans les deux 
l'astre nouveau pour nous, dont la 
destinée est de mettre fin à la nôtre. 
Nous n'avons de garantie, de la part 
du Créateur, que les périodicités; 
mais les comètes viennent nous dire, 
d'époques en époques, que ces pério- 
dicités ne sont point universelles, 
qu'il s'exerce des perturbations con- 
sidérables qui les déconcertent, et que 
l'ordre du monde dont nous faisons 
partie, ne tient peut-être, comme 
celui de notre organisme, qu'à un fil 

4 



COM 



50 



COM 



sur lequel smt ouverts d'invisibles 
ciseaux. Le Noir. 

COMMANDEMENTS DE DIEU. On 

donne principalement ce nom aux dix 
préceptes que Dieu lit graver par 
Moïse surdes tables de pierre, comme 
le fond, et "sommaire de la morale. 
Voyez Décai.ogie. Jésus-Christ a ob- 
servé dans l'Evangile qu'ils se rédui- 
sent à deux, à aimer Dieu sur toutes 
choses, et le prochain comme nous- 
mêmes. C'est le sommaire de la mo- 
rale chrétienne, aussi bien que celle 
des Juifs ; il n'a pas été inconnu aux 
patriarches, puisque c'est la loi natu- 
relle : on le trouve tout entier dans le 
livre de Job, et il vient de la révéla- 
tion primitive que Dieu avait donnée 
à nos premiers parents. 

Quoique cette loi n'ordonne rien qui 
ne soit prescrit par la loi naturelle et 
conforme à la droite raison, aucun 
peuple n'a parfaitement connu cette 
morale que par la révélation. Les 
philosophes mêmes, avec toute leur 
sagacité, ont été dans l'erreur sur 
plusieurs articles essentiels ; la plu- 
part ont approuvé la vengeance, le 
mensonge, le meurtre des enfants, la 
prostitution ; ils ont méconnu le droit 
des gens, etc. Voyez Morale. 

Dieu, sans déroger à sa sagesse, à 
sa bonté, à sa justice, a pu faire aux 
hommes d'autres commandements, 
leur donner des lois positives, aux- 
quelles ils sont obligés de se con- 
former lorsqu'ils les connaissent. 
Voyez Lois divines positives. 

Bergier. 

COMMANDEMENTS DE L'EGLISE; 
lois que les pasteurs de l'Eglise on 
faites en différents temps, pour établir 
l'ordre et l'uniformité, soit dans le 
culte divin, soit dans les mœurs. Sanc- 
tifier les fêtes, assister à la messe, 
observer l'abstinence et le jeûne à 
certains jours, respecter les censures 
ecclésiastiques, etc., sont des devoirs 
que l'Eglise a été en droit d'imposer 
aux fidèles, et auxquels ils sont obli- 
gés en conscience de satisfaire. 

Au mot Lois ecclésiastiques, nous 
prouverons que l'Eglise a reçu de 
Jésus-Christ le pouvoir de faire des 
lois, que cette autorité lui était né- 



cessaire, qu'elle en a fait usage depuis 
les apôtres jusqu'à nous, qu'il n'en 
résulte aucun inconvénient à. l'auto- 
rité des souverains, ni au gouverne- 
ment civil des états; les clameurs de 
ses ennemis contre les lois de disci- 
pline établies par l'Eglise, sont frivo- 
les et injustes (1). Bergier. 

COMMÉMORATION, COMMÉMO- 
RA1SON, souvenir que l'on a de quel- 
qu'un, prière ou cérémonie destinée' à 
en rappeler la mémoire. Parmi les 
catholiques romains, ceux qui meu- 
rent font souvent legs à l'Eglise, a 
charge que l'on dira pour eux tant 
d« messes, et que l'on fera commémo- 
ration d'eux dans les prières. 

Commémoration se dit encore, dans la 
récitation du bréviaire, de la mémoire 
que l'on fait d'un saint, ou de la férié, 
par une antienne, un verset et une 
oraison, à laudes et aux vêpres, et 
par une collecte, une secrète et une 
postcommunion à la messe. 

La commémoration des morts est une 
fête qui se célèbre le second jour de 
novembre, en mémoire de tous les 
fidèles trépassés; elle fut instituée 
dans le onzième siècle par saint Odi- 
lon, abbé de Cluni. A l'article Morts, 
nous prouverons l'antiquité de l'usage 
établi dans l'Eglise chrétienne de prier 
pour les morts, les conséquences qui 
en résultent à l'avantage de la société, 
l'injustice des plaintes que les protes- 
tants ont faites contre cet acte de 
charité. 

Dès les premiers siècles de l'Eglise, 
l'usage s'établit de faire, dans les as- 
semblées chrétiennes, la commémora- 
tion des martyrs, le jour anniversaire 
de leur mort; la question est de savoir 
quelle était l'intention des fidèles dans 
cette pratique; nous disons que c'est 
un témoignage du culte rendu aux 
martyrs ; les protestants soutiennent 
qu'il n'y a dans cette coutume aucune 
marque ni aucune prouve de culte. 
Basnyge, qui a traité exprès cette 
question, Wst. de l'Eglise, liv. 18, c. 



(1) Il résulte des déclarations du concile du Va- 
tican que c'est par ses Papes que l'Eglise exorce le 
droit de faire des lois générales* et cela non pas en 
vertu d'une transmission qu'elle leur ferait de son 
droit, omis eu vertu d'un droit propre que les Pa- 
pes tiennent de Jésus-Cnrist. Le Nom. 



COM 



5i 



7, § 3 et suiv., prétend que l'on agis- 
sait ainsi : \" afin d'honorer la mémoire 
de ceux qui avaient combattu pour 
Jésus-Christ ; ainsi s'exprimait l'E- 
glise de Smyrne en parlant du mar- 
tyre de saint Polycarpe. 2° Afin que 
les iidèles fussent encouragés par cet 
exemple à souffrir pour leur foi. 
3° Dans les Constitutions apostoliques, 
1. 8, c. 13, il est dit : Faisons mémoire 
des martyrs, afin que nous soyons trou- 
ves dignes de participer à leurs com- 
bats. 4° Saint Cyprien, Epist. 12 et 
39, dit : Nous offrons des sacrifices 
pour les martyrs toutes les fois que 
nous oélébrons la commémoration anni- 
versaire de leur passion. Ces sacrilices, 
selon Basnage, étaient les oblations 
que. l'on présentait à l'autel, et on 
les faisait pour attester que l'on con- 
servait avec les martyrs l'union, qui 
est appelée dans le symbole la commu- 
nion des saints. Ces oblations n'étaient 
point faites aux martyrs, mais à Dieu 
pour les martyrs. 

Dans tous les éloges qu'en ont faits 
les auteurs des trois premiers siècles, 
nous ne trouvons aucune prière ni 
aucun vestige d'invocation adressée 
aux martyrs. L'Eglise de Smyrne dit : 
Nous aimons les martyrs, mais nous 
n'adorons que Jésus-Christ. Eusèbe, 
liv. 4, c. 16. Enfin aucun des auteurs 
païens, qui ont écrit contre le Chris- 
tianisme, n'a reproché aux chrétiens 
d'adorer, d'invoquer, ni de prier les 
martyrs. De toutes ces preuves, les 
protestants concluent que le culte des 
martyrs n'a commencé qu'au qua- 
trième siècle. 

Quand cela serait vrai, nous présu- 
merions encore qu'au quatrième siè- 
cle l'on savait, pour le moins aussi- 
bien qu'au seizième, ce qni était con- 
forme ou opposé à l'esprit du Chris- 
tianisme, ce que Jésus-Christ et les 
apôtres avaient commandé, conseillé, 
permis ou défendu ; qu'à cette épo- 
que .Jésus-Christ n'a pas permis sans 
doute que son Eglise, qui jusqu'alors 
avait témoigné la plus grande horreur 
de l'idolâtrie, s'en rendit tout à coup 
universellement coupable. Mais nous 
avons de plus fortes preuves qu'une 
simple présomption, 

1° Nous demandons quelle diffé- 
rence il faut mettre entre honneur et 



COM 

culte, entre culte religieux et honneur 
rendu par motif de religion^ lorsque 
les protestants auront satisfait à cette 
question, nous parviendrons peut- 
être à nous entendre sur le reste. 
L'honneur rendu aux martyrs n'é- 
tait certainement inspiré par aucun 
motif humain, par aucun intérêt tem- 
porel, par aucune considération pui- 
sée dans la nature ; il était donc sug- 
géré par la foi et par la religion. 

2° Nous voudrions savoir en quoi 
consiste la communion des saints, que 
l'on voulait entretenu" avec les mar- 
tyrs ; selon l'idée que nous en donnent 
les apôtres, c'est la participation ou 
la communication mutuelle de priè- 
res, de bonnes ouvres, de secours, 
d'assistance, de bienfaits spirituels et 
temporels. Rom., c. 12, ^ 13; Galat., 
c. 6, f d;Hebe., c. 13, f IQ ;I Pétri, 
c. 4, f 8. A quoi se réduirait cette 
communication avec les martyrs après 
leur mort, s'ils ne pouvaient ni prier, 
ni intercéder pour nous, ni nous se- 
courir eu aucune manière; et de 
quoi nous servirait-elle? Basnage ne 
s'explique pas là-dessus. 

3° Nous disons, aussi bien que l'E- 
glise de Smyrne, que nous adorons 
Jésus-Christ seul, dès que l'on entend 
par adoration le culte divin et su- 
prême, et que nous aimons lesmartyrs ; 
pourquoi les aimerions-nous, s'ils ne 
nous aimaient pas eux-mêmes? Selon 
saint Paul, la charité doit être mu- 
tuelle, et cette charité ne meurt ja- 
mais ; elle subsiste donc dans les mar- 
tyrs : s'ils nous aiment, ils s'intéres- 
sent à notre salut, ils le désirent, ils 
le demandent à Dieu, et sans celanous 
n'aurions aucun motif de les aimer. 
4° Saint Cyprien ne parle pas seu- 
lement d'ob'lations ou d'offrandes, 
mais de sacrifices pour la commémo- 
ration des m-àrtyrs, oblationes et sacri- 
ficiel. Ep. 37, olim 12. Dans les Const. 
apost., 1. 8, e. 12, on lit : « Nous vous 
» offrons encore, Seigneur, pour tous 
» les saints,... apôtres, martyrs, con- 
» fesseurs,etc. » Est-il question làde 
l'eucharistie après la consécration? 
Basnageo.n'avait garde de le remar- 
quer. Ces oblations, dit-il, se faisaient 
à Dieu pour les mart3'rs, ou afin qu'ils 
obtinssent quelque nouveau degré de 
gloire, ou pour marquer que l'Eglise 



i s 



COM 



o2 



COM 



entretenait communion avec eux. 
Nous soutenons que c'était pour l'un 
et l'autre. On demandait donc ainsi 
un nouveau degré de gloire pour les 
martyrs : or, c'en est un de pouvoir 
contribuer par leurs prières au salut 
de leurs frères ; on demandait à Dieu 
la communion avec eux ; et, encore 
une fois, cette communion aurait été 
nulle, si les martyrs ne pouvaient pas 
intercéder pour nous. C'est ce que 
fait encore l'Eglise, lorsqu'elle oifre 
le saint sacrifice à l'honneur des mar- 
tyrs et des autres saints ; cette expres- 
sion, sur laquelle les protestants ont 
tant glosé, ne signifie rien de plus que 
ce qu'a vu Basnage lui-même dans la 
pratique de l'Eglise primitive. 

5° Est-il vrai qu'il n'y a dans les 
monuments des troispremiers siècles, 
aucun vestige d'invocation des mar- 
tyrs? Si l'on croyait à leur interces- 
sion, comme nous venons de le prou- 
ver, l'invocation s'ensuit évidemment. 
Saint Cypricn conjure des martyrs de 
se souvenir delui, lorsque le Seigneur 
aura commencé à honorer leur mar- 
tyre. L. de lande Martyrii; à la lin, 
il fait la même prière à des vierges, 
L. de habitu Virgin. C'était les invo- 
quer du moins d'avance ; nous appor- 
terons d'autres preuves ailleurs. 
Voyez Saints. Bergier. 

COMMENCEMENT. Au commence- 
ment, Dieu créa le ciel et la terre. Gen., 
c. 1, y 1. Au Commencement était le 
Verbe, il était en Dieu, et il était Dieu. 
Joan., c. \ , f 1 . La comparaison de 
ces deux passages a donné lieu aux 
interprètes de faire plusieurs remar- 
ques importantes, et aux hérétiques 
d'imaginer plusieurs manières d'en 
pervertir le sens. Dans le premier, 
Moïse enseigne que le monde a com- 
mencé, qu'il n'est pas éternel, que 
c'est Dieu qu'il l'a créé ou l'a tiré du 
néant, qu'avant ce moment rien n'exis- 
tait que Dieu et l'éternité. Ensuite il 
nous apprend que Dieu a donné l'être 
à toutes choses par une simple pa- 
role, par un acte de sa volonté, qu'il 
n'y avait par conséquent point de 
matière préexistante, de laquelle Dieu 
ait eu besoin peur en former le 
monde. Il dit : Que la lumière soit, et 
ia lumière fut, ainsi du reste. Deux 



grandes vérités que les philosophes 
ont ignorées, qu'ils ont même com- 
battues, puisque les uns ont admis 
l'éternité de la matière et les autres 
l'éternité du monde : erreurs qui en 
ont fu>_ naître une infinité d'autres. 
Les sociniens ont fait de vains efforts 
pour soutenir que les paroles de 
Moïse ne prouvaient pas le dogme de 
la création d'une manière incontesta- 
ble. Voy. Création. 

Dans le second passage, saint Jean 
déclare que quand Dieu a créé le 
monde, le Verbe divin était déjà, qu'il 
était en Dieu, et qu'il était Dieu ; que 
c'était par conséquent une Personne 
subsistante et distinguée de Dieu le 
Père ; ce Verbe n'a donc point eu de 
commencement, il est coéternel à 
Dieu. Par là l'évangélisie réfutait 
Cérinthe et d'autres hérétiques qui 
niaient l'éternité et la divinité du 
Verbe. Voyez Verbe, 

Les sociniens se sont encore tour- 
nés de toutes manières pour altérer le 
sens de ces paroles ; ils ont dit que 
saint Jean voulait seulement donner 
à entendre que Dieu a créé le Verbe 
avant les autres créatures. En cela ils 
ont contredit Moïse, qui enseigne 
que les premières choses auxquelles 
Dieu a donné l'être sont le ciel et ia 
terre ; cela ne serait pas vrai, si Dieu 
avait créé le Verbe auparavant. Ils 
ont contredit saint Jean lui-même, 
qui ajoute que par le Verbe toutes 
choses ont été faites, et que rien de 
ce qui a été fait ne l'a été sans lui ; 
certainement le Verbe ne s'est pas 
fait lui-même. D'autres- ont prétendu 
que saint Jean ne parlait point du 
commencement de toutes choses, mais, 
du commencement de la loi de grâce, 
qui a été comme une nouvelle créa- 
tion; Jésus-Christ, en effet, l'appelle 
la régénération, ou le renouvellement 
de toutes choses. Matth., c. 19, f 28. 
Mais pour quelles raisons les sociniens 
veulent-ils donner au mot commence- 
ment, dans saint Jean,"un autre sens 
que celui qu'il a dans "e premier ver- 
set de la Genèse? L'évangéliste fait 
assez comprend re qu'ilparle aussi-bien 
que Moïse, du commencement de l'uni- 
vers, puisqu'il ajoute que toutes cho- 
ses ont été faites parle Verbe, etc. 11 
a donc voulu nous apprendre que ce 



u 









, 



COM 

Verbe a créé le monde. Le psalmiste 
a dit de même, que Dieu a fait les 
deux par sa parole ou par son Verbe, 
et leur arméepar le souffle de sa bouche, 
ou par son esprit ; telle est l'énergie 
du texte hébreu. Ps. 32 ; Hcbr ; 
33, f 6. Aussi plusieurs interprètes 
ODt vu dans ce passage les trois Per- 
sonnes de la Sainte Trinité, Dieu, son 
Verbe et son Esprit. Ceux donc, qui, 
dans les versions, font dire à saint 
Jean : De toute éternité était le Verbe, 
il était en Dieu, et il était Dieu, n'en 
altèrent pas le sens, puisque avant la 
naissance du monde rien n'existait que 
Dieu et l'éternité. 

Une autre imagination fausse des 
sociniens, est de soutenir que ces pa- 
roles, toutes choses ont été faites par 
lui, signifient seulement que Jésus- 
Christ a renouvelé toutes choses. 
Peuvent-ils citer, dans toute l'Ecri- 
ture sainte, un seul passage dans le- 
quel faire signifie renouveler ? Saint 
Jean dit, f g et 10: Le Verbe était la 
lumière.... il était clans le monde, le 
monde a été fait par lui, et le monde ne 
l'a pas connu. Certainement le Verbe 
n'a pas renouvelé le monde lorsque 
le monde ne le connaissait pas. 

On ne peut pas approuver non plus 
l'interprétation du père Hardouin, 
qui, en réfutant très-bien les soci- 
niens, les favorise cependant, en di- 
sant que par le monde on doit enten- 
dre le peuple juif. Peut-on soutenir 
qu'avant la naissance de Jésus-Christ, 
le Verbe n'existait, n'opérait et n'é- 
clairait personne que chez le peuple 
juif? Ce n'est pas ainsi que l'ont en- 
tendu les Pères de l'Eglise, qui ont 
soutenu que, depuis la création jus- 
qu'à nous, tout ce que les hommes 
en général ont reçu de grâces et de 
lumières, leur a été donné par le 
Verbe divin. 

La seule manière de prendre le 
vrai sens de l'Ecriture sainte, est de 
nous en tenir à la tradition, à l'ex- 
plication et au sentiment des Pères 
de l'Eglise, surtout des plus anciens. 
Saint Ignace, disciple de saint Jean 
l'évangéliste, était sans doute bien 
instruit de la doctrine de son maître: 
or, il enseigne, de la manière la plus 
positive, que le Verbe divin n'a point 
eu de commencement, qu'il est par 



53 



COM 



conséquent co-éternel à Dieu. Epist' 
ad Magnes., n° 8. Il dit que Jésus- 
Christ est le lils de Dieu et son Verbe 
éternel, qui n'est point né du silence: 
Verbum ipsius œternum non à silentio 
progreeliens Voy. Verbe. Bergieh. 

COMMENTAIRES , COMMENTA- 
TEURS ; interprétation des livres 
saints, auteurs qui les ont expliqués. 
Des livres qui existent, les uns depuis 
dix-huit siècles, les autres depuis qua- 
tre mille ans, qui sont écrits dans des 
langues mortes, qui peignent des 
mœurs et des usages très-différents 
des nôtres, qui contiennent une doc- 
trine que vingt sortes d'hérétiques 
ont tâché de corrompre, ne peuvent 
être aussi aisés à entendre que des 
livres modernes. Il faut donc, pour 
les expliquer, des hommes qui aient 
étudié les langues, l'histoire , les 
mœurs antiques, la géographie, l'his- 
toire naturelle, etc., qui aient rap- 
proché et comparé les passages, qui 
aient consulté la tradition; et toutes 
ces connaissances ne sont pas aisées à 
rassembler. Les commentateurs les plus 
estimés sont ceux qui les ont possé- 
dées au plus haut degré, qui se sout 
le plus attachés à développer le sens 
littéral et naturel des auteurs sacrés. 
La multitude de leurs commentaires 
est immense; on peut s'en convaincre 
par l'ouvrage du père Le Long, inti- 
tulé Bibliotheca sacra. 

Les uns ont travaillé sur toute l'E- 
criture sainte, les autres sur certains 
livres en particulier; quelques-uns 
se sont bornés à discuter un seul fait 
de l'Ecriture sainte, ou un passage 
qui paraissait plus obscur que les 
autres. Plusieursl'ont fait pour établir 
et appuyer les dogmes de la foi ca- 
tholique, les hétérodoxes pour étayer 
leurs opinions particulières et leurs 
erreurs. 

A la vue de cette multitude de vo- 
lumes, les incrédules ont dit que 
l'Ecriture sainte est donc un livre in- 
déchifl'rable, puisqu'il a fallu tant de 
travaux pour en montrer le sens. Ils 
n'ont pas fait attention que les corn- 
mentateurs ont écrit les uns en Italie, 
les autresen Espagne, ceux-ci en Fran- 
ce, ceux-là en Allemagne ou en Angle- 
terre, dans différents siècles, et dans 



■ 



COM 



54 



COM 



les diverses communions chrétiennes, 
chez les Juifs même ; fort souvent 
tous disent la même chose, ils ne sont 
divisés que sur le sens d'un petit nom- 
bre de passages ; leur concert, sur 
tout le reste, démontre la vérité du 
sens que tous ont également aperçu. 

Quelle multitude de commentaires 
n'a-t-on pas fait sur les poètes grecs et 
latins ! Cela ne prouvepas, sansdoute, 
que ces auteurs soient inintelligibles; 
cependant il n'y a pas longtemps que 
l'on a commencé ce genre de travail, 
au lieu que l'on s'est exercé sur l'E- 
oriture sainte dans tous les siècles. 

Les ordonnances de nos rois ne 
sont pas, sans doute, un chaos d'obs- 
curité; cependant à quelle multitude 
de commentaires n'ont-elles pas donné 
lieu ! 

Mais la nécessité de ces commentai- 
res ne prouve que trop le besoin dans 
lequel sont les simples fidèles, d'une 
autre règle de foi que l'Ecriture sainte 
pour fonder et diriger leur croyance. 
On ne conçoit pas comment les ré- 
formateurs qui ont posé pour principe 
que l'Ecriture sainte est la seule règle 
de foi, ont osé entreprendre de l'ex- 
pliquer eux-mêmes. Si elle est claire 
qu'a-t-elle besoin d'explication ? Si les 
fidèles sont en droit de n'avoir aucun 
égard à cette explication même, à 
quoi peut-elle servir? Et il faut re- 
marquer que les passages sur lesquels 
les protestants ont fondé leurnouvelle 
croyance et leur séparation d'avec 
l'Eglise romaine, sont justement ceux 
qui leur ont paru avoir le plus de be- 
soin d'explication. D'où il résulte que 
leur foi est fondée non sur le texte, 
mais sur l'explication qu'ils en 
donnent, ou sur le sens qu'ils lui at- 
tribuent. A moins que leur explication 
ne soit infaillible, il est fort dange- 
reux que leur foi ne soit une erreur, 
de même que leur méthode est une 
contradiction. 

Les prolestants ont le plus grand 
intérêt à décrier les explications de 
l'Ecriture sainte, données par les Pè- 
res de l'Eglise et par les interprètes 
de tous les siècles, afin de persuader 
que ces livres divins n'ont été bien 
entendus que depuis que les réfor- 
mateurs et hure disciples nous en 
ont donné l'intelligence ; aussi n'y 



ont-ils pas manqué : il n'est pas pos- 
sible déparier des commentateurs, en 
généra], avec plus de mépris que l'a 
fait Mosheim dans son Histoire ecclé- 
siastique, et dans ses Instructions sur 
l'histoire chrétienne du premier siècle. 

Dès cette époque, à commencer par 
saint Barnabe, il leur reproche d'a- 
vair suivi la mauvaise méthode des 
Juifs, d'avoir négligé le sens littéral 
des livres saints, de l'avoir défiguré 
par des explications mystiques et al- 
légoriques. A ce défaut essentiel, ceux 
du second siècle ont ajouté un respect 
superstitieux pour la version des Sep- 
tante. Au troisième, Origène, malgré 
ses travaux immenses sur le texte de 
l'Ecriture sainte, a communiqué aux 
écrivains de son temps, et à ceux qui 
ont suivi, le goût frivole pour les al- 
légories. Au quatrième, saint Jérôme 
malgré les soins qu'il s'était donné 
pour apprendre l'hébreu, n'a pas été 
exempt de ce vice, non plus que saint 
Augustin. Selon lui, ce Père a très- 
mal réussi, lorsqu'il a voulu donner 
des règles pour Tint lligence du texte 
sacré. Au cinquième, il -ne fait grâce 
qu'aux commentaires de Théodoret sur 
le Nouveau Testament, à ceux de 
saint Isidore de Damiette. qui a un 
peu moins donné que les autres dans 
le mauvais goût régnant et à ceux de 
Théodore de Mopsueste, conservés 
par les nestoriens. Depuis le sixième 
siècle, les interprètes se sont presque 
bornés à nous donner des chaînes des 
Pères, catense Patrnm, et ont ainsi 
perpétué le vice né dès le premier 
siècle, jusqu'à la naissance de la ré- 
forme. 

Voilà donc, depuis la mort des apô- 
tres, et pendant un espace de quinze 
c£nts ans, l'Eglise chrétienne privée 
de la véritable intelligence de l'Ecri- 
ture, qui ■cependant, selon le senti- 
ment des protestants, devait être l'u- 
nique règle de sa croyance. En lui 
donnant des pasteurs et des docteurs, 
les apôtres ont oublié de leur pres- 
crire la manière dont il fallait expli- 
quer ce livre divin ; le Saint-Esprit, 
qui avaitd'abord prodigué le don des 
langues aux premiers fidèles, n'a pas 
trouvé bon de l'accorder à ceux qui 
en avaient le plus besoin, à ceux qui 
devaient prêcher au peuple la pure 






CM 



55 



parole de Dieu ; les apôtres, qui en 
avaient reçu la plénitude, ne se sont 
pas donné la peine de faire une ver- 
sion plus exacte et plus correcte que 
celle des Septante. 

Us ont fait bien pis : ils ont mis 
eux-mêmes cette version fautive à la 
main des fidèles, qui étaient incapa- 
bles d'en connaître les défauts, et ce 
sont eux qui ont donné aux Pères de 
l'Eglise l'exemple des explications al- 
légoriques de l'Eciiture sainte; la 
preuve en subsiste dans l'Evangile et 
dans les lettres de saint Paul. Aussi, 
les incrédules ont eu grand soin d'ap- 
pliquer aux apôtres et aux évangélis- 
tes le reproche que les protestants 
font aux anciens commentateurs. Mos- 
heim et ses pareils ont-ils pu l'ignorer? 
Ces deux considérations suffisent 
déjà pour justifier les anciens Pères; 
mais si nous examinons leur conduite 
en elle-même, les trouverons-nous aussi 
coupables qu'on le prétend? Est-il vrai 
que les commentateurs modernes, pro- 
testants ou autres, aient enfanté de si 
grandes merveilles en prenant une 
route tout opposée? Ceci mérite un 
moment de réflexion. 

Les Pères ont cherché dans l'Ecri- 
ture sainte des leçons propres à sanc- 
tifier les moeurs, et non des connais- 
sances capables de flatter l'orgueil et 
la curiosité ; ils ont pensé que ce livre 
divin nous a été donné pour nous ins- 
pirer des vertus, plutôt que pour nous 
enrichir d'une vaste érudition. Leurs 
commentaires sont sans doute moins 
savants que ceux des modernes, mais 
ils sont plus édifiants et plusehrétiens; 
s'ils ne rendent pas la lettre beaucoup 
plus claire, ils tendent plus directe- 
ment à nous en faire prendre l'esprit, 
qui vaut beaucoup mieux. Ils ont fait 
grand usage des explications allégori- 
ques, parce que c'élait le goût de leur 
siècle ; ils étaient forcés des'y confor- 
mer. Voyez Allégorie. Qu'ont fait les 
interprètes protestants et sociniens ? 
Us ont traité les écrits des auteurs sa- 
crés comme on a traitfrceux d'Ho- 
mère, d'Aristote, de Pline, et des au- 
teurs profanes; il n'y a pas plus de 
piété dans leurs notes sur les uns que 
sur les autres. 

Mosheim lui-même a fait une lon- 
gue dissertation contre les interprètes 



COM 

qui ont rempli les commentaires d'ex- 
plications, d'allusions, de comparai- 
sons et d'observations tirées des au- 
teurs profanes. Syntag., Bissert. ad 
sanctiores Disciplin. pertin.. pag. 166. 
On nous en impose, d'ailleurs, 
quand on veut nous persuader que 
les Pères se sont bornés à des expli- 
cations allégoriques. Les livres de 
saint Jérôme, des Noms hébreux, des 
Lieux hébreux, les Questions hébraïques 
sur la Genèse, ses Commentaires sur h s 
prophètes, un très-grand .nombre de 
ses lettres ; le Traité de saint Epiphane, 
des poids et des mesures des Hébreux ; 
les Réponses de saint Augustin aux 
objections desmanichéens, etc., sontdes 
ouvrages d'érudition, qui pourraient 
faire honneur à des savants de notre 
siècle, et ceux-ci devraient être plus 
reconnaissants des secours qu'ils en 
ont tirés. Un grand nombre d'autres 
ouvrages des premiers fiècles, non 
moins estimables, ont péri par le mal- 
heur des temps. Les Hexaples d'Ori- 
gène auraient plus contribué à l'in- 
telligence de l'Ecriture sainte, que le 
plus savant, commentaire. 

Il y a du ridicule à reprocher aux 
anciens Pères leur respect pour la 
version des Septanle, puisqu'alors il 
n'y en avait point d'autre qui fût 
connue ; à la réserve de saint Matthieu, 
les évangôlistes et les apôtres s'en 
étaient servis. Dès le troisième siècle, 
Origène sentit qu'il ne fallait pas s'y 
borner, puisque, dans ses Hexaples et 
dans ses Octaples, il la mit en compa- 
raison avec le texle hébreu, et avec tou- 
tes les autres versions grecques 
qu'il put trouver. Il est encore plus 
absurde de leur savoir mauvais gré de 
n'avoir pas appris l'hébreu dans 
un temps où l'on manquait absolu- 
ment de secours pour l'étudier, et 
lorsque les Juifs faisaient tous leurs 
efforts pour en dérober la connais- 
sance aux chrétiens : on sait combien 
il en coûta de soins et de peines à 
saint J érôme, pour en recevoir des le- 
çons. 

Pour entendre l'Ecriture sainte, les 
Pères des premiers siècles avaient un 
guide plus infaillible que les règles de 
grammaire hébraïque; savoir, la tra- 
dition des Eglises apostoliques, conser- 
vée par les disciples immédiats des 



M 



COM 

apôtres, et transmise sans interruption 
à leurs successeurs. Voilà ce qui a don- 
né lieu de composer les chaînes des Pè- 
res, de rassembler et de comparer les 
explications que ces auteurs respecta- 
bles avaient données des passages dont 
le sens était contesté parles hérétiques. 
Et en quel temps? Sur la tin du cin- 
quième siècle ou pendant le sixième, 
immédiatement après les premières 
irruptions des Barbares. Les plus con- 
nus de ces ouvrages sont celui d'Olym- 
piodore, moine grec du cinquième ou 
du sixième siècle, surlelivre de Job; 
on le trouve dans la Bibliothèque des 
Pères; celui de Victor, évoque de Ca- 
poue, de l'an 545, sur les quatre Evan- 
giles ; celui de Primasius, évèqne d'A- 
drumète en Afrique, en 553, sur les 
épîtres de saint Paul ; celui de Procope 
de Gaze, rhéteur et sophiste grec, qui 
a écrit vers l'an 560, sur Isaïe et sur 
d'autres livres de l'Ecriture sainte. 

On craignait alors avec raison que 
la plupart des monuments ecclésiasti- 
ques ne fussent bientôt détruits parla 
fureur des Barbares : on s'efforçait 
d'en sauver les débris, et l'événement 
a prouvé que cette crainte n'était que 
trop bien fondée. La multitude des 
hérésies qui avaient paru dans les siè- 
cles précédents, faisait sentir la néces- 
sité de s'attacher à la tradition, et d'en 
avoir toujours la preuve sous les yeux. 
L'imperfection de ces ouvrages ne vient 
donc pas du mauvais goût des auteurs, 
mais de la nécessité des circonstances. 
Quoi qu'en disent les protestants, ces 
compilations ne sont pas inutiles, puis- 
que ce sont des chaînes de tradition; 
d'ailleurs nous y trouvons quelques 
fragments de livres anciens qui ne 
subsistent plus. Nous devons faire 
aussi peu de cas de l'opinion qu'en ont 
nos adversaires, qu'ils en font eux- 
mêmes des monuments de l'antiqui- 
té; ils ne chercheraient pas à nous 
ôter nos guides, s'ils n'avaient pas en- 
vie de nous égarer. 
_ Mosheim prétend que dans les bas 
siècles, jusqu'à la naissance de la ré- 
forme, les papes s'étaient opposés de 
toutes leurs forces à ce que les laïques 
pussent lire et entendre l'Ecriture 
sainte. Comme nous ne pouvons pas 
attribuer cette calomnie à l'ignorance 
de ce critique, nous sommes forcés de 



56 



COM 



nous en prendre à sa malignité. Il est 
de toute notoriété que jusqu'au dixième 

siècle, la langue latine fut dans toutes 
les Gaules ie langage non-seulement 
de la religion, mais encore de tous les 
actes publics et de tous les livres ; 
que le peuple l'entendait pour le moins' 
aussi bien que les habitants des diver- 
ses provinces de France, qui ont des 
jargons particuliers, entendent aujour- 
d'hui le français. Il est donc incontes- 
table que, au moins jusqu'alors, la 
vulgate latine pouvait être lue et ptv- 
tenduepartous ceux qui savaient lire. 
Peut-on citer un seul décret des Papes 
qui leur ait interdit cette lecture ? 

Il n'est pas moins certain qu'à 
cette époque, et dans les trois ou 
quatre siècles suivants, les clercs 
seuls savaient lire et écrire ; que l'u- 
sage des lettres était regardé par les 
nobles comme une marque de ro- 
ture : attribuerons-nous cette rouille 
barbare aux Papes, qui n'ont pas 
cessé de faire des efforts pour la dis- 
siper? Ils y avaient le plus grand in- 
térêt, puisque c'est l'ignorance gros- 
sière des siècles dont nous parlons 
qui fit éclore la multitude de sectes 
fanatiques qui troublèrent en même 



temps l'Eglise et la 



aussi bien 



en Italie qu'ailleurs. Sans une aveugle 
prévention, l'on ne peut pas nier que 
le clergé n'ait fait tout ce qui était en 
son pouvoir pour conserver et pour 
renouveler l'usage des lettres. Voyez 
Lettres, Arrrs ; Science, etc. 

Pour faire illusion aux ignorants, 
Mosheim soutient que, de concert 
avec les Papes, le concile de Trente 
a mis un obstacle invincible, parmi 
les catholiques, à la véritable intelli- 
gence de l'Ecriture sainte, en décla- 
rant la vulgate authentique, c'est-à- 
dire, selon lui, fidèle, exacte, parfaite, 
à couvert de tout reproche; en im- 
posant aux commentateurs la dure loi 
de n'entendre jamais l'Ecriture sainte 
en matière de foi et de mœurs, que' 
conformément au sentiment commun 
de l'Eglise et des Pères; en déclarant 
enfin que l'Eglise seule, c'est-à-dire, 
le Pape, qui est son chef, a le droit 
de déterminer le vrai sens et la vraie 
signification do l'Ecriture, llist. ecclè- 
siast., seizième siècle, sect. 3, l re par- 
tie, c. ■!,§ 25. 



COM 



57 



COM 



En premier lieu, il est faux que le 
décret du concile de Trente, tou- 
chant l'authencité de la vulgate, ait 
le sens que Mosheim lui donne mali- 
cieusement ; nous prouverons le con- 
traire au mot Vulgate. Son traduc- 
teur a eu la bonne foi d'en convenir 
dans une note, tome 4,pag. 216. 

En second lieu, la loi dure impo- 
sée aux commentateurs par ce con- 
cile avait au moins déjà huit cents 
ans d'antiquité; le concile in Trullo, 
tenu l'an 092, et dont les décrets for- 
ment encore aujourd'hui la discipline 
de l'Eglise orientale, ordonna, can. 20, 
que s'il survenait des disputes entre 
les pasteurs sur le sens de l'Ecriture, 
elles fussent résolues suivant le sen- 
timent et les lumières des anciens 
docteurs de l'Eglise. Nous verrons au 
au mot Tradition, qu'ils ont suivi eux- 
mêmes cette règle en expliquant l'E- 
criture sainte. 

En troisième lieu, il est faux que, 
dans son décret, le concile de Trente 
ait entendu, par la sainte Eglise notre 
mère, le Pape qui est son chef. Indé- 
pendamment de l'enseignement du 
souverain Pontife, il y a l'enseigne- 
ment public et uniforme des dilîé- 
rentes Eglises qui composent la so- 
ciété générale, que nous appelons 
l'Eglise catholique; enseignement de 
l'uniformité duquel nous sommes as- 
surés par la communion de foi et de 
croyance qui régnent entre elles. Mais 
les protestants ne se corrigeront ja- 
mais de la mauvaises habitude de dé- 
figurer notre doctrine (1). 

Voyons enlin les merveilles qu'ont 
opérées les réformateurs et leurs dis- 
ciples, par leurs commentaires et leurs 
savantes explications de l'Ecriture 
sainte. Mosheim lui-même ne nous 
en donne pas une idée fort avanta- 

(1) Sur le point particulier sur lequel Bergier ré- 
pond ici à Mosheim, à savoir que c'est le Pape 
qui, en sa qualité de chef de l'Eglise, a le droit de 
déterminer le vrai sens de l'Ecriture Fairite, les 
récentes déclarations du concile du Vatican prou- 
vent que Mosheim interpréta,! mieux que Bergier 
le vrai sens catholique; Berg er aurait dû accorder 
à son adversaire que c'est [e Pape qui décide de la 
vraie signification de l'Ecriture sainte, mais en ajou- 
tant qu'il ne le fait infailliblement que quand la 
matière intéresse de sa nature la foi ou la morale, 
quand elle est de (ide val moribus. Voyez notre 
dissertation du commencement sur le concile du 
Vatican. La Nom. 



geuse; il convient que les luthériens, 
dans les commencements, donnèrent 
plus d'application à la controverse 
qu'à l'explication des livres saints, 
qu'ils s'attachèrent trop à y recher- 
cher des sens mystérieux, qu'ils ap- 
pliquèrent à Jésus-Christ et aux ré 
volutions de l'Eglise plusieurs des 
anciennes prophéties qui n'y avaient 
aucun rapport. Noos voyons, en effet, 
que, dans leurs commentaires, ils se 
sont bien moins attachés à recher- 
cher le vrai sens des passages, qu'à 
en tordre le sens pour l'ajuster à 
leurs prétentions; et toutes les fois 
qu'ils ont changé d'avis, ils n'ont pas 
manqué de voir dans l'Ecriture sainte 
le sens le plus conforme à leurs nou- 
velles opinions; ainsi, ce n'est pas le 
sens aperçu d'abord dans les livres 
saints qui a réglé leur croyance; c'est 
celle-ci, au contraire, qui a décidé du 
sens des auteurs sacrés. Etait-ce là 
le moyen de trouver infailliblement 
la vérité? 

Il reproche à Calvin et à ses adhé- 
rents d'avoir appliqué aux Juifs la 
plupart des prophéties qui regardent 
Jésus-Christ, et d'avoir ainsi enlevé 
au Christianisme une partie essen- 
tielle de ses preuves. Peut-on impu- 
ter de pareils attentats aux commen- 
tateurs catholiques? 

Cette dissension sur le vrai sens 
des Ecritures, qui s'est élevée d'abord 
entre les luthériens et les calvinis- 
tes, dure encore parmi ces derniers. 
Grotius, qui a trouvé un bon nombre 
de partisans, surtout chez les soci- 
niens, a soutenu que la plupart des 
prophéties, appliquées à Jésus-Christ 
par les auteurs du Nouveau Testa- 
ment, désignent d'autres personnages 
dans le sens direct et littéral; mais 
que, dans un sens mystérieux et ca- 
ché, elles représentent le Fils de 
Dieu, ses fonctions, ses souffrances, 
etc. Coccéius, au contraire, qui a 
formé aussi des disciples, envisage 
toute l'histoire de l'Ancien Testament 
comme un type et une ligure de celle . 
de Jésus-Christ et de l'Eglise chré- 
tienne ; il prétend que toutes les pro- 
phéties regardent directement et lit- 
téralement Jésus-Christ, et prédisent 
toutes les révolutions qui doivent 
arriver dans son Eglise jusqu'à "la lin 






•: 



COM 



58 



COM 



des siècles. Au lieu que celui-ci a vu 
Jésus-Christ partout, Grotius ne l'a 
vu nulle part, du moins dans le sens 
direct, littéral et naturel des termes. 

De leur côté, un grand nombre de 
théologiens anglicans n'ont fait aucun 
cas de ces commentateurs modernes; 
ils ont soutenu que l'on ne doit inter- 
préter les livres saints, en matière de 
foi et de mœurs, que dans le sens 
que leur ont donné les anciens doc- 
teurs de l'Eglise naissante. A la vérité, 
ils ont été vigoureusement attaqués 
par d'autres; on leur a reprochéqu'ils 
abandonnaient le principe fondamen- 
tal de la réforme, qui est qu'en ma- 
tière de foi et d'interprétation de 
l'Ecriture, chacun est en droit de s'en 
rapporter à son propre jugement, 
sans être subjugué par aucune auto- 
rité humaine. 

Aussi, depuis que ce merveilleux 
principe a été suivi, l'on a vu vingt 
sectes différentes s'élever dans le sein 
du protestantisme, faire bande à part, 
soutenir, la Bible à la main, que leur 
doctrine était la seule vraie. Aucune 
de ces sectes n'a fait un plus grand 
nombre de commentaires sur les livres 
saints que les sociniens, aucune n'a 
poussé plus loin les subtilités de 
grammaire et de critique, aucune 
n'a mieux réussi à pervertir le sens 
de l'Ecriture ; les autres protestants 
en conviennent. Ainsi ce livre divin 
et les commentaires, loin de réunir 
les esprits dans une même croyance, 
sont devenus une source continuelle 
de divisions, et continueront de l'être, 
jnsqu'à ce qu'il plaise à tous les 
esprits rebelles de reconnaître la sa- 
gesse et la nécessité de la loi que 
l'Eglise catholique a imposée à tous 
les commentateurs, et qu'elle à suivie 
dans tous les siècles. Voyez Ecriture 

SAINTE. 

N'est-il pas singulier que les pro- 
testants, qui ne sont pas d'accord 
entre eux sur la meilleure manière 
d'interpréter l'Ecriture sainte, qui dis- 
putent sur une iniinité de passages 
très-importants pour la foi, pour les 
mœurs, pour le culte, qui donnent 
souvent cinq ou six explications dif- 
férentes d'une expression ou d'une 
phrase dans leur Synopse des criti- 
ques, s'obstinent cependant à soute- 



nir que l'Ecriture sainte est claire, 
intelligible à tous les hommes, même 
aux plus ignorants ; que chacun est 
en état d'en prendre le vrai sens 
pour former sa foi et diriger sa con- 
duite? Nous avons beau leur dire 
que, selon saint Pierre, toute prophé- 
tie de l'Ecriture ne se fait point par 
une interprêiationpartiadiêre,Il Pétri, 
c. 1, v. 20; qu'elle doit donc être en- 
tendue par le même esprit qui l'a 
dictée; ils ont trouvé quatre ou cinq 
manières de tordre le sens de ces 
paroles, et ils nous tournent en ridi- 
cule, parce que, pour éviter cet abus, 
nous nous en tenons aux leçons de 
ceux que Dieu a établis pour nous 
enseigner. Bergier. 

COMMENTATEURS BIBLIQUES , 
(Thcol. hist. biblig ) — Voici la liste, 
incomplète sans doute, mais cepen- 
dant assez considérable, que donne 
M. Kozelka, des principaux commen- 
tateurs de nos livres sacrés ; il les di- 
vise en trois catégories, ceux des sept 
premiers siècles de l'Eglise; ceux des 
siècles suivants jusqu'à la réforme 
protestante ; et ceux des temps mo- 
dernes. Puis il subdivise cette der- 
nière catégorie en commentaU-urs ca- 
tholiques ; commentateurs protestants; 
et commentateurs Juifs : 



: 



commentaires des sept premiers 
siècles de l'église. 

« Commentaires d'Origène, de S. 
Athanase, de S. Épbrem le Syrien, 
de S. Basile, de S. Grégoire de Na- 
zianze, de S. Chrysostome, de S. Cy- 
rille d'Alexandrie, de S. Isidore de 
Péluse, de Théodoret; dans l'Église 
latine, de S. Hilaire de Poitiers, de 
S. Amhroise, de S. Jérôme, de S. Au- 
gustin, de S. Grégoire le Grand, d.e 
Pelage, et les collections de Gassio- 
dore, de Primasius. de Procope de 
Gaza, etc. 

II 

COMMENTATEURS DES SIÈCLES SUIVANTS 
JUSQU'A LA RÉFORME PROTESTANTE. 

Jean Damascène , Raban-Maur , 
Bède, Théophylacte, /Ecuménius, S. 



, 



COM 



Thomas d'Aquin, Airain, S. Bona- 
venture, Hugues de Samt-Caro, Ni- 
colas de Lyre, Paul de Bourges Al- 
phonse Tostat, le Grec Eulhyme Ziga- 
bénns. etc., auxquels il faut ajouter 
les auteurs des catenm SS. Patrum, 
aui out toutes été faites à 1 imitation 
de la Catena aurea de S. Thomas qui 
porta d'abord d'autres noms, tels que : 
Continua expositio, Glossa continua, 
Aurea glossa, Continuum etc. M. Ko- 
zelka donna la liste suivante^ de ces 
sortes de commentaires tires des 
saints Pères : „ 

« Nicephor. Eieron. Catena in Ucto- 
teuchum et libros Regum , Leipzig , 
1772,2 vol. in-fol.; Fr. Zephyrus, 
Pentatcuchum, item catena explieatio- 
num velerum SS. Patrum in omnia 
Veteris etNovi Testamenti cantica, ab 
Ant. Carafa e Grxco in Latinum con- 
versa. Colon., 1572; Patav., 1S64; 
Al. Lippomani Catena in Genesim, e 
-plus minus 60 auctoribus Grxcis et 
Latinis, Lugd., Aniss., I6o8, m-iol ; 
Catena inExodum... îbid., 16o/ ; J.-ï . 
de Corduba, Catena vcrsionim glosse- 
meitum Patrum veterum, etc., in IV li- 
bros Eegvm, Lugd., Aniss., 1052 m- 
fol. ; Cat. Grxcor. Patrum in beatum 
Job', collectore Niceta, Uenwlcx metro- 
polita, ex duobus mss. biblioth. Bod- 
lej. codkibus Gi-xce nunc primum in 
lucem édita et Latine versa, opéra et 
studio Patricii Junii, Lond., 1037, m- 
fol.; B. Corderii Caten. in Job, Antv., 
1646, in-fol.; F. a Puteo, Cat. aurea 
super Psalmos, Paris, 1530, et B. 
Corderii Cat. in Psalmos, Antv., 1643- 
46 ; 111 vol. in-fol.; Catenm Grxcorum 
Patrum in Proverbia Salomonis, Latin., 
Th. Paltano interprète, Antv., 1614.; 
Eusebii, Polychronii, Psclli in Cani. 
tant, expositiones Gr. J. Mcursius e te- 
nebris eruit et publicavit, Lugd., 1617, 
in-4" ; Symbolx Grxcor. Patrum in 
Matthxum, coll. aB. Corderio et Petro 
Possino, Soc. Jes., Tolos., 1646-47, 
2 vol. in-fol. Le premier volume ren- 
ferme une Cat. Grxc. Patr. unias et 
virginili, avec une traduction latine 
et des scolies de Possin; puis, du 
même, un supplément de Concordia 
Evang. in genecdogia Christi. Le se- 
cond volume renferme une Catena 
Patr. Gi-secor. triginta, collectore Ni- 
ceta. interprète Corderio; Catena Grx- 



59 COM 

cor. Patr. in Evang. sec. Marcum, col- 
lectore atque interprète P. Possino , 
Romae, 1673 ; Corderii Cat. 68 Grxcor. 
Pair, in Lucam, qux quatuor &imul 
Evangelist. introduit explication m, 
etc., Antv., 1018, in-fol. ; Catena Patr. 
Grxcor. in S. Joannem, ex antiquiss. 
Gr. codd. mss. nunc primum m lucem 
édita a B. Corderio, Antv. ; 1630, in- 
fol., etc., etc. » 

III 

Commentateurs des temps modernes 

ET DES TEMPS LES PLUS RÉCENTS ! 

« I. Commentateurs catholiques. — 
De tous les livres ou de la plupart des 
livres de VA . et du N. T. : Cornélius a 
Lapide, Cornélius Jansémus, Emma- 
nuel Sa, Ménochius, Jirinus, Mariana, 
Dom Calmet, de la Haye; les Alle- 
lemands Braùn, Fischer, Brentano, 
Dereser et Allioli ; 

« D'un livre ou de plusieurs livres 
historiques de l'Ancien Testament^: 
Thomas de Vio.) cardinal Caiétan;, 
Augustin Stcuchus, Jérôme Oléasler, 
Thomas Malvenda , Sébastien Barra- 
dius, André Masius, Jacques Bonfière, 
Arias Montanus, Nicolas Serrarius ; 

« Du livre de Job : Gaspard Sanctius, 
Jen de Pinéda, Fr. Vavasseur; 

a Des Psaumes Thomas Leblanc, 
Gilb. Génébrardus, Simon de Muis, 
Bossuet, cardinal Bellarmin, Gerhau- 
ser (Landshut, 1817; 

« Des Proverbes deSalomon : Rodol- 
phe de Bayne, Ferd.-A. Salazar; 

« Du Cantique des cantiques Gilb. 
Génébrardus, Louis de Ponte, Kiste- 
maker ; 

« Des Prophètes : Ar. Montanus, Jer. 
Pradus, Jean Vilalpandus, Fr. Ribei- 
ra, Four. Ackermami(12 Proph. mi- 
nor., Vienne, 1830), etc.; 

« De tous les livres du N.T. : Schnap- 
pinger, Kistemaker, F.-X. Massl; 

« D'un ou plusieurs livres du N. T : 
Alph. Salmeron (4 Ev. et Ep. S. Pau- 
li);Bern. Lamy (4 Ev.J ; Aul. Vogt 
(4Ev. etEp. Pauli);Jean Maldonat(4 
Ev. edit. recentiss. Mog., 1840-44, 
5 t.); Jacq. Pires (4 Ev., ed.nov. Me- 
chl., 1833; Lamb. Frommondus et 
Thom. Massutius (Act. Apost.); Guil. 
;stius (Epist. S. Pauli et cathol., éd. 
' ;q.) ; Jean Gagnœus, 







nov., Mog., 1841 



COM 60 

Fr. Tittelmann, Fr. de Tolède et Ber- 
nardin dePiconio (Ep. S. Pauli; Jean 
Lonn (Ep. cathol.) ; H. Klée (Év. de S. 
Jean, 1829; Ep. aux Rom., 1830; Ép. 
aux Hébr., 1833; ; AdaJb. Maier (Év. 
de S. Jean, 1843-48); Mack (Ep. pas- 
toral., 1836) ; Windischmann (Ép. aux 
Gai., 1843; ; Conr. Lomb, (Epist. ad 
Herbr.., 1843) ; Reinthmayr (Ep. aux 
Rom., 1813} ; Louis Ab- Alcazar, Syl- 
veira (Apocal.), etc., etc. 

« IL Commentateurs protestants. — 
Outre Luther, Zwingle, Calvin, Mélan- 
chthon, il faut citer : Brcnz, OEcolam- 
pade, Bucer, Bugenbagen, Osiander, 
Bèze, Cléricus, Hugo Grotius, Coc- 
céius. Ont encore interprété : 

«■ 1°. Toute la Bible : J.-G. etC.-F.- 
C. Rosenmûller (Scholia in N. et in 
V. T.); J.-D, Micbaelis (Gott., 1773); 
Hetzel (Lemgo, 1780); le recueil in- 
titulé Critici sacri Anglicani (Londini, 
1660), et Synopsis, publiée par Natth. 
Polus (Londres, 1669); 

« 2°. L'Ancien Testament : J.-A. 
Datbe, J.-C. Schulz et Laurent Bauër 
un ou plusieurs livres : Calov, Chy- 
trœus (Pentat.) Séb. Schmidt (Jos,, 
Asal., plusieurs prophètes) ;Schultens 
et Umbreit (Job et Prov.); Musculus 
Cramer, de Wette, Boette] (Psaumes), 
Calixt. Hùlseman, Helvicus, Vitringa 
Ursinus (grands prophètes); Gésénius 
(Isaie) ; Havernik et Lengerkc (Daniel) ■ 
Kunad, Lambert, Tarnov, Wigand 
petits prophètes); Chytrœus, Geb- 
liardi, Credner, Meier. 

« 3° Le Nouveau Testament en entier 
ou en majeure partie; J.-T. Wetstein (2 
t. in-fol.,Amstel., 1732); J.-B. Coppê 
Act. Ap in Ep . et Apoc.) ; Olshausen 
(N. T., Kœnigsberg, 1820); H.-A.-W 
Meyer, de Wette (Manuel d'exégèse)- 
un ou plusieurs livres : Cb.-F. Kuinoî 
(Lib, bist. et Ep. ad Hebr.); H.-E.-G. 
Paulus (réfuté par beaucoup- de pro- 
testants) ; C.-F.-A . Fritzsche (Ev. sec 
Matth. et Marc, et Ep. ad Rom.) ; Fr 
Lucke (Ecrits de_S. Jean) ; A. Thôluk 
(Ev. de S. Jean, Ép. aux Rom. et aux 
Hebr.); J.-F. Flatt (la plupart des 
Ep. deS. Paul); Rùckert (Ep. aux 
Rom., aux Corinth., aux Gai., aux 
Eph.); Reiche (Ep. aux Rom.); Hei- 
denreieh, Billroth (Ep. aux Corinth.) ; 
Rheinwaldj Holemann (Ep. aux Phi- 
lipp.) ; Steiger, Bobmer, Huther (Ép. 



COM 



aux Coloss.) ; Pelt (Ep. aux Tbess.); 
Matthieu (Ep. pastor.)-; Bleck, Stirr 
Stem (Ep. aux Hébr.) ; Jachmann (Ép. 
cathol.); Tbeile, Gebser et Ken Ép 
de S. Jacques); Steiger(I de S. Pierre) 
Bengel, Eichhorn (Apocal.). etc.; etc. 
III. Commentateurs juifs de l'A. T. : 
R. Aben Esra, Maimonides (Moïse bèn 
Maimon); Dav. Kimchi, Salomon Jar- 
chi (Raschi), Jsaac Aburbanel, Schc- 
lomo ben Melech: Lévi ben Gerson 
Moseb ben Naehmonn, Vechai, Mar- 
dochai benElieser. 

Dom Calmet, Dictionarium historiio- 
critic. S. Scripturic, Luc. , in-fol. . p. 
1725, 26-67, olfre une liste étendue et 
complète des Commentaires de l'An- 
cien et du Nou- veau Testament et des 
dissertations et traités sur cette ma- 
tière. 

« On peut comparer à l'œuvre de 
D. Calmet celui de Cb.-W. Flus^e : 
-Essai d'une histoire des Sciences théolo- 
giques, Halle, 1796-98, 3 vol. ; C.-F -K 
Rosenmûller, Manuel de la littérature de 
la Critique et de l'Exégèse bibliques, 
Gott., 1797-1800, 4vol. ; G.-W. Meyer 
Hist. de l'Exégèse de la Bible, Gott ' 
1802-9, 5 vol.] J.-B. Winer, Manuel 
de la Littérature théologique, surtout 
protestante, 3 e éd., Leipzig, 1837 ; Thé- 
saurus librorum rei cathol'icx, Wurzb. 
zb., 1847; Lippert et Schmidt, Catalo- 
gue bibliographique, n" 8, Halle, 1847, 
p. 34 fqui devrait indiquer plus exac- 
tement les commentaires dus à des 
auteurs catholiques). » Le Noir. 

COMMERCE. On accuse plusieurs 
Pères de l'Eglise d'avoir condamné le 
commerce comme criminel en lui- 
même, et comme opposé à l'esprit 
du Christianisme. Barbeyrac fait ce 
reproche à Tertullien et à Lactance ■ 
d'autres l'ont fait à saint Jean Chry- 
sostome ; il suffit de rapporter leurs 
paroles pour les disculper. 

« Aucun art, dit Tertullien, aucune 
» profession, aucun commerce, qui sert 
» en quelque chose à dresser ou à for- 
» mer des idoles, ne peut être exempt 
» du crime d'idolâtrie;.... c'est une 
» mauvaise excuse de dire, je n'ai pas 
«autrement de quoi vivre, etc. n De 
Idololat., c. M et 12. Nous soutenons 
que cette décision de Tertullien est 
exactement vraie. Il ne sert à rien 






COM 



61 COM 



d'objecter qu'un chrétien ne peut rien 
vendre qui, quoique bon et utile en 
soi, ne puisse être un instrument do 
débauche ou de crime; cette consé- 
quence est fausse parce qu'elle est 
trop générale. Saint Paul a dit : « Si 
» ma nourriture scandalisait mon 
» frère, je ne mangerais de viande de 
ma vie. » I Cor., c. 8, f 13; Rom., 
c. -14, f 21 . Soutiendra-t-on que man- 
ger de la viande n'est pas une chose 
bonne et utile en soi? " 

« Pourquoi, dit Lactance, un homme 
» juste irait-il sur mer, ou qu'irait-il 
» chercher dans un pays étranger, lui 
» qui est content du sien? Pourquoi 
» prendrait-il part aux fureurs de la 
» guerre, lui qui vit en paix avec tous 
» les hommes ? prendra-t-il plaisir à 
» posséder des marchandises étrangè- 
» res, ou à verser le sang humain, lui 
» qui se contente du nécessaire, et 
» qui regarderait comme un crime 
» d'assister seulement à un homicide 
» commis par autrui? » Divin. Inst., 
1. S, c. 18. Sénèquej Natural. quxst., 
1. 5, c. 18, a blâmé, avec encore plus 
de force que Lactance, la fureur de 
braver les dangers de la nier, soit 
pour faire la guerre, soit pour com- 
mercer. On ne dit rien du premier, 
parce que c'est un philosophe; on 
censure le second, parce que c'est un 
Père de l'Eglise. L'un et l'autre ont 
jugé que le commerce maritime vient 
ordinairement d'une ambition déré- 
glée de s'enrichir; que, tout considéré, 
il a fait aux nations plus de mal que 
de bien : quand on l'envisage avec 
des yeux chrétiens ou philosophes, il 
est difficile d'en penser autrement. 

On sait d'ailleurs de quelle manière 
se faisait le commerce dans ces temps 
anciens ; il n'y avait ni lois pour le ré- 
gler, ni police pour en prévenir les 
abus; et la concurrence des négociants 
n'était pas assez grande pour répri- 
mer leur avidité. Si l'on en jugeait 
par les prières qu'Ovide leur met à la 
Louche dans ses Fastes, il faudrait 
en conclure que tous étaient de très- 
malhonnètes gens, et que leur profes- 
sion était infâme. Quand les Pères de 
l'Eglise en auraient eu la même opi- 
nion que ce poète, faudrait-il s'en 
étonner? Dans les siècles grossiers, 
dit un écrivain moderne, le commer- 



çant est trompeur, mercenaire, borné 
dans ses vues ; mais, à mesure que 
son art fait des progrès, il devient 
exact, honnête, intègre, entrepre- 
nant. Eergusson, Essai sur l'Hist. de 
la société civile, t. 2, c. i. 

Il en était de même du métier des 
armes pendant les troubles, les sédi- 
tions, les guerres des divers préten- 
dants à l'empire. Outre l'idolâtrie dont 
ies soldats étaient obligés de faire 
profession, leur brigandage les ren- 
dait odieux; les Pères n'avaient donc 
pas tort d'inspirer aux chrétiens de 
l'éloignonient pour cet étal. Mais nos 
censeurs modernes trouvent qu'il est 
plus aisé de blâmer les Pères que 
d'examiner les raisons qui les ont 
fait parler. Pour pouvoir accuser 
saint Jean Chrysostome, on a cité l'ou- 
vrage imparfait sur saint Matthieu, 
qui n'est pas de lui. Behgier. 

COMMUNAUTÉ ECCLÉSIASTIQUE, 
corps composé de personnes ecclésias- 
tiques qui vivent en commun et ont 
les mêmes intérêts. Ces communautés 
sont ou séculières ou régulières. Cel- 
les-ci sont les chapitres de chanoines 
réguliers, les monastères de religieux, 
les couvents de religieuses. Ceux qui 
les composent vivent ensemble, obser- 
vent une même règle, ne possèdent 
rien en propre. 

Les communautés séculières sont les 
congrégations de prêtres, les collèges, 
les séminaires et autres maisons com- 
posées d'ecclésiastiques qui ne font 
point de vœux et ne sont point as- 
treints à une règle particulière. On 
attribue leur origine à saint Augus- 
tin ; il forma une communauté de clercs 
de sa ville épiscopale, où ils logeaient 
et mangeaient avec leur ôvèque, 
étaient tous nourris et vêtus aux dé- 
pens de la communauté, usaient de 
meubles et d'habits communs, sans 
se faire remarquer par aucune singu- 
larité. Ils renonçaient à tout ce qu'ils 
avaient en propre; mais ils ne faisaient 
vœu de continence que quand ils re- 
cevaient les ordres auxquels ce vœu 
est attaché. 

Ces communautés ecclésiastiques, 
qui se multiplièrent dans l'Occident, 
ont servi de modèles aux chanoines 
réguliers, qui se font tous honneur de 



COM 



porter le nom de saint Augustin. En 
Espagne, il y avait plusieurs de ces 
communautés, dans lesquelles on for- 
mait de jeunes clercs aux lettres et à 
la piété, comme il paraît par le se- 
cond concile de Tolède ; elles ont été 
remplacées par les séminaires. 

L'Histoire, ecclésiastique fait aussi 
mention de communautés qui étaient 
ecclésiastiques et monastiques tout 
ensemble : tels étaient les monastères 
de saint Fulgenee, évêque de Ruspe 
en Afrique, et celui de saint Grégoire 
le. Grand. 

On appelle aujourd'hui communau- 
tés ecclésiastiques toutes celles qui ne 
tiennent à aucun ordre ou congréga- 
tion établie par lettres patentes. Il y 
en a de filles ou de veuves qui ne font 
point de vœux, du moins de vœux so- 
lennels, et qui mènent une vie très- 
régulière. 

L'utilité de ces différentes espèces 
de communautés est de faire subsister 
un grand nombre de personnes à peu 
de frais, de les soutenir dans la piété 
parle secours de l'exemple, de bannir 
le luxe qui absorbe tout dans la so- 
ciété civile ; ce sont ordinairement des 
modèles du bon ordre et d'une sage 
économie. Quand ou dit que l'esprit 
de corps qui y règne est contraire à 
l'intérêt public et au caractère de bon 
citoyen, c'est comme si l'on soutenait 
qu'un père ne peut être attaché au 
bien particulier de sa famille, sans se 
détacher du bien public ; que le pa- 
triotisme ou l'esprit national est con- 
traire à l'humanité ou à l'affection 
générale que nous devons avoir pour 
tous les hommes. 

En détruisant l'esprit de corps, on 
lui substitue l'égoïsme, caractère le 
plus pernicieux et le plus opposé à 
l'intérêt général, aussi bien qu'à l'es- 
prit du Christianisme, qui est un es- 
prit de charité et de fraternité. 

L'humanité prétendue de nos phi- 
losophes cosmopolites n'est qu'un 
masque d'hypocrisie sous lequel ils 
cachent leur égoisme. Quiconque ne 
sait pas témoigner de l'amitié aux 
personnes avec lesquelles il vit tous 
les jours, par sa complaisance, sa dou- 
ceur, ses services, n'aime dans le fond 
que lui-même. Avec de belles maxi- 
mes d'affection générale pour le genre 



62 COM 

humain, il ne voudrait se gêner en 
rien pour consoler un affligé, pour se- 
courir un malade, pour soulager un 
pauvre, pour supporter un caractère 
fâcheux. Celui au contraire qui, dans 
une société particulière, telle qu'une 
communauté ecclésiastique ou reli- 
gieuse, s'est accoutumé de bonne 
huere aménager, à supporter, à ser- 
vir ses frères, en est d'autant mieux 
disposé à traiter de même tous les 
hommes; ainsi ce que l'on nomme 
esprit de corps, n'est dans le fond que 
l'amour du bien général fortifié par 
l'habitude d'y contribuer. 

Un protestant, plus judicieux que 
nos censeurs politiques, a reconnu 
l'utilité des communautés en général ; 
nous ne pouvons nous défendre de 
copier ses réflexions. « Les travaux, 
» dit-il, qui demandent du temps et 
» de la peine, sont toujours mieux 
» exécutés par des hommes qui agis- 
» sent en commun, que lorsqu'ils tra- 
» vaillent séparément. 11 y a plus de 
» dessein, plus de constance à suivre 
» un même plan, plus de force pour 
» vaincre les obstacles, et plus d'éco- 
» nomie. Il est des entreprises qui ne 
» peuvent être exécutées que par un 
» corps, ou par une société vivant 
» sous la même règle... Ainsi, j'ai 
» peine à croire qu'aucune colonie 
» puisse atteindre au même degré d« 
» prospérité qu'un couvent. 

» L'expérience prouve que les so- 
» ciétés purement civiles se négli- 
» gent, et les négligences aperçues 
» ne produisent que des inquiétudes, 
« des agitations, des changements 
» perpétuels de plans... Mais il y a 
» une autre espèce de sociétés où 
« tout est réduit à un intérêt com- 
» m un, et où les règles sont mieux 
» observées; ce sont les sociétés reli- 
» gieuses : de là il est résulté qu'elles 
» ont mieux prospéré que les autres 
» dans les étalilissements qu'elles ont 

» entrepris Sans l'exactitude à 

» suivre une règle, les plus grandes 
» ressources sont inefficaces, leurs 
» effets s'éparpillent, pour ainsi dire, 
» et ne tendent plus au bien commun. 

» La nature même de ces sociétés 
» empêche qu'elles ne puissent être 
» très-nombreuses, leur excès leur 
» nuit et les réduit. Mais on peut 



COM 



» en tirer de grandes leçons pour le 
» succès et le bien de la société ge- 
« nérale, et je ne puis m'einpècher de 
» les regarder elles-mêmes comme 
» un bien. Si nous remontions à l'o- 
» rigine de la plupart des monastères 
» rustiques, nous trouverions proba- 
,. blement que leurs premiers liabi- 
» tants ont été défricheurs, que c'est 
» à eus et à la bonne conduite de 
» leurs successeurs que les couvents 
>, sont redevables des bieDS dont ils 
» jouissent. Pou rquoi n'en jouiraient- 
» ils pas? Imitons-les sans en être 
» jaloux. Si leurs possessions ap- 
» partenaient à un seigneur , cela 
)> n'exciterait aucun murmure et ne 
» donnerait lieu à aucune satire. 
» Pourquoi n'en est-il pas de même 
» à l'égard d'un couvent? Quant à 
» moi, je vois ces établissements avec 
» d'autant plus de plaisir, que ce 
» n'est pas la jouissance d'un seul 
» nomme, mais de plusieurs, et, sous 
» ce point de vue, je ne saurais leur 
» souhaiter trop de bonheur. Des 
» religieux sont des hommes, et l'on 
« doit souhaiter que tout homme soit 
» heureux dans son état dès qu'il ne 
» détruit pas lebonheur des autres.... 
» Or, je ne vois pas en quoi les re- 
» ligieux empiètent sur le bonheur 
» des autres hommes; mais je vois 
» que dans leur état ils ont beaucoup 
» de ce bonheur tranquille qui est 
» prisé par un grand nombre d'hom- 
» mes. La subsistance simple, mais 
» abondante, y est assurée pour les 
» pères, les frères, les domestiques 
» et les laboureurs. La règle s'étend 
» sur tout, pourvoit à tout, prévient 
» les écarts et les désordres. Ils peu- 
» vent se maintenir dans un état 
» d'honnête abondance, parce qu'ils 
» font plus rendre à la terre, et que 
» rien ne se dissipe. Le pouvoir des 
» chefs y maintient la règle, et il se- 
» rait à souhaiter pour le bonheur 
» des hommes qu'il en fût de même 
» partout. 

» Sans le lien salutaire de la reli- 
» gion, l'on tenterait vainement de 
'» former de pareilles sociétés; celles 
» qui ne. seraient formées que par 
» des conventions ne tiendraient pas 
» longtemps. L'homme est trop in- 
» constant pour s'asservir à la règle, 



63 COM 

» lorsqu'il peut l'enfreindre impuné- 
» ment : or, il faut que dans l'en- 
» ceinte où doit s'observer la règle, 
» tout y soit soumis. La religion seu- 
» le, soit par sa force naturelle, soit 
» par le poids de l'opinion publique, 
» peut produire cet heureux effet. 
» Dans le cloître, qui pourrait violer 
» la règle est contenu par la société 
» entière, qui a besoin de la consi- 
» dération publique pour relever la 
» médiocrité de son élut. 

» Je suis donc charmé que les pro- 
» testants aient conservé les cloîtres 
» en Allemagne, et je voudrais voir 
» ces établissements partout, parce 
» que je vois partout une classe de 
» gens qui a besoin d'un petit sort 
» assuré que l'opinion publique re- 
» lève, mais qui, par son inactivité 
» ou son manque de ressources,^ est 
» extrêmement à charge à elle-même 
» et. h la société. Il faut, en un mot, 
» d'honnêtes hôpitaux, et les cou- 
» vents ne sont pas autre chose. 

» Il serait aisé de corriger les dé- 
» fauts et de réformer les abus de 
» ceux qui méritent des reproches ; 
» on les attaque non-seulement par 
» les abus, mais en eux-mêmes, et 
» par des principes qui ne peuvent 
» faire que du mal, et on égare les 
» hommes en croyant parler le lan- 
» gage de l'humanité. » Lettres sur 
» 'l'histoire de la terre et de l'homme, 
» par M. Deluc, t. 4, p. 72 et suiv. 

Les réflexions de ce sage observa- 
teur, sur l'utilité temporelle et poli- 
tique des communautés, ne sont pas 
moins vraies à l'égard de leur utilité 
morale ; la règle est encore plus né- 
cessaire pour diriger la conduite de 
l'homme dans l'ouvrage du salut, 
que dans les travaux de la société. 
En général, les mœurs ont toujours 
été plus pures, et la piété mieux sou- 
tenue dans les monastères que par- 
tout ailleurs. Lorsqu'il y arrive des 
désordres, c'est une preuve que les 
mœurs publiques sont alors au plus 
haut degré de la corruption, et cpie 
la vertu n'est plus honorée dans le 
le monde. Si elle est plus rare au- 
jourd'hui dans les cloîtres qu'autre- 
fois, c'est un des funestes elfetsqu'a 
produit la philosophie de notre siècle ; 
elle pénètre partout, infecte tous les 



GOM 

états, et fait sentir son influence dans 
les lieux mêmes qui étaient faits pour 
en préserver. 

Ajoutons qu'il y a des travaux lit- 
téraires qui n'ont pu être bien exé- 
cutés que par des communautés; il 
fallait une riche bibliothèque, des 
correspondances avec d'autres sa- 
vants, et plusieurs coopérateurs qui 
travaillassent de concert. Telles sont 
les collections d'anciens monuments, 
les belles éditions des Pères , les 
grands corps d'histoire,' etc., mis au 
jour par les bénédictins. Dans le 
cloître, un écrivain, libre de tous les 
soins domestiques et de toutes les 
distractions de la société, accoutumé 
à une vie uniforme et dont tous les 
moments sont comptés, a beaucoup 
plus de temps à donner à l'élude que 
ceux qui vivent dans le monde ; et 
c'est encore ici que les motifs de re- 
ligion sont très-nécessaires pour en- 
courager au travail. 

Enfin, il y a des services essentiels 
qui ne peuvent être constamment 
rendus au public que par des com- 
munautés : tels sont le soin des 
hôpitaux et des établissements de 
cha.ité, l'éducation de la jeunesse, 
les missions, etc. On a besoin de su- 
jets formés d'avance, et qui soient 
toujours prêts à remplacer ceux qui 
viennent à manquer. Voy. Moines, 
Monastères. Behgier. 

COMMUNAUTÉ DE BIENS. Il est 

dit dans les Actes des Apôtres, c. 2, 
f 44, que les premiers chrétiens de 
Jérusalem mettaient leurs biens en 
commun, et que les pauvres y vi- 
vaient aux dépens des riches; mais 
cette discipline ne dura pas long- 
temps ; et rien ne prouve qu'elle ait 
été imitée dans les autres Eglises. 
Les incrédules ont donc soutenu très- 
mal à propos que cette communauté 
de biens avait contribué beaucoup à 
la propagation du Christianisme. 
Quand c'aurait été un appât, pour les 
pauvres, c'aurait été aussi un obstacle 
pour lesriches ; et s'il n'y avait pas eu à 
Jérusalem un grand nombre de riches 
qui avaient embrassé la foi, ils n'au- 
raient pas été en état de nourrir les 
pauvres. 
D'ailleurs Mosheim, dans ses Dis- 



64 



COM 



sertations sur l'Histoire ecclésiastique, 
t. 2, p. 14, en a fait une dans laquelle 
il nous parait avoir prouvé assez soli- 
dement que. cette communauté de 
biens entre les premiers -fidèles de 
Jérusalem, ne doit pas être entendue 
à la rigueur, mais dans le même sens 
que l'on dit d'un homme libéral, qu'if 
n'a rien à lui, et qu'entre les ami,- 
tous biens sont communs. Ainsi ces 
paroles de saint Luc, Act., c. 2 f 
44, et c. 4, $ 32 : « La multitude des 
» fidèles n'avait qu'un cœur et qu'une 
» âme, aucun d'eux ne regardait 
» ce qu'il possédait comme étant à 
» lui, mais tout était commun entre 
» eux, » signifie seulement que cha- 
que fidèle était toujours prêt à se 
dépouiller de ce qu'il'possédait, pour 
assister les pauvres; plusieurs, en 
effet, vendaient une partie de leurs 
biens pour faire l'aumône. 

Il est certain d'abord que les apô- 
tres n'obligeaient personne à faire ce 
sacrifice. Lorsqu'Ananie et Saphire 
eurent vendu un champ, et apportè- 
rent une partie du prix aux pieds des 
apôtres pour la distribuer en aumô- 
nes, saint Pierre leur dit : « N'étiez- 
» vous pas les maitres de garder 
» votre champ, ou d'en retenir le 
» prix après l'avoir vendu? » C. 5, 
t 4. Cette manière d'exercer la cha- 
rité était donc Erbsolument libre. 

Vers la lin du premier siècle, saint 
Barnabe ; au second, saint Justin et 
Lucien ; au troisième, saint Clément 
d'Alexandrie , Terlullien , Origène, 
saint Cyprien ; au quatrième, Ariiobe 
et Lactance disent encore qu'entre les 
chrétiens tous les biens sont com- 
muns; il n'était certainement plus 
question pour lors d'une communauté 
de biens prise en rigueur. 

Par là se trouvent réfutées les vai- 
nes conjectures de quelques déistes, 
qui ont dit que les fidèles de Jérusa- 
lem n'avaient fait autre chose qu'i- 
miter les pythagoriciens et les essé- 
niens, qui mettaient leurs biens en 
commun; que Jésus-Christ lui-même 
avait puisé chez les esséniens sa doc- 
trine, sa morale, et avait établi parmi 
ses disciples la même discipline qu'il 
avait vue en usage parmi cette secte 
juive, etc. 

Il n'est pas douteux que la charité 



COM 



65 



COM 



héroïque, si commune parmi les pre- 
miers chrétiens, n'ait contribué beau- 
coup à. la propagation du Christia- 
nisme : leurs ennemis mêmes en 
rendent témoignage, aussi bien que 
les Pères de l'Eglise. Mais les incré- 
dules veulent faire illusion, lorsqu'ils 
représentent cette vertu comme une 
cause toute naturelle de l'établisse- 
ment de notre religion ; est-il natu- 
rel que le détachement et le mépris 
des biens de ce monde, si rares parmi 
les païens et parmi les Juifs, soient 
devenus tout à coup une qualité com- 
mune et populaire parmi les chré- 
tiens? Voyez Charité. Bergier. 

COMMUNICANTS, secte d'anabap- 
tistes. Ils furent ainsi nommés â 
cause de la communauté de femmes 
et d'enfants qu'ils avaient établie entre 
eux, à l'exemple des nicolaïtes. San- 
derus, Ilxr. î 98. Gauthier, dans sa 
Chronologie du seizième siècle. Voyez 
Anabaptistes. Bergier. 

COMMUNICATION D'IDIOMES, 

terme consacré parmi les théologiens, 
en traitant du mystère de l'incarna- 
tion, pour exprimer l'application des 
attributs des deux natures unies en 
Jésus-Christ à sa divine Personne. 

En vertu de l'union hypostatique 
des deux natures dans une seule Per- 
sonne divine, on attribue avec raison 
à cette Personne tous les idiomes ou 
toutes les propriétés de la nature hu- 
maine, qui ne sont point incompati- 
bles avec la Divinité. Ainsi l'on dit 
que Dieu a souffert, que Dieu est mort, 
etc., choses qui, à la rigueur, ne con- 
viennent qu'à la nature humaine ; 
cela signifie que Dieu a souffert , 
quant à sou humanité, qu'il est mort 
en tant qu'homme, parce que, selon 
l'axiome reçu en théologie, les déno- 
minations qui signifient les natures 
ou les propriétés de nature, tombent 
sur le suppôt ou sur la personne. Or, 
comme il n'y a en Jésus-Christ qu'une 
seule Personne, qui est la Personne 
du Verbe/c'est à elle qu'il faut attri- 
buer les dénominations des deux na- 
tures et de leurs propriétés. Mais, par 
la communication d'idiomes, on ne 
peut pas attribuer à Jésus-Christ ce 
qui est incompatible avec la Divinité, 
III. 



ce qui ferait supposer qu'il n'est pas 
Dieu ; ce serait détruire l'union hy- 
postatique qui est le fondement de 
la communication d'idiomes. Ainsi l'on 
ne peut pas dire que Jésus-Christ est 
un pur homme, qu'il est faillible, ca- 
pable de pécher, etc. Par la même 
raison, l'on dit de Jésus-Christ qu'il 
est la sagesse éternelle, qu'il est tout- 
puissant, etc., attributs propres de 
la Divinité, parce que la Personne de 
Jésus-Christ est le Verbe divin. 

Les nestorions rejetaient cette com- 
munication d'idiomes; ils ne pouvaient 
souiïrir que l'on dit, en parlant de 
Jésus-Christ, que Dieu a souffert, 
qu'il est mort, que Marie est mère 
de Dieu; d'où l'on conclut qu'ils ad- 
mettaient deux Personnes en Jésus- 
Christ quoiqu'ils ne l'affirmassent pas 
formellement. Les luthériens sont 
tombés dans l'excès opposé, en pous- 
sant trop loin la communication d'i- 
diomes, en prétendant que Jésus- 
Christ, non-seulement en tant que 
Dieu, mais en tant qu'homme, est 
immortel, immense, présent partout- 
propriétés qui ne peuvent, en aucun 
sens, convenir à l'humanité. Voy. In- 
carnation. Bergier. 

COMMUNION DE FOI, croyance 
uniforme de plusieurs personnes, qui 
les unit sous un seul chef, dans une 
même Eglise; sans ce caractère, l'E- 
glise ne peutavoirune véritable unité. 
Telle a été la persuasion de ses mem- 
bres, dès les premiers siècles ; on le 
voit par les canons du concile d'El- 
vire, tenu vers l'an 30, et c'est ainsi 
que l'on a toujours entendu le sym- 
bole de Nicée, qui appellel'Eglise une, 
sainte, catholique et apostolique. Par 
conséquent toutes les sectes qui ont 
cessé d'être en communion de/b('avec 
elle, ont cessé d'être membres de l'E- 
glise de Jésus-Christ. Le souverain 
Pontife est le chef de la communion 
catholique; l'Eglise de Rome, ou le 
Saint-Siège, en est le centre; on ne 
peut s'en séparer sans être schisma- 
tique. 

Jésus-Christ, parlant de ses ouail- 
les, a dit qu'il en ferait un même trou- 
peau sous un seul pasteur Joan. , 
cap. 10, f 16, Saint Paul répète con- 
tinuellement aux iidèles qu'ils sont 

5 



COM 



66 



COM 



un seul corps, Rom., cap. 12, f S; I 
Cor., cap. 12, f 25, etc. Cela ne peut 
pas être, à moins que tous n'aient une 
même foi, les mêmes sacrements, la 
même morale, un même culte ; au- 
trement l'unité ne serait qu'extérieure 
et apparente. Pour qu'elle soit réelle 
et constante, un centre de subordi- 
nation est aussi nécessaire qu'un dra- 
peau ou une enseigne pour rallier 
les soldats. 

L'évidence de ce principe est con- 
firmée par une expérience de dix-sept 
siècles. Tous ceux qui n'ont pas voulu 
se soumettre à cette constitution de 
l'Eglise, se sont séparés pour aller 
faire bande à part ; et bientôt cette 
première secte s'est sous-divisée en 
plusieurs autres, qui n'ont pas eu 
entre elles plus de liaison qu'avec le 
tronc duquel elles s'étaient séparées. 
Elles se sont détestées et condamnées 
mutuellement, comme elles étaient 
rejetées elles-mêmes par l'Eglise ca- 
tbolique. L'inconstance naturelle de 
l'esprit humain, l'orgueil qui se flatte 
de mieux penser que les autres, l'am- 
bition d'être chef de parti, sont des 
maladies qui dureront autant que 
l'humanité; il n'y a point d'autre re- 
mède contre leurs ravages qu'un frein 
qui les retienne, et qui les force de 
plier sous le joug de l'enseignement 
commun. V. Eglise,|§ IL Bergieh. 

COMMUNION DES SAINTS. C'est 
l'union entre l'Eglise triomphante, 
l'Eglise militante et l'Eglise souf- 
frante; c'est-à-dire, entre les saints 
qui sont dans le ciel, les âmes qui 
souffrent en purgatoire, et les fidèles 
qui vivent sur la terre. Ces trois par- 
ties d'une seule et même Eglise for- 
ment un corps dont Jésus-Christ est 
le chef invisible; le Pape, vicaire de 
Jésus-Christ, en est le chef visible, et 
les membres sont unis entre eux par 
les liens de la charité, par une com- 
munication mutuelle d'intercession 
et de prières. De là l'invocation des 
saints, la prière pour les morts, la 
confiance au pouvoir des bienheureux 
auprès du trône de Dieu. 

La communion des saints est un 
dogme de foi, un des articles du sym- 
bole des apôtres, constamment re- 
connu par la tradition, et fondé sur 



l'Ecriture sainte. « Nous sommes 
» tous, dit saint Paul, un seul corps, 
» et membres l'un de l'autre. » Rom., 
c. 12, f 5. « Qu'il n'y ait donc point de 
» division dans ce corps, mais que 
» les membres aient soin l'un de l'au- 
» tre. » I Cor., c, 11, f 25. « Crois- 
» sons tous dans la vérité et dans la 
» charité, en Jésus-Christ qui est notre 
» chef. » Ephes., c. 4, f 15, etc. 

De là nous concluons que tout est 
commun dans l'Eglise, prières, bon- 
nes œuvres, grâces, mérites, etc. ; 
qu'un des plus grands malheurs pour 
un chrétien est d'être privé de la com- 
munion des saints par l'excommuni- 
cation, par le schisme ; que c'est y 
renoncer en quelque manière que de 
mépriser le culte public, et de lui 
préférer par mollesse un culte do- 
mestique et particulier. 

Tout fidèle quiseconnaitlui-même 
et se rend justice, a peu sujet de 
compter sur ses vertus et ses bonnes 
œuvres ; mais il se repose sur l'inter- 
cession, les prières, les mérites de 
l'Eglise, qui sontceuxde Jésus-Christ, 
et qui tirent de lui toute leur valeur. 
C'est ce qui soutient l'espérance chré- 
tienne, et nous excite à faire le bien. 

Ce même dogme de la communion 
des saints devrait encore contribuer 
à rapprocher les cœurs, à étouffer les 
haines générales et particulières, à 
inspirer à tous les chrétiens des senti- 
ments defraternité. «En Jésus-Christ, 
» dit saint Paul, il n'y a plus ni Juif, 
» ni Gentil, ni Grec, ni Barbare, ni 
» maître, ni esclave; vous êtes en lui 
» un même corps et uneseulefamille.» 
Galat., cap. 3, f 28. Telle a élé l'in- 
tention de notre divin Maître ; si nous 
y répondons souvent très-mal, ce 
n'est pas la faute de notre religion. 

Dans les premiers siècles, les diffé- 
rentes Eglises étaient dans l'usage de 
s'écrire mutuellement des lettres de 
fraternité et d'amitié, que l'on nom- 
mait lettres de communion. Elles at- 
testaient, parce moyen qu'elles étaient 
unies entre elles, non-seulement par 
les liens d'une même foi et d'un même 
culte, mais encore par une charité 
mutuelle ; qu'elles s'intéressaient à 
la prospérité les unes des autres, et 
prenaient part au bien ou au mal qui 
pouvait leur arriver. 



COM 



67 



COM 



Saint Paul appelle aussi communion 
les secours mutuels d'aumônes et de 
services que les fidèles se rendaient 
les uns aux autres : Bcnepcentiœ et 
communionis nolite oblïvisci. Hebr., 
c. 13, f. 16. Dans quelques Chartres 
du treizième siècle, on a donné le 
nom de cûm?/î!(hîû)( aux offrandes que 
les fidèles taisaient en commun. 
Beugier. 

COMMUNION EUCHARISTIQUE ou 
SACRAMENTELLE. — C'est l'action 
de recevoir, dans le sacrement de 
l'eucharistie, le corps et le sang de 
Jésus-Christ, action qui est évidem- 
ment la plus auguste et la plus sainte 
de notre religion. « La coupe que 
» nousbéuissons, dit saint Paul, n'est- 
» elle pas la communion du sang de 
» Jésus-Christ, et le pain que nous 
» rompons, n'est-il pas la participa- 
» tion au corps de Jésus-Christ? Nous 
» sommes tous un seul pain et un 
» seul corps, nous qui participons au 
» même pain et à la même coupe. » 
I Cor., c. 10. Ainsi l'apôtre nous 
fait sentir toute l'énergie du terme de 
communion. 

Dans toutes les religions, l'usage à 
été constant de manger en commun 
les chairs de la victime que l'on avait 
offerte en sacrifice ; dès les premiers 
temps, le père de famille présidait à 
la cérémonie, rassemblait ses enfants, 
ses domestiques, souvent les étran- 
gers, pour prendre part à ce re- 
pas fraternel. Les païens se flattaient, 
dans cette circonstance, de manger 
avec, les Dieux ; les adorateurs du vrai 
Dieu, plus sensés, se regardaient 
comme assis à la table du Père com- 
mun de toutes les créatures. 

Jésus-Christ, qui connaissait si 
bien les ressorts qui font mouvoir le 
cœur humain, et l'iulluence que les 
cérémonies ont sur les mœurs, ne 
pouvait manquer d'en conserver une 
aussi touchante que celle-ci ; mais il 
en a retranché ce que les anciens sa- 
crifices avaient de trop grossier. Elle 
est bien froide, quand on ne l'envi- 
sage que comme un simple symbole 
destiné à nous rappeler le souvenir 
de la dernière scène de Jésus-Christ; 
un repas ordinaire ferait sur nous 
plus d'impression. Mais que la com- 



munion est touchante, quand on croit 
que ce divin Sauveur est tout à la 
fois le prêtre, la victime, la nourri- 
ture de ses adorateurs ! 

La communion de foi et la commu- 
nion des saints sont une conséquence 
de la communion sacramentelle, qui en 
est le signe. « Nous sommes un seul 
» corps, dit saint Paul, nous tous qui 
» participonsàunmèmepain. » ICor., 
c. 10, y 17. Mais il explique la 
nature de ce pain, en disant que c'est 
la participation au corps du Seigneur. 
Il confirme cette idée en comparant 
les chrétiens aux Israélites, qui par- 
ticipaient au sacrifice, en mangeant 
la chair de la victime. Si l'eucharis- 
tie n'est pas un vrai sacrifice, la com- 
paraison est fausse, la participation 
est imaginaire; la chair des victimes 
était une image beaucoup plus sensi- 
ble du corps de Jésus-Christ mort sur 
la croix, que le pain et le vin. 

Il n'est donc pas étonnant que les 
protestants, en faisant de l'eucharis- 
tie un signe sansréalité, aient renoncé 
en même temps à l'efficacité de la 
communion sacramentelle, à la commu- 
nion de foi et à la communion des 
saints. Chaque particulier, dans sa fa- 
mille, peut consacrer l'eucharistie et 
faire la communion dans le sens qu'ils 
donnent à ce terme. ; il ne faut ni 
prêtre, ni autel, ni cérémonies; avec 
une foi c.alvinienue et un peu d'en- 
thousiasme, toute la famille commu- 
nie à chacun .de ses repas. C'est mal 
à propos que saint Paul a tiré de la 
cène eucharistique une instruction 
qu'il pouvait faire également sur cha- 
que repas pris en famille, ou du 
moins sur celui dans lequel plusieurs 
familles se trouvent rassemblées. 

Dès le premier siècle de l'Eglise, 
saint Clément ; au second, saint Ignace 
et saint Justin ; au troisième, Tertul- 
lien et d'autres, nous montrent avec 
quelle pureté, quel respect, quelle 
ferveur, les premiers fidèles faisaient 
cette sainte action , et ce qu'ils en 
pensaient. Dans toutes les liturgies, 
les prières qui précèdent la commu- 
nion, la formule dont elle est accom- 
pagnée, l'adoration de l'eucharistie, 
la manière dont on la recevait, l'ac- 
tion de grâces qui suit, démontrent 
que de tout temps les fidèles ont cru 



Ml 



COM 



68 



COM 



y recevoir non un simple symbole du 
corps et du sang de Jésus-Christ, mais 
la réalité et la substance de ces dons 
divins. Nos controversistes ont mis ce 
point de fait et de doctrine dans un 
degré d'évidence auquel il n'est pas 
possible de se refuser. Voyez Perpétuité 
de la Foi, tom. k, liv. 3, c. 1 et sui- 
vants. On ne conçoit pas comment 
Bingham, malgré ses préjugés angli- 
cans, ne l'a pas senti en rapportant 
les monuments de l'antiquité sur ce 
point. Orig. ecd., 1. 15, c. 3. 

Basnage n'a pas été plus judicieux. 
De la manière dont on communiait 
dans les premiers siècles, il prétend 
tirer des inductions pour prouver 
que l'on ne croyait pas alors la pré- 
sence réelle de Jésus- Christ dans 
l'eucharistie, ni la transsubstantiation. 
Il observe qu'on ne la recevait pas 
toujours à jeun, qu'on la donnait 
aux enfants immédiatement après 
le baptême, et on croyait que ces deux 
sacrements leur étaient également 
nécessaires. Les adultes la recevaient 
dans leurs mains, on leur permet- 
tait de l'emporter chez eux ; quel- 
quefois-on la mettait dans la bouche 
des morts et on l'enterrait avec eux . 
Quelques évèques la portaient dans 
des paniers d'osier et dans des cou- 
pes de bois ou de verre. Les diacres, 
non-seulement la distribuaient, mais 
pouvaient la consacrer ; on n'en ré- 
servait rien pour les malades ni pour 
les mourants. La plupart de ces usa- 
ges, dit-il, seraient aujourd'hui re- 
gardés comme des crimes ; sans doute 
on en aurait jugé de même dans les 
premiers siècles, si l'on avait eu pour 
lors lamème idéede l'eucharistie, que 
l'Eglise romaine s'en est formée dans 
la suite des siècles. Hist. de l'Eglise, 
liv. 14, c. 9. Daillé avait déjà fait à 
peu près les mêmes observations. 

Il nous paraît que les unes ne prou- 
vent rien, et que les autres donnent 
lieu à des conséquences directement 
contraires à celles que tirent les pro- 
testants. 

1° 11 n'est pas étonnant, que pendant 
les persécutions, l'on ait été souvent 
obligé de célébrer les saints mystères 
pendant la nuit, et que les iidèles 
aient été dans l'impossibilité de com- 
munier à jeun ; la disposition quel'on 



a toujours jugée la plus nécessaire 
pour cette action sainte, est la pureté 
de l'âme; le cas de nécessité absolue 
peut dispenser des autres. On a loué 
saint Exupère, évèque de Toulouse, 
de ce qu'après avoir donné tout aux 
pauvres, il était réduit à porter l'eu- 
charistie dans un panier d'osier et dans 
une coupe de verre ; s'ensuit-il de là 
que l'on faisait partout de même? C'é- 
tait pendant l'irruption des Goths et 
des autres Barbares; les peuples étaient 
alors réduits à une misère extrême ; 
on louerait encore un êvèq^e qui 
imiterait saint Exupère en pareil cas. 
Dans les pays où la profession du 
catholicisme n'est pas soufferte, les 
prêtres sont obligés de porter aux ma- 
lades la communion dans leur poche, et 
sans aucun appareil extérieur ; on ne 
croit pas pour cela manquer de res- 
pect au sacrement. 

2° Les premiers chrétiens, exposés 
tous lesjours au martyre, emportaient 
chez eux l'eucharistie, atin de puiser 
dans la sainte communion le courage 
dont ils avaient besoin pour endurer 
les tourments ; preuve qu'ils ne pen- 
saient pas, comme les protestants, que 
cette action n'est que la ligure du der- 
nier souper de Jésus-Christ, et que la 
communion faite en particulier n'est 
d'aucun mérite ; les prétendus mar- 
tyrs des protestants n'ont pas fait de 
même, parce qu'ils n'avaient pas sur 
l'eucharistie la même croyance que 
.les premiers fidèles. 

3° Si l'on avait cru pour lors, 
comme les protestants, que l'on ne 
participe au corps de Jésus-Christ que 
par la foi, se" serait-on avisé de don- 
ner l'eucharistie aux enfants incapa- 
bles d'avoir cette foi ? Nous n'entre- 
rons pas dans la question de savoir 
s'il est vrai que saint Augustin et 
d'autres Pères ont pensé que l'eucha- 
ristie était aussi nécessaire aux en- 
fants que le baptême, et si la coutume 
de la leur donner était aussi générale 
que Basnage le prétend ; quand cela 
serait inconstestable, il s'ensuivrait 
toujours que la croyance de l'Eglise 
de ces temps-là était fort différente 
de celle des calvinistes, et que l'on ne 
pensait pas, comme eux, que la foi 
seule fait toute l'efficacité des sacre- 
ments. 



COM 

L'abus défendu par quelques con- 
ciles, de mettre l'eucharistie dans la 
bouche des morts, aurait encore 
moins pu s'introduire, si l'on avait 
été dans le même sentiment que les 
protestants ; mais cette défense ne 
prouve pas que cet usage abusif ait 
été aussi fréquent que Basnage veut 
le persuader. 

4° Comment peut-il soutenir que 
Tonne réservait pas l'euchaiistiepour 
les malades et pour les mourants, 
pendant qu'il avoue que l'on permet- 
tait aux pénitents de la recevoir à 
l'heure de la mort? N" était-elle donc 
réservée que pour eux seuls ? Voilà 
ce qu'il aurait fallu prouver. 

Au mot Diacre, nous ferons voir 
qu'il est faux que les diacres aient eu 
le droit ou le pouvoir de consacrer 
l'eucharistie. 

Parmi les incrédules, les uns ont 
accusé les catholiques de ne pas 
croire à leur religion, puisque la 
communion produit sur eux si peu 
d'effets ; les autres ont vomi contre 
le dogme de l'eucharistie des sarcas- 
mes grossiers que l'honnêteté seule 
aurait dû leur interdire. Telle est l'in- 
justice de nos censeurs ; ils blâment 
également les saints qu'une foi vive 
semble dépouiller de toutes les affec- 
tions terrestres, et les chrétiens im- 
parfaits qui n'ont pas le courage de 
vivre d'une manière conforme à 
leur croyance. Que faudrait-il pour 
les satisfaire ? S'il est si difficile d'être 
vertueux, même quand on a la foi, 
le serons-nous plus aisément lorsque 
nous ne croirons rien ? Leur exem- 
ple n'est pas propre a. nous le per- 
suader. Bergiee. 

COMMUNION SPIRITUELLE. On 

appelle ainsi, dans l'Eglise catholi- 
que, le désir de recevoir la sainte 
eucharistie, et les sentiments de fer- 
veur par lesquels un fidèle s'excite 
lui-même à s'en rendre digne. C'est 
une excellente pratique de piété que 
de faire la communion spirituelle toutes 
les fois que l'on assiste à la sainte 
messe. Bergier. 

COMMUNION SOUS LES DEUX 
ESPECES ; c'est-à-dire, sous l'espèce 
du pain et sous celle du vin. C'a été 



69 



COM 



un sujet de dispute entre les théolo- 
giens catholiques et les protestants, 
de savoir si, pour ressentir les effets 
de l'eucharistie, il est* absolument 
nécessaire de recevoirles deux espèces, 
et si l'on viole le commandement de 
Jésus-Christ en communiant seule- 
ment sous l'espèce du pain, comme 
les protestants le prétendent. 

La solution de cette question dé- 
pend beaucoup de l'opinion que l'on 
a de l'eucharistie. L'Eglise catholi- 
que, qui soutient que Jésus-Christ est 
réellement présent sous chacune des 
espèces eucharistiques, et que, dans 
l'état d'immortalité dont il jouit, son 
corps et son sang ne peuvent plus 
être réellemeat séparés, conclut con- 
séquemment que l'on reçoit Jésus- 
Christ tout entier en communiant 
sous une seule espèce, et aussi par- 
faitement que si on recevait toutes 
les deux. Les calvinistes, au contraire, 
qui pensent que l'eucharistie est 
seulement un symbole, une figure, 
un gage du corps et du sang de Jésus- 
Christ, que l'on reçoit spirituellement 
par la foi, soutiennent que c'est un 
crime de diviser ce symbole, et que 
c'est en altérer la signification, par 
conséquent lui ôter tout son effet. Si 
le principe sur lequel ils raisonnent 
étaitvrai, la conséquence serait assez 
bien déduite ; mais ce principe est 
une erreur. 

Il fauteonvenir que la discipline de 
l'Eglise a varié sur ce point ; qu'au- 
trefois les fidèles ont ordinairement 
communié sous les deux espèces, et 
que cet usage a subsisté très-long- 
temps. Mais il n'est pas moins certain 
que, dans plusieurs cas, l'on n'a com- 
munié que sous une espèce ; que 
l'Eglise n'a jamais cru que cette com- 
munion fût criminelle ou abusive, 
contraire à l'intention de Jésus-Christ, 
ou moins efficace que l'autre. Saint 
Justin nous apprend que déjà dans 
le second siècle, l'usage était de por- 
ter la communion aux absents ; il n'y 
a aucune preuve qu'on la leur ait 
toujours portée sous les deux espèces; 
cela eût été très-difficile dans lestemps 
de persécution. Bientôt l'usage s'in- 
troduisit de donner l'eucharistie aux 
enfants immédiatement après le bap- 
tême ; ils ne pouvaient la recevoir 






COM 



70 



COM 



que sous l'espèce du vin. S. Cypr., I. 
de kq)sis, pag. ISO.Tertullien et saint 
Cyprien attestent qu'au troisième 
siècle on portait la communion aux 
malades en danger de mort, et aux 
confesseurs détenus dans les.prisons ; 
que les iidèles recevaient l'eucharis- 
tie dans leurs mains, l'emportaient 
chez eus, la conservaient pour se 
communier eux-mêmes, s'ils se trou- 
vaient exposés au martyre ou à quel- 
que autre danger; ils ne la prenaient 
que sous l'espèce du,pain. Tertull.,,1. 
2, ad lucor., c. 5. Dans aucun temps 
la communion n'a été refusée aux abs- 
tèmes, c'est-à-dire, à ceux qui avaient 
une répugnance naturelle pour le 
vin. Bingham, quoique persuadé de 
le nécessité de la communion sous les 
deux espèces, est convenu de tous 
ces faits. Origin. ecclés., 1. 15, e. 4. 
Comment a-t-il pu faire un crime à 
l'Eglise romaine de l'usage dans le- 
quel elle est, depuis plus de cinq 
siècles, de ne donner aux fidèles la 
communion que sous l'espèce du pain? 
Basnage, plus entêté, n'a pas été 
d'aussi bonne foi ; il a supprimé 
les faits dont nous venons de par- 
ler. Hist de l'Eglise, 1. 27, c. il. Il 
dit que l'Eglise a communié sous les 
deux espèces jusqu'au neuvième siècle, 
que toute la terre a toujours ainsi 
communié. C'est une imposture. Ou- 
tre les exemples contraires que nous 
venons de citer, Origène, au troisième 
siècle, parle de la communion sous 
l'espèce du pain, sans faire mention 
de celle du vin. Contra Gels,, 1. 8, n° 
33. Eusèbe, Hist. ecclés., 1, 6, n° 44, 
rapporte l'histoire d'un vieillard mou- 
rant, communié avec du paiu consa- 
cré et détrempé d'eau. Au cinquième 
les manichéens, par superstition, 
s'abstenaient de recevoir Va. communion 
sous l'espèce du vin ; saint Léon, 
serm. 4, de Quadrag., c. 5. C'est ce 
qui engagea le pape Gélase à faire 
un décret qui ordonnait à tous les 
fidèles de communier sous les deux 
espèces. Comme le manichéisme a 
subsisté en Occident jusque vers le 
treizième siècle, il n'est pas surpre- 
nant que jusque-là l'on ait ordinai- 
rement reçu l'eucharistie de cette 
manière ; voilà ce que Basnage n'a 
eu garde d'observer. Mais, avant le 



décret de Gélase, il était libre aux 
lidèlesde ne communier que sousune 
seule espèce. Au sixième siècle, l'an 
566, le deuxième concile de Tours, 
can. 3, ordonna : que le corps de 
Notre-Seigneur fùt.gardé, non parmi 
les images, mais sous la croix de 
l'autel ; pourquoi le garder, sinon 
pour le donner en viatique aux ma- 
lades ? On n'y gardait pas de même 
le vin consacré. Au septième , le 
onzième concile de Tolède, tenu l'an 
675, can. 11, parle des malades qui 
ne pouvaient à cause de la sécheresse 
de leur gosier, avaler l'eucharistie 
sans boire le calice du Seigneur; 
donc, hors de cette circonstance, on 
ne leur donnait que l'espèce du pain. 
Au huitième, dans la règle de saint 
Chrodegand, il n'est fait mention de 
la messe que pour les dimanches et 
les fêtes ; est-il probable que l'on 
n'ait pas réservé du pain consacré 
pour communier les fidèles, et sur- 
tout les malades ? 

Il n'est donc pas vrai qu'en aucun 
temps l'Eglise ait regardé, comme un 
commandement de Jésus-Christ, ces 
paroles qu'il dit à ses apôtres, après 
îa consécration du ca lice , buvez-en tous, 
ni la communion sous les deux espèces, 
comme une obligation imposée aux 
fidèles par Jésus-Christ. Si sa croj'ance 
avait été la même que celle des pro- 
testants, jamais elle n'aurait osé dis- 
penser personne de communier sous 
les deux espèces. Elle a toujours cru, 
au contraire, que le corps de Jésus- 
Christ, après sa résurrection, ne pou- 
vant être réellement séparé de son 
sang, Jésus-Christ est renfermé tout 
entier sous l'une et sous l'autre 
espèce ; qu'ainsi en recevant l'une 
ou l'autre, on reçoit tout à la fois le 
corps et le sang du Sauveur. 

Il n'est pas plus vrai qu'en 1415, 
le concile de Constance, en ordonnant 
que désormais la communion fût don- 
née aux fidèles sous la seule espèce 
du pain, a changé l'ancienne doctrine 
de l'Eglise, qu'il a retranché du plus 
auguste de nos sacrements une partie 
de ce qui en fait la matière et l'es- 
sence, qu'il a condamné l'institution 
de Jésus-Christ et la pratique des 
apôtres, qu'il a privé les fidèles do 
la participation au sang de Jésus- 



COM 71 

Christ, etc., comme Basnage s'obstine 
à le soutenir. Lorsqu'une secte d'hé- 
rétiques s'est abstenue de communier 
sous l'espèce du vin par superstition, 
en conséquence d'un dogme faux et 
absurde qu'elle soutenait, l'Eglise a 
ordonné aux fidèles la communion sous 
les deux espèces, atin qu'ils témoi- 
gnassent ainsi qu'ils ne donnaient 
point dans cette erreur; lorsqu'une 
autre secte a prétendu que cette 
communion sous les deux espèces 
était nécessaire au salut, que l'E- 
glise ne pouvait, sans prévarication, 
retrancher la coupe aux laïques, l'E- 
glise a décidé le contraire, et la leur 
a retranchée en effet, alin de répri- 
mer la témérité des sectaires. Ce 
changement dans la discipline, loin 
de prouver une variation dans la 
croyance, en atteste au contraire l'u- 
niformité. 

Beausobre, Hist. du Munich. , tom.2, 
1. 9, c. 7, § 4, a voulu tirer avantage 
de ce que saint Léon et Gélase ont 
dit des manichéens. Il s'ensuit, dit-il : 
1° qu'au cinquième siècle, il n'élait 
permis ni au prêtre de communier 
les fidèles sous une seule espèce, ni 
à ceux-ci de n'en recevoir qu'une 
seule; car, si l'.usage d'une seule es- 
pèce avait été permis, le refus que 
faisaient les manichéens, de recevoir 
le vin consacré, n'aurait pas pu ser- 
vir à les faire reconnaître, comme le 
veut saint Léon. 2° Gélase dit que, 
puisque quelques-uns s'abstiennent 
du calice par je ne sais quelle supers- 
tition, les iidèles doivent ou recevoir 
le sacrement tout entier, ou en être 
privés entièrement, parce que la di- 
vision d'un seul et même mystère ne se 
peut faire sans un grand sacrilège. Ce 
n'est plus là ce que pense l'Eglise ro- 
maine. 3° 11 faut que la doctrine de 
Gélase ait encore été crue au douzième 
siècle, lorsque Gratien iit la collection 
du décret, autrement ce moine n'au- 
rait pas osé y insérer le canon de Gé- 
lase. 4° Suivant son avis, les mani- 
chéens qui, au lieu de vin, consa- 
craient l'eucharistie avec de l'eau, 
faisaient moins mal que ceux qui ont 
retranché tout à fait le calice, et ne 
permettent pas au peuple d'y par- 
ticiper. 

Si l'on veut y faire attention, il 



COM 



s'ensuit seulement, de ce que dit saint 
Léon, qu'avant l'arrivée des mani- 
chéens à Rome, il y avait peu de fi- 
dèles qui ne communiassent sous les 
deux espèces ; mais lorsqu'un grand 
nombre de ces hérétiques, persécutés 
en Afrique par les Vandales, se furent 
réfugiés à Rome, et recurent la com- 
munion avec les catholiques, on s'a- 
perçut que la multitude de ceux qui 
refusaient la coupe était beaucoup 
augmentée, et c'est ce qui fit recon- 
naître les manichéens; car entin, si 
aucun des tidèles n'avait été dans l'u- 
sage de communier sous une seule 
espèce, pourquoi Gélase aurait-il dit 
qu'il fallait, ou que les fidèles reçus- 
sent le sacrement tout entier, ou 
qu'ils en fussent absolument privés? 
Aurait-il pu soupçonner les fidèles 
d'imiter les manichéens? 

2° Ce pape avait raison de dire que 
ta division d'un seul et même mystère 
ne peut se faire (par superstition, 
comme faisaient les manichéens) sans 
un grand sacrilège. C'en était un, en 
effet, de croire comme ces hérétiques, 
qu'il y avait du mal ou du danger à 
recevoir l'espèce du vin, de laquelle 
Jésus-Christ s'est servi en instituant 
l'eucharistie. Mais où est le crime de 
ne pas la recevoir, ou par une répu- 
gnance naturelle pour le vin, ou par 
le dégoût de boire dans la même 
coupe dans laquelle ont bu cent 
personnes, ou pour quelque autre 
raison ? 

3° Le moine Gratien ne courait au- 
cun danger, au douzième siècle, en 
plaçant dans sa collection le décret de 
Gélase ainsi entendu; et personne, à 
l'exception des protestants, n'a été 
tenté de l'entendre autrement. 

4° Les manichéens, en consacrant 
de l'eau et non du vin, changeaient 
l'institution de Jésus-Christ; Beauso- 
bre en convient : l'Eglise catholique 
n'y change rien, puisqu'elle consacre 
de l'eau et du vin comme a fait Jé- 
sus-Christ. La question est de prou- 
ver qu'en instituant ce sacrement, le 
Sauveura eul'intention d'obliger tous 
les tidèles à recevoir les deux espèces. 
Si on le prétend, parce qu'il a dit à 
ses disciples : buvez-en tous, il faut 
soutenir aussi qu'il a imposé à tous 
les fidèles l'obligation de consacrer 



■H 



COM 



72 



COM 



l'eucharistie, puisqu'il a dit en même 
temps : Faites ceci en mémoire de moi. 
Luc, c. 22, f 19. 

Une preuve positive que l'Eglise 
romaine, depuis plus de douze cents 
ans, n'a point changé de croyance, 
c'est que les Grecs et les autres sec- 
tes orientales, séparées d'elle depuis 
cette époque, ne lui ont jamais fait 
un crime de la communion sous une 
seule espèce, quoiqu'elles aient con- 
servé l'usage de communier sous 
toutes les deux ; plus équitables que 
les protestants, elles ont compris la 
sagesse des raisons qui ont dirigé sa 
conduite. Perpêt. de la foi, t. S, 1. 8, 
p. 134. 

Il n'y a donc eu aucune nécessité 
de céder aux instances qu'ont faites^ 
les hussites, les calixtins, les disciples 
de Carlostad, pour que l'on rétablît 
la communion sous les deux espèces ; 
l'opiniâtreté y avait plus de part que 
la dévotion. Le retranchement de la 
coupe était une discipline établie de- 
puis longtemps pour remédier à plu- 
sieurs abus, et pour prévenir le dan- 
ger de profaner le sang de Jésus- 
Christ. La complaisance qu'eut l'Eglise 
de s'en relâcher par le compaclum du 
concile de Constance, en faveur des 
hussites, ne produisit aucun bon effet; 
ces hérétiques persévérèrent dans 
leur révolte contre l'Eglise, et conti- 
nuèrent à inonder de sang leur patrie. 

La même question fut ensuite agi- 
tée au concile de Trente. L'empereur 
Ferdinand et le roi de France Char- 
les IX demandaient que Ton rendit 
au peuple l'usage de la coupe. Le 
sentiment contraire prévalut d'abord; 
mais à la fin de la vingt-deuxième 
session, les Pères laissèrent à la pru- 
dence du Pape d'accorder cette grâce 
ou de la refuser. En conséquence, 
Pie IV, à la prière de l'empereur, 
l'accorda à quelques peuples de l'Al- 
lemagne, qui n'usèrent pas mieux de 
cette condescendance que les Bohé- 
miens. Une foule de monuments ec- 
clésiastiques prouvent que cette ma- 
nière de communier n'est nécessaire 
ni de précepte divin, ni de précepte 
ecclésiastique ; qu'il n'y a par consé- 
quent aucune nécessité de changer la 
discipline actuelle, qui a été établie 
pour de bonnes raisons, et que les 



protestants n'ont attaquée que par de 
mauvais arguments. Beugier. 

COMMUNION PASCALE estcelle qui 
sefaitàlafète de Pâques. Le quatriè- 
me concile de Latran, qui est le douziè- 
me général, tenu l'an 121 S, a porté le 
décret suivant, chap. 21 : « Que tout 
» fidèle de l'un et de l'autre sexe, 
» lorsqu'il sera parvenu à l'âge de 
» discrétion, fasse en particulier et 
» avec sincérité la confession de ses 
» péchés à son propre prêtre, au 
» moins une fois l'an;.... et qu'il re- 
» çoive avec respect, au moins à Pâ- 
» ques, le sacrement de l'eucharistie; 
» à moins que, du conseil de son 
» propre prêtre, il ne croie devoir 
» s'en abstenir pour un temps, pour 
» quelque cause raisonnable ; autre- 
» ment qu'il soit privé de l'entrée de 
» l'église pendant sa vie, et de la sé- 
» pulture chrétienne après sa mort. » 
Par l'usage de la plupart des dio- 
cèses, il est établi que la communion 
pascale peut se faire pendant la quin- 
zaine de Pâques, à commencer depuis 
le dimanche des Rameaux jusqu'à 
celui de Quasimodo inclusivement; il 
y en a même quelques-uns dans les- 
quels les évèques étendent cet inter- 
valle jusqu'à trois semaines, et per- 
mettent de commencer les communions 
pascales le dimanche de la Passion. 
Il est encore établi par l'usage que 
la communion pascale doit se faire ou 
dans l'église cathédrale ou dans l'é- 
glise paroissiale, afin que les pasteurs 
Euissent voir si leurs ouailles sont 
dèles à remplir ce devoir. Par le plus 
ou le moins d'exactitude des peuples 
à y satisfaire, on peut juger sûrement 
de la pureté ou de la corruption des 
mœurs d'une contrée. Dans les gran- 
des villes, où se réunissent toutes les 
passions et les vices de l'humanité, 
on ne se fait plus de scrupule de vio- 
ler la loi de l'Eglise, et à cause de la 
multitude des coupables, on ne peut 
plus les punir par les peines que le 
concile de Latran a décernées contre 
eux. Beugier, 

COMMUNION FRÉQUENTE. Jésus- 
Christ a commandé aux adultes la 
communion par ces paroles : « Si vous 
» ne mangez la chair du Fils de 






COM 73 

» l'homme, et si vous ne buvez son 
» sang, vous n'aurez point la vie en 
vous. » Joan., c. 6, f 45. Mais il n'a 
fixé ni le temps ni les circonstances 
dans lesquelles ce précepte oblige; 
c'est à l'Eglise de les déterminer. 
Dans les premiers siècles, la pitié, la 
ferveur, l'attente des persécutions en- 
gageaient les fidèles à communier 
fréquemment. Nous voyons dans les 
Actes des Apôtres que les fidèles de 
Jérusalem persévéraient dansla prière 
et la fraction du pain : paroles qui 
s'entendent de l'eucharistie. Pendant 
la persécution, les chrétiens se mu- 
nissaient tous les jours de ce pain des 
forts, pour résister à la fureur des 
tyrans. Saint Cyprien, Epist. 56. 

Lorsque la paix eut été rendue à 
l'Eglise, cette ferveur se ralentit; l'E- 
glise fut obligée de faire des lois pour 
fixerle tempsde la communion. Le dix- 
huitième canon du concile d'Agde, 
tenu l'an 506, enjoint aux clercs de 
communier toutes les fois qu'ils ser- 
viront au sacrifice de la messe, tom. 
4, Concil., p. 1586; mais il ne parait 
pas qu'il y eût encore une loi précise 
pour obliger les laïques à la commu- 
nion fréquente. Saint Ambroise, en 
exhortant les fidèles à s'approcher 
souvent de la sainte table, remarque 
qu'en Orient il y en avait beaucoup 
qui ne communiaient qu'une fois l'an- 
née, liv. 5, de Sacram., c. 4. Saint 
Jean Chrysoslome rapporte que de 
son temps les uns ne communiaient 
qu'une fois l'année, Jes autres deux 
fois, d'autres enfin plus souvent. « Les- 
» quels approuverons-nous ? dit-il : ni 
» les uns ni les autres, mais seulement 
» ceux qui communient avec un cœur 
» pur et une conscience nette, avec 
» une vie irrépréhensible. » Hom. 17 
in Epist. ad llebr. Les Pères, en exhor- 
tant les fidèles à la communion fré- 
quente, ne manquaient jamais de leur 
remettre sous les yeux les paroles de 
saint Paul ; « Celui qui mangera le 
» pain ou boira la coupe du Seigneur 
» indignement sera coupable du corps 
» et du sang de Jésus-Christ. » 

Vers le huitième siècle, l'Eglise 
voyant les communions devenues très- 
rares, obligea les chrétiens à com- 
munier trois fois l'année, à Pâques, 
à la Pentecôte et à Noël. Nous le 



COM 



voyons parle chap. Etsi7ion frequen- 
tius, deConsecr. Dist. 2, et par une dé- 
crétale que Gratien attribue au pape 
saint Fabien, mais qui est du huitième 
siècle. Vers le treizième, la tiédeur 
des fidèles étant encore devenue plus 
grande, le quatrième concile de La- 
tran leur ordonna de recevoir au moins 
à Pâques le sacrement de l'eucha- 
ristie, sous peine d'être privés de l'en- 
trée de l'église pendant la vie, et de 
la sépulture ecclésiastique après la 
mort. Nous avons cité son décret dans 
l'article précédent. Par ces paroles 
au moins, le concile montre qu'il sou- 
haite que les fidèles ne se bornent 
point à la communion pascale, mais 
qu'ils reçoivent l'eucharistie plus sou- 
vent. Il laisse à la prudence du con- 
fesseur à décider si, dans certaines 
occasions, il n'est pas expédient de 
différer la communion, même pascale, 
eu égard aux dispositions du péni- 
tent; ce qui prouve que le concile 
n'a pas eu moins d'attention que les 
Pères à la nécessité de ces disposi- 
tions. 

Le concile de Trente, sess. 13, c. 
19, a renouvelé le canon du concile 
de Latran ; c. S, il exhorte les fidèles 
à communier fréquemment. Sess. 22, 
c. 6, if désirerait qu'à chaque messe 
les assistants communiassent. Il dé- 
cide que, pour ne pas communier 
indignement, il faut être exempt de 
péché mortel ; que pour communier 
avec fruit, il faut des dispositions 
plus parfaites; que pour communier 
fréquemment, il faut une foi ferme, 
une dévotion et une piété sincère , 
une grande sainteté, sess. 13, c. 8. 

Sur la nécessité ou la suffisance des 
dispositions requises pour la commu- 
nion fréquent'', les théologiens mo- 
dernes sont tombés dans des excès et 
des erreurs très-opposées à la doc- 
trine des Pères et à l'esprit de l'E- 
glise. Les uns, uniquement occupés 
de la grandeur et de la dignité du 
sacrement, de la distance infinie qu'il 
y a entre la majesté de Dieu et la bas- 
sesse de l'homme, ont exigé des dis- 
positions si sublimes, que non-seu- 
lement les justes, mais lesplus grands 
saints , ne pourraient communier 
môme à Pâques. Tel parait être le 
résultat du livre De la fréquente com- 






', 












COM 



74 



COM 



munion, fait par le docteur Arnaud. 

Les autres, oubliant le respect dû à 
Jésus-Christ présent dans l'eucharistie 
et uniquement attentifs aux avanta- 
ges que l'on peut retirer de la com- 
munion fréquente et journalière, n'ont 
cherché qu'à en faciliter la pratique, 
en négligeant d'insister et d'appuyer 
sur les dispositions que demande un 
sacrement si auguste. Ils ont ensei- 
gné que la seule exemption du pé- 
ché mortel suflit pour communier sou- 
vent, très-souvent, et même tous les 
jours; que les dispositions, actuelles 
de respect, d'attention, de désir, et 
la pureté d'intention ne sont que 
de conseil , etc. C'est l'excès dans 
lequel est tombé le père Plchon, jé- 
suite, dans un ouvrage intitulé : l'Es- 
prit de Jésus-Christ et de l'Eglise sur 
la fréquente communion. 

Ces deux écrits si diiférents ont 
trouvé dans leur temps des approba- 
teurs et des censeurs respectables, ils 
ont fait naitre de vives contestations; 
heureusement elles sont assoupies, il 
n'est pas nécessaire de renouveler le 
souvenir de ce cpii a été dit de part 
et d'autre (I). Voyez l'ancien Sacre- 
me)it,parGrancolas, l re partie, p. 294. 
Bergier. 

COMMUNION LAÏQUE. C'était au- 
trefois un châtiment pour les clercs 
qui avaient commis quelque faute 
grave, d'être réduits à la communion 
laïque, c'est-à-dire, à l'état d'un simple 
fidèle, et d'être traités de même que 
si jamais ils n'eussent été élevés à la 
cléricature. V. Bingham, Orig.ecclês., 
1. 17, c. 2. Cette punition même 
prouve que l'on a toujours mis une 
distinction entre l'état des clercs et 
celui des laïques. Bergier. 

COMMUNION ÉTRANGÈRE ou PÉ- 
REGRLNE, autre châtiment de même 
nature, sous un nom différent, auquel 
les canons condamnaient souvent les 
évèques et les clercs. Ce n'était ni une 
excommunication, ni une déposi- 
tion, mais une espèce de suspense 



(1) Ici notre auteur ne se montre pas, ce nous 
semble, assez sévère à l'égard d'Arnaud et de son 
livre qui transpire tant le jansénisme. L'ii:nore-t-il, 
ou serait-il quelque peu janséniste lui-même ? 



des fonctions de l'ordre, et la perte 
du rang que tenait un clerc; on 
ne lui accordait la communion que 
comme on la donnait aux clercs étran- 
gers . Si c'était un prêtre, il avait le 
dernierrang parmi les prêtres et avant 
les diacres, comme l'aurait eu un 
prêtre étranger, et ainsi des diacres 
et des sous-diacres. Le second concile 
d'Agde ordonne qu'un clerc qui re- 
fuse de fréquenter l'église, soit réduit 
à la communion étrangère oupérégrine. 
Bergier. 

COMMUNION, dans la liturgie, est 
la partie de la messe où le prêtre 
prend et consume, sous les espèces 
du pain et du vin, le corps et le sang 
de Jésus-Christ. Ce terme se prend 
aussi pour le moment auquel on ad- 
ministre aux fidèles le sacrement de 
l'eucharistie ; dans ce sens, on dit 
que la messe est à la communion. 

CommdiMon se dit encore de l'an- 
tienne que récite le prêtre après avoir 
pris les ablutions, et avant les der- 
nières oraisons que l'on nomme post- 
communion. Bergier. 

COMMUNION (la) CHEZ LES PRO- 
TESTANTS. (Théol. hist. sacrem. et 
cêrém.) — Luther publia d'abord en 
1523 sa Formula missœ, dans laquelle 
il conservait les parties principales 
de la messe latine. Puis il alla plus 
loin en 1526, dans sa Messe allemande, 
quoique en procédant toujours avec 
prudence, « pour ménager, disait-il, 
la simplicité des laïques. » Et enfin 
il devait aller plus loin encore, en 
retranchements, dans sa publication 
projetée du culte luthérien orthodoxe, 
que donna à sa place, après sa mort, 
le comte Z'nzendorf en suivant, dit- 
on, ses indications. Voici la Messe 
allemande. 

« 1° Au commencement nous chan- 
tons un cantique spirituel ou un 
psaume allemand ; 

« 2° Là-dessus trois fois Kyrie, 
eleison. 

« 3° Alorsle prêtre lit une collecte; 

« 4° Suit l'épître. 

« 5° Après l'épitre on chante un 
cantique allemand ; 

« 6° Le prêtre lit l'évangile; 

« 7° Puis toute l'église chante en 



COM 75 

allemand : « Nous croyons en un Dieu. 

« 8° On prêche sur l'évangile du 
dimanche ou de la fête. 

« 9° Le sermon est suivi d'une pa- 
raphrase publique du Pater et d'une 
exhortation adressée à ceux qui veu- 
lent s'approcher du Sacrement. 

« 10° Alors le prédicateur se tourne 
vers l'autel, commence la bénédiction 
ou la consécration, directement (c'est- 
à-dire sans canon) ; il chante les pa- 
roles de l'institution : « Notre-Séi- 
gneur Jésus-Christ, dans la nuit où 
il fut trahi, etc. » ; et, aux mots de la 
consécration, il bénit le pain et le vin 
par le signe de la croix. De bons et 
d'importants motifs ont fait abolir 
l'élévation du pain et du calice, qui 
doit rester abolie partout. 

« 1 1° On s'approche de la commu- 
nion pendant qu'on chante un canti- 
que. Le prédicateur, en donnant le 
pain, doit dire : « Prenez et mangez; 
ceci est le corps de N.-S. J.-C. mort 
pour vous sur la croix ; qu'il vous 
fortifie dans la vraie foi pour la vie 
éternelle; » et, en donnant le vin : 
« Prenez et buvez ; ceci est le sang 
de J.-C, qui a été répandu pour 
vous, pour la rémission de vos pé- 
chés; qu'il vous fortifie et vous garde 
dans la vraie foi pour la vie éter- 
nelle. » Le communiant dit: «Amen.» 

« 12° La communion achevée, le 
prédicateur se retourne vers l'autel 
et lit la collecte finale (actions de 
grâces). 

« 13° Le prédicateur, se retournant 
enfin vers les fidèles, prononce les 
paroles de la bénédiction : « Que le 
Seigneur vous bénisse et vous garde, 
etc. » ; et les fidèles font la clôture de 
la solennité par un « Amen » final. » 

Calvin, plus tranchant que Luther 
par nature, simplifia beaucoup plus 
le rite de la communion dans les 
Régies du culte réformé, qu'il publia 
en 1343. 

Zwingle ne s'éloigna guère de la 
Formule de la messe de Luther. 

Les réformés français réduisirent 
beaucoup encore sur les allemands; 
ils ne gardèrent à peu près que la 
fraction du pain comme étant le signe 
essentiel et conslitutil' de leur cène, 
tandis que les allemands gardaient 
une grande partie des cérémonies 



COM 



catholiques ; il résulta de ces diffé- 
rences des controverses. 

La communion anglicane, telle que 
la règle la liturgie du Common prayer- 
book, conserve considérablement du 
rite catholique : elle a une préface et 
une espèce de canon. 

Les quakers et tous les protestants 
vraiment spirilualistes, rejettent toute 
solennité visible et se contentent de 
la communion spirituelle, en sorte 
qu'il n'y a point chez eux de cène 
extérieure. 

La Prusse élimina d'abord succes- 
sivement tous les éléments catholi- 
ques etprotestants primitifs, tels que 
la pratique du levain, mais il en 
était résulté une telle aridité que le 
rituel prussien esst revenu à beaucoup 
des anciennes formes. Le Nom. 

COMMUNION (la première) et l'E- 
VANGILE. (Théol. mU t. phi lus. mor. et 
art.) — L'idée nous vientd'offrir une 
petite diversion littéraire aux éludes 
plus ou moins arides que nous don- 
nons en aliment ordinaire h nos lec- 
teurs. C'est une pièce de poésie que 
nous adressâmes, il y a vingt-deux 
ans, à l'un de nos élèves, le jour de su 
première commnmon, en lui offrant 
une édition française du livre des 
évangiles. Le maître, comme le livre, 
a une enveloppe qui vieillit chaque 
matin ; mais son âme et ses affec- 
tions, comme les paroles de Jésus, 
sont immortelles 



1 



Cher'enfant, voici l'heure sainte 
Qu'attendaient vos désirs pieux ; 
Votre âme est pure !... allez sans crainte 
Vous asseoir au banquet des cieux. 

Allez, à la suite des Mages, 
Présenter vos dons au Seigneur ; 
Il préfère à tous les hommages 
Les battements d'un jeune cœur. 

Allez, en présence des anges, 
Prêter le seruieut du soldat; 
Vous enrôler dans lesphahmges 
Que Jésus ruèue au grand combat. 

Allez, emporté sur les ailes 

De l'espérance et de l'amour, 
Aujourd'hui prince des iidèles, 
Faire au Hoi du ciel votre cour , 



COM 

Non pas, comme aux rois de la terre, 
Avec des discours mensongers ; 
Comme à son Dieu, comme à son Père, 
Avec la candeur des bergers. 

Il va se faire nourriture, 
Il va s'incarner, de nouveau, 
Pour exalter votre nature, 
Pour éclairer votre tombeau. 

Oui, mon enfant, c'est Dieu lui-même, 
C'est l'amour du Père et du Fils 
Qui vous offre, dans cet emblème, 
Le pain dont vivent les esprits. 

En quittant la terre des larmes, 
En lui faisant son testament, 
Jésus nous a laissé, pour armes. 
Sa parole et son sacrement ; 

De l'eucharistique symbole 
Il va vous ;.rmer chevalier! 
Et, le livre de sa parole, 
Je vous le donne eu bouclier. 



76 COM 

D'espérance il nous rassasie, 

Nous montre un ciel toujours d'azur' 

Et nulle part la poésie 

Ne s'exhale en parfum si pur..... 



II 

Néophyte, que Dieu convie 
Au premier repas de l'Agneau, 
Vous ne verrez plus, dans la vie, 
Le soleil se lever si beau !... 

La vie est un pèlerinage 
A travers sables, monts et mers, 
Plus périlleux que le voyage 
De la caravane aux déserts. 

Vous n'y verrez que des épiues 
Toujours renaissant sons vos pas, 
Des tempêtes et des ravines, 
Des avalanches, des frimas !... 

Et l'ange aux perfides paroles 
Qui fera luire, à vos côtés, 
De ses jouissances frivoles 
Les éblouissantes clartés!... 

A la fontaine des eaux vives 
Revenez !,.. revenez, alors, 
Respirer le frais sur ses rives, 
Vous plonger dans le bain des forts !. 

Lisez souvent cet Évangile 

Que Dieu vous offre, par mes mains!.. 

De votre âme il sera l'asile 

Contre les préjugés humains. 

C'est l'histoire du divin guide, 
Lorsqu'il prêcha dans nos vallons, 
Des opprimés se lit l'égide. 
Aigle, mourut pour ses aiglons. 



III 

Quand vous auront poussé des ailes, 
Et que vous vous envolerez, 
Comme les jeunes hirondelles, 
Vers des horizons ignorés, 

Ami, puissiez-vous, dans ces pages 
Fruit de l'éternelle raison, 
Trouver ce qu'y trouvent les sages, 
Antidote pour tout poison, 

Chaleur propre à toute culture, 
Abri contre tout aquilon, 
Dictame pour toute blessure 
Et semence pour tout sillon!... 

Ah ! puissent-elles vous apprendre 
Comme il est doux d'avoir la foi, 
Et comme il est beau de répandre 
L'odeur des bons autour de soi ! 

Vous apprendre la tolérance, 

L'adoration de l'esprit, 

La pitié de toute souffrance, 

Le respect qu'on doit au proscrit!... 

Prenant ce livre pour étoile, 
Vous pourrez, sur nos océans 
Courir au large, et faire voile 
A bon port, malgré les gros vents. 

Oh ! si, trompé par les sirènes, 
Il vous arrivait, quelque jour, 
De vous perdre aux plages lointaines 
Du doute et du mauvais amour, 

Que la parabole touchante 
De cet enfant qui s'égara 
Devienne, pour votre âme errante, 
La voix qui la ramènera 

Au foyer du père céleste, 
Qui tient vides, à son festin, 
Autant de places qu'il lui reste 
D'enfants égarés en chemin !... 



IV 

Qu'enfin cette offrande du maître, 
De l'ami de vos premiers ans, 
Vous rappelle le jeune prêtre 
Qui, lors du réveil des volcans, 






COM « 

Ne savait, dans sa solitude, 
Qu'attendre avec foi l'avenir, 
Vous prêcher la mansuétude, 
Aimer, pardonner et bénir ! 

L'abbé Le Nom. 

1852. 

; COMMUNISME [Théol. mixt. scien. 
social, écon. polit.) — v. individualisme 

ET COMMUNISME. 

COMPAGNIE DE JÉSUS. Voyez Jé- 
suites. 

COMPASSION. Vogez Miséricorde. 

COMPASSION DE LA S»e VIERGE. 
Dans plusieurs diocèses, on fait, le 
vendredi de la semaine de la passion, 
l'office de la Compassion de la sainte 
Vierge, pour honorer les douleurs 
que dut ressentir cette sainte Mère de 
Dieu à la vue des ignominies, des 
souffrances et de la mort de son Fils. 
Plusieurs Pères de l'Eglise ont fait 
remarquer aux fidèles le courage avec 
lequel Marie assista sur le Calvaire à 
la mort du Sauveur, et les dernières 
paroles qu'il lui adressa. Certains 
critiques, peu instruits du génie de la 
langue hébraïque et des mœurs juives, 
ont cru apercevoir de la dureté dans 
ces paroles : Femme, voilà votre Fils. 
Joan., c. 19, y 26 Ils se sont trom- 
pés. Voyez Femme. Bergier. 

COMPÉTENCE. {Théol. pur. gènér.) 
— Il n'existe pas, dans la création, 
d'aptitude ou d'autorité qui n'ait sa 
compétence limitée à un cercle déter- 
miné. Dieu seul a la compétence uni- 
verselle et sans limite, et il a donné 
à chacune des choses qu'il a faites 
l'étendue d'action qu'il a bien voulu 
lui donner. Dans l'ordre physique, 
l'influence d'un soleil s'étend à ses 
planètes, à ses comètes, à tous les 
orps qui composent son système, et 
ne va pas au delà, quelque grand que 
: oit le rayon sur lequel ce soleil 
exerce sa puissance. Il en est de 
même de chaque corps céleste sur 
ses satellites, s'il a des satellites, sur 
son atmosphère, s'il est entouré d'une 
atmosphère. Il en est de même de 
chacun des êtres qui appartiennent à 
ce corps. Le monde est une immense 
hiérarchie dans laquelle toute partie 



COM 

a son rôle assigné, consistant à être 
influencé d'une part et à influencer 
de l'autre. Le monde moral est sou- 
mis à des lois semblables, et comme 
aptitudes diverses et comme juridic- 
tions. On peut donc toujours s'en- 
quérir de l'étendue des capacités et des 
droits d'une créature individuelle ou 
collective quelconque, certain à priori 
que ces capacités ou ces droits sont 
limités à un cercle déterminé. 

Or l'Eglise, et, dans l'Eglise la pa- 
pauté, ne font pas exception à cette 
loi générale essentielle à toute créa- 
ture ; et ce qui le prouve théologi- 
quement c'est que l'Eglisaa pris soin 
de délimiter elle-même le cercle de sa 
compétence. « Nous enseignons et 
déclarons, a dit le concile du Vati- 
can, en parlant du souverain Pontife, 
qu'il est le juge suprême des fidèles 
et que, dans toutes les causes qui 

SONT DE COMPÉTENCE ECCLÉSIASTIQUE, 

in omnibus cousis ad examen ecclcsias- 
ticum spectantiùus, on peut recourir 
à son jugement. » (chap. m de la l v0 
constitut. dogmat. de Ecclesia Christi.) 
Si l'on peut recourir au jugement du 
souverain Pontife, ou de l'Eglise, les 
droits de l'un et de l'autre étant les 
mêmes d'après le même concile, dans 
les causes qui sont de compétence ec- 
clésiastique, c'est qu'il y a des causes 
qui ne sont point de compétence ecclé- 
siastique et sur lesquelles ce juge- 
ment perd ses droits. Quelles sont ces 
causes étrangères à la compétence ec- 
clésiastique ? Le -concile va nous le 
dire en nous disant celles qui ren- 
trent dans cette compétence; quand il 
aura déterminé toutes celles-ci, ces 
causes étrangère* seront toutes les 
autres et nous les connaîtrons. 

Or, s'il s'agit de définitions dog- 
matiques, le concile nous dit qu'il y a 
infaillibilité quand il s'agit d'une doc- 
trine touchant la foi ou les mœurs, 
de fide vel moribus, et s'il s'agit de 
gouvernement, qu'il y a souveraineté 
quand il s'agit « de choses qui appar- 
tiennent à la discipline et au gouver- 
nement ecclésiastique. » Quse ad dis- 
ciplinant et regimen Ecclesise per totum 
orbem diffusœ pertinent. Ce sont là 
tous les objets de la compétence de 
l'Eglise et de son chef. Tous les au- 
tres sont donc en dehors de cette 









J 

m 



COM 



78 



COM 



compétence ; et la liberté de pensée 
reste entière à leur égard, au point 
de vue, du moins, de l'orthodoxie ca- 
tholique. 

On ne doit donc pas être surpris, 
quand nous usons de cette liberté de 
pensée et de discussion sur ce qui 
est, à la fois, étranger à la foi, à la 
morale et au gouvernement ecclé- 
siastique ; c'est une conséquence pra- 
tique à laquelle la logique nous con- 
duit rigoureusement. 

Le Noir. 

COMPLIES. C'est dans l'Eglise ro 
maine la dernière partie de l'office du 
jour. Elle est composée de trois psau- 
mes sous une seule antienne, d'une 
hymne, d'un capitule et d'un répons 
bref, du cantique de Siméon, iïunc 
dimittis, d'une oraison, etc. Elle est 
destinée à honorer la sépulture du 
Sauveur, selon la glose, c. 10, de Ce- 
leb. Missar. Mais on ignore le temps 
de son institution. 

Le cardinal Boiia, de PsaImod.,c. 10, 
prouve, contre Bellarmiu, qu'elle n'a- 
vait pas lieu dans l'Eglise primitive. 
On ne trouve dans les anciens nulle 
trace des compiles. Ils terminaient 
leur office à none ; selon saint Basile, 
major regular., q. 37, ils y chantaient 
le psaume 90, que l'on récite aujour- 
d'hui à complies. L'auteur des Const. 
apostol. parle de l'hymne du soir, et 
Cassien, de l'office du soir en usage 
chez les moines d'Egypte : mais il pa- 
raît qu'on doit entendre par là les 
vêpres. Voy. Bingham. Antiquit. ec- 
clés., tom. S, 1. 13, c. 9, § 8. 

Bergier. 

COMPONCTION, regret d'avoir of- 
fensé Dieu, qui est aussi nommécon- 
trition . La confession n'est bonne que 
quand elle est accompagnée d'un re- 
pentir sincère, et de la componction 
du cœur. 

Dans la vie spirituelle, componction 
signifie aussi un sentiment pieux de 
douleur, qui a pour motif les misères 
de la vie, les dangers du monde, la 
multitude de ceux qui se perdent, etc. 

Jésus-Christ a dit : « Bienheureux 
» ceux qui pleurent, parce qu'ils se- 
» ront consolés. » Ces paroles ont fait 
trouver des douceurs aux saints dans 



les larmes mêmes delà pénitence. La 
charité, dit saint Grégoire, notre éloi- 
gnement de Dieu, nos fautes passées, 
celles que nous commettons chaque 
jour, le poids de nos misères et de 
celles du prochain, nous excitent à 
pleurer continuellement, au moins 
dans le dé^ic du cœur, si nous ne pou- 
vons le faire autrement. Tout ce qui 
nous environne nous fournit un su jet 
de larmes, et nous devons les mêler 
même aux prières et aux cantiques 
que l'amour de Dieu nous inspire. A 
la vue de l'ingratitude dont nous 
avons payé les bienfaits du Seigneur, 
pouvons-nous produire un acte de 
charité sans être pénétrés d'une dou- 
leur amère? Ne faut-il pas, avant de 
chanter ses louanges, laver nos âmes 
par les larmes de la componction, et 
les purifier par le sang de l'Agneau 
sans tache, niort pour le salut des 
hommes ? Lesplus grands saints pleu- 
rent continuellement par des motifs 
d'amour; comment les pécheurs ne 
pleureraient-ils pas? Si les âmes fi- 
dèles et innocentes aiment à faire re- 
tentir les déserts de leurs gémisse- 
ments, quelle conduite doivent tenir 
celles dont tous les instants ont été 
marqués par de nouvelles infidélités? 
Mor., 1. 23, c. 21 . 

De cette morale même, enseignée 
et pratiquée par tous les saints, les 
incrédules concluent que la religion, 
loin de consoler l'homme et d'adoucir 
ses peines, ne sert qu'à le rendre 
plus malheureux ; qu'elle le rend triste 
et misanthrope, que la religion n'est 
autre chose qu'une fièvre mélancoli- 
que. Mais voyons-nous les incrédules 
plus gais, plus contents, plus heureux 
que les dévots? Dans leurs discours 
et dans leurs écrits, nous ne trouvons 
que des plaintes, des murmures, des 
déclamations, souvent des fureurs. 
L'un se plaint des caprices de la for- 
tune, de l'infidélité de ses amis, de 
la jalousie et de la malignité .de ses 
concurrents, de l'indifférence de ses 
protecteurs; l'autre, de ses intirmités 
personnelles, de ses chagrins domes- 
tiques, des malheurs arrivés à ses pro- 
ches, des tracasseries de la société. 
Celui-ci gémit des fléaux de la nature, 
des vices de l'humanité, de la cor- 
ruption de tous les étals, des injures 



COM 



faites à la vertu ; celui-là des fautes 
du gouvernement, des erreurs de la 
politique, de la négligence des sou- 
verains, de l'asservissement des na- 
tions, etc. Tel est le sujet ordinaire 
de la plupart des conversations. Si 
l'homme est condamné à souffrir et 
à pleurer, les larmes de la componc- 
tion sont encore préférables à celles 
de l'incrédulité ; les premières nous 
donnent au moins des espérances 
pour l'avenir, les secondes ne nous en 
laissent aucune. Bergier. 

COMPOSTELLE (pèlerinage de S. 
Jacques de). (Théol. hist. fit. Géré, 
peler, etc.) Ce pèlerinage est le plus 
célèbre du inonde après ceux de Jé- 
rusalem et de Rome. Voici comment 
M. Héfélé discute les faits légendaires 
qui le concernent : 

« Saint-Jacques de Compostelle est 
une ville de 20,000 âmes environ, en 
Galice. Elle tient son nom de l'apôtre 
S. Jacques le Majeur, dont les osse- 
ments reposent dans son enceinte. 
Autrefois cette ville s'appelait ad sanc- 
tion Jacobum apostolum ou Giacomo 
Postolo,d'où, par abrévation, on a fait 
Compostelle. Suivant la tradition espa- 
gnole, l'apôtre S. Jacques le Majeur 
vint dans le péninsule pyrénéenne et 
fut enseveli à Compostt Ile. Cette tra- 
dition ne remonte pas jusqu'en 800, 
et tous les anciens témoignages qu'on 
met en avant, comme le prétendu 
livre de S. Isidore, de Vita et morte 
Sanctorum, c. 17, celui de S. Julien 
de Tolède, Comment, in Nahum, et la 
Collectanca Bedse Yen rab., ne sont 
pas authentiques. Le Breoiarium To- 
letanum, qui dit que S. Jacques reçut 
l'Espagne en partage pour y accom- 
plir sa mission, n'est pas un témoin 
probant. 

« En revanche nous savons : 

« 1° Que Jacques le Majeur fut mis 
à mort dès l'an 44 (Actes des Apôtres, 
12, 2); 

« 2° Qu'à cette époque les Apôtres 
n'avaient pas quitté Jérusalem (Ac- 
tes, 8, 1) ; 

« 3° Que l'apôtre S. Paul, écrivant, 
en 38, sa lettre aux Romains, avait 
l'intention de se rendre en Espagne 
(Rom., 15, 24) comme dans un pays 
au'il fallait évangéliser; 



79 COM 

« 4° Que tous les anciens auteurs 
et les anciens conciles (et il y en eut 
beaucoup en Espagne) se taisent à ce 
sujet. 

« Ce n'est que dans le neuvième 
siècle que se rencontre la tradition 
dont on part, et cela dans Walafrid 
Strabon (Poem. de 12 Apostolis), dans 
Froculph (Chron., II 4), Notker le 
Collectionneur de S. Gall (Martyrolog. 
ad 25 julii), et d'autres. 

« 5° Mais cette tradition n'acquit 
pas une autorité universelle, même 
après cette époque, et c'est notre 
dernier argument négatif. Le pape 
Grégoire VII, par exemple, parle ex- 
pressément, dans une lettre aux rois 
d'Espagne Alphonse et Sa ne lie (I), des 
commencements de l'Église d'Espa- 
gne, et ne fait pas la moindre men- 
tion de S. Jacques. L'archevêque de 
Tolède, Rodrigue Ximénès, alla en- 
core plus loin au douzième concile 
général de Latran, sous le pape In- 
nocent III, en 1215. L'archevêque de 
Saint-Jacques de Compostelle ne vou- 
lant pas reconnaître son droit de 
primauté et en appelant à l'origine 
apostolique de son église (sa fondation 
par l'apôtre S. Jacques), le primat de 
Tolède répliqua que S. Jacques n'était 
pas venu en Espagne, qu'il n'en exis- 
tait aucune preuve certaine, et qu'il 
n'avait entendu parler de ce fait, dans 
sa jeunesse, que par quelques dévo- 
tes (2). Le concile donna son assenti- 
ment au primat de Tolède, et, dans le 
fait, on ne peut d'aucune façon établir 
solidement la présence de S. Jacques 
le Majeur en Espagne. Cependant 
cette tradition a trouvé des défen- 
seurs, entre autres les deux Lfollan- 
distesCuperet Godefroillenschem (3), 
et le protestant Jean-Albert Fabri- 
cius (4). D'un autre côté, Noël Ale- 
xandre l'a réfutée solidement (5). 

« Ce qui est possible, c'est que les 
reliques de S. Jacques existent à 
Compostelle, et Notker Balbulus (0) en 



(1) Lib. llîpgest., ep. 64. 

('2) Baronii Annal., ad ann. 816, n. 49. 

(3) Acta SS.,Appendix, t. VI julii, et Diatriba 
ad 1. 1 aprtlis, 

(4) SaiularU Iwc Euangflii, c. 16, g 2. 

(5) Bist. eccl., 3f.c I, dissrrt. XV, propo=. H, 
d. 161 sqq., t, III. éd. Veoel., 1778. 

(0) L. c. 










We 



COM 



soutient l'existence comme une chose 
tout à fait établie, tandis qu'il ne 
parle que comme d'une tradition, 
referuntur, de la mission de l'Apôtre 
en Espagne. 

« On montre bien aussi les reliques 
dé saint Jacques dans l'église de 
Saint-Saturnin de Toulouse ; mais 
probablement les deux églises de 
Compostelle et de Toulouse n'avaient 
chacune qu'une moitié de ce corps 
saint, partage qui, au moyen âge, 
avait lieu très-souvent pour les reli- 
ques les plus précieuses. La légende 
a d'ailleurs entouré de toutes sortes 
de circonstances peu historiques le 
fait vraisemblable de la translation 
des ossements de S. Jacques à Com- 
postelle. Elle rapporte que le corps de 
l'Apôtre, l'année de son martyre, fut 
transféré par quelques Chrétiens res- 
pectueux à Iria Flavia, en Espagne. 
A la mort de ces pieuses gens, per- 
sonne ne savait plus rien des reliques 
qu'ils avaient apportées, lorsque, au 
commencement du huitième siècle, 
en 808, 816, 823 ou 835, le corps fut 
découvert d'une manière miraculeuse. 
On remarqua une lueur extraordi- 
naire s' élevant au-dessus des arbris- 
seaux qui avaient couvert le tombeau 
inconnu de l'apôtre, et l'évêque d'Iria, 
Théodomir, Ut abattre les arbres et 
commencer des recherches. On dé- 
couvrit le corpssaint, qui se révélapar 
toutes sortes de signes et de miracles. 
Le roi Alphonse le Chaste, ayant 
entendu parler de ce fait, ordonna 
qu'on élevât une église en l'honneur 
de S. Jacques en ce lieu, et, après 
divers changements et plusieurs res- 
taurations, on bâtit la magnifique 
église qui subsiste encore. Théodomir 
transféra son siège épiscopal d'Iria à 
Compostelle, et une ville considérable 
se forma peu à peu autour de l'église 
de San-Jago. En 1120 San-Jago fut 
érigé en un archevêché qui subsiste 
encore. 

« Le premier archevêque, Diego 
Gelmirez, fit rédiger par deux évo- 
ques la tradition de Compostelle, dont 
nous venons de rapporter les traits 
principaux. 
« Baronius (1) éleva déjà une forte 

(i) Ad aon., 816, n. 52. 



80 COM 

objection contre cette légende, en 
rappelant que Vénantius Fortunatus 
(à la lin du sixième siècle) rapporte 
qu'on vénérait de son temps le corps 
de deux saints Jacques dans la Terre- 
Sainte, tandis qu'il ne dit pas la 
moindre chose du culte rendu à S. 
Jacques en Espagne, et qu'il indique 
Vincent comme un des principaux 
saints de l'Espagne. Il dit en propres 
termes : 

Prœcipimm meritis Ephesus veneranda Joanoom 
Dirigit, et Jacobos terra beau saeros (1), 

Le Noie. 

COMPRÉHENSION. Ce terme signi- 
fie, en théologie, l'état des bienheu- 
reux qui jouissent de la vue intuitive 
de Dieu ; on les appelle compréhen- 
seurs, par opposition aux justes qui 
vivent sur la terre, et que l'on nomme 
voyageurs : ce terme est tiré de saint 
Paul. ICor., c. 9, f 24. 

Beugier. 

COMTE (Achille Joseph) {Théol. 
hist. biog, et bibliog. ) M . Achille Comte, 
naturaliste français, né à Grenoble, 
en 1802, a été le collaborateur de M. 
Milne Edward, dans les Cahiers clas- 
siques d'histoire naturelle, que nous 
citons parfois, pour la physiologie et 
l'anatomie, dans la théologie mixte 
de ce dictionnaire, et c'est le motif 
principal pour lequel nous lui don- 
nons ici une courte notice. Il ne faut 
pas le confondre avec M. Auguste 
Comte, le mathématicien et le phi- 
losophe positiviste que l'ordre alpha- 
bétique amène à côté de celui-ci, car, 
tout à l'inverse de son homonyme, il 
se montre théiste, aussi bien que 
son collaborateur et ami M. Milne 
Edwards, dans tousses ouvrages, dont 
les principaux sont : Mémoire sur la 
circulation des sang dans le fœtus, 
1820; Recherches anatomiques et phy- 
siologiques relatives à la prédominance 
du bras droit sur le bras gauche, à l'u- 
sage de la jeunesse et des gens du 
monde ; Le règne animal de Cimier, 
en 91 tableaux méthodiques, 1832 à 



(I) Venant. Fort., Carm., 1. VIII, e. 6, Opp., 
éd. Luclii, Romœ, 17S6, t. 1, p. 269. Conf. Baron., 
1. e., n. 52, qui rapporte d'ailleurs inexactement les 
paroles citées. 



'/: 



COM 

1841 ; Physiologie à l'usage des gens du 
monde; 1834 et 4°. édit. en 1841; 
Œuvres complètes de Buffon, avec les 
suites, §vo\.in-8 avec planches,! 849; 
Lectures choisies sur les sciences, in-8°, 
1853; Structure et physiologie anima- 
les, en 18, 18S3; Musée d'histoire na- 
turelle avec 50 planches, in-4°, 1854, 
etc. M. Achille Comte a collaboré au 
Dictionnaire universel des sciences et 
des lettres de Bouillet. On voit par 
les titres seuls de ses ouvrages, qu'il 
est principalement vulgarisateur de 
la science. 

Sa femme, Aglaé de Bouconville, 
veuve en premières noces de M. 
Layer, a publié quelques ouvrages 
d'éducation et un Eloge de M m0 De 
Sévigné. Le Nom. 

COMTE (Auguste). (Théol.hist. biog. 
et bibliog.) — M. Aug. Comte à pré- 
cédé Proudhon dans la paternité du 
positivisme moderne, et est resté 
beaucoup plus formellement positi- 
viste que Proudhon, qui nous a dit, 
à nous-mème, un jour qu'il venait 
d'assister au convoi d'Auguste Comte, 
qu'il y était allé parce que c'était, en 
définitive, une forte tète qui avait eu 
de l'initiative, mais qu'il n'était 
point son disciple. En effet, Proudhon 
n'a jamais été fixé sur le matéria- 
lisme ni sur l'athéisme; sa grande 
puissance d'analyse l'égarait sur la 
recherche de ces problèmes, et on 
peut facilement déduire de ses œu- 
vres qu'il y travaillait sans cesse es- 
sayant de se lixer et n'y réussissant 
jamais. Il ne nie pas l'âme, il ne nie 
pas Dieu, il les discute seulement, 
tout en prétendant éliminer de ses 
travaux ces lourdes et taquinantes 
questions. Il les chassait, et ne médi- 
tait quesur elles; ellesontfaitle tour- 
ment de toute sa vie de penseur, bien 
que pourtant il ait paru à la lin se 
reposer quelque peu sur une certitu- 
de, celle de la morale comme fait 
de conscience direct et immanent, 
n'ayant pas besoin pour briller 
d'autre lumière que de sa propre lu- 
mière, et pouvant se passer de toute 
liaison avec une cause au delà. Au- 
guste Comte n'a pas le même carac- 
tère; c'est le mathématicien positi- 
viste à proprement parler, l'esprit 
IH. 



81 COM 

froid n'ayant rien du mouvement in- 
térieur de J. J. Rousseau, dont Prou- 
dhon n'était pas sans avoir quelque 
chose. 

Auguste Comte, élève de l'école 
polytecbnique, puis répétiteur et 
examinateur dans la môme école, 
pour l'admission, était né à Mont- 
pellier le 19 janvier 1798, et il est 
mort à Paris le 5 septembre 1837, 
après avoir résigné ses fonctions pour 
vivre dans la retraite. Dès 1820 il 
avait laissé entrevoir ses théories dans 
l'Organisateur. Mais ce ne fut que dix 
ans après, de 1830 à 1842, qu'il les 
exposa directement, dans son Cours 
de philosophie positive (t. I à VI in-8°), 
puis il continua de les développer 
dans beaucoup d'autres livres parmi 
lesquels on peut mentionner les sui- 
vants : Traité élémentaire de géométrie 
analytique à deux et à trois dimensions, 
in-8°,1843 ; Discourssur l'esprit positif, 
in-8° 1844; Traité philosophique d'as- 
tronomie populaire, in-8° 1844 ; Discours 
sur l'ensemble du positivisme, in-8°, 
1848 ; Système de politique positive, ou 
Traité de sociologie, instituant lareligion 
de l humanité, in-8°, 1851 à 1854;Catoi- 
drier positiviste, in- 12, 1852; les ar- 
ticles intitulés: Considérations sur les 
sciences, les savants et le pouvoir spiri- 
tuel, qu'il inséra dans le Producteur et 
le firent accuser par Benjamin Cons- 
tant de Thêocratisme et de Papisme in- 
dustriel. 

Auguste Comte n'a pas la clarté 
dans la forme qui convient pour 
vulgariser un système; et cependant 
le sien a fait fortune, puisque c'est 
de lui qu'est partie cette contagion 
dupositivisme qui empeste aujourd'hui 
les esprits lettrés ; mais il a eu des 
adeptes fervents qui l'ont remplacé 
pour la propagande. Parmi ces disci- 
ples il faut compter en première 
ligne M. Litiré, maintenant membre 
de l'Académie française, quoi qu'ait 
fait M. Dupanloup pour empêcher 
qu'il y fût admis ; les livres de ce der- 
nier sont élégants.se lisent sans effort 
et ont plus servi le maître que ceux 
du maître lui-même. 

La doctrine positiviste d'Auguste 
Comte consiste à réduire toute philo- 
sophie aux sciences pures, qu'il di- 
vise en six catégories qui sont : la 








CON 



82 



CON 



mathématique, l'astronomie, laphy- 
sique, la chimie, la biologie, et la 
science sociale. Il n'y a, d'après lui, 
rien au delà qui puisse servir d'objet 
au savoir humain. El un de ses dogmes 
favoris est celui de la perfectibilité 
de la race humaine, dout le progrès 
a "trois phases successives à parcourir : 
la phase de l'activité militaire con- 
quérante, la phase de l'activité mi- 
litaire défensive, et la phase de l'ac- 
tivité pacifique; lesquelles sont toutes 
trois surbordonnées à la progression 
scientifique et philosophique qui est 
constante et s'étend du commence- 
ment à la fin. Le Noir. 

CONCEPTION IMMACULÉE DE LA 

SAINTE VIERGE. Le sentiment com- 
mun des théologiens catholiques est 
que la sainte Vierge Marie, mère de 
Dieu, a été préservée du péché ori- 
ginel, lorsqu'elle a été conçue dans 
le sein de sa mère. Cette croyance est 
fondée : 1° sur le sentiment ries Pères 
de l'Eglise les plus respectables. Nous 
les rapporterons ci-après. 

2° Sur la précaution qu'a prise le 
concile de Trente, sess. o, où, en dé- 
cidant que tous les enfants d'Adam 
naissent souillés du péché originel, il 
déclare que son intention n'est point 
d'y comprendre la sainte Vierge. En 
•1439, le concile de Bâle avait autorisé 
la même croyance : son décret fut 
reçu par l'université de Paris, et par 
un concile d'Avignon, en 1457. 

3° Sur les décrets de plusieurs Pa- 
pes, qui ont approuvé la fête de la 
Conception de la sainte Vierge, et l'office 
composé à ce sujet, et qui ont défendu 
de prêcher et d'enseigner la doctrine 
contraire. Ainsi en om agi Sixte IV, 
Pie V, Paul V, Grégoire XV, Alexan- 
dre VII (1). Il paraît que cette tète était 
déjà célébrée dans l'Occident au neu- 

(1) Pie V, Grégoire XIII et Urbain VIII ont con- 
damné cette proposition de Bhïiis : n Personne, 
)) excepté Jésns-Christ, n'est exempt dit péché ori- 
» ginel. Ainsi ta bienheureuse Vierge est morte à 
» car.se dn péché d'Adam qu'elle avait contracté, et 
m tontes ses afflictions pendant sa vie ont été des 
n châtiments, ou du péché actuel, ou dn péché ori- 
« einel. » Nemo pr&ter Christian est absque pec- 
eato oriqinnli; hinc beata Virqo martua et iirop- 
ter pecenturn ex Adam contrartum, omnesque 
ejus a/fUcliones in hac vita, sieut et aliorum 
fustorum, fuerunt ultiones peccati actualis vel 
originalis. Prep 73 Gjubset. 



vième siècle, et qu'elle est encore plus 
ancienne en Orient. Voyez Assemani, 
Cal. univ., tom. 5, pag. 433 et suiv. 
Conséquemment la faculté de théo- 
logie de Paris, en 1497, statua par un 
décret que personne ne serait reçu 
au degré de docteur, qu'il ne s'enga- 
geât par serment à soutenir l'Imma- 
culée Conception; la plupart des autres 
universités ont fait de même. 

Quoique ce 'sentiment n'ait pas été 
décidé formellement comme article 
de foi (i), il est si analogue à la doc- 
trine chrétienne, au respect dû à Jé- 
sus-Christ, à la persuasion de tous les 
fidèles, que l'on peut le regarder 
comme une croyance catholique, ou 
presque universelle. 

Les protestants se sont récriés contre 
cette croyance, née dans les derniers 
siècles; elle est, disent-ils, formelle- 
ment contraire au sentiment des an- 
ciens Pères, qui ont décidé que le 
péché originel a passé à tous les en- 
fants d'Adam, à l'exception de Jésus- 
Christ seul. Erasme avait cité un assez 
grand nombre de leurs passages ; Bas- 
nage, dans sou Hist. de l'Eglise, 1. 18, 
c, 11, et 1. 20, c. 2, a fait tous ses 
efforts pour prouver qu'en cela l'E- 
glise _ romaine a changé l'ancienne 
doctrine, et s'est évidemment écartée 
de la tradition qu'elle regarde comme 
règle de foi. 

Mais il a bien senti lui-même que 
toussesarguments, qui sont les mêmes 
que ceux de Daillé, ne sont que né- 
gatifs, et ne forment pas une forte 
preuve. Les Pères, disent ces contro- 
versistes, n'ont point excepté la sainte 
Vierge, lorsqu'ils ont parlé de l'uni- 
versalité du péché originel :• donc 
c'est la même chose que s'ils avaient 
formellement enseigné que la sainte 
Vierge en a été atteinte comme les 
autres enfants d'Adam : cette consé- 
quence n'est pas vraie. Les Pères 
n'ont point traité expressément la 
question de savoir si la sainte Vierge 
a été ou n'a pas été exempte du pé- 
ché originel; s'ils avaient enseigné 
formellement qu'elle en a été souillée, 

(I) On sait que depuis la bulle ineffabilis de 
Pie IX, en date de I8S4, l' Immaculée Conptùm de 
la sainte Vierite est devenue un dosrine de foi ca- 
tholique. La bulle ineffabilis est citée plus loin. 

Lb Noir. 



CON 83 

jamais les théologiens catholiques 
n'auraient osé embrasser l'opinion 
contraire. S'ils l'avaient formellement 
exceptée, alors sa Conception immacu- 
lée ne serait plus une simple opinion 
théologique, mais un dogme de foi ; 
et l'Eglise l'aurait ainsi décidé au con- 
cile de Trente. Or, nous concevons 
que ce n'est pas un dogme de foi ; 
les Papes mêmes, Pie V, Grégoire XV 
et Alexandre VII l'ont ainsi déclaré, 
et ont défendu de traiter d'hérétiques 
ceux qui ont soutenu le contraire. 

Est-il vrai que la croyance actuelle 
soit établie sans aucune preuve tirée 
de l'Ecriture sainte ni de la tradition? 
Dans la salutation angélique, adres- 
sée à Marie, Luc, cap. 1, n 28, le 
mot grec, wjptpiTiopivji, ne signifie 
pas seulement remplie de grâce, mais 
formée en grâce; Origène l'a compris, 
Eom. 6, in lue. «Je ne me souviens 
» pas, dit-il, d'avoir trouvé ce terme 
v ailleurs dans l'Ecriture sainte; cette 
» salutation n'a été adressée à aucun 
» homme ; elle est réservée à Marie 
» seule. » Cependant il avait été dit de 
saint Jean-Baptiste, f 15. qu'il serait 
rempli du Saint-Esprit dès le sein de 
sa mère ; le privilège de Marie s'est 
donc étendu plus loin. Les protestants 
entendentils mieux le grec qu'Ori- 
gène ? 

Au quatrième siècle, saint Amphi- 
loque, évèque d'Icône, Orat. 4," in S. 
Deip. et Simon., dit que Dieu a formé 
la sainte Vierge sans tache et sans 
péché. Dans la liturgie de saint Jean 
Chrysostome, qui est plus ancienne 
que lui, Marie est appelée sans tache 
à tous égards, exomid parte ineulpata. 
Lebrun, tom. 4, pag. 408. Saint Am- 
broise, sur le psaume H 8, dit qu'elle 
a été exempte de toute tache du péché. 

Au cinquième, saint Proclus, disci- 
ple de saint Jean Chrysostome et son 
successeur, Orat. fi, Lavdntio S. Genitr., 
dit que la sainte Vierge a été for- 
mée d'un limon pur. Un lui attribue 
avec raison les trois sermons sur la 
sainte, qui passaient autrefois pour 
être de saint Grégoire Tbaumatuge, 
et dans lesquels cette même doctrine 
est enseignée ; Basnagè n'en discon- 
vientpas. Saint Jérôme, sur le psaume" 
73, dit que Marie n'a jamais été dans 
les ténèbres, mais toujours dans la 



CON 



lumière. On sait que saint Augustin 
même, en écrivant contre les péla- 
giens, L. de Nat. et Grat., c. 36, a 
formellement excepté la sainte Vierge 
du nombre des créatures coupables 
du péché. 

Au sixième, saint Fulgence, Scrm. 
de Laudib. Marise, observe que l'ange, 
en appelant Marie pleine de grâce, a 
fait voir que l'ancienne sentence de 
colère était absolument révoquée. 

Au huitième, saint Jean Damascène 
appelle cette sainte Mère de Dieu, un 
paradis dans lequel l'ancien serpent 
n'a pas pu pénétrer. Hom. in Nat. B. 
M. V. Déjà au septième, sous le règne 
d'Héraclius, George de Nicomédie re- 
gardait la Conception immaculée de la 
sainte Vierge comme une fête d'an- 
cienne date ; et au moins depuis cette 
époque, les Grecs ont constamment 
appelé Marie panachrante , toute 
pure, sans tache, sans péché, ils n'ont 
pas emprunté cette croyance de 
l'Eglise romaine, puisqu'ils la con- 
servent encore. Pourquoi donc les 
protestants n'évaporent-ils leur bile 
que contre nous, et ménagent-ils les 
Grecs ? En rapportant avec tant de 
soin ce qui parait opposé à notre 
croyance, il ne fallait pas passer 
sous silence ce qui la prouve. 

L'on sait qu'en 1387 la question 
de la Conception Immaculée fit grand 
bruit à Paris, et que l'université ex- 
clut de son corps les dominicains, 
pour avoir soutenu l'opinion contraire. 
Ilist. de l'Eglise gallicane, tom. 14, 
liv. 41, an. 1387. Aujourd'hui ces 
religieux tiennent la croyance com- 
mune. 

Les deux couvents de religieuses, 
qui portent ;i Paris le nom de la Con- 
ception, sont des franciscaines, ou des 
filles du tiers-ordre de saint Fran- 
çois. 

Bercieh. 

CONCEPTION (la définition dogma- 
tique de l'immaculée). (Théol. pur. 
christ.) — Nous compléterons l'article 
de Bcrgier qui précède, en y ajoutant 
un précis historique de cette défini- 
tion, par M. I. Goschler, et une traduc- 
tion en français de la bulle ineffabi- 
lis de Pie IX. 



' 



CON 



I 

PRÉCIS HISTOHIQDE DE LA DÉFINITION. 

« En 1849 10 évêques et archevê- 
ques de France, 40 évêques du 
royaume de >iaples, 80 archevêques 
et' évêques de toutes les parties du 
monde, les ordres religieux, les cha- 
pitres, une foule d'Églises particuliè- 
res s'adressèrent au Saint-Siège pour 
le prier de trancher définitivement la 
question et d'élever au rang de dogme 
la pieuse doctrine de l'immaculée con- 
ception de la Ste Vierge. Pie IX, sans 
obtempérer directement à cette de- 
mande, adressa, le 2 février 1849, une 
Encyclique à tous les évêques du 
monde, pour leur demander quelle 
était sur cette question la croyance 
de leur troupeau et leur croyance per- 
sonnelle, atiu de constater ainsi l'opi- 
nion unanime de toute l'Église. 

« Déjà, dans le courant de 1847 ou 
au commencement de 1848, le pape 
Pie IX avait nommé une commission 
de consulteurs, et leur avait soumis 
la question de savoir si la pieuse 
croyance eu l'immaculée conception 
pouvait, d'après les usages de l'Église 
catholique, être solennellement défi- 
nie. 

« Lorsque le Saint-Père fut obligé 
de quitter Rome, à la lin de 1848, et 
de se réfugier à Gaëte, il fit continuer 
les travaux de, la commission sur la 
terre d'exil. À plusieurs reprises il 
réunit les cardinaux exilés comme lui , 
et prit leur avis sur le projet de défi- 
nir la prérogative de la Mère de Dieu. 
Ce fut de Gaëte qu'il adressa, le 2 fé- 
vrier 1849, à tous les évêques du 
monde la célèbre Encyclique citée plus 
haut. 

« Sur environ 750 cardinaux, pa- 
triarches, archevêques, évêques et vi- 
caires apostoliques que l'Église compte 
dans son sein, plus de 000 répondi- 
rent au Saint-Père, et si l'on tient 
compte des noms omis, des cas de 
maladie, de mort, de vacance de siège, 
de lettres égarées, vu les distances, on 
peut dire que l'épiscopat tout entier 
répondit à l'Encyclique du 2 février 
1849. 

A côté du mouvement de l'épisco- 
pat et des fidèles se produisit le mou- 



1 CON 

vement des théologiens et des doc- 
teurs (1), dont les nombreuses publica- 
tions étaient autant de manifestations 
de la croyance générale. Pie IX vou- 
lut qu'elles fussent reproduites à la 
suite des réponses des évêques, comme 
des documents contemporains de la 
grande cause qu'il allait juger, et c'est 
ainsi que furent successivement pu- 
bliés, à Rome, 10 volumes de docu- 
ments authentiques, intitulés : Pareri 
sulla deflnizione dogmatiea d'cll' lmma- 
colato Concepimento délia B. Vergine 
Maria, rassegnati alla Santità di Pio 
IX, P. M., in occasione délia sua enci- 
clica data du Gaeta, il 2 febrajo 1849, 
Roma, 1851-1854, qui furent commu- 
niqués aux théologiens consulteurs à 
mesure qu'ils parurent, et dont un 
exemplaire complet fut remis à tous 
les évêques présents à Rome lors de 
la solennité de la définition. 

« En 1852 le Saint-Père nomma 
une commission spéciale, sous la pré- 
sidence du cardinal Fornari, se com- 
posant de Mgr Caterini, aujourd'hui 
cardinal, du chanoine Audisio, des 
PP. Perrone, Charles Passaglia, 
Schrader, Jésuites, du P. Spada, Do- 
minicain, et du P. Tonini, Conven- 



(9) Il faut, parmi eus travaux, citer ceux du P. 
Rivarola, Bénédictin de Sicile (1822); du cardinal 
Lambriiscliiiti [sud' Immacolato Concepimento di 
Maria, Home, in-S°, 18431; du P. Perrone, S. J. 
(de Immaculato B. V. Mariai Conceptu, in-8o, 
Rome, IS48); du P. Marin Spada, Dominicain 
[Dissertation destinée à expliquer la pensée de 
S. Thomas d'Aquin sur le mystère de l'Immaculée 
Conception); du P. Bianekèri, prêtre de la Mission 
( Veto in forma ne dissertazione sulla definizione 
dogmatica dell' Tmmacol., etc., etc., Tivoli, 
1848) ; du P. Bigoni (in Lode di Maria sanlis- 
sima, senza macchia concetta, Veoezia, 1849) ; de 
Maria Diez de Soloano, docteur et professeur de 
théologie à l'université de Mexico ( Theoloqica de 
Imm., etc., etc., dissertation, Mexici, 1849); du 
chapitre et de l'université de Guadaiajara {Dicta- 
men sobre la Immaculada, etc., 1849 ; du docteur 
Aguila [Diclamen sobre el mysterio de la Imma- 
culada, etc., etc., 1856, Durango), et surtout le 
plus remarquable de tons, celui de dom Guéranger. 
abbé de Soiesme {Mémoire sur la question de 
l'Imm. Conc. de la très-sainte Vierqe, Paris, 
18H0), et celui du P. Passaglia (de lmmaculato 
Dciparx semper virginis Conceptu Caroh Pas- 
sagiia, S. J. C, commentarius (*), Rome, 1854), 
etc., etc. Voirie détail de tous les ouvrages publies 
à ce sujet dans le livre de Mgr [Union, évèque de 
Bruges ({'Immaculée Conception de la bienheu- 
j*eue Vierge Marie, considérée comme dogme de 
foi), Bruxelles, 1857, t. II, p. 335 sq. 

(l)La bulle de définition a été^cnlquée sur cet ouvrage. 



CON 



85 



CON 



tuel, remplacé après sa mort par le 
P. Trullet, du même ordre. 

« Cette docte assemblée établit, d'un 
commun accord, les principes sui- 
vants, qne l'on peut considérer comme 
un modèle de critique en matière de 
théologie : 

« I. Pour qu'une doctrine puisse 
être déiinie il n'est pas nécessaire que 
les opinions n'aient jamais varié à 
son égard dans l'Église, que les fidè- 
les et les maîtres de la loi aient tou- 
jours été d'accord. 

« 2. 11 n'est point nécessaire qu'on 
ne puisse alléguer aucun passage de 
l'Écriture en apparence contraire à 
cette doctrine. 

« 3. 11 n'est point nécessaire qu'on 
puisse alléguer, en faveur de cette 
doctrine, des témoignages explicites 
ou implicites de l'Écriture sainte. Une 
" doctrine peut être définie sur l'auto- 
rité de la tradition seule, sans le 
témoignage de l'Écriture. 

« 4. Il n'est pas nécessaire, pour 
constater la tradition, qu'on produise 
une série non interrompue de témoi- 
gnages des Pères, série qui remon- 
terait aux apôtres pour descendre 
jusqu'à nous. 

« Après avoir établi ces règles né- 
gatives, la commission détermina les 
caractères positifs auxquels on recon- 
naît une doctrine susceptible d'être 
définie, savoir : 

« 1. Que l'on produise quelques té- 
moignages solennels , décisifs, qui 
renferment la doctrine à définir ; 

« 2. Que l'on puisse indiquer un ou 
plusieurs principes révélés qui ren- 
ferment la doctrine à définir ; 

« 3. Qu'on ne puisse nier cette doc- 
trine sans renverser un ou plusieurs 
articles de foi certains ; 

« 4. L'accord actuel de l'épiscopat 
catholique ; 

« 5. La pratique de l'Église. 

a La commission fut unanime au 
sujet de la possibilité et de l'opportu- 
nité de la définition. 

« Le Saint-Père soumit encore ce 
travail à l'examen de deux nouvelles 
commissions extraordinaires, l'une 
composée de dix-neuf cardinaux, 
l'autre des prélats et des théologiens 
les plus savants de Rome, parmi les- 
quels on distinguait les prélats Bar- 



nabe, Capalti, les PP.Spada,Perrone, 
Passaglia, Theiner, de l'Oratoire, de 
Ferrari, de l'ordre de Saint-Domini- 
que, sous la présidence du cardinal 
Fornari. 

« A l'exception de deux membres, 
tous les théologiens réunis furent 
d'avis que le privilège de la sainte 
Vierge était solidement prouvé par 
des arguments tirés de la sainte Écri- 
ture, des monuments de la tradition, 
de la doctrine, du magistère et de 
l'esprit de l'Église, et de la déclara- 
tion du concile de Trente. Tous, à 
l'exception d'un seul, jugèrent que le 
saint-Siège pouvait prononcer la dé- 
finition du mystère de la Conception 
Immaculée de Marie. Ce fut aussi 
l'avis unanime des cardinaux (1). 

« La relation italienne de ces faits 
fut remise aux cardinaux avant le 
consistoire du 4 décembre 1854, et 
un abrégé en latin fut offert aux évo- 
ques réunis à Rome pour assister à 
la définition. Trente ou quarante évè- 
ques étrangers avaient été invités par 
le Saint-Père à assister à la solennité 
de la définition. 

« Beaucoup d'autres prélats se ren- 
dirent à Rome. Le souverain Pontife 
soumit à leurs délibérations le projet 
de bulle déjà élaboré par les théolo- 
giens consulteurs et par la congréga- 
tion des cardinaux. 

<( Les évoques présents à Rome se 
réunirent, le lundi 20 novembre 1 854, 
au palais du Vatican, dans la grande 
salle ducale, sous la présidence des 
cardinaux Brunelli, Caterini et San- 
tucci. Le cardinal Brunelli déclara 
que le Saint-Père désirait entendre 
leur avis sur le projet de bulle qu'il 
avait fait préparer, mais qui ne ré- 
pondait pas encore tout à fait à sa 
pensée; que le Pape n'avait pas eu 
l'intention de réunir les évêques en 
concile, ni d'autoriser une discussion 
sur le fond de la question ou sur l'op- 
poi'tunité de la définition. Aussi les 
observations portèrent-elles sur la va- 
leur des arguments allégués dans le 
projet et sur l'opportunité de publier 

(1) Brève relazione di quanto si e operato 
délia Santita di nostro signore Pio P. IV, e de 
seniimenti mnnifestati dall' episcopato e dai con- 
sultori sull' argomenta dell' Immacolata Conce- 
zione di Maria santissima. Rome, 1835. 





CON 



86 



la bulle dans une forme plutôt que 
dans une autre. 

« Deux prélats, l'un Français, l'au- 
tre Italien, ayant demandé au cardi- 
nal président s'il ne convenait pas de 
faire mention dans la bulle du vœu et 
même du jugement de l'épiscopat, un 
des prélats assistants répondit que 
les évèques n'étant pas réunis en con- 
cile, n'avaient pas à prononcer de ju- 
gement dogmatique, qu'il n'y avait 
par conséquent pas lieu de faire men- 
tion, dans la bulle, d'un jugement 
qui n'existait pas; que la croyance 
unanime des évèques était assez con- 
nue, qu'elle était écrite à chaque page 
du recueil de leurs réponses publiées 
par le Pape, et constatée par leur pré- 
sence ; qu'il valait infiniment mieux 
que le souverain Pontife prononçât 
seul la délinition, atin que ce juge- 
ment solennel fût catholique dans sa 
forme comme il l'était pour le fond : 
pour le fond, parce que l'Église seule 
se préoccupait des prérogatives et de 
la gloire de la Mère de Dieu ; que les 
sectes dissidentes semblaient conspi- 
rer à la couvrir d'injures et d'oppro- 
bres; que leurs blasphèmes retentis- 
saient partout; que les Catholiques 
seuls traitaient la sainte Vierge comme 
leur mère et l'aimaient de tout leur 
cœur; dans sa forme, parce que les 
communions séparées, pouvant pren- 
dre certaines décisions dogmatiques 
dans la forme synodale, à la majo- 
rité des voix, étaient incapables d'é- 
tablir et de faire prévaloir une déci- 
sion dogmatique par voie d'autorité; 
qu'elles n'avaient pas de pasteurs, pas 
de docteurs munis d'une mission di- 
vine, ayant reçu du Ciel la promesse 
de l'infaillibilité; que l'Église catholi- 
que seule possédait une hiérarchie 
d'institution divine, dont le chef su- 
prême ne pouvait faillir en matière 
de foi, obligeant tous les enfants de 
Dieu à adhérer à sa croyance ; que, 
'si le souverain Pontife prononçait seul 
la délinition de Ylmmaculée Concep- 
tion, à laquelle tous les fidèles adhé- 
reraient spontanément, sonjugemrnl 
fournirait une démonstration prati- 
que de l'autorité souveraine de l'Église 
en matière de doctrine et de l'infail- 
libilité dont ,Iésus-Christ a investi son 
vicaire sur la terre. 



CON 

« Ces délibérations, auxquelles as- 
sistèrent jusqu'à 120 prélats, durè- 
rent du 20 au 24 novembre, tandis 
que les cardinaux, suivant l'usage, 
furent consultés à part, en consistoire 
secret, le 1 er décembre. 

« Lorsque le Saint-Père eut cons- 
taté l'assentiment unanime du sacré 
collège à son dessein, il annonça qu'il 
prononcerait la délinition le 8 décem- 
bre suivant. 

« En effet, le 8 décembre 1834, à 
huit heures du matin, le Saint-Père 
se rendit processionnellement, avec 
tous les évèques, du Vatican à Saint- 
Pierre, où fut célébrée la messe pon- 
tificale. 

« Après l'Évangile et une allocution 
dn doyen du sacré collège, le cardi- 
nal Macchi réclama respectueuse- 
ment, au nom de l'Église, le décret 
dogmatique de l'Immaculée Concep- 
tion. Le Ycni, Creator, fut chanté par 
toute l'assemblée à genoux ; puis le 
souverain Pontife, se tenant debout 
devant son trône, prononça, au milieu 
du plus profond silence d'une assem- 
blée composée de cinquante mille 
personnes, d'une voix forte, claire et 
distincte, la délinition du mystère de 
l'Immaculée Conception. 

« Cette lecture achevée, le cardinal 
doyen pria le Saint-Père de rendre ce 
décret public par une bulle authenti- 
que; les protonotaires apostoliques 
et le promoteur de la foi dressè- 
rent le procès-verbal de cet acte so- 
lennel. 

« A peine le Pape avait-il terminé 
les dernières paroles de la délinition 
qie le canon du château Saint-Ange 
annonça le grand événement à la ville 
sainte; toutes les cloches de Rome 
furent mises en branle et les mai- 
sons ornées comme par enchante- 
ment. 

« Le samedi, 9 décembre, le Saint- 
Père réunit les évèques avec le sacré 
collège dans le Vatican et prononça 
devant eux une allocution qui fut pu- 
bliée dans toute. l'Europe; les prélats 
reçurent le catalogue authentique des 
cardinaux, patriarches, archevêques 
et évèques, qui avaient assisté à la 
définition (1), l'image de la Vierge 

(i) Les viugt prélats français étaient : les caidi- 



CON 



87 



CON 



immaculée, gravée d'après le type 
approuvé parSa Sainteté, et une mé- 
daille en or, portant d"un côté l'effigie 
de la Vierge sans tache et de l'autre 
cette inscription : Mariée sine labe 
conceptse Piim IX P. M. ex auri Aus- 
tralix primitiis sibioblatis cudijiissit 
Ylldibusdecem.br. ann. MDCCCLIV. 

« Une neuvaine d'actions de grâces 
fut célébrée dans presque toutes les 
églises ; elle fut suivie avec le zèle le 
plus pieux par les lidèles, et les tem- 
ples saints ne désemplirent pas pen- 
dant cette quinzaine de fêtes et de 
prières. 

« A Saint-Louis des Français l'af- 
fluence fut considérable aux offices, 
et Mgr l'évèque d'Orléans y prêcha 
les 13, 14 et 15 décembre. 

« De Rome la grande fête s'étendit 
peu à peu au monde entier. Dans un 
grand nombre de diocèses les évèques 
réunirent en un seul opuscule les re- 
lations diverses des fêtes célébrées à 
cette occasion, et tirent déposer tous 
les récits épars dans les archives épis- 
copales de la Rochelle, Luçon, Stras- 
bourg, Venise, Milan, Bergame, Tu- 
rin, Païenne, Naples, Sôville, Barce- 
lone, Palma, Saint-Pollen en Autri- 
che, Malines, Bahia au Brésil, etc. 

« Mais Mgr de Morlhon, évèque du 
Pur, alla plus loin qu'aucun de ses 
collègues ; après avoir élevé dans son 
diocèse, à la mémoire de la définition 
dogmatique, le monument artistique 
le plus colossal qui ait été érigé dans 
ce genre, il voulut y ajouter un mo- 
nument littéraire qui fut en propor- 
tion avec le premier, en formant une 
collection de tous les documents his- 
toriques, de 1849 à 1860, qui se rap- 
portent au grand acte de Pie IX. Il 
ordonna que dans la basilique de 
Notre-Dame du Puy fussent déposés 
et conservés les récits de ce qui avait 



été fait dans le monde entier à l'oc" 
casion de la définition dogmatique. Il 
confia l'exécution de ce plan à un des 
prêtres les plus respeclables et les 
plus savants de son diocèse, M. Do- 
minique Sire, alors directeur et pro- 
fesseur de son grand séminaire, au- 
jourd'hui directeur et professeur au 
séminaire de Saint-Sulpicc, à Paris. 

« L'abbé Sire parvint, en 1835, à 
réunir tous les documents de la 
France ;il lui fallut les quatre années 
suivantes (1836-1859) pour obtenir 
ceux des pays étrangers, et il forma 
ainsi une bibliothèque qui renferme 
la matière de plus de 300 volumes, 
de toute langue et de tout format, et 
se composant des actes du Saint- 
Siège (lj, des actes épiscopaux (2), des 
ouvrages théologiques, des travaux 
des commissions nommées par Pie 
IX pour l'examen de la question, des 
travaux postérieurs à la définition 
publiés eu Italie, en France, en Bel- 
gique (3), en Espagne, en Allemagne, 
clans les pays de langue anglaise, en 
Suède; des sermons prêches, de 1,854 
à 1860, sur ce sujet dans toutes les 
parties du monde; de tous les jour- 
naux religieux, de toutes les Revues 
périodiques de l'Europe et de lAmé- 
rique, de 1834 à 1860; des principales 
publications faites contre la délini- 
tion, la plupart prohibées par la con- 
grégation de l'Index; du récit des fê- 
tes célébrées dans tous les pays 
catholiques à cette occasion ; des 
documents recueillis sur les monu- 
ments destinés à. perpétuer le souve- 
nir du 8 décembre 1834, dissertations, 
iconographies, relations, œuvres d'art, 
médailles, colonnes, statues (4), cha- 
pelles, églises, constructions diver- 
ses, gravures, albums, poésies et 
chants, musique, liste des associations 
de prières établies à celte occasion. 

« Enfin, non content d'avoir formé 






naux de Donald, archevêque de Lyon ; Mathieu, 
archevêque do Besancon; Gousset, archevêque de 
Reims; les archevêques [larciatoles, d\\ix; Sibour 
de Paris ; fjehelny. d'Avignon ; les évèques de JMa- 

senod, de Marseille- Bouvier, d\\ Mans, Char- 
trouse, de Valence; de Vesin, d'Amen; Do'iey, de 
Montanban ; de Morlhon, dti Puy; d Snlinis, 
d'Amiens; Duponloup , d'Orléans ; Despr'Z, de 
Saint -Denis (Martinique) ; Fallu dit Pure, du Blois; 
Lyonn't, de Suint-Flonr ; Befjuault, de Chartres; 
Ginoulhiac, de Grenoble; Tinnwche if! Adras (in 
part.). 



(1 ) EncycLiqnes, allocution?, etc. 

(2) Réponses des évèques et instances faites u 
Grégoire XVlpar quuiauie-neuf é* êques de France; 
instances faites à Pie IX, lettres pastorales. 

(S) L'ouvrage '!■• Btgr Matou, évoque de Bruges, 
2 vol. iu-So, est le plu- important de cens qui ont 
paru depuis la di'liiiiuuu comme celui dn P. Pas- 
saijlia était le plus important avant cette définition. 

(4) Dans un seul diocèse de France ou érigea 
plus de 500 statues de la Sto Vierge en souvenir 
du 8 décembre 1354, 



CON 



88 



CON 



cette précieuse collection, l'abbé Sire 
eut, dès 1860, la pensée de faire tra- 
duire dans toutes les langues la bulle 
Ineffabilis, et de la mettre aux pieds 
du souverain Pontife, qni daigna 
agréer cette offrande. 

« Ces traductions, véritables chefs- 
d'œuvre de calligraphie et d'orne- 
mentation, forment vingt volumes, 
d'environ 500 pages chacun, renfer- 
mant toutes les langues gréco-latines 
de l'Europe (1) : les dialectes de l'I- 
talie (2), les langues de l'Espagne (3), 
les langues principales de France (4) 
et ses dialectes (5), les quatre langues 
delà Grande-Bretagne; les langues 
germaine, slave, finnoise; celles de 
l'Asie occidentale (hébreu, chaldéen, 
syriaque, arabe); celles de l'Asie oc- 
cidentale non sémitiques (arménien, 
géorgien, turc, persan, kurde); celles 
des Indes (6), de l'Asie centrale et 
orientale (7) (toutes en caractères in- 
digènes) ; celles de l'Afrique (8), des 
nègres, des îles de l'Afrique, de l'A- 
mérique du Nord, de l'Amérique cen- 
trale, des Antilles, de l'Amérique 
méridionale et de l'Océanie. 

« L'abbé Sire, déjà mis en rapport 
avec tous les pays par sa collection 
des documents relatifs à la définition 
du dogme de l'Immaculée Conception, 
s'adressa avec une confiance qui fut 
toujours justifiée, aux évêques de 
toute la catholicité et aux congréga- 
tions religieuses les plus répandues 
Jésuites, Dominicains, Frères Mineurs 
Lazaristes, Séminaires des missions 
étrangères, Maristes, Oblats, etc 
etc., dont les relations avec tous les 

(1) Castillan, groc, albanais, roumaiD, italien 
portugais, maltais, romain, français. 

(2) Vénitien, tyrolien, lombard, |iiémontais,sard' 
génois, romagnol, napolitain, calabrais, sicilien. 

(3J Castillan, banque, hable, gallégo, catalan, va- 
leneien, maiorqnin, aljamida, gitano. 

(4) Flamand, alsacien, (Strasbourg et sond-gau) 
breton, limousin, auvergnat, roiiergnut , langue- 
docien, provençal, italien (Corse et Nice), basqne 
dialectes dn Labour, do la Soûle, de la Navarre. 

(d) Picard, normand, champenois, lorrain, bour- 
guignon, îranc-couuois, inorvan, bourbonnais, lyon- 
nais, dauphinois, savoisien , poitevin, agénois 
gascon, béarnais. 

(6) Iudoustnni, mahratte, congouny, mallyatam 
toutougou, oorga, bengali, birmans, siamois, lao 
cien, cambogien, carinns, baonnars, malaiB. 

(7) Annamite, thibétain, tartare, coréen, chinois 
japonais. 

(5) Arabe vulgaire, cophte, kabyle, berbère 
abyssin, gallns. 



pays du monde lui procurèrent les 
traductions qu'il désirait et qui de- 
vaient réaliserla prophétie de la Vierge 
Immaculée, s'écriant quinze siècles 
d'avance : Beatam me dicent omnes 
generationes ! » 

II. 

TRADUCTION FRANÇAISE DE LA BULLE 
INEFFABILIS 

Lettres apostoliques de notre Saint- 
Père le Pape Pie IX touchant la défi- 
nition dogmatique de F1MMACULÉE 
CONCEPTION de la Vierge Mère de 
Dieu. 



PIE, EVEQUE, serviteur des serviteurs 
de Dieu, pour en perpétuer la mé- 
moire. 

Le Dieu ineffable, dont les voies 
sont miséricorde et vérité, dont la 
volonté est toute-puissante, et dont 
la sagesse atteint d'une extrémité à 
l'autre avec force et dispose tout avec 
douceur, avait prévu de toute éternité 
la ruine déplorable du genre humain 
tout entier par suite de la transgres- 
sion d'Adam, et, par un mystère ca- 
ché dès l'origine des siècles, il avait 
décrété d'accomplir dans l'Incarna- 
tion du Verbe l'œuvre première de 
sa bonté, d'une manière plus mysté- 
rieuse, afin que l'homme, entraîné 
dans le mal par les pièges de la ma- 
lice de Satan, ne périt pas, contraire- 
ment au dessein de sa miséricorde, et 
afin que ce qui devait tomber dans le 
premier Adam se relevât plus heureu- 
sement dans le second. C'est pour- 
quoi il a choisi et préparé, dès le 
commencement et avant les siècles, à 
son Fils unique, uneMèrede laquelle, 
par son incarnation, il naîtrait dans 
l'heureuse plénitude des temps, et il 
l'a aimée par-dessus toutes les créa- 
tures, à ce point que, par une prédi- 
lection tout extraordinaire, il mit en 
elle seule ses plus grandes complai- 
sances. Aussi, bien au-dessus de tous 
les esprits angéliques et de tous les 
saints, il la combla si admirablement 
de l'abondance de tous les dons cé- 
lestes puisés au trésor de la Divinité 
que, toujours exempte de toute espèce 
de tache du péché, toute belle et toute 



CON 



89 



CON 



parfaite, elle réunit en elle une pléni- 
tude de sainteté et d'innocence telle 
qu'au-dessous de Dieu on ne peut en 
imaginer une plus grande, et qu'excep- 
té Dieu personne ne peut en compren- 
dre la grandeur. Et certes il était de 
toute convenance qu'elle brillât de 
l'éclat de la plus parfaite sainteté, et 
que, tout à fait exempte de la tache 
même du péché originel, elle rempor- 
tât sur l'antique serpent le plus com- 
plet triomphe, cette Mère vénérable 
à laquelle Dieu le Père a résolu de 
donner son Fils unique engendré de 
son sein, égal à lui et qu'il aime comme 
lui-même, de telle sorte qu'il fût na- 
turellement tout ensemble le Fils 
commun de Dieu le Père et de la 
Vierge; cette Mère, que le Fils lui- 
même a choisie pour être substantiel- 
lement sa Mère, et dont le Saint-Es- 
prit a voulu et effectué que Celui 
dont il procède lui-même fût conçu 
et né. 

Cette innocence originelle de la 
Vierge, intimement unie à son ad- 
mirable sainteté et à sa dignité émi- 
nente de Mère de Dieu, l'Eglise ca- 
tholique, qui, toujours inspirée par 
le Saint-Esprit, est la colonne et le 
fondement de la vérité, n'a jamais 
cessé de l'expliquer, de la dévelop- 
per, delà féconder chaque jour da- 
vantage, par des raisons sans nombre 
et par des faits éclatants, comme une 
doctrine qu'elle a reçue d'en haut et 
qui est contenue dans le dépôt de la 
révélation céleste. Que cette doctrine 
fût en vigueur dès les temps les plus 
anciens, qu'elle fût entrée profondé- 
ment dans le cœur des fidèles, mer- 
veilleusement propagée dans le monde 
catholique par le soin et le zèle des 
Pontifes, c'est ce que l'Eglise elle- 
même mit dans un grand jour lors- 
qu'elle n'hésita pas à proposer la Con- 
ception de la sainte Vierge au culte 
public et à la vénération des fidèles. 
Par ce fait éclatant elle présenta la 
Conception de la sainte Vierge comme 
une conception spéciale, merveil- 
leuse, bien différente de l'origine 
des autres hommes, et tout à fait 
sainte et vénérable, car l'Eglise ne 
célèbre des fêtes cpie pour les saints. 
Aussi a-t-elle coutume de se servir 
des paroles mômes que les divines 



Ecritures emploient pour parler delà 
Sagesse incréée et pour représenter 
son origine éternelle, en les appli- 
quant, dans les offices ecclésiastiques 
et la sacrée liturgie, à l'origine de 
cette môme Vierge, qui avait été dans 
les conseils de Dieu l'objet du même 
décret que l'incarnation de la Sagesse 
divine. 

Toutes ces croyances, toutes ces 
pratiques, reçues presque partout 
parmi les fidèles, prouvent déjà quelle 
sollicitude l'Eglise romaine, mère et 
maîtresse de toutes les Eglises, a 
montrée pour la doctrine de ['Imma- 
culée Conception de la sainte Vierge ; 
toutelois les actes éclatants de cette 
Eglise méritent assurément d'être 
mentionnés en détail, à raison de la 
haute dignité et de la grande autorité 
qui doivent lui être incontestablement 
reconnues, puisqu'elle est le centre 
de la vérité etjde l'unité catholique, 
que -chez elle seule la religion a été 
inviolablement gardée, et que c'est 
d'elle que toutes les autres doivent 
recevoir la tradition de la foi. Or, que 
cette même Eglise romaine n'eût rien 
de plus à cœur que d'employer les 
moyens les plus persuasifs pour éta- 
blir, pour prouver, pour propager, 
pour défendre le culte et la doctrine 
de l'Immaculée Conception. Nous en 
voyons un témoignage évident et ma- 
nifeste dans les actes si nombreux et 
si remarquables des Pontifes romains, 
nos prédécesseurs, auxquels, dans la 
personne du Prince des Apôtres, fut 
confiée, par Notre-Seigneur Jésus- 
Christ lui-même, le soin et le pouvoir 
souverain de paître les agneaux et les 
brebis, de confirmer leurs frères dans 
la foi, et de régir et de gouverner 
l'Eglise universelle. 

En effet nos prédécesseurs se sont 
fait gloire d'instituer dans l'Église ro- 
maine, en vertu de leur autorité aposr 
tolique, la fête de la Conception, et 
d'augmenter le culte déjà établi par 
un office spécial et une messe propre, 
où la prérogative de l'exemption de 
la souillure originelle était affirmée 
de la manière la plus manifeste, de 
le rendre plus éclatant, de le dévelop- 
per, de l'enrichir, soit en accordant 
des indulgences, soit en permettant 
aux villes, aux provinces et aux royau- 



BQ 



CON 



90 



CON 



mes, de choisir pour patronne la Mère 
de Dieu, invoquée sous le titre de sa 
Conception Immaculée, soit en approu- 
vant les confréries, les congrégations. 
les maisons religieuses érigées en 
l'honneur de l'Immaculée Conceptiau, 
soit en louant la piété de ceux qui 
élèveraient des monastères, des hôpi- 
taux, des autels, des temples sous le 
titre de cette même Immaculée Concep- 
tion, ou qui s'eug:igeraient sous la foi 
du serment à défendre énergique- 
ment la Conception Immaculée de la 
bienheureuse Mère de Dieu. De plus 
ils se sont grandement réjouis de dé- 
créter qu'une fête de la Conception se- 
rait établie dans toute l'Eglise, du 
même rite et du même degré que la 
fête de la Nativité ; que la même fête 
de la Conception serait célébrée par 
l'Église universelle avec octave ; puis, 
qu'elle serait mise au rang des fêtes 
de précepte et saintement observée 
partout, et que, chaque année, dans 
no trebasilique patriarcale Libérienne, 
il y aurait chapelle pontificale le jour 
consacré à la Conception de la Vierge. 
Et désirant faire pénétrer de plus en 
plus dans le cœur des fidèles cette 
doctrine de l'Immaculée Conception de 
la Mère de Dieu, et stimuler leur piété 
à honorer et vénérer la Vierge elle- 
même conçue sans la tache originelle, 
ils se sont empressés d'accorder la 
faculté de proclamer, dans les Lita- 
nies de Lorette et à la Préface de la 
messe, la Conceptionhnmaculée de cette 
même Vierge, en sorte que la loi de 
la croyance lut établie parla loi même 
de la prière. Nous attachant donc à 
suivre les traces de nos illustres pré- 
décesseurs, non-seulement nousavons 
approuvé et reçu ce qu'ils ont si pieu- 
sement et si sagement élahli, mais 
encore, nous souvenant de l'institi- 
tion faite par Sixte IV, nous avons re- 
vêtu de notre autorité l'office propre 
de l'Immaculée Conception, et nous en 
avons, avec une très-grande joie, ac- 
cordé l'usage à toute l'Eglise. 

Mais, comme les choses qui appar- 
tiennent au culte sont unies par un 
lien intime avec leur objet, et comme 
elles ne peuvent demeurer fixes et 
stables si cet objet est lui-même in- 
certain et douteux, pour cette raison 
nos prédécesseurs, les Pontifes ro- 



mains, appliqués à développer le cidte 
de la Conception, ont employé tous 
leurs efforts à expliquer et à inculquer 
son objet et sa doctrine. En effet ils 
ont clairement et manifestement en- 
seigné que c'e-t de la Conception de la 
Vierge que l'on célèbre la fête, et ils 
ont proscrit comme fausse et absolu- 
ment contraire à l'esprit de l'Église 
l'opinion de ceux qui soutenaient et 
affirmaient que ce n'était pas la con- 
ception même, mais la sanctification 
de la Vierge que l'Église honorait. 
Ils ont jugé ne pas devoir être moins 
sévères envers ceux qui, pour ébran- 
ler la doctrine de l'Immaculée Concep- 
tion de la Vierge, imaginant un inter- 
valle entre un premier et un second 
instant de la conception, prétendaient 
qu'en effet on célébrait la conception, 
mais non pas dans son premier ins- 
tont et son premier moment. En effet 
nos prédécesseurs ont cru devoir sou- 
tenir et défendre avec tout zèle possi- 
ble et la fête de la Conception de la 
bienheureuse Vierge, et la Conception 
dan= sonpremierinstant, comme étant 
le véritable objet du culte. De là ces 
paroles décisives de notre prédéces- 
ceur Alexandre VII, par lesquelles il 
a fait connaître le véritable sentiment 
de l'Église quand il a dit : « Elle est 
» certainement ancienne la piété des 
» fidèles de Jésus-Christ envers sa 
» bienheureuse Mère la Vierge Marie, 
» qui croient que son âme, dès le pre- 
» mier instant de sa création et de 
» son infusion dans le corps, fut, par 
» un privilège et une grâce spéciale 
» de Dieu, en vue des mérites de Jé- 
» sus-Christ, son Fils, Rédempteur 
» du genre humain, conservée pure 
» de la tache du péché originel, et qui 
» célèbrent en ce sens, d'une manière 
» solennelle, la fête de sa Concep- 
» tion. » 

Nos prédécesseurs eurent surtout 
à cœur d'employer tous leurs soins, 
toute leur attention et tous leurs ef- 
forts pour conserver dans toute son 
intégrité la doctrine do l'Immaculée 
Gtmèsp&éSTl de la Mère de Dieu; car 
non-seulement ils n'ont jamais souf- 
fert que cette doctrine fût censurée 
ou méprisée par qui que ce frit et 
d'aucune manière, mais ils ont été 
bien plus loin en déclarant très-net- 



CON 



91 



CON 



tement et à plusieurs reprises que la 
doctrine que nous professons relati- 
vement à l'Immaculée Conception était 
entièrement d'accord avec le culte 
de l'Église, qu'elle devait être consi- 
dérée avec raison comme telle, et 
comme l'ancienne et presque univer- 
selle doctrine que l'Église romaine 
s'est chargée de maintenir et de dé- 
fendre, et qui est tout à fait digne 
d'être employée dans la sacrée litur- 
gie elle-même et dans les prières so- 
lennelles. Ce n'est pas tout ; pour que 
la doctrine de ['Immaculée Conception 
de la sainte Vierge demeurât intacte 
et inviolable, ils défendirent très-sé- 
vèrement de soutenir, soit en public, 
soit en particulier, l'opinion contraire, 
et, en lui faisant, pour ainsi dire, des 
blessures multipliées, ils voulurent la 
détruire entièrement. Pour que ces 
déclarations réitérées et si claires 
eussent leur plein effet, ils y ajoutè- 
rent une sanction que nous retrou- 
vons, avec tout ce qui précède, dans 
ces paroles de notre glorieux prédé- 
cesseur, Alexandre VII : 

a Considérant que la sainte Église 
» romaine célèbre solennellement la 
» fête de la Conception Immaculée de 
» Marie toujours Vierge, et qu'elle a 
» composé autrefois en son honneur 
» un office propre et spécial, dû à la 
» pieuse et louable institution de no- 
» tre prédécesseur Sixte IV, et vou- 
» lant, à l'exemple de nos prédéces- 
» seurs, les Pontifes romains, favori- 
» ser cette pieuse dévotion, cette fête 
» et ce culte ainsi réglés et auxquels 
« depuis leur institution aucun chan- 
n gement n'a été apporté dans l'Église 
» romaine ; voulant, en outre, proté- 
» ger cette piété et cette manière spé- 
» ciale d'honorer et de glorifier la 
» très-sainte Vierge Marie, préservée 
» du péché originel par la grâce pré- 
» venante du Saint-Esprit, et dési- 
» raut conserver dans le troupeau de 
» Jésus-Christ l'unité de l'esprit dans 
» le lien de la paix, en apaisant les 
» disputes et les querelles et en éloi- 
» gnant les scandales; à l'instance et 
» aux prièresdes évoques susnommés 
» et de leurs chapitres, du roi Phi- 
» lippe et de ses royaumes, instan- 
» ces et prières qui nous ont été pré- 
» sentées, nous renouvelons les cons- 



» titutions et les décrets portés par 
» les Papes nos prédécesseurs, et par- 
» ticulièrement par Sixte IV, Paul V 
» el Grégoire XV, en faveur de la 
» doctrine qui soutient que l'âme de 
» la bienheureuse Vierge Marie, dans 
» sa création et dans son infusion 
» dans le corps de cette Vierge, a reçu 
» la grâce du Saint-Esprit et a été 
» préservée du péché originel, et en 
» faveur de la fête et du culte de la 
» Conception de la Vierge Mère de 
» Dieu, tels qu'ils ont été établis, 
» conformément à cette pieuse doc- 
» trine, comme nous l'avons dit plus 
r, haut, et nous ordonnons que l'on 
» garde lesdites constitutions et dé- 
» crets sous les peines et censures qui 
» y sont spécitiées. * 

« Et en outre, s'il s'en trouve qui 
» continuent d'interpréter les consti- 
» tutions et les décrets ci-dessus de 
» manière qu'ils ne soient pas favo- 
» râbles au sentiment en question, 
» et à la fête ou au culte dont il est 
» le fondement, ou qui oseraient sou- 
» lever des disputes sur ce même sen- 
» timent, cette fête ou ce culte, soit 
» en les combattant d'une manière 
» directe ou indirecte , ou sous un 
» prétexte quelconque, même sous 
» celui d'examiner la définibilité, de 
» commenter ou d'interpréter l'Écri- 
» ture sainte, ou les saints Pères, ou 
» les Docteurs, enfin tous ceux qui, 
» n'importe sous quel autre prétexte 
»' et à quelle autre occasion, par écrit 
» ou de vive voix, oseraient parler, 
» prêcher, exposer, discuter, en pré- 
» cisant ou en affirmant quelque 
» chose de contraire, soit en oppo- 
« santdesarguments quiseraienl, lais- 
» ses sans solution, ou en traitant d'une 
» manière quelconque que nous ne 
» pouvons imaginer en ce moment; 
» pour tous ceux->là, outre les peines 
» et censures contenues dans les Cons- 
» titutions de Sixte IV, auxquelles nous 
» voulons qu'ils soient soumis etnous 
» les soumettons par les présentes, 
» nous voulons encore que, par le 
» même fait et sans autre déclaration, 
» ils soient privés de la faculté de 
» prêcher, de faire des leçons publi- 
» ques ou d'enseigner et d'interpré- 
« ter, ainsi que de toute voix active et 
» passive dans les élections quelcon 



i 



K 

El 



CON 

» ques ; et, en outre, que sans autre 
» déclaration, ils encourent par le fait 
» même les peines d'inhabileté per- 
» pétuelle à prêcher, à faire des le- 
« çons publiques, à enseigner et à 
» interpréter; desquelles peines ils 
» ne pourront être absous ou dispen- 
» ses que parnous-même ou nos suc- 
» cesseurs les Pontifes romains ; et 
» nous voulons aussi qu'ils soient pa- 
» reillement soumis aux autres pei- 
» nés qui doivent être infligées par 
» nous etlesmêmes Pontifes romains, 
« nos successeurs, comme nous les 
» soumettons par les présentes, re- 
« nouvelantles constitutions etlesdé- 
» crets susmentionnés de Paul V et de 
» Grégoire XV. 

« Et quant aux livres dans lesquels 
» le sentiment en question, ainsi que 
» la fête ou le culte qui l'ont pour 
» fondement, est révoqué en doute, 
» ou dans lesquels on aurait écrit ou 
» on lirait quoi que ce fût, ainsi qu'il 
» est dit plus haut, contre lui, ou qui 
» renferment des propositions, des 
» discours, des traités et des discus- 
» sions qui le combattent; s'ils ont 
» été publiés après le décret de Paul 
» V ou s'ils venaient à être publiés à 
l'avenir d'une manière quelconque, 
nous les défendons sous les peines 
et les censures contenues dans l'In- 
dex des livres prohibés, et nous vou- 
lons et ordonnons que, par le fait 
même et sans nouvelle déclaration, 
ils soient considérés comme expres- 
sément défendus. » 
De plus tout le monde sait avec quel 
zèle cette doctrine de la Conception 
Immaculée de la Vierge Mère de Dieu 
a été enseignée, affirmée et défendue 
par les ordres religieux les plus illus- 
tres, par les Académies théologiques 
les plus célèbres et par les docteurs 
les plus versés dans la science des 
choses divines. Tout le monde sait 
également jusqu'à quel point les évê- 
ques ont montré de sollicitude à pro- 
fesser ouvertement et en public, même 
dans les assemblées ecclésiastiques, 
que la très-sainte Vierge Marie, Mère 
de Dieu, en vue des mérites du Ré- 
dempteur Jésus- Christ, Notre-Sei- 
gneur, n'a jamais été soumise au pé- 
ché originel, mais qu'elle en a été en- 
tièrement préservée et ainsi rachetée 



)2 CON 

d'une manière plus spéciale. A ceci 
vient s'ajouter cette considération 
très-grave, et qui l'emporte sur tou- 
teslesautres, queleConcile de Trente 
lui-même, lorsqu'il a rendu sur le 
péché originel son décret dogmatique, 
par lequel, d'après les témoignages 
des Écritures sacrées, des saints Pères 
et des conciles les plus accrédités, il 
établit, et définit que tous les hommes 
naissent infectés delà faute originelle, 
a toutefois déclaré solennement qu'il 
n'était pas dans son intention de com- 
prendre dans son décret et dans la si 
grande étendue de sa définition, la 
bienheureuse Immaculée Vierge Ma- 
rie, Mère de Dieu. En effet par cette 
déclaration les Pères du Concile de 
Trente ont insinué suffisamment, eu 
égard aux circonstances des temps et 
des lieux, que la très-sainte Vierge 
est affranchie de la tache originelle, 
et ils ont ainsi fait comprendre claire- 
ment qu'on ne saurait rien tirer lé- 
gitimement, soit de l'Écriture sainte, 
soit de la tradition et de l'autorité des 
saints Pères, qui s'oppose, en quelque 
façon que ce soit, à cette éminente 
prérogrative de la Vierge. 

Et, en réalité, que cette doctrine de 
l'Immaculée Conception de la très- 
sainte Vierge, développée chaque jour 
avec plus de puissance et d'éclat par 
le sentiment le plus profond de l'É- 
glise, par l'enseignement, par l'étude, 
par la science et par la sagesse, décla- 
rée, confirmée et merveilleusement 
propagée chez tousles peuples et toutes 
les nations de l'univers catholique, ait 
toujours subsisté clans cette même 
Eglise comme reçue des ancêtres et 
revêtue du caractère d doctrine ré- 
vélée, c'est ce qu'attestent avec la plus 
grande force les plus illustres monu- 
ments de l'antiquité de l'Église orien- 
tale et occidentale. En effet, l'Église 
de Jésus-Christ, vigilante gardienne 
et vengeresse des dogmes déposés dans 
son sein, n'y change jamais rien, n'en 
diminue rien, n'y ajoute rien ; mais, 
traitant les anciens dogmes avec at- 
tention, fidélité et sagesse, elle s'ap- 
plique à limer et à polir ce qui a été 
indiqué anciennement et ce que la foi 
des Pères a semé, de manière que les 
anciens dogmes acquièrent de l'évi- 
dence, de la clarté, de la précision, 



CON 



93 



mais qu'en même temps ils retiennent 
leur plénitude, leur intégrité, leur 
propriété, et qu'ilscroissentsculement 
dans leur genre, c'est-à-dire dans le 
même dogme, dans le mèrne sens, 
] dans le même sentiment. 

En effet les Pérès et les écrivains 
ecclésiastiques, instruits par les ensei- 
gnements célestes, n'ontrien eu déplus 
cher, dans les livres élaborés par eux 
pour expliquer les Écritures, pourven- 
ger les dogmes et pour instruire les fi- 
dèles, que de proclamer à l'envi et 
de prêcher de la manière la plus va- 
riée et la plus admirablela souveraine 
sainteté de la Vierge, sa dignité, son 
entière exemption de toute souillure 
du péché, et sa victoire éclatante sur 
le détestable ennemi du genre humain . 
C'est pourquoi, lorsqu'ils rapportent 
les paroles par lesquelles Dieu, an- 
nonçant, dès le commencement du 
monde, les remèdes préparés dans sa 
miséricorde pour régénérer les mor- 
tels, confondit l'audace du serpent sé- 
ducteur, et releva ainsi merveilleuse- 
ment l'espérance de notre race, en di- 
sant : « J'établirai des inimitiés entre 
» toi et la femme, entre ta race et la 
» sienne, » ces Pères enseignent que 
ce divin oracle a désigné ouvertement 
et clairement le miséricordieux Ré- 
dempteur du genre humain, savoir le 
Fils unique de Dieu, Notre-Seigneur 
Jésus-Christ, et qu'il a' désigné égale- 
ment sa bienheureuse Mère, la Vierge 
Marie, et qu'il a indiqué en même 
temps les inimitiés elles-mêmes de l'un 
et de l'autre contre le démon. C'est 
pourquoi, de même que le Christ, 
médiateur entre Dieu et les hommes, 
en prenant la nature humaine, a ef- 
faeél'arrèt de condamnation porté con- 
tre nous, en l'attachant en vainqueur 
à la croix, ainsi la très-sainte Vierge, 
unie à lui par le lien le plus étroit et 
le plus indissoluble, perpétuant avec 
lui et par lui ses inimitiés éternelles 
contre l'antique serpent, a, dans son 
complet triomphe, écrasé de son pied 
immaculé la tête de ce dragon veni- 
meux. 

C'est cette magnifique, cette singu- 
lière victoire de la Vierge, c'est son 
éminente innocence, sa pureté, sa 
sainteté très-excellente, c'est son ex- 
emption de toute tâche du péché, 



CON 

c'est l'abondance et la grandeur inef- 
fable de grâces, de vortus et de pri- 
vilèges qu'elle possède, que les mê- 
mes Pères ont vues, tantôt dans cette 
arche de Noé qui, par le dessein de 
Dieu, est sortie saine et sauve du 
commun naufrage de l'univers entier ; 
tantôt dans cette échelle que Jacob 
vit s'étendre de la terre au ciel, dont 
les anges de Dieu montaient et des- 
cendaient les degrés, et dont le Sei- 
gneur lui-même occupait le sommet; 
tantôt dans ce buisson que Moïse vit 
tout brûlant dans le lieu saint, et 
qui, au milieu des flammes pétillan- 
tes, ne se consumait pas et ne souf- 
frait ni dommage ni diminution, mais 
verdoyait et fleurissait admirable- 
ment; tantôt dans cette tour inexpu- 
gnable placée en face de l'ennemi, 
de laquelle pendent mille boucliers 
et toutes les armures des forts ; tantôt 
dans ce jardin fermé dont l'accès ne 
peut être violé et que nulle fraude 
et nulle embûche ne peuvent forcer; 
tantôt dans cette splendide cité de 
Dieu dont les fondements sont sur les 
montagnes saintes; tantôt dans ce 
très-auguste temple de Dieu qui, bril- 
lant des splendeurs divines, est plein 
de la gloire du Seigneur ; tantôt dans 
les nombreuses ligures du même 
genre par lesquelles la haute dignité 
de la Mère de Dieu, son innocence 
immaculée et sa sainteté exempte de 
toute tacho ont été, selon la tradition 
des Pères, annoncées d'une manière 
éclatante. 

Pour décrire cette réunion, ou, 
pour ainsi dire, cette totalité des dons 
divins et cette intégrité originelle de 
la Vierge de qui Jésus est né, les mê- 
mes Pères, employant les paroles des 
Prophètes, n'ont pas autrement célé- 
bré cette auguste Vierge que comme 
la pure colombe, la sainte Jérusalem, 
le trône élevé de Dieu, la maison et 
l'arche de sanctification que l'éter- 
nelle Sagesse s'est construite ; que 
comme cette reine qui, environnée de 
délices et appuyée sur son bien-aimé, 
est sortie toute parfaite de la bouche 
du Très-Haut, toute belle ettoute chère 
à Dieu et jamais souillée de la moin- 
dre tache. Or, ces mémos Pères et les 
écrivains ecclésiastiques, réfléchissant 
dans leur esprit et dans leur cœur que 







CON 



94 



! 
fi 



la bienheureuse Vierge, en recevant 
de Tange Gabriel l'annonce de la su- 
blime dignité de Mère de Dieu, a été, 
par l'ordre et au nom de Dieu lui- 
même, appelée pleine de grâces, ont 
enseigné que cette singulière et so- 
lennelle salutation, jusque-là inouïe, 
signifiait que la Mère de Dieu était le 
siège de toutes les grâces divines, 
qu'elle était ornée de tous les dons 
du divin Esprit, bien plus, qu'elle était 
comme un trésor inépuisable etcomme 
un abîme infini de ces mêmes grâces, 
tellement que, soustraite à la malé- 
diction et participant avec son Fils à 
la bénédiction perpétuelle, elle a mé- 
rité d'entendre Elisabeth, inspirée par 
l'Esprit-Saint, lui adresser cesparoles : 
Vous êtes bénie entre toutes les femmes 
et béni est le fruit de dos entrailles. 

De là est venu ce sentiment^ non 
moins clair qu'unanime, des mêmes 
Pères, que cette Vierge très-glorieuse, 
pour laquelle Celui qui est puissant 
a fait de grandes cboses, a brillé d'une 
abondance de dons célestes, d'une 
plénitude de giâees et d'une inno- 
cence telle qu'elle a été comme un 
miracle ineffable de Dieu, ou plutôt 
comme l'apogée de tous les miracles, 
qu'elle a été la digne Mère de Dieu, 
et que, rapprochée de Dieu le plus 
près et autant que le comporte une 
nature créée, elle s'est élevée au-des- 
sus de tous les éloges tant des hom- 
mes que des anges. C'est pourquoi, 
pour défendre l'innocence et lajustice 
originelle de la Mère de Dieu, non- 
seulement ils l'ont comparée très-sou- 
vent à Eve encore vierge, encore in- 
nocente, encore pure et non encore 
trompée par les embûches mortelles 
du frauduleux serpent, mais ils l'ont 
aussi mise au-dessus d'elle, avec une 
admirable variété de paroles et de 
sentiments. En effet Eve, ayant misé- 
rablement écouté le serpent, perdit 
son innocence et devint son esclave, 
tandis que la très-sainte Vierge, aug- 
mentant sans cesse le don originel, 
loin d'ouvrir jamais ses oreilles au 
serpent, a ébranlé jusqu'aux fonde- 
ments sa force et son empire par 
la puissance qu'elle avait reçue de 
Dieu. , , 

Aussi n'ont-ils cessé d'appeler la 
Mère de Dieu, soit un lis parmi les 



CON 

épines, soit une terre intacte, vierge 
sans tache, sans souillure, toujours 
bénie et affranchie de toute contagion 
du péché, terre dont a été formé le 
nouvel Adam ; ou bien un paradis ir- 
réprochable, rempli de lumière et de 
tous les agréments de l'innocence et 
de l'immortalité, paradis de délices 
établi par Dieu lui-même, à l'abri de 
toutes les embûches du serpent veni- 
meux; ou bien un bois incorruptible 
que le ver du péché n'a pu altérer ; 
ou une fontaine toujours limpide et 
scellée par la vertu de l'Esprit-Saint; 
ou un temple divin, un trésor d'im- 
mortalité; ou l'unique et seule fille, 
non de la mort, mais de la vie; un 
rejeton, non de la colère, mais de la 
grâce, lequel, par une providence 
spéciale de Dieu, est sorti d'une racine 
corrompue et infeclée sans jamais 
perdre sa verdure, et en dehors des 
lois établies et communes. Mais, 
comme si ces images, bien que de la 
plus grande magnificence, ne disaient 
point encore assez, ils ont prononcé, 
par des propositions expresses et sans 
équivoque, que, lorsqu'il s'agit de 
péché, il ne pouvait être question de 
la sainte Vierge Marie, à qui une 
grâce plus grande a été donnée pour 
triompher complètement du péché; 
ils ont ensuite déclaré que la très- 
glorieuse Vierge avait été la répara- 
trice de la faute des premiers parents, 
une source de vie pour leurs descen- 
dants, choisie de toute éternité et 
préparée par le Très-Haut; que Dieu 
Fâvait prédite lorsqu'il dit au serpent : 
« Je mettrai des inimitiés entre toi et 
la femme, » et que, sans nul doute, 
elle écrasa la tète venimeuse du même 
serpent. C'est pourquoi ils ont affirmé 
que la même bienheureuse Vierge 
avait été, par une grâce spéciale, 
exempte de toute tache de péché, à 
l'abri de toute souillure du corps, de 
l'âme et de l'esprit, et que, toujours 
vivant avec Dieu, unie à lui par une 
éternelle alliance, jamais elle ne s'est 
trouvée dans les ténèbres, mais cons- 
tamment dans la lumière, et qu'en 
conséquence elle a été, pour le Christ, 
un tabernacle digne de lui, non pas à 
cause de la condition de son corps, 
mais en raison de la grâce origi- 
nelle. 



CON î 

Joignons-y les expressions si belles 
dont ils se sont servis en parlant de 
la Conception de la sainte Vierge, 
lorsqu'ils ont dit que la nature s'était 
arrêtée toute tremblante devant la 
grâce et n'avait pas osé poursuivre 
sa marche; car il devait arriver que 
la Vierge Mère de Dieu ne lut pas 
conçue par Anne avant que la grâce 
eût produit son fruit; en effet elle 
devait être la première-née par la 
conception celle qui devait concevoir 
le premier-né d'entre toutes les créa- 
tures. Ils ont attesté que la chair de 
Marie, provenant d'Adam, n'a pas 
contracté les taches d'Adam, et que 
c'est pour cela que la bienheureuse 
Vierge Marie est le tabernacle créé 
par Dieu lui-même, formé par le 
Saint-Esprit, tabernacle de pourpre, 
que ce nouveau Béséléel a orné et 
enrichi d'or, et que cette même Vierge 
est et doit être considérée comme celle 
qui fut le premier ouvrage propre de 
Dieu, qui échappa aux traits enflam- 
més de l'esprit malin, et que, toute 
belle par sa nalure, absolument ex- 
empte de souillure, elle brilla aux 
regards du monde dans sa Conception 
Immaculée comme une aurore d'une 
étincelante pureté. Car il ne conve- 
nait pas que ce vase d'élection fût 
. soumis à la corruption commune, 
parce que, bien différente des autres 
créatures, Marie n'eut de commun 
avec Adam que la nature et non la 
faute. Bien plus, il convenait que 
le Fils unique, qui a au ciel un Père 
que les Séraphins proclament trois 
fois saint, eût sur la terre une mère 
qui n'eût jamais été privée de l'éclat 
de la sainteté. Et cette doctrine fut si 
fort à cœur aux anciens que, par une 
merveilleuse et singulière forme de 
langage, qui eut chez eux comme 
force de loi, ils appelèrent souvent la 
Mère de Dieu immaculée et absolu- 
ment immaculée, innocente et très- 
innocente, exempte de tache et de 
toute lâche, sainte et sans la moindre 
souillure du péché, toute pure, com- 
plètement intacte, le type et le mo- 
dèle même de la pureté et de l'inno- 
cence, plus belle que la beauté, plus 
gracieuse que la grâce, plus sainte 
que la sainteté, seule sainte, très-pure 
d'âme et de corps, surpassant de 



3 CON 

beaucoup toute intégrité et toute vir- 
ginité, seule devenue tout entière le 
domicile de toutes les grâces du Saint- 
Esprit, et qui, à l'exception de Dieu 
seul, est supérieure à toute créature, 
l'emporte en beauté, en grâces et en 
sainteté, sur les Chérubins et lesSé- 
raphins eux-mêmes et sur toute l'ar- 
mée des anges, celle enfin dont toutes 
les voix du ciel et de la terre ne sau- 
raient proclamer dignement les louan- 
ges. Personne n'ignore que ce lan- 
gage a passé comme de lui-même 
dans les monuments de la sainte litur- 
gie et dans les offices de l'Église, qu'il 
s'y rencontre très-fréquemment, et 
qu'il y figure avec éclat, puisque la 
Mère de Dieu y est appelée et invo- 
quée comme une colombe toute belle 
et sans tache, comme une rose tou- 
jours fleurie, absolument pure, tou- 
jours immaculée et toujours sainte, 
et qu'elle y est célébrée comme l'in- 
nocence qui n'a jamais été blessée, 
comme une autre Eve qui a donné le 
jour à l'Emmanuel. 

il n'est donc pas étonnant que les 
pasteurs de l'Eglise et les peuples fi- 
dèles se soient fait une gloire de pro- 
fesser de plus en plus cette doctrine 
sur la Conçpp2Km Immaculée delà Vierge 
Mère de Dieu, consignée au jugement 
des Pères dans les saintes Ecritures, 
confirmée par l'autorité si imposante 
de leurs témoignages, contenue et 
louée dans un si grand nombre d'il- 
lustresmonuments de la vénérable an- 
tiquité, proposée et confirmée parle 
jugement si considérable et si impo- 
sant de l'Eglise, et qu'ils n'aient eu 
rien de plus doux, rien de plus cher 
que de montrer une grande ardeur 
pour honorer, vénérer, invoquer la 
Vierge Marie, Mère de Dieu, conçue 
sans la tache d'origine, et pour la 
proclamer partout comme telle. C'est 
pourquoi depuis des siècles les Evo- 
ques, les membres du clergé, les or- 
dres réguliers, les empereurs eux- 
mêmes et les rois ont pressé avec 
instance le Siège apostolique de dé- 
finir comme dogme de loi catholi- 
que la Conception Immaculée de la 
très-sainte Mère de Dieu. Ces deman- 
des ont été souvent renouvelées, de 
notre temps aussi, surtout auprès de 
Grégoire XVI, notre prédécesseur 






CON 



96 



CON 



d'heureuse mémoire ; elles nous ont 
été présentées à nous-même par les 
Evêques, le clergé séculier, les ordres 
religieux, de grands princes et les 
peuples fidèles. 

C'est pourquoi, nous qui avec une 
joie extraordinaire de notre âme con- 
naissions tous ces témoignages, et 
qui les méditions avec soin, nous 
fûmes à peine, par un dessein caché 
de la divine Providence, bien qu'in- 
digne, élevé sur le Siège insigne de 
Pierre, nous eûmes à peine pris en 
mains les rênes de toute l'Eglise, 
qu'obéissant à la vénération, à la piété, 
à l'amour que nous avons toujours 
eus pour la Vierge Marie, Mère de 
Dieu, nous n'avons rien eu plus à 
cœur que tout ce qui pouvait aug- 
menter l'honneur de la très-heureuse 
Vierge Marie et faire briller ses pré- 
rogatives d'un plus vif éclat. Mais, 
voulant apporter en cela une pleine 
maturité, nous avons établi une con- 
grégation spéciale de nos vénérables 
frères cardinaux de la sainte Eglise 
romaine, illustres par leur piété, leur 
sagesse et leur science dans les choses 
sacrées, et nous avons en même temps 
choisi, tant dans le clergé séculier 
que régulier, les hommes les plus 
versés dans la science de la théologie, 
afin qu'ils approfondissent avec grand 
soin tout ce qui regarde l'Immaculée 
Conception de la Vierge Marie et qu'ils 
nous rissent part de leurs sentiments. 
Bien que déjà les demandes que nous 
avions reçues pour hâter la définition 
de l'Immaculée Conception de la Vierge 
Marie nous eussent fait connaître le 
sentiment de la plupart des évoques, 
cependant, le 2 février 1849, des let- 
tres datées de Gaëte furent envoyés 
par nous à nos vénérables frères les 
Evêques de tout l'univers catholique, 
afin qu'après des prières adressées à 
Dieu ils nous fissent savoir par écrit 
quelle était la piété et la dévotion de 
leurs ouailles envers la Conception Im- 
maculée deMarie, et surtout cequ'eux- 
mèmes ils pensaient et désiraient 
touchant la définition projetée, afin 
que nous pussions proférer notre ju- 
gement suprême avec toute la solen- 
nité possible. 

Nous éprouvâmes une bien grande 
consolation en recevant les réponses 



de nos vénérables frères ; car ce fut 
avec un bonheur, une joie, un em- 
pressement inexprimable qu'en nous 
répondant ils confirmèrent non-seule- 
ment de nouveau leur propre piété 
et celle de leur troupeau pour la Con- 
ception Immaculée de la bienheureuse 
Vierge Marie, mais ils nous demandè- 
rent encore comme de commun ac- 
cord de définir par notre autorité et 
un jugement suprême Y Immaculée 
Conception de cette bienheureuse 
Vierge. Notre joie ne fut pas moins 
grande lorsque nos vénérables frères 
les cardinaux de la sainte Eglise ro- 
maine faisant partie de ladite con- 
grégation, et les théologiens consul- 
teurs choisis par nous, après un mûr 
examen, nous demandèrent avec le 
même zèle et le même empressement 
celte définition de l'Immaculée Con- 
ception de la Mère de Dieu. 

Ensuite, marchant sur les traces 
de nos illustres prédécesseurs, et dé- 
sirant agir selon les règles et les for- 
mes voulues, nous avons convoqué et 
tenu un consistoire, dans lequel nous 
avons parlé à nos vénérables frères 
les cardinaux de la sainte Eglise ro- 
maine, et nous les avons entendus 
avec une grande consolation nous 
exprimer le vœu de nous voir émettre 
une définition dogmatique touchant 
la Conception Immaculée de la Mère 
de Dieu. 

C'est pourquoi, nous confiant dans 
le Seigneur et croyant que le moment 
opportun est venu pour détinir l'Im- 
maculée Conception de la Vierge Marie, 
Mère de Dieu, qui est rendue admi- 
rablement claire et manifeste par la 
parole divine, par une vénérable tra- 
dition, par le sentiment constant de 
l'Eglise, par l'accord unanime des 
Evêques et des fidèles du monde ca- 
tholique, ainsi que par les actes insi- 
gnes et les constitutions de nos pré- 
décesseurs ; après avoir soigneusement 
examiné toutes choses, et après avoir 
répandu devant Dieu des prières fer- 
ventes et assidues, nous avons jugé 
que nous ne devons plus hésiter à 
sanctionner et à définir par notre 
suprême jugement l'Immaculée Con- 
ception de la Vierge, pour satisfaire 
ainsi la pieuse impatience du monde 
catholique et notre propre piété en- 



CON 



97 



vers la très-sainte Vierge, et en 
même temps pour honorer en elle de 
plus en plus son Fils unique, Noire- 
Seigneur Jésus-Christ, puisque c'est 
au Fils que retournent l'honneur et 
la gloire qu'on rend à la Mère. 

Ainsi, après n'avoir pas cessé d'of- 
frir dans l'humilité et le jeune nos 
prières particulières et les prières 
publiques de l'Eglise à Dieu le Père, 
par l'intermédiaire de son Fils, pour 
qu'il daignât diriger et confirmer 
notre esprit par la vertu de l'Esprit- 
Saint, après avoir imploré la protec- 
tion de toute la cour céleste, invoqué 
avec gémissement l'assistance de l'Es- 
prit consolateur, et persuadé qu'il nous 
inspirait dans ce sens, pour l'honneur 
de la sainte et indivisible Trinité, 
pour la gloire et l'ornement de la 
Vierge Mère de Dieu, pour l'exaltation 
de la foi catholique et l'accroissement 
de la religion chrétienne, par l'auto- 
rité de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 
des saints Apôtres Pierre et Paul et 
la Nôtre, nous déclarons, prononçons 
et définissons que la doctrine qui en- 
seigne que la bienheureuse Vierge 
Marie fut, dans le premier moment 
de sa Conception, par une grâce et un 
privilège singulier de Dieu tout-puis- 
sant, et en vue des mérites de Jésus- 
Christ, Sauveur du genre humain, 
préservée et exempte de toute tache 
du péché originel, est révélée de 
Dieu, et qu'en conséquence elle doit 
être crue fermement et constamment 
par tous les fidèles. C'est pourquoi, 
si quelques-uns , ce qu'à Dieu ne 
plaise, avaient la présomption de 
penser dans leur cœur autrement que 
nous avons défini, que ceux-là ap- 
prennent et sachent bien qu'ils sont 
condamnés par leur propre jugement, 
qu'ils ont fait naufrage dans Ta foi et 
qu'ils n'appartiennent plus à l'unité 
de l'Église, et, de plus, qu'ils attirent 
.par le fait sur eux les peines portées 
par le droit, s'ils osent manifester 
Jeur sentiment intérieur par parole, 
écrit ou quelque autre signe extérieur 
que ce soit. 

Notre bouche est remplie de joie 
et notre langue d'allégresse ; nous 
rendons et nous rendrons toujours de 
très-humbles et de très-grandes ac- 
tions de grâces à Jésus-Clirist, Notre- 
III. 



CON 

Seigneur, de ce que, par un bienfait 
insigne, sans mérite de notre part, il 
nous a accordé d'offrir et de décerner 
cet honneur, cette gloire et cette 
louange à sa très-sainte Mère. Nous 
avons la plus ferme espérance, la 
confiance la plus entière, que la bien- 
heureuse Vierge, elle qui, toute belle 
et immaculée, a écrasé la tète veni- 
meuse du cruel serpent et apporté le 
salut au monde ; elle qui est la 
louange des prophètes et des apôtres, 
l'honneur des martyrs, la joie et la 
couronne de tous les saints, le refuge 
le plus assuré et le secours le plus 
fidèle de tous ceux qui sont dans le 
danger, la médiatrice et l'avocate la 
plus puissante de l'univers entier 
auprès de son Fils unique ; elle qui, 
honneur et ornement le plus éclatant 
et rempart le plus solide de l'Église, 
a toujours anéanti toutes les hérésies, 
a arraché les nations aux calamités 
les plus grandes et les plus diverses, 
et nous a délivré Nous-Même de tant 
de périls menaçants, voudra bien 
procurer, par son très-puissant pa- 
tronage, que, toutes les difficultés 
étant aplanies , toutes les erreurs 
vaincues, notre sainte Mère l'Eglise 
catholique prospère et fleurisse de 
plus en plus chaque jour chez tous 
les peuples et dans tous les lieux; 
qu'elle règne d'un océan à l'autre 
jusqu'aux dernières limites du monde, 
et jouisse d'une paix entière, d'une 
tranquillité et d'une liberté parfaites ; 
que les coupables obtiennent pardon, 
les malades guérisoii, les faibles cou- 
rage, les affligés consolation , ceux 
qui sont en danger secours, et que 
tous ceux qui sont dans l'erreur, 
après avoir dissipé les ténèbres de 
leur esprit, reprennent le sentier de 
la vérité et de la justice, et qu'il n'y ait 
plus qu'un troupeau et qu'un pasteur. 
Que les paroles que nous pronon- 
çons soient entendues de tous nos 
très-chers lils de l'Église catholique, 
et qu avec un zèle de piété, de religion 
et d'amour toujours plus ardent, ils 
continuent à honorer, à invoquer, à 
supplier la bienheureuse Vierge Ma- 
rie, Mère de Dieu, conçue sans la 
tache originelle, et que, dans tous 
leurs périls, angoisses et nécessités, 
dans toutes leurs incertitudes et leurs 



CON 



craintes, ils aient recours avec une 
entière confiance à cette très-douce 
Mère de miséricorde et de grâce. Car 
il n'y a rien à craindre, il n'y a pas à 
désespérer sous la conduite, sous les 
auspices, sous la protection, sous le 
patronage de celle qui, ayant pour 
nous un cœur de mère et prenant en 
main l'affaire de notre salut, étend 
sa sollicitude sur tout le genre hu- 
main, et qui, établie par le Seigneur 
Reine du ciel et de la terre, et élevée 
au-dessus de tous les chœurs des An- 
ges , de tous les rangs des .saints , 
assise à la droite de Notre - Sei- 
gneur Jésus-Christ, obtient infaillible- 
ment ce qu'elle demande par ses 
prières maternelles, trouve ce qu'elle 
cherche, et dont l'attente ne peut être 
frustrée. 

Enfin, pour porter notre défini- 
tion de VImmaculée Conception de la 
bienheureuse Vierge Marie à la con- 
naissance de l'Eglise universelle, nous 
avons voulu donner ces Lettres apos- 
toliques pour eu perpétuer la mé- 
moire. Nous ordonnons donc que les 
copies manuscrites ou même les 
exemplaires imprimés qui en seront 
faits, et qui seront revêtus de la si- 
gnature de quelque notaire public et 
munis du sceau de quelque personne 
constituée en dignité ecclésiastique, 
fassent foi pour tous, comme si les 
présentes Lettres elles-mêmes leur 
étaient exhibées ou produites. 

Que personne n'ait la présomption 
de porter atteinte à ce texte de notre 
déclaration, décision et définition; 
que personne n'ait la témérité de s'y 
opposer et de le contredire. Si quel- 
qu'un se rendait coupable d'un tel 
attentat, qu'il sache qu'il encourra le 
courroux du Dieu tout-puissant et 
des bienheureux apôtres Pierre et 
Paul. 

Donné à Rome, près Saint-Pierre, 
l'an de l'Incarnation du Seigneur 
MDCCCLIV, le 6 des ides de décem- 
bre, de notre pontificat le neuvième. 
Pie IX, pape. 

Nous avons donné nous-même, 
dans nos Harmanies de la raison et de 
la foi ( art. Immaculée Conception ), 
une dissertation très- impartiale sur 
ce dogme nouvellement défini; nous 



98 CON 

conseillons de la lire; on y verra que 
le vrai sens catholique de cette défini- 
tion consiste seulement en ce que la 
sainte Vierge est déclarée avoir été 
sauvée par le rédempteur par pré- 
servation dès le premier instant de 
son existence, au lieu de l'avoir été, 
comme les autres hommes, par guéri- 
S07i après un temps d'existence plus ou 
moins long. Voici dans son texte et 
dans une traduction littérale lepassage 
important de la bulle ineffabilis qui 
résume cette doctrine : 

Auctoritate Domininostri JesuChristi, 
beatorum apostolorum Pctri et Pauli ac 
Nostra, declaramus, pronuntiamus et 
definimus doctrinam qux tenet beatis- 
simam Virginem Marium in primo ins- 
tanti suse conceptionis fuisse , singulari 
omnipotentis Dei gratta et privilegio, 
intuâu meritornm Christi Jesu, sal- 
vatoris humani generis, ab omni ori- 
ginalis culpse lobe prxservatam, im- 
munem, esse a Deo rewlatam, atque id- 
circo ab omnibus fiddibus firmiter cons- 
tanterque credendam. 

« Par l'autorité de Notre Seigneur 
Jésus-Christ, des saints apôtresPierre 
et Paul et la Nôtre, nous déclarons, 
prononçons et définissons que la doc- 
trine qui enseigne que la bienheureuse 
Vierge Marie fut, dans le premier 
moment de sa conception, par une 
grâce et un privilège singulier de 
Dieu tout - puissant, en vue des 
mérites de Jésus-Christ, Sauveur du 
genre humain, préservée et exempte 
de toute tache du péché originel est 
révélée de Dieu, et qu'en conséquence 
elle doit être crue fermemement et 
constamment par tous les fidèles. » 

« Qu'une épidémie, disions-nous 
dans l'article cité plus haut, règne 
dans un lieu, et s'attaque à tous les 
habitants ; qu'un médecin habile 
trouve un remède pour ceux qui la 
contractent, et un préservatif pour 
d'autres qui doivent la contracter; 
Pierre contracte la maladie et est 
guéri par le premier remède ; Paul 
devait fa contracter, mais il en est 
préservé par le second remède ; ne 
sont-ils pas tous deux sauvés par le 
médecin? Voilà tout le mystère. » 
Le Noir. 

CONCILE, assemblée des pasteur^ 



té 



CON i 

de l'Eglise pour décider les ques- 
tions qui appartiennent à la foi, aux 
mœurs ou à la discipline. On appelle 
concile général ou œcuménique, celui 
qui est censé composé des évèques 
de toute l'Eglise ; concile national, 
celui qui est formé par les évèques 
d'une seule nation ; concile provin- 
cial, celui qui se tient par un métro- 
politain avec les évèques do sa pro- 
vince. 

Sur cet important objet, nous avons 
à examiner, l°en quoi consiste l'auto- 
rité des conciles généraux en matière 
de dogme. 2° Si celte autorité est la 
même en fait de disciplime. 3° Ce 
qu'il faut pour qu'un concile soit censé 
général, et combien il y a eu du con- 
ciles généraux. 4° Qui a droit de les 
convoquer, d'yassisteravec voix déli- 
bérative, d'y présider et de les con- 
firmer. S Nous répondrons aux objec- 
tions des hérétiques contre l'autorité 
des conciles. 

I. De l'autorité des conciles ùCnC- 
raux en matière de foi. il est certain 
qu'un concile auquel ont été invités 
tous les pasteurs de l'Eglise univer- 
selle, qui estprésidépar le souverain 
pontife ou par ses légats, confirmé 
par son autorité, est la voix de l'Eglise 
catholique, à laquelle tous les fidèles, 
sans exception, sont obligés de se sou- 
mettre. L'Eglise ne peut professer 
sa croyance d'une manière plus au- 
thentique et plus éclatante que par 
la voix de ses pasteurs assemblés et 
réunis à leur chef. Quiconque refuse 
de se conformer à cet enseignement 
est hérétique, cesse d'être membre 
de l'Eglise de Jésus-Christ. 

En effet, Jésus-Christ a dit à ses 
apôtres : « Je prierai mon Père, et 
» il vous donnera un autre Paraclet 
» ( avocat, consolateur et défenseur), 
» afin qu'il demeure avec vous pour 
» toujours. » Joan., c. 14, f 10. 
« Cet Esprit saint, Paraclet, que mon 
» Père enverra en mon nom, vous 
» enseignera tout ce que je vous ai 
» dit. » f 26. « Lorsque cet Esprit 
» de vérité sera venu, il vous ensei- 
» gnera toute vérité. » C. 16. ? 13. 
Saint Paul nous avertit que Dieu a 
donné à son Eglise des pasteurs et 
des docteurs, atin que nous ne soyons 
pas comme des enfants, flottants et 



9 CON 

emportés à tout vent de doctrine, par 
la malice des hommes et par les 
ruses de l'erreur qui nous environne. 
Ephes., c. 4, y 11. « Celui qui con- 
» nait Dieu, dit saint Jean, nous 
» écoute ; celui qui n'est pas de Dieu, 
» ne nous écoute point ; c'est par là 
» que nous connaissons l'esprit de 
» vérité et l'esprit d'erreur. » Joan. 
c. 4, f 6. 

S'il y avait du doute touchant lo 
véritable sens de ces passages, il serait 
levé par la conduite des apôtres. 
Lorsqu'il fallut décider si les Gentils, 
convertis au Christianisme, étaient 
ou n'étaient pas obligés à observer 
les cérémonies de la loi mosaïque, 
les apôtres et les prêtres, qui se trou- 
vaient à Jérusalem, s'assemblèrent ; 
après que chacun d'eux eut donné 
son avis, ils décidèrent la question, 
et dirent : « Il a semblé bon au Saint- 
Esprit et à nous de ne point vous 
imposer d'autre chose que ce qui 
est nécessaire, savoir, de vous abs- 
tenir des viandes immolées aux 
idoles, du sang, des chairs suffo- 
quées et de la fornication ; vous 
)i ferez bien de vous en garder. » 
Act., c. 15, f 29. Ils ont voulu que 
les lidèles regardassent ce décret 
comme un oracle du Saint-Esprit. 

Pour esquiver les conséquences, les 
hétérodoxes ont objecté: 1" que cette 
assemblée de quelques apôtres n'était 
point un concile général, mais le 
synode d'une Eglise particulière. 2° 
Qu'en effet le Saint-Esprit, en des- 
cendant sur Corneille et sur toute sa 
maison, avait décidé d'avance que 
les Gentils étaient justifiés par la foi, 
sans être assujettis aux cérémonies 
mosaïques ; saint Pierre en avait été 
témoin ; c'est évidemment ce qu'il 
entendait, lorsqu'il dit : il a semblé 
bon au Saint-Esprit et à nous. 

Fausses réflexions. L'assemblée n'é 
tait pas seulement composée des pas- 
teurs de l'Eglise de Jérusalem, puis- 
que non-seulement saint Pierre et 
saint Jacques le Mineur mais saint 
Paul et saint Barnabe s'y trouvaient 
et y donnèrent leur suffrage, et il est 
très-probable que le Juda dont il y 
est parlé est l'apôtre saint Jude. Il 
s'agissait d'une question qui était 
tout à la fois de dogme et de prati- 








1 


1 







"■: 



CON 

que, et de faire une loi générale pour 
toute l'Eglise : ce n'était donc pas 
l'affaire d'un synode particulier. En 
second lieu, le Saint-Esprit, en descen- 
dant sur Corneille, n'avait pas décidé 
que les Gentils seraient obligés de 
s'abstenir des viandes immolées, du 
sang et des chairs suffoquées ; c'est 
cependant ce que le concile ordonne. 
En troisième lieu, il aurait été fort 
indécent de joindre le jugement de 
l'assemblée à celui du Saint-Esprit, 
si elle n'avait pas été persuadée que 
le Saint-Esprit lui-même y présidait. 
Mais comme les protestants soutien- 
nent que claque fidèle doit régler 
lui-même sa loi sur l'Ecriture sainte, 
ils ne peuvent digérer la décision du 
concile de Jérusalem. 

Est-il vrai que les conciles généraux 
ont créé de nouveaux dogmes ou de 
nouveaux articles de foi, comme le 
prétendent les ennemis de l'Eglise? 
Ce reproche n'aurait pas lieu, si l'on 
concevait en quoi consiste le juge- 
ment que portent les évêques assem- 
blés en concile. Ce sont autant de 
témoins qui ont caractère et mission 
pour attester quelle est la croyance 
de l'Eglise particulière à laquelle 
chacun d'eux préside. Lorsque trois 
cent dix-huit évêques, assemblés à 
Nicée, l'an 325, décidèrent que le 
Verbe divin est consubstantiel à son 
Père, qu'ainsi Jésus-Christ est un seul 
Dieu avec le Père, que firent-ils? ils 
attestèrent que telle était et avait tou- 
jours été la croyance de leurs Egli- 
ses. Ces témoignages réunis et com- 
parés démontrèrent que telle était 
la foi de l'Eglise universelle. Holden, 
de résolut, fidei, lib. 1, c. 9. Pour dé- 
finir ce qu'il fallait croire, les Pères 
se bornèrent à dire : nous croyons. 

11 n'est donc pas vrai qu'ils aient 
créé un nouveau dogme ; ils attestè- 
rent au contraire et jugèrent que la 
doctrine d'Àrius était nouvelle et 
inouïe, qu'Arius était un novateur et 
un hérétique, qu'il pervertissait le 
sens des paroles de l'Ecriture, par 
lesquelles il voulait étayer son opi- 
nion. 

Il en fut de même en 381, lorsque 
le concile général de Constantinople 
décida la divinité du Saint-Esprit, qui 
n'avait pas été mise en question à 



100 



CON 



Nicée; en 431, lorsque le concile d'E- 
phèse prononça, contre Nestorius, 
que Marie est véritablement Mère de 
Dieu : ce dogme n'est qu'une consé- 
quence immédiate de la divinité de 
Jésus -Christ reconnue et professée 
par le concile de Nicée. On doit rai- 
sonner de même de tous les autres 
conciles qui ont successivement dé- 
cidé des dogmes contestés par des 
novateurs. 

» Qu'a fait l'Eglise par ses conciles, 
» dit à ce sujet Vincent de Lérins, 
» Commonit., c. 23? Elle a voulu que 
» ce qui était déjà cru simplement , 
» fût professé plus exactement ; que 
» ce qui était prêché sans beaucoup 
» d'attention, fût enseigné avec plus 
» de soin ; que l'on expliquât plus 
» distinctement ce que l'on traitait 
» auparavant avec une entière sécu- 
rité. Tel a toujours été son dessein. 
Elle n'a donc fait autre chose, par 
les décrets des conciles , que de 
mettre par écrit ce qu'elle avait 
déjà reçu des anciens par tradi- 
tion.... Le propre des catholiques 
» est de garder le dépôt des saints 
» Pères, et de rejeter les nouveautés 
» profanes, comme le veut saint 
» Paul. » Quid unquam aliud conci- 
liorum decretis enisa est (Ecclesia), nisi 
ut quod antea simpliciter credebatur, 
hoc idem postea diligentius crederetur ; 
quod antea lentius prxdicabatur , hoc 
idem postea instantius prxdicaretur ; 
quod antea securius colebatur, hoc idem 
postea sollicitais excoleretur ? hoc, in- 
quam, semper, neque quidquam prse- 
terea, hœrcticorumnovitatibus excitata, 
conciliorum decretis catholica perfecit 
Ecclesia, nisi ut quod prius a majori- 
bus sola traditione susceperat, hoc 
deinde posteris etiam per scripturx 
chyrographum consignant.... Ti- 
mothee! inquitapostolus, depositumeus- 
todi, devitans pjrofanas vocum novita- 
tes. 

A la vérité, avant qu'un dogme ait 
été solennellement décidé par un 
concile, un théologien a pu être par- 
donnable de le méconnaître ; il a pu 
ignorer quelle était sur ce point la 
croyance de l'Eglise catholique, de 
laquelle il n'y avait point encore d'at- 
testation solennelle ; il a pu se trom- 
per innocemment sur le sens qu'il 






CON 



101 



CON 



donnait aux passages de l'Ecriture, 
qui lui paraissaient favoriser son opi- 
nion. Mais lorsque l'Eglise a parlé 
par la bouche de ses pasteurs, un 
homme n'est plus pardonnable de 
préférer son propre jugement à celui 
de l'Eglise ; il est hérétique s'il per- 
sévère dans' son erreur (1). 

De là même il s'ensuit que la dé- 
cision d'un concile général n'est pas 
absolument nécessaire pour qu'un 
dogme soit censé appartenir à la loi 
catholique. Il suffit qu'il y ait une 
certitude suffisante que telle est la 
croyance de l'Eglise universelle. Lors- 
qu'un dogme a été décidé par un 
rescrit du souverain Pontife adressé 
à toute l'Eglise, et qu'il a été reçu 
sans réclamation par le très-grand 
nombre des évèques, on ne peut plus 
douter que ce ne soit la croyance de 
l'Eglise catholique (2). Si le jugement 
de l'Eglise dispersée à moins de pu- 
blicité que celui de l'Eglise assemblée, 
il n'a pas pour cela moins de poids 
ni d'autorité, tout fidèle n'est pas 
moins obligé de s'y conformer. Voyez 
Catholicité. Plus l'Eglise est éten- 
due, plus il est difficile d'assembler 
des conciles généraux. 

IL Est-on aussi obligé de se sou- 
mettre aux règlements d'un concile 
général en matière de discipline, qu'à 
ses décisions en matière de foi ? Il y 
a une distinction à faire. Lorsqu'un 
point de discipline peut intéresser 
l'ordre civil, donner atteinte aux lois 
particulières d'un ou de plusieurs 
royaumes, l'Eglise, toujours attentive 
à respecter les droits des souverains, 
n'a jamais dessein d'opposer son au- 
torité à la leur; elle prononce avec 
circonspection, elle attend que le 
temps et les circonstances permettent 
l'exécution de ses règlements. Par 
ces ménagements sages, une bonne 
partie des lois de discipline, portées 
au concile de Trente, auxquelles on 
s'était opposé d'abord, sont insensi- 



(1) Depuis le concile du Vatican, il faut dire aussi 
du Pape parlant ex cathedra ce que dit ici Bepgier 
du concile œcuménique. Le Noir. 

(2) Si le Pape a parlé ex Cathedra , il n'y a pas 
besoin de cette acceptation sans réclamation, dont 
parle BergieT. Le concile du Vatican l'a formelle- 
ment ili'iiiM : >-:r ses' 1 , a-t-it dit, non mitf'rn ex 
€ nsensu Ecchsiœ. Le Noin, 



blement devenues partie de notre 
droit public, en vertu des ordonnan- 
ces de nos rois (1). 

Lorsqu'une discipline, indifférente 
àl'ordre civil, peut intéresser la foi ou 
les mœurs, l'Eglise use de son auto- 
rité et tient ferme. Ainsi, elle con- 
damna autrefois comme schismati- 
ques les quartodécimans, qui s'obsti- 
nèrent à célébrer la Pàque avec les 
Juifs, le quatorzième jour de la lune 
de mars; elle ordonna de la célébrer 
le dimanche suivant: il lui parut es- 
sentiel d'établir l'uniformité dans un 
rit qui atteste la résurrection de Jé- 
sus-Christ. Quoique la communion 
sous les deux espèces fût un point 
de discipline, le concile de Trente n'a 
point voulu l'accorder à ceux qui la. 
demandaient, parce que les héréti- 
ques en soutenaient faussement la 
nécessité pour l'intégrité du sacre- 
ment. C'est une observation à laquelle 
les canonistes n'ont pas toujours fait 
assez d'attention. 

Ceux qui ont osé soutenir que les 
décisions des conciles, en matière de 
foi, n'avaient force de loi qu'en vertu 
de l'acceptation des souverains, se 
sont trompés encore pluslourdcment. 
Ces décisions obligent tous les fidè- 
les, en vertu de l'ordre de Jésus- 
Christ même : « Allez enseigner tou- 

» tes les nations Celui qui ne 

» croira pas sera condamné. » Matt-, 
c. 28, f 19; Marc, c. 16, ^ 10. 
Cette loi regarde autant les souve- 
rains que les peuples. 

III. Que faut-il pour qu'un concile 
soit censé général, et combien y en 
a-t-il eu depuis la naissance de l'E- 
glise ? On convient unanimement, 
parmi les théologiens catholiques , 
qu'un concile n'est point censé œcu- 
ménique ou général, à moins que 
tous les évèques de la chrétienté n'y 
aient été invités autant qu'il est pos- 
sible, et que l'éloignement des lieux 
peut le permettre. 11 y a cependant 
plusieurs exemples de conciles aux- 
quels il n'y avait eu qu'un certain 



se passe ordinairement 
■oit. les règlements do 



(i) Ce que dit ici B 
dans les laits, mais, 
discipline ccclcs ; asti;ue des conciles généraux et 
dos souverains pontifes n'ont besoin, pour oljlîg r les 
catholiques de tous les pays, d'aueuue adhésion des 
L'ouverneinents civils. Le N'ont. 







CON 



102 



CON 






■i 












«! 



nombre d'évêques appelés, mais qui, 
dans la suite, ont été réputés géné- 
raux, parce que les décisions en ont 
été reçues de toute l'Eglise, et ont 
acquis ainsi la même autorité que 
.'.elle des conciles généraux. De même 
il y en a plusieurs auxquelsil ne s'est 
trouvé qu'un assez petit nombre d'é- 
vêques, et qui n'en ont pas eu pour 
cela moins d'autorité. Voici la liste 
sommaire des conciles réputés géné- 
raux ; nous parlerons plus amplement 
de chacun dans un article particulier. 
Le premier est celui de Nicée, l'an 
325, par lequel la consubstantialité 
du Verbe et la divinité de Jésus-Christ 
furent décidées contre les ariens. 
L? second est celui de Constantino- 
ple, en 381, qui confirma la foi de 
Nicée, professa la divinité du Saint- 
Esprit contre les macédoniens , et 
condamna les apollinaristes. Le troi- 
sième, celui d'Ephèse, en 431 ; il dé- 
cida contre Nestorius, que Marie est 
Bière de Bien, et confirma la condam- 
nation des pélagiens , faite par le 
pape Zozime. Le quatrième fut tenu 
à Chalcédoine, en 451 ; il confirma 
l'anathème lancé à Ephèse contre 
Nestorius, et condamna Eutychès, 
qui soutenait qu'il n'y a qu'une seule 
nature en Jésus-Christ. Le cinquième, 
tenu à Constantinople en 553, con- 
damna les trois chapitres ou trois 
écrits qui favorisaient la doctrine de 
Nestorius. Le sixième fui encore as- 
semblé à Constantinople l'an 680; 
il proscrivit l'erreur des monothéli- 
tes, qui n'admettaient qu'une seule 
volonté dans Jésus-Christ: c'était un 
reste d'eutychianisme. 

En 787, le septième se tint à Nicée 
contre les iconoclastes ou brisenrs 
d'images. Le huitième, à Constanti- 
nople, Tan 869 ; Pbotius y fut con- 
damné et déposé :ç'a été l'origine du 
schisme des Grées, Depuis ce temps- 
là les conciles généraux ont été tenus 
en Occident. 

On compte pour ]e neuvième, ce- 
lui de Latran, l'an H23 : il ne fit que 
des canons de discipline. Le dixième, 
tenu au même lieu l'an 1139, avait 
pour objet la réunion des Grecs à 
l'Eglise romaine. Arnaud de Bre&e, 
disciple d'Abailard, y fut condamné 
aussi bien que les manichéens, nom- 



I ; : 



mes dans la suite albigeois. Le on- 
zième, assemblé encore à Latran l'an 
1179, reforma les abus introduits dans 
la discipline. Le douzième, l'an 1215, 
au même lieu, fit une exposition de 
la doctrine catholique contre les Al- 
bigeois et les Vnudois. 

Dans le treizième, tenu à Lyon l'an 
1245, le pape prononça une sentence 
d'excommunication contre l'empereur 
Frédéiic, en présence de Baudouin, 
empereur de Constantinople. Le qua- 
torzième, assemblé aussi à Lyon en 
1274, travailla de nouveau à la ré- 
union des Grecs, et dressa une pro- 
fession de foi qu'ils signèrezit. Le 
quinzième fut tenu en 13Î1, à Vienne 
en Dauphiné, pour l'extinction de 
l'ordre des templiers : il condamna 
les erreurs des béggards ou béguins. 
Nous comptons en France, pour 
seizième concile général, celui de 
Constance, tenu en 1414, pour étein- 
dre le grand schisme d'Occident, cau- 
se par la prétention de plusieurs 
personnes à la papauté : concile dans 
lequel Jean Dus et Jérôme de Prague 
furent condamnés et livrés au sup- 
plice ( 1 ). Pour dix-septième, celui 
de Bâle, en 1431, dont le principal 
objet était la réunion des Grecs ; mais 
le Pape l'ayant transféré à Ferrare, 
en 1438, et ensuite à Florence, en 
1439, plusieurs regardent ce concile 
de Florence comme œcuménique : les 
Grecs y signèrent une profession de 
foi avec les Latins (2). Le dix-hui- 



(1) Le concile de Constance est-il œcuménique 
dans les quatrième et cinquième sessions ? Plusieurs 
en douten parla raison que les trois obédiences de 
Grégoire Xl[. de Jean XXIII et de Benoît XUI ne 
paraissent pas encore réunies dans ce concile, et 
que les trois convocations au nom de ces trois Pa- 
pes, que ce concile même avait jugées nécessaires 
pour ôter les doutes sur sa propre légitimité, n'a- 
vaient pas en lieu. Les décrets contenus dans les 
quatrième et cinquième sessions ont-ils éié confir- 
més par Martin V. On en d >nte aussi, parce que 
ce pontife, dans sa bulle de confirmation, ne parle 
que de la condamnation des erreurs de Wiclef, de 
Jean Eus et de Jérôme de Prague. Pour tout le 
reste, il se contente de dire qu'il approuve toutes 
leseboses qui ont été faites conciliariter. Enfin, il 
est controversé si ces décrets doivent s'entendre 
pour le temps du schisme, et lorsqu'on ne sait pas 
quel est le véritable Pape, comme c était alors le cas 
de ces trois prétendants, ou si on doit aussi les en- 
tendre des antres cas où le Pape est certain et re- 
connu par tous les catholiques. Gousset. 

(2) Le cinquième cote le de Latran, dit H. Phil- 
lips, convoqué par Jules II, continué par Léon X 



CON 



103 



GON 



; 



ticme et dernier concile général est 
celui de Trente, commencé l'an 1S45, 
et fini l'an 1563, contre les hérésies 
de Luther et de Calvin (1). 

Depuis que la foi chrétienne s'est 
établie au loin, qu'il y a des évoques 
en Amérique, à la Chine et dans les 
Indes, il est devenu plus difficile que 
jamais d'assembler des conciles géné- 
raux (2). 

IV. A qui appartient-il de convo- 
quer des conâles généraux, d'y prési- 
der, d'y assister avec voix délibé- 
rative? C'est encore un point non con- 
testé dans l'Eglise catholique, que le 
droit de convoquer les conciles géné- 
raux appartient au souverain Pon- 
tife, comme pasteur de l'Eglise 
universelle. De savoir si ce privilège 
lui apparthni de droit divin, ou seu- 
lement de droit ecclésiastique et en 
vertu d'une possession bien établie, 
c'est une question qui n'est peut- 
être pas aussi importante qu'elle le 
parait d'abord. Toute prétention mise 
à part, il est clair que, de droit divin, 
le souverain Pontife doit pourvoir 
aux besoins de l'Eglise universelle 
autant qu'il le peut, suivant les cir- 
constances; Jésus-Cbrisl en a imposé 
l'obligation à saint Pierre et à ses 
successeurs, lorsqu'il leur a dit ; Pais- 
ses mes agneaux et mes brebis. Si c'est 
pour eux une obligation divine, c'est 
donc aussi un droit divin : il serait 



(1512), n'est pa9 généralement reconnu pour œcu- 
ménique, mais à tort; il ne lui manque aucune 
condition de lég limité. Les Gai icans ne voulaient 
pas le reconnaître parce qu'il avait proclamé l'abo- 
lition de la Pragmatique Sanction. 

Le Noir. 
(1 II faut ajouter aujourd'hui (1873) le concile du 
Vatican, tenu eu 1870, lequel a porté le décret ie 
plus important qui <>ut encore été porté sur la cons- 
titution fondamentale de l'Eglise, celui de l'infailli- 
bilité du souverain pontife lorsqu'il parle ex ca- 
thedra de fide vel moribtts, et de sa souveraineté 
dans le gouvernement ecclésiastique. 

Le Nom. 
(2) Depuis la définit on du concile œcuménique 
du Vatican, la question des conciles généraux a 
beaucoup perdu de so importance, et n'a pas moins 
gagné en simple ité ; depuis cette définition, en 
effet, nne aeeiaratino du Pape, ex cathedra, en 
matière de foi et de mœurs, a la même valeur, et, 
d'aulre part, il suffit, pour donner Ui valeur d'œcu- 
ménique à un concile, que ses décrets soient sanc- 
tionnés à ce titre et promulgués ex cathedra, par 
le souverain poutii'e. Le uerabce de ces conciles, par 
là même, au pomt de vne iiisioriqife, peut être de- 
venu plus considérable. 

Ie Nom. 



absurde qu'ils n'eussent pas le droit 
de faire ce que Jésus-Christ leur a 
commandé : s'ils n'avaient pas le droit 
de convoquer les conciles généraux, 
qui l'aurait par préférence ? 

Il ne sert à rien aux protestants et 
aux autres ennemis du Saint-Siège 
d'objecter que, pendant les cinq ou six 
premiers siècles, ce ne sont point les 
Papes, mais les empereurs qui ont 
convoqué les conciles ; que plus 
d'une fois même les Papes se sont 
adressés aux empereurs, pour leur de- 
mander cette convocation. Lescircons- 
tances l'exigeaient ainsi, et il ne s'en- 
suit rien contre l'ordre établi par 
Jésus-Christ. Dans ces temps-là, l'E- 
glise chrétienne ne s'étendait guère 
au delà des limites de l'empire ro- 
main; ilétaitdonc naturel queles em- 
pereurs, devenus chrétiens, prissent 
le soin de convoquer lesccmci/es, puis- 
qu'eux seuls pouvaient en faire les 
frais. Presque tous les évêques étaient 
leurs sujets, et ces évêques, presque 
tous pauvres, n'étaient pas en état de 
voyager à leurs dépens, d'une extré- 
mité de l'empire à l'autre. Ils avaient 
besoin du secours des voitures publi- 
ques, et cela dépendait du gouver- 
nement Mais avant la conversion de 
Constantin, il y avait eu près de qua- 
rante conciles particuliers, dont plu- 
sieurs avaient été nombreux; sans 
doute ils n'avaient pas été convoqués 
par les empereurs païens, et l'on n'a- 
vait pas cru avoir besoin de leur au- 
torité pour donner force de loi aux 
décisions quiy avaient été faites. De- 
puis que la foi chrétienne est répan- 
due dans plusieurs royaumes diffé- 
rents, et qu'il y a des évêques dans 
les quatre parties du monde, aucun 
souverain n'a droit de convoquer ceux 
qui ne sont pas ses sujets. Il a donc 
été nécessaire que le souverain pon- 
tife, en qualité de chef de l'Eglise uni- 
verselle, convoquât les conciles géné- 
raux, qu'il eût le droit d'y présider et 
d'en adresser les décisions à toute 
l'Eglise. Ce n'a donc pas été un effet 
de la condescendance des souverains, 
ni une cession libre delà part des évê- 
ques, mais une suite nécessaire de 
l'étendue actuelle da l'Eglise; et c'est 
ce qui démontre la sagesse de Jésus- 
Christ, lorsqu'il a donné à saint Pierre 









■.. 






CON 

et à ses successeurs un pouvoir de ju- 
ridiction sur l'Eglise entière. 

Par la même raison, toutes les fois 
que le souverain Pontife a assisté à 
un concile, personne ne lui a contesté 
le droit d'y présider; mais comme les 
premiers conciles généraux ont été te- 
nus en Orient, et fort loin de Rome, 
c'a été ordinairement l'un des patri- 
arches de l'Orient, qui a tenu la pre- 
mière place ; et il ne s'ensuit rien 
contre les droits du Saint-Siège. 

Quant au droit de confirmer les 
décrets des conciles généraux, c'est 
une question débattue entre les 
théologiens de France et ceux d'Italie. 
Suivant nos maximes, les décrets 
d'un concile général ont force de loi, 
indépendamment de l'acceptation et 
de la confirmation du souverain Pon- 
tife; la bulle qu'il donne à ce sujet 
n'est censée qu'un témoignage de-son 
adhésion à ces décrets, par lequel il 
certifie à tous les fidèles que ce sont 
véritablement des décisions censées 
faites par l'Eglise universelle, aux- 
quelles par conséquent ils doivent 
obéissance et soumission (1). 

L'on convientunammement que les 
seuls juges nécessaires dansun concile 
général sont les évoques ; c'est à eux, 
comme pasteurs de l'Eglise, d'ins- 
truire les fidèles et d'enseigner quelle 
est la vraie doctrine de Jésus-Christ. 
Ordinairement néanmoins ils ont ad- 
mis dans ces assemblées les abbés, les 
députés des chapitres et les théolo- 
giens; et ceux-ci ont eu pour le moins 
voix consultative ; mais suivant l'usage 
actuel, ils ne peuvent prétendre à la 
voix délibérativo qu'autant que les 
évêques la leur accordent (2). 

V. Objections des Protestants. On 
conçoit que les protestants, condam- 
nés par le concile de Trente, ne pou- 
vaient pas manquer de s'élever con- 
tre l'autorité de tous les conciles, et 
de s'attacher à la déprimer ; ils n'ont 
rien négligé pour y réussir. Mais 

(1) Cette doctrine était celle de l'ancien gallica- 
nisme ; elle est devenue aujourd'hui une hérésio 
dans celui qui continue do la professer. 

Le Noir. 

(2) Si le Pape aieorde la voix déliberative à 
quckji,' un qui n e soit point évêque, nous ne voyons 
pas qu'on puisse la lui contester: c'est une consé- 
quence dos définitions du concile du Vatican. 

Le Noir. 



104 



CON 



comme ils ont tenu eux-mêmes des 
synodes, à la décision desquels ils 
ont donné force de loi, il n'est pres- 
que pas un seul de leurs reproches 
qui ne puisse être rétorqué contre 
eux, et qui ne l'ait été en effet par 
les arminiens contre le synode de 
Dordrecht. Voyez Arminiens. 

Ils disent : 1° Jésus-Cbrist ni les 
apôtres n'ont point ordonné de tenir 
des conciles. Si ces assemblées étaient 
nécessaires, l'on n'aurait pas attendu 
jusqu'à l'an 325 avant d'en tenir une. 
Pendant le second et le troisième 
siècle, il s'était élevé plusieurs hé- 
résies qui attaquaient les dogmes les 
plus essentiels du christianisme : les 
ébionites, les cérintbiens, les gnos- 
tiques, les marcionites, les maniché- 
ens, etc., avaient paru; l'on ne crut 
pas qu'il fût besoin d'un concile œcu- 
ménique pour étouffer leurs erreurs, 
ou plutôt l'on comprit que ce moyen 
ne suffirait pas et ne produirait au- 
cun effet, qu'il fallait terminer les con- 
testations en matière de foi, unique- 
ment par l'Ecriture sainte. Le concile 
de Ntcée fut un effet de la politique 
de Constantin, et tout s'y passa par 
son autorité ; les décisions n'eurent 
d'autre force que celle qu'il leur 
donna. 

Réponse. Il est évident que, sous le 
règne des empereurs païens, il n'était 
pas possible de tenir un concile géné- 
ral ; c'aurait été un motif d'exciter une 
persécution contre les évêques, qui 
étaient déjà le principal objet de la 
haine des païens; Licinius avait dé- 
fendu formellement aux évêques de 
s'assembler. Eusèbe, Vie de Constant., 
1. 1, c. 51. Il n'est pas moins évident 
que l'on n'aurait pas pu en tenir un 
sous le règne de Constantin, si ce 
prince n'y avait contribué de tout son 
pouvoir ; mais il y avait eu des con- 
ciles particuliers. Non-seulement nous 
avons prouvé que l'assemblée tenue 
à Jérusalem, vers l'an 51, était un 
vrai concile, dans lequel fut condam- 
née l'erreur soutenue ensuite par les 
ébionites ; mais on en connaît plu- 
sieurs qui furent tenus taut en Orient 
qu'en Occident, pour condamner diffé- 
rentes hérésies. Ce que l'on appelle 
les Canons des Apôtres, ne sont au- 
tre chose que les décrets des conciles 



f 



CON 

du second et du troisième siècle, et 
ces canons condamnent, du moins in- 
directement, les marcionites et les 
manichéens, et prononcent des peines 
contre les hérétiques. 

Nous ne concevons pas comment 
les contestations touchant la foi peu- 
vent être terminées par l'Ecriture 
seule, pendant qu'elles ont précisé- 
ment pour objet de savoir quel est le 
vrai sens de l'Ecriture. Il n'est pas 
une seule secte d'hérétiques qui n'ait 
allégué en sa faveur quelques pas- 
sages de l'Ecriture, et il n'en est au-, 
cune à laquelle l'Eglise n'ait opposé 
d'autres passages; s'il n'est aucun tri- 
bunal qui ait l'autorité de décider, 
par quel moyen la dispute pourra- 
it-elle finir? 

Nous convenons qu'un concile géné- 
ral n'est pas absolument nécessaire 
pour proscrire et pour étouffer une 
hérésie, puisque l'autorité de l'Eglise 
dispersée n'est pas moindre que celle 
de l'Eglise assemblée ; mais il est 
utile, en ce qu'il montre plus promp- 
tement, et d'une manière plus sensi- 
ble, quelle est la croyance univer- 
selle de l'Eglise. Les protestants eux- 
mêmes ont tenu non-seulement des 
synodes particuliers, mais dessynodes 
nationaux ; ils se proposaient de tenir 
à Dordrecht un synode général de 
tontes les Eglises réformées, elles y 
étaient toutes invitées ; ils ont fait, 
dans ces assemblées, des décisions de 
foi, prononcé des excommunications, 
et ils en ont l'ait appuyer les décrets 
par le bras séculier. Ces docteurs, 
sans mission et sans caractère, ont- 
ils eu une autorité plus légitime et 
plus respectable que les successeurs 
des apôtres. 

Il est faux que le concile de Nicée, 
dans ses décrets touchant la foi et la 
discipline, ait procédé par l'autorité 
de Constantin; ce prince déclara lui- 
même, en pleine assemblée, qu'il lais- 
sait aux évèques le soin de ces deux 
objets. Socratc, Hist. ecelésiast., liv, 1 , 
c. 8. Mais il punit avec justice, par 
l'exil, ceux qui refusèrent de se sou- 
mettre à la décision du concile. 

2° Ces assemblées, suivant les pro- 
testants, ont changé la forme primi- 
tive du gouvernement de l'Eglise, et 
ont privé le peuple du droit de suf- 



103 



CON 



frage qu'il devait avoir dans les déli- 
bérations. Les évèques, qui jusqu'a- 
lors s'étaient regardés comme de 
simples députés ou mandataires de 
leurs Eglises , prétendirent qu'ils 
avaient reçu de Jésus-Christ le droit 
et le pouvoir défaire des lois touchant 
la foi et les mœurs, et de les imposer 
aux fidèles sans les consulter. De là 
sont venus dans la suite les honneurs, 
les prérogatives, la juridiction que 
les évèques des villes principales se 
sont attribués sur leurs collègues. 

Réponse. La fausseté de toutes ces 
assertions est prouvée par des monu- 
ments incontestables. Au concile de 
Jérusalem, les apôtres ne consultèrent 
point le peuple, il y est dit au con- 
traire que la multitude garda le si- 
lence; tacuit omnis multitudo; le dé- 
cret fut formé au nom des apôtres et 
des prêtres, sans faire mention du 
peuple, apostoliet seniores fratres (1). 
Le peuple d'une ville dans laquelle un 
concile était assemblé, avait-il le droit 
de subjuguer par son suffrage les 
évèques des autres Eglises, ou d'im- 
poser des lois aux fidèles des autres 
villes? Les protestants eux-mêmes, 
dans leurs synodes, n'ont jamais con- 
sulté le peuple; ils ont toujours pré- 
tendu que le peuple était obligé de se 
soumettre à leurs décisions, sous pré- 
texte qu'elles étaient fondées sur l'E- 
criture sainte ; ils se sont ainsi attri- 
bué l'autorité qu'ils contestaient aux 
pasteurs de l'Egli e catholique. Le 
prétendu droit de suffrage, qu'ils at- 
tribuaient au peuple dans leurs écrits, 
n'est qu'un leurre dont ils se sont 
servis pour lui eu imposer. Nous 
ferons voir en son lieu que les évè- 
ques n'ont jamais été de simples man- 
dataires de leurs Eglises; que le gou- 
vernement ecclésiastique n'a jamais 
été démocratique ; qu'il y a toujours 
eu parmi les évèques divers degrés 
de juridiction. Voy. Evèqde, Gouver- 
nement, Hiérarchie, Pasteur, etc. 

3° Il n'y a, disent nos adversaires, 
aucune marque certaine, pour distin- 
guer si un concile a été ou n'a pas 



(i) L'assertion de Bergier est, ici, ioexacte; ii 

y a dans le grec et seniores et fratres ; et l'on 
sait par les c tations des Pères que cette rédaction 
a toujours existé. Le Nom. 



CON 



106 



CON 



été général, par conséquent infailli- 
ble ; sur ce point, le doute n'est pas 
encore dissipé à l'égard des conciles 
de Bàle et de Florence, et celui de 
Trente n'a pas été plus universel que 
les autres. Quelquefois un concile, qui 
avait commencé par être légitime et 
œcuménique, a cessé de l'être dans le 
cours de sesséances. Comment distin- 
guer quels sont les décrète qui ont ou 
qui n'ont pas force de loi? Avant de 
s'y soumettre, il faut savoir si uncon- 
cile a été légitimement et universelle- 
ment convoqué, s'il y a eu liberté de 
suffrages, s'ils ont été unanimes, s'ils 
n'ont pas été dictés par quelque pas- 
sion, par ignorance ou par préven- 
tion, etc. Qui nous rendra, sur tous 
ces faits, un témoignage auquel on 
soit obligé de se lier? 

Réponse. Si les protestants avaient 
fait toutes ces objections contre leurs 
synodes avant de vouloir en adopter 
les décisions, nous voudrions savoir 
ce que leurs docteurs auraient ré- 
pondu; mais nous savons de quelle 
manière ont été traités les arminiens 
qui les ont faites en elfet contre le 
synode de Dordrecht : Basnage l'avait 
oublié, sans doute, lorsqu'il s'est avisé 
d'argumenter contre les conciles de 
l'Eglise romaine. Hist. de l'Eglise, hv. 
10, ebap. 1 et suiv. ; liv. 27, cliap. 4. 

Il faut que les caractères d'un con- 
cile œcuménique ne soient pas aussi 
difficiles à constater qu'il le prétend, 
puisque, entre les dix-huit conciles 
généraux, il n'y en a que deux sur 
lesquels on conteste parmi les théolo- 
giens catholiques. Tous conviennent 
que quand un concile a été convoqué 
par le souverain Pontife ou de son 
consentement, lorsque cette convoca- 
tien a été générale, qu'il a été con- 
firmé par sun acquiescement et par 
l'acceptation de toute l'Eglise, il n'y 
a plus aucun do.ute à former sur l'au- 
torité de ses décrets. Les contestations 
que peuvent élever à ce sujet les hé- 
rétiques qui ont été condamnés, ne 
méritent aucune considération; l'E- 
glise catholique n'y a jamais eu au- 
cun égard : où a-t-on vu des p'aideurs 
opiniâtres convenir de la justice d'un 
arrêt prononcé contre eux (1)? 

(1) Nous avons dit que, depuis le concile du Yû- 



4° Basnage prétend que les conciles 
mêmesne se sont pas crus infaillibles ; 
les ôvêques assemblés à Nicée n'eu- 
rent point une si haute opinion de 
leurs décrets ; lorsque les ariens re- 
fusèrent de s'y soumette on ne leur 
opposa point l'autorité du Saint-Es- 
prit qui y avait présidé. Au contraire, 
on crut que la décision de Nicée avait 
besoin d'être confirmée ; elle le fut en 
effet au concile de Sardique, l'an 347 ; 
mais les ôvêques, assemblés de nou- 
veau à Rimini et à Séleucie, en 339, 
la révoquèrent et la changèrent; 
conséquemment il a fallu la renouve- 
ler dans le deuxième concile général 
tenu à Constantinople en 381. Il n'en 
est pas un seul dont les décrets n'aient 
été sujets à révision. Saint Augustin 
en jugeait ainsi, puisqu'il dit que les 
premiers peuvent être corrigés par 
les conciles postérieurs. C'est seule- 
ment dans les derniers siècles que 
Ton s'est avisé de les regarder comme 
infaillibles. 

Réponse. Les conciles généraux se 
sont tellement crus infaillibles et re- 
vêtus de l'autorité de Jésus-Christ 
même, qu'ils ont déclaré hérétiques, 
excommuniés et indignes du nom de 
chrétiens, tous ceux qui se sont ré- 
voltés contre leurs décrets. Lorsque 
des conciles particuliers ont fait la 
même chose, ils ont présumé que 
leurs décisions seraient adoptées par 
toute l'Eglise, et acquerraient ainsi 
la même autorité que celles des con- 
ciles généraux. Le concile d'Ephèse, 
art. 3 et ti, celui de Chalcédoine, art. 
5, déclarent que leur - jugement est 
sans appel et irréformable ; que pou- 
vaient-ils dire de plus fort? Lorsque 
l'Eglise a souffert qu'un jugement 
semblable fût examiné de nouveau, 
elle a voulu démontrer qu'elle pous- 
sait la condescendance et la charité 
jusqu'à l'excès envers ses enfants re- 
belles; qu'elle ne refusait pas d'écou- 
ter leurs raisons; qu'elle ne voulait 
leur laisser aucun sujet ni aucun pré- 
texte de se plaindre et il ne s'ensuit 
rien. Mais tel est le génie malicieux 

tican, toute difficulté disparaît puisqu'il suffit de la 
confirmation, par la papauté, du concile en tant 
qu'œcuménique, ou seulement de tel décret en tant 
qu'universel, pour lui donner le caraetère d'infailli- 
bilité. Le Nom. 



CON 



107 



CON 



des hérétiques ; quand on exige qu'ils 
se soumettent sans discussion à l'ar- 
rêt une fois prononcé, ils se plaignent 
de ce que l'on ne daigne pas seule- 
ment les entendre; lorsque l'on con- 
sent à entrer avec eux dans un nouvel 
examen, ils en concluent que l'on a 
bien senti l'insuffisance du premier. 
Si, avant de les y admettre, on exi- 
geait d'eux une promesse solennelle 
d'acquiescer à lu seconde décision, ou 
ils refuseraient de la faire, ou ils la 
violeraient. 

Que firent les ariens après le concile 
de Nicée? Ils n'osèrent pas soutenir 
que la doctrine de cette assemblée 
était fausse ou contraire à celle des 
apôtres, ni en enseigner une tout 
opposée dans leurs professions de 
foi ; ils se bornèrent à prétendre que 
le terme de con ubstanliel, inséré dans 
le symbole de Nicée, était susceptible 
d'un mauvais sens, et pouvait donner 
lieu à des conséquences erronées ; ils 
dressèrent des formules dans les- 
quelles, en supprimant ce terme, ils 
prétendaient établir, dans le fond, la 
même doctrine; et pour les faire 
adopter, ils demandaient sans cesse 
de nouveaux concilies. Lorsqu'ils fu- 
rent parvenus à se rendre les maîtres 
dans quelques-uns, comme à Rimini 
et à Séleucie, à intimider et à subju- 
guer les évèques catholiques, ils le- 
vèrent le masque et professèrent le 
pur arianisme. Voyez Au'anisme. 

Il suffit de lire en entier le passage 
de saint Augustin, pour voir ce qu'il 
a voulu dire. 11 dit que les conciles 
pléniers ou généraux sont souvent 
corrigés par des conciles postérieurs, 
lorsqu'on découvre, par quelque ex- 
périence, ce qui était caché aupara- 
vant, et que l'on aperçoit ce qui était 
inconnu, liv. 2, de Bapt. contra Donat., 
c. 3. Est-ce en matière de foi que l'on 
peut découvrir, par expérience, ce 
qui était inconnu auparavant? L'E- 
glise n'a jamais eu besoin de concile 
pour savoir ce que les apôtres lui 
avaient enseigné. C'est donc en ma- 
tière de faits personnels ou autres, 
que cela peut arriver : or, on convient 
que, sur de tels faits, les décisions 
d'un concile ne sont point infaillibles. 
D'ailleurs saint Augustin écrivait pour 
lors contre les donatistes, et toute la 



contestation qui régnait entre eux et 
l'Eglise n'avait qu'un fuit pour objet. 
Voy. Donatistes. 

Les protestants ont encore mieux 
fait que les ariens ; dans le temps 
même qu'ils soutenaient de toutes 
leurs forces qu'aucune décision hu- 
maine n'est infaillible, ils exigeaient, 
pour les décrets de leurs synodes, la 
même soumission que si c'avait été 
les oracles de Dieu même. 

5° Ils disent que plusieurs conciles 
généraux ont été opposés les uns 
aux autres. La doctrine de Nestorius, 
condamnée à Ephèse, fut remise en 
honneur à Cbalcédoine ; ainsi en 
jugea le deuxième concile tenu à 
Ephèse, en 149, et il n'y a aucune 
r;iisou de juger celui-ci moins œcu- 
ménique ou moins légitime que le 
premier. Le cinquième concile, as- 
semblé à Constantinople, condamna 
les trois chapitres que celui de Cbal- 
cédoine avait approuvés En 87 9, un 
autre concile de Constantinople cassa 
les actes de celui qui avait condamné 
Pholius dix ans auparavant. Le con- 
cile de Trente a déclaré canoniques 
des livres que les anciens conciles 
avaient rejetés comme apocryphes. 

Réponse. Ce sont là autant de faus- 
setés. Il est absurde de nous donner 
pour concile oecuménique l'assemblée 
que Dioscore, à la tète des eutychiens, 
tint en 449, et qui a été nommée à 
juste titre le brigandage a" Ephèse. Il 
ne l'est pasmoins d'allégueren'preuve 
les calomnies que ces hérétiques pu- 
blièrent contre les décisions du cun- 
cile de Cbalcédoine, pour étayer leurs 
erreurs. Il est faux que ce concile ait 
favorisé en aucune manière la doctrine 
de Nestorius, et qu'il ait approuvé les 
trois chapitres; il l'est que celui de 
Constanlinople ait cassé les actes du 
précédent. Tous ces faits seront éclair- 
cis chacun en son lieu. Voyez Ephèse, 
Cbalcédoine, Eotychianisme, Nesto- 
rianisne, Grecs, etc. Le concile de 
Trente a déclaré canoniques des livres 
que les anciens conciles n'avaient pas 
placés dans le canon, mais qu'ils n'a- 
vaient rejetés ni comme faux, ni 
comme apocryphes. Voyez Canon. 

G II n'est, disent encore les pro- 
testants et leurs copistes, aucun des 
conciles, soit anciens, soit modernes, 







CON 



108 



CON 



qui ait produit les effets que l'on en 
attendait. Ces assemblées, loin de 
terminer les disputes, les ont rendues 
plus violentes; elles ont aigri le mal 
au lieu d'y remédier. Le concile de 
Nicée n'aboutit qu'à susciter de nou- 
veaux partisans à l'arianisme, et à 
remplir l'Eglise de troubles pendant 
plus d'un siècle. Celui de Conslanti- 
nople n'étouffa pas les erreurs de 
Macédonius ; celui d'Eplièse lit naître 
le schisme des nestoriens., et celui de 
Chalcédoine, le scliisme des euty- 
cbiens. Le septième , touchant le 
culte des images, fut rejeté en France 
et en Allemagne pendant plus d'un 
siècle, et le huitième a été l'origine 
du schisme des Grecs. Enfin, celui 
de Trente n'a pu ramener à l'Eglise 
aucune des sectes qui s'en étaient 
séparées. 

Réponse. A qui doit-on s'en prendre ? 
Il est singulier que les hérétiques se 
prévalent de leur opiniâtreté pour 
prouver l'inutilité des conciles. Tous 
ont commencé par en demander un 
dans lequel leur doctrine fut exa- 
minée ; lorsqu'ils ont été condam- 
nés, ils ont déclamé contre la déci- 
sion. Cela démontre que tous ont été 
de mauvaise foi ; qu'ils ont été bien 
résolus de n'acquiescer à aucun juge- 
ment, à moins qu'ils ne l'eussent eux- 
mêmes dicté. Mais le synode de Dor- 
drecht, assemblé par les calvinistes 
avec tant d'appareil, a-t-il converti 
les arminiens ? Leur secte subsiste et 
a fait de nouveaux partisans en dépit 
de la condamnation ; celle des gooia- 
rïstes n'a prévalu que par l'appui du 
bras séculier. Avant de censurer avec 
tant d'amertume les conciles de l'E- 
glise catholipue, les protestants au- 
raient dû ouvrir les yeux sur ce qui 
s'est passé parmi eux. 

Quelle conséquence peuvent en tirer 
les incrédules d'aujourd'hui? que les 
hérétiques sont inconvertibles; que 
l'Eglise fait en vain ses efforts pour 
les ramener à résipiscence ; qu'ils la 
forcent enfin aies rejeter entièrement 
de son sein, comme des membres 
pourris et capables d'infecter les au- 
tres. L'anathème qu'elle prononce 
contre eux n'est donc pas inutile ; 
puisqu'il sert à distinguer ses enfants 
d'avec les rebelles, et sa doctrine 



d'avec les erreurs. Les schismes, les 
divisions, les haines, qui ne man- 
quent jamais d'éclore dans les sectes 
même dont elle s'est séparée , ne 
prouvent que trop qu'elle a eu raison 
de s'en débarrasser. 

7° Il est impossible, continuent les 
déclamateurs, que le Saint-Esprit ait 
présidé aux conciles; c'étaient des 
assemblées tumultueuses où la pas- 
sion animait également les deux 
partis, où les évèques, la plupart 
très-vicieux, ne pensaient qu'à faire 
prévaloir leurs opinions, et à satis- 
faire leurs haines particulières. Rien 
n'est plus scandaleux que les scènes 
qui se sont passées à Ephèse , à 
Constantinople, à Nicée et ailleurs, 
pendant la tenue des conciles. Saint 
Grégoire de Nazianze en était si ré- 
volté, qu'il avait résolu de ne plus 
assistera aucun : il n'en parle qu'avec 
le plus grand mépris ; saint Ambroise 
en pensait de même. Les disputes ne 
furent ni plus décentes ni plus mo- 
dérées au concile de Trente que dans 
tous les autres. 

Réponse. Nous convenons que, dans 
plusieurs des anciens conciles , les 
hérétiques ont excité du tumulte ; 
que souvent, h l'exemple des ariens, 
de Nestorius et de Dioscore, ils se sont 
fait appuyer par des soldats, et ont 
employé la violence pour fahe pré- 
valoir leurs erreurs. Mais il ne faut 
pas rejeter sur les évêques catholiques 
les excès des sectaires. Lorsque saint 
Grégoire de Nazianze a fait un tableau 
désavantageux des conciles, il parlait 
de ceux dans lesquels les ariens 
avaient été les maîtres, et s'étaient 
prévalus de l'appui des empereurs 
qui les favorisaient; il écrivait l'an 377, 
et alors il y avait eu au moins douze 
assemblées dans lesquelles ces héré- 
tiques avaient fait éclater leur génie 
violent et séditieux ; lui-même avait 
été en butte à leurs cabales, lorsqu'il 
gouvernait l'Eglise de Constantinople. 
Saint-Ambroise parlait de ces mêmes 
tumultes et dans le même temps ; 
mais il n'y a pas eu des ariens dans 
tous les conciles; plusieurs ont été 
tenus sous les yeux, dans le palais 
des empereurs ; et ces princes, lors- 
qu'ils étaient catholiques, n'ontexcité 
ni souffert aucune dispute indécente. 



CON 



109 



CON 



ïl peut y en avoir eu parmi les théo- 
logiens de différentes écoles, qui fu- 
rent envoyés au concile de Trente ; mais 
ces disputes n'ont rien eu de commun 
avec les sessions du concile, tenues 
par les évèques, dans lesquelles se 
rédigeaient les décisions. Il y avait à 
Trente des ambassadeurs de tous les 
souverains catholiques; les disputes 
des théologiens n'avaient lieu que 
dans des assemblées particulières ; 
aucun désordre, aucun tumulte n'est 
arrivé dans lessessionspubliques.Vby. 
Trexte. 

8° Mosheim prétend que les con- 
troversistes et les conciles suivirent la 
méthode des jurisconsultes et des tri- 
bunaux romains, qui examinaient 
plutôt ce qui avait été pensé par les 
anciens, que ce qui était conforme à 
la raison et au bon sens. C'est, dit-il, 
ce qui donna lieu à des imposteurs 
de publier de faux ouvrages, sous les 
noms des auteurs les plus respecta- 
bles, même de Jésus-Christ et des 
apôtres. Hist. eccl., cinquième siècle, 
2 e part., c. 3, § 8 et 9. 

Réponse. Ici, comme dans beaucoup 
d'autres endroits, ce critique a été 
aveuglé par la haine. Il a dû savoir 
que, dans le Christianisme, pour sa- 
voir ce qui est vrai ou faux, il ne 
s'agit pas de consulter la raison très- 
fautive et le prétendu bon sens 
des philosophes, mais la révélation, 
et de savoir ce qui a été ou n'a pas 
été révélé. Or c'est un fait qui ne peut 
être constaté que par des témoignages 
ou par le rapport des anciens. Il n'y 
a donc aucune comparaison à faire 
entre les théologiens et les juriscon- 
sultes. 

Que répondrait Mosheim à un in- 
crédule, qui lui dirait que c'est l'ha- 
bitude de consulter des livres préten- 
dus inspirés, plutôt que la raison et 
le bon sens, qui a donné lieu aux 
faussaires de forger des livres sous le 
nom de Jésus-Christ et des apôtres? 
Voilà comme les protestants s'enla- 
cent toujours dans leurs propres 
filets. 

9° Quelques incrédules ont prétendu 
qu'il y a un moyen par lequel la cour 
de Rome peut corrompre les actes des 
conciles; ils ont cité un protestant 
qui dit qu'à la bibliothèque du Vatican 



il y a des écrivains entretenus pour 
transcrire les actes et les ouvrages 
des Pères, en imitant le caractère des 
anciens livres, afin de pouvoir donner 
ces copies modernes pour des titres 
originaux. Ces impostures des protes- 
tants étaient fort bonnes pour séduire 
les peuples dans les deux siècles pas- 
sés ; mais il y a bien de l'ineptie à 
les répéter aujourd'hui. La cour de 
Rome altérera-t-elle les éditions des 
conciles et des Pères, imprimées et 
répandues dans une grande partie de 
l'univers ? Les actes originaux du con- 
cile de Bàle n'ont pas été transportés 
à Rome ; ils sont dans la bibliothè- 
que de Bâle, et il y en a une copie 
authentique dans la bibliotèhque du 
roi. 

Les actes des conciles ont été re- 
cueillis par Labigne, et imprimés au 
Louvre l'an 1644, en 37 vol. in-folio : 
ensuite par lès pères Labbe et Cos- 
sart, jésuites, et imprimés à Paris 
en 1672, en 17 volumes; enfin par 
le père Hardouin, et imprimés au 
Louvre eu 1715, en 12 vol. La collec- 
tion de Labbe a été réimprimée à 
Venise en 1732, en 21 vol., et à Luc- 
ques en 1748, en 2ti vol. Les actes 
des conciles tenus en France ont été 
donnés par le père Sirmond et par son 
neveu, en 4 vol. ; ceux des conciles 
d'Espagne par d'Aguirre, en 4 vol. ; 
ceux des conciles d'Angleterre et d'Ir- 
lande, par Wilkins, et imprimés à 
Londres en 1737, en 4 vol. in-folio. 
Discours du père Richard, à la tète 
de l'Analyse des conciles généraux et 
particuliers. Bergier. 

CONCILES (littérature des). (Théol. 
hist. gêner.) — Nous ajouterons aux 
indications par lesquelles Bergier 
vient de terminer son article un ré- 
sumé plus complel qu'à donné M. 
Phillips des recueils des conciles œcu- 
méniques, des recueils des conciles 
particuliers, et des travaux littéraires 
sur les conciles : 

« I" Recueils des conciles œcuméniques: 
Merlin, Concilia generalia Grxca etLa- 
tina, Paris, 1323, Colon., 1530, 2 vol. 
in-fol. ; Paris,1533, 2 vol.in-8". — P. 
Crabbe, Concilia omnia, tatn generalia 
quam particidaria, Colon. , 1 S38, 2 vol. 
in-fol.; Colon., 1537,3 vol. in-fol.— 





CON 



110 



CON 



Fr. Jovérius, Sanrfiones ccclesiasticx, 
tam synodicx quam. pontificx, in très 
classes distincte, quorum "prima uni- 
versales synodos, secundaparticulares, 
tertia pontificia décréta complectitur, 
Paris, 1555, in-fol. ; — Laur. Surius, 
Concilia omnia, tam gcnercdiaquampro- 
vincialia atque partie ularia, Colon., 
1567, 4 vol.'in-1'ol. — (Dom Bollani), 
Conciliorum omnium tam generalium 
quam provinciedium volume?!, Venet.. 
• 1585, 5 vol. in-fol, — Sev. Binius, 
Concilia generalia et provincialia, Co- 
lon., 1606, 1618, 4 t. en 5 vol. in-fol.; 
Paris, 1636, vol, in-fol. — Concilia 
generalia Ecclesix catholiese, cum prx- 
fatione Jac. Sirmondi, Rornœ, 1608, 
4 vol. in-fol. — Conciliorum omnium 
generalium et provinciedium Collectio 
regia, Paris, 1644, 37 vol. in-fol. — 
Sacrosaneta Concilia ad Regiam editio- 
nem exacta; studio Phil. Labbei et 
Gabr. Cossai'tii, Paris, 1672, 18 vol. 
in-fol., avec un supplément deSaint- 
Baluze, Nova Collectio conciliorum, t. 
prim., Paris, 1(;83. — J. Hardouin, 
Collectio maxima Conciliorum genera- 
lium et provincialium, Paris, 1715, 11 
torn. eu 12 vol. — Nie. Coleti, Sacro- 
saneta Concilia ad Regiam editionem 
exacta, 1723, 23 vol. in-fol., et le sup- 
plément de J. Dom. Mansi, Sanctorum 
Conciliorum et Decretorum nova Collec- 
tio, Luc., 1728,6 t. in-fol. — J. Dom. 
Mansi, Sacroruin Conciliorum nova et 
amplissimaCollectio, Flor., 1759' 1767; 
Venet, 1769-1798, 31 vol. in-fol. 

« Comme manuel on peut commo- 
dément se servir de la Collection des 
Conciles du quatrième et du cinquième 
siècle, de H. -Th. Bruns ; Bibliotheca 
ecclesiastica, vol. pt'im., Berol., 1839, 
in-8°. Consulter Martène et Durand, 
Collectio ampiissima, t. VII et VIII, et 
novus Thésaurus Anecdotorum, t. IV. 
» II. recueils des conciles particuliers: 
Concilia Germanise, quorum collectio- 
nem Joh.-Fr. Sckannat primum cœpit, 
contin, Jos . Harzhcim, finivit Mg . 
Neisshen, indic. digessit Jos. Hessel- 
mann, Colon., 1749-1790, 11 vol. in- 
fol. Binterim et Ross ont annoncé un 
supplément, et dans le prospectus, 
ainsi que dans un Additamentum à 
ce prospectus, ils ont donné un cata- 
logue considérable des conciles alle- 
mands. — Jac. Sirmond, Concilia an- 



tiquaGallix, Paris, 1649, 3 vol. in-fol. 
avecun supplément de P. de LaLande! 
Paris, 1669, in-fol. — Lud. Odëspun, 
Concilia novissimaGallix, Paris, 1616. 
— Conciliorum Gallise tam editorum, 
quam ineditorum stud. Congr. S. Mauri, 
t. prim., in-fol. — De Ram, Synodicon 
Belgicum. Mechlin., 1828, 3 vol. in-4°; 
inachevé. — Jos. Saenz de Aguirre^ 
Collectio maxima Conciliorum omnium 
Hispcvnix et Novi Orbis, Romœ, 1753, 
4 t. in-fol. — Syiv. Puey, Collectio 
maxima Conciliorum Eispanix epistola- 
rumque decretalium celebriorum, a Jos. 
card. de Aguirre édita, nuneveroadju- 
ris canonici corporis exemplum nova 
methodo digesta, Matr., 1781, t. prim., 
in-4°. — Dav. Wilkins, Concilia Magnse 
Britannix etHibernix, Lond., 1787, 4 
Toi. in-fol. — P. César Peterffy, Con- 
cilia Ecclesix Romano-catholicx in re- 
gno Hungarix celebrata, Pars I, 
Vienuœ, 1747; P. II, Posen, 1742, in- 
fol. — Statuta synodalia veteris Eccle- 
six Sveogothicx Post celeb, M. a Celse 
ed.it. H. Reuterdnhl, Lund., 1841. — 
Dalham, ConciliaSalisburgensia, 2vol. 
in-fol. — Acta Ecclesix Mecliolanensis, 
a Carolo [Borromxo) condita, Mediol., 
1599, 2 vol. in-fol. ; nouvelle édition, 
1844, — Thom.-M.-J. Gousset, les 
Actes de la province de Reims, Lut. 
Par., 1842, 4 vol. in-4°. — Acta et 
Décréta Cortcil, prov. Eemensisin Sues- 
sionensi civitate anno Dumini 1849, 
celebrati, Par., 1850, m-8°. —Décréta 
Concilii provinciales Parisiis habiti a 
M.-D.-A. Sibour, Par., 1850, in-8°. 
Conciliaprov. Baltimor. habita ab anno 
1829-1830, Baltim., 1812, in-8°. 

« III Travaux sur les conciles. Barth. 
Carranza, Summa omnium Concilio- 
rum, Venet., 1546, edid. Schramm, 
Aug. Vind., 1778, 4 vol. in-8°. —Joli. 
Cabassut, Notitia ecclesiastica Historia- 
rum, Conciliorum et Canonum, Lugd., 
1680; Bamb., 1754, in-fol. — Fr. 
Salmon, Traité de l'étude des Conciles 
et de leurs collections, Paris, 1724 et 
1726. in-8°. — G.-L. Richard, Analyse 
des Conciles, Par., 1781, in-8°. — 
Walch, Esquisse d'une collection com- 
plète des Conciles, Leipz., 1759, in-8". 
— J. Binterim, Histoire pragmatique 
des Conciles nationaux, provinciaux et 
diocésains de l'Allemagne, Mayence, 
1835-45, 7 vol. in-8°. — Dissertations 



CON 



111 



CON 



sur les Conciles : Christ. Lupus, Syno- 
clorum generalium ac proviucialium dé- 
créta et canones, scholiis, notis ac his- 
torka actorum dissertatione illustrati 
(Opp. I-VI, Venet , 1721-, in-fol.). — 
Lud. Thornassin, Disscrtationum in 
Concilia generalia et particularia, t. L 
Par., 1667, in-4°. — Van Espen, Tract, 
histor. cxhibens scholia in orrtnes cano- 
nes Conciliorwn (Opp., edit. Venet., 
P. V.). — Voyez en outre : Jos. Fess- 
ier, des Conciles provinciaux et diocé- 
sains, Innsbr. 1849, in- 8°. — D. Bouix, 
du Concile provincial, ou Traité des 
questions de théologie et de droit canon 
qui concernent les conciles provinciaux, 
Paris, 1850. » 

Le Noir. 

CONCILES D'ARLES. (Théol. hist. 
conc.) — Seul à notre travail, et obligé 
de livrer tous les deux mois un vo- 
lume à l'impression, nous sommes 
exposé à faii e des oublis. Nos lecteurs 
nous les pardonneront. Dans la théo- 
logie historique de la lettre A, nous 
avons omis les conciles d'Arles, mal- 
gré l'importance particulière, et la 
nuance plus qu'équivoque de celui 
de 353 dans l'affaire des Ariens. Nous 
comblons ici cette lacune en citant 
le sommaire qu'a donné M. Fritz de 
ces conciles. 

« I. La controverse donatiste « née 
de la colère, dit Optât de Milève, 
nourrie par l'ambition el fortifiée par 
l'avarice,» s'était singulièrementéten- 
due dans l'Afrique chrétienne. Les 
Donatistes rusés obtinrent de l'empe- 
reur de faire juger leur affaire par 
des évoques des Gaules. Constantin 
le Grand fit, d'abord, convoquer à 
Rome, en 313, une assemblée com- 
posée de trois évêques des Gaules, et 
de quinze évoques italiens, présidée 
par le pape Melchiade. Cécilien et 
Donat de Case-Noire s'y étaient aussi 
rendus avec dix é\èques. Cette as- 
semblée déclara l'élection et l'ordi- 
nation de Cécilien valables, mais Do- 
nat fut exclu de la communion de 
l'Eglise. 

« Les Donatistes protestèrent et en 
appelèrent à l'empereur, qui fit exa- 
miner leur protestation, et, pour 
mettre fin à la discussion, convoqua 
une nombreuse assemblée à Arles, 



en 314, Celle-ci décida comme celle 
de Rome de l'année précédente. 

« Après avoir terminé l'affaire de - 
Cécilien, le concile promulgua vingt- 
deux canons relatifs à des abus qui 
s'étaient introduits dans la discipline 
ecclésiastique pendant la persécution 
de Diocléticn ; les plus importants de 
ces canons sont les suivants : 

Can. 1, la fête de Pâques doit srs 
célébrer partout le même jour ; 

Can. 2, contre la non-résidence 
des membres du clergé ; 

Can. 3, excommunie les déserteurs; 

Can. 4, excommunie ceux qui pren- 
nent part aux jeux sanglants des 
gladia 'eurs ; 

Can. 3, prononce la même peine 
contre les acteurs ; 

Can. 7, oblige les fonctionnaires 
qui sont promus dans une autre pro- 
vince à se présenter devant leur nou- 
vel évèque munis d'un témoignage 
écrit de leur ancien évèque attestant 
qu'ils, sont dans la communion de 
l'Église; 

Can. 8, déclare que les hérétiques 
qui rentrent dans l'Église ne doivent 
pas être rebaptisés, s'ils l'ont été une 
fois au nom de la sainte Trinité; 

Can. 10, défend au mari (jeune) 
dont la femme a commis un adultère 
de se remarier du vivant de celle-ci; 

Can. 13, (concernant les Donatis- 
tes), ordonne que ceux qui seront 
convaincus d'avoir publiquement livré 
les saintes Ecritures, les vases sacrés 
ou leurs frères, seront exclus de l'état 
ecclésiastique, sans toutefois que ceux 
qui ont été ordonnés parmi eux per- 
dent leur dignité. Ce canon déclarait 
par conséquent valable l'ordination 
de Cécilien, sans décider si Félix 
d'Aptonge avait été un traditcur ; 

Can. 14, exclut pour toute sa vie 
de la communion de l'Église celui 
qui a faussemeni accusé son frère ; 

Can. 15, interdit aux diacres le 
droit, qu'ils s'arrogeaient, de consa- 
crer ; 

Can. 18, maintient la subordina- 
tion des diacres des églises urbaines 
sous l'autorité des prêtres. 

D'après le can. 16, on ne peut être 
réintégré dans la communion de 
l'Église que là où l'on a été excom- 
munié. 






CON 



112 



CON 



Can. 20, demande qu'il y ait sept 
ou au moins trois évêques présents à 
'l'ordination d'un évêque. 

« II. En 353 on tint un nouveau 
concile à Arles. L'empereur Constant 
demandait qu'on reçût les Ariens 
dans la communion de l'Eglise et 
qu'on condamnât Athanase. Il s'y 
trouvait aussi des évêques d'Occident, 
parmi lesquels Vincent, évêque de 
Capoue, au nom du pape Libère. 
Quelle que fût lear résistance, ils fu- 
rent contraints de souscrire à la con- 
damnation d'Athanase. Paulin, évê- 
que de Trêves, refusa seul et fut exilé 
en Phrygie. 

« IIL Un troisième concile se tint à 
Arles, en 452 selon les uns, en 380 
d'après les autres. On n'est pas d'ac- 
cord non plus sur le nombre de cha- 
pitres qu'il publia, vingt-cinq ou 
cinquante ; toujours est-il que la plu- 
part n'étaient que la reproduction 
des canons du concile de Nicée de 
325. Le premier chapitre exclut le 
néophyte des ordres supérieurs ; le 
second décrète qu'un homme marié 
ne peut être ordonné prêtre s'il ne 
promet d'abord de vivre dans la con- 
tinence (promissa conversio). D'après 
le chapitre v, un évêque doit être 
ordonné par trois évêques, avec l'as- 
sentiment du métropolitain. Le cha- 
pitre vu interdit l'état ecclésiastique 
à ceux qui se mutilent eux-mêmes. 

« IV. Enfin il y eut à Arles en 529 
un concile provincial, qui rendit 
plusieurs décrets relatifs aux ordina- 
tions et condamna les erreurs péla- 
giennes et prédestinatiennes. » 

Le Noir. 

CONCILIABULE, assemblée tenue 
par des hérétiques ou par des schéma- 
tiques, contre les règles de la disci- 
pline de l'Eglise; les ariens, les nova- 
tiens, les donatistes, les nestoriens, 
les eutychiens et les autres sectaires 
en ont formé plusieurs, dans lesquels 
ils ont établi leurs erreurs et fait 
éclater leur haine contre l'Eglise ca- 
tholique. Le plus célèbre de ces faux 
conciles est celui que l'on a nommé 
le brigandage d'Ephèse,tenu dans celte 
ville par Dioscore, patriarche d'Alex- 
andrie, à la tète des partisans d'Eu- 
tvchès; il condamna le concile de 



Chalcédoine, quoique très-légitime ; 
il prononça l'anathème contre le Pape 
saint Léon : il fît maltraiter ses lé- 
gats et tous les évêques qui ne vou- 
lurent pas se ranger de son parti. 

Voy. EUTYCHIANISME. 

Bergieh. 

CONCILIATEURS (théologiens). 

Voy. Syncrétistes. 

CONCINA (Daniel). (Théol. hist. 
biog . et bibliog. — Ce théologien ita- 
lien naquit dans le Frioul, à Clauzulo, 
en 1677, et mourut àVenise en 1756. 
« Dominicain sévère de mœurs, dit 
son biographe de Y 'encyclopédie théo- 
logique allemande, moraliste rigou- 
reux, savant théologien, philosophe 
et canoniste, il fut un infatigable ad- 
versaire de la morale relâchée, qu'il 
combattit dans ses écrits et ses ser- 
mons, notamment par rapport au 
vœu de pauvreté, au jeûne et au 
spectacle, à l'occasion d'un livre de 
Scipion Maffei, intitulé dei Tcatri an- 
tiehi e moderni, Verona, 1754, et du 
probabilisme soutenu par quelques 
Jésuites , 

« Il était tout aussi ardent dans la 
discussion de certains points dogma- 
tiques. Sa vivacité et son rigorisme 
exagéré diminuèrent beaucoup son 
influence, comme son caractère po- 
lémiste nuisit à l'ordre systématique 
et à la perfection du style d'une qua- 
rantaine d'ouvrages dont il fut l'au- 
teur. Le pape Benoît XIV se vit obligé 
de blâmer ses attaques sans mesure 
à l'égard de Maffei. 

Parmi ses ouvrages les plus connus 
on cite : délia Storia del Probabilismo 
e del rigorismo, dissertazioni teologi- 
che, moralie critiche, 1744, 2 t. in-4°; 
Commentarius in Epist. ene.ydieam 
Benedicti XIV, adv. usurarn, Rome, 
1744, 2 t. in-4°; Disciplina apostolico- 
monastica, Venet., 1750, in-4°; Theo- 
logia christiana dogmatico-moralis , 
Rome, 1749, 1754, 4758, 10 t. in-4°; 
Apparatus ad Theologiam christianam 
dogmatico-moralem, 1751, 2 t. in-4°; 
Compendium Theologix moralis, 1762, 
1771, 2 t. in- 8° ; Octo Epistolxad Ca- 
rolum Nocetium, de singularibus .argu- 
mentas in ejusdem libro inscnpto : 
Veritas vindicata contentis, Venet., 



CON 

17SS ; Dissertationcs binse de spectaculis 
theatralibus. Rome 1754, in-4°. » 

Le Nom. 

CONCLAVE. (Théol. pur. gêner.) — 
Le mot conclave signifie : 1° le lieu où 
s'assemblent les cardinaux pour l'é- 
lection d'un Pape ; 2° l'assemblée elle- 
même des cardinaux qui s'occupent 
de cette élection. 11 ne s'agira dans cet 
article que du premier sens; nous 
parlerons du second au mot élection 

des PAPES. 

La mesure qui consiste à enfermer 
les cardinaux dans un local pour l'é- 
lection d'un nouveau Pape remonte, 
comme fait historique, à l'élection de 
Grégoire XI, successeur de Clément IV ; 
comme les cardinaux étaient divisés 
et ne pouvaient s'entendie, le gou- 
verneur de la ville de Viterbe, Ré- 
gnier Gatto, les enferma dans un 
palais de cette ville. Cela se passa en 
1271. Quelques années après, au se- 
cond concile de Lyon, (1274), le pape 
Grégoire X, qui avait fini par être 
élu, fit de cette mesure une loi, que 
ses successeurs entourèrent de diver- 
ses ordonnances, dont les principales 
règles sont résumées comme il suit 
par M. Permaneder : 

« Le conclave doit toujours avoir 
lieu là où est, mort le dernier Pape. 
S'il meurt à Rome, la chapelle Pau- 
line, dans le palais du Vatican, est 
destinée à devenir le local du conclave. 
On divise par des refends en bois toute 
la longueur des salles du premier 
étage du palais en appartements iso- 
lés, dont chacun est subdivisé en trois 
ou quatre cellules, qui ont pour tout 
mobilier un crucifix, un lit, une table, 
et quelques chaises. Le dixième jour 
après la mort du Pape ou le lende- 
main de sa sépulture, les cardinaux 
se réunissent au Vatican, et, après 
que le cardinal doyen a dit la messe 
de Spiritu Sancto et qu'un autre pré- 
lat a invité en langue latine les émi- 
nents électeurs à élire le plus digne 
d'entre eux vicaire de Jésus-Christ, 
les cardinaux entrent solennellement 
et deux à deux, en chantant le Veni, 
Creator, au conclave, puis dans la cha- ' 
pelle Sixtine, où on leur lit les bulles 
des Papes relatives à l'élection du 
souverain Pontife. Alors on les laisse 
III. 



113 



CON 



dans leurs appartements pour dîner, 
après qu'ils ont promis de se réunir 
de nouveau le soir. Autrefois les car- 
dinaux rentraient chaque fois chez : 
eux et revenaient au conclave le ma- 
tin ; aujourd'hui ils ne peuvent plus 
sortir depuis le matin du second jour. 
Los portes et les fenêtres sont mu- 
rées, sauf une petite ouverture né- 
cessaire pour donner du jour. 

« Chaque appartement n'a qu'une 
sortie sur le corridor, pour le cas où 
un conclaviste serait malade et pour 
la double réunion de chaque jour à 
la chapelle. Les entrées principales 
sont également fermées avec des ser- 
rures et des verroux, sauf une seule, 
qui est gardée parun poste nombreux. 
Toute relation avec le dehors est in- 
terrompue, et les conclavistes ne peu- 
vent recevoir leurs aliments que par 
trois tours, aux heures déterminées, 
et après que les gardiens sesonteon- 
vaincusqu'on n'a pas introduit par ce 
moyen de communication écrite. Les 
tours sont fermés ensuite en dehors 
par l'appariteur et scellés par les pré- 
lats servants ; le maître 'de cérémo- 
nie en fait autant à l'intérieur. Pen- 
dant les trois premiers jours la 
quantité etlechoix des mets dont les 
cardinaux ont à se pourvoir eux- 
mêmes sont abandonnés à chaque 
cardinal; à partir de là le repas est 
réglé, et très-frugalement. Chaque 
cardinal peut avoir deux ou trois con- 
clavistes comme compagnons de sa 
solitude ; ces conclavistes reçoivent, 
en qualité de secrétaires honoraires 
des cardinaux et de personnes de 
confiance, certaines distinctions (droit 
de bourgeoisie, ordre de chevalerie, 
immunités de taxe) et 10,000 scudi 
qu'ils se partagent. Aussitôt que les 
cardinaux, après s'être confessés et 
avoir communié, sont entrés en con- 
clave, les conclavistes prêtent serment 
de garder le plus rigoureux silence. 
sur tout ce qui se passera. Ceux qui 
ne sont pas arrivés dès le principe 
ou qui viennent des provinces et des 
pays étrangers, peuvent entrer au 
conclave, mais seulement durant l'es- 
pace des trois premiers jours do leur 
arrivée à Rome. Si l'un des cardinaux 
est obligé, pour cause do maladie ou 
pour tout autre motif légitime de 

8 




CON 



114 



CON ■ 



sortir du conclave, il perd sa voix 
pour cette élection, comme tout ab- 
sent. » Le Nom. 

CONCOMITANT, se dit du secours 
de la grâce que Dieu nous accorde 
dans le cours d'une action, pour nous 
aider à la continuer et à la tinir. Il a 
été décidé, contre les pélagiens, que 
pour toute bonne œuvre surnaturelle 
et méritoire, nous avons besoin non- 
seulement d'une grâce concomitante, 
mais d'une grâce prévenante, qui 
excite notre volonté, nous inspire de 
salutaires pensées et de bons désirs. 
Cette grâce n'est donc pas la récom- 
pense des saints désirs que nous 
avons formés de nous-mêmes et par 
nos propres forces, elle en est au con- 
traire le principe et la cause ; consé- 
queniment elle est purement gratuite; 
elle vient uniquement de la bonté de 
Dieu et des mérites de Jésus-Clirist. 
Saint Prosper dit très-bien, après 
saint Augustin, que désirer la grâce 
est déjà un commencement de grâce. 

Cela n'empêche pas que Dieu ne 
récompense souvent notre fidélité à 
une première grâce, par une seconde 
plus abondante ; alors celle-ci n'est 
pas moins gratuite que la première, 
puisqu'elle n'a été méritée et obtenue 
que par le secours de la première. 
C'est encore le sentiment de saint 
Augustin, liv. 4, Contra duas Epist. 
Pelag., c. 6, n° 13. « Lorsque les pé- 
» lagiens, dit-il, soutiennent que Dieu 
» aide le bon propos de chacun, l'on 
» recevrait volontiers cette propo- 
» sition comme catholique, s'ils 
» avouaient que ce bon propos, qui est 
» aidé par une seconde grâce, n'a pu 
» être dans l'homme sans une pre- 
w mière grâce qui l'a précédé. » 

Ilya des catéchismes dans lesquels 
il est dit que le corps et le sang de 
Jésus-Christ se trouvent sous chacune 
des espèces consacrées, par concomi- 
tance ou par accompagnement; on a 
voulu dire par là que le corps de 
Jésus-Christ, dans l'eucharistie, étant 
un cori s animé, il ne peut pas plus 
y être sans avoir son sang que sans 
avoir son âme ; qu'ainsi le sang de ce 
divin Sauveur ne peut pas y être non 
plus séparé du corps. D'où il s'ensuit 
cme le corps, le sang et l'âme de 



Jésus-Christ sont également sous l'es- 
pèce du vin et sous l'espèce du pain. 
Voyez Eucharistie. 

Bergiee. 

CONCORDANCE, est un diction- 
naire de la Bible où Ton a mis, par 
ordre alphabétique, tous les mots de 
l'Ecriture sainte, afin de pouvoir les 
comparer ensemble, et voir s'ils ont 
le même sens partout où ils sont em- 
ployés. Les concordances ont encore 
un autre usage, qui est d'indiquer 
précisément les passages dont on a 
besoin, lorsqu'on veut les citer exac- 
tement. 

Ces dictionnaires ou tables de mots, 
servent à éclaircir beaucoup de diffi- 
cultés, à faire disparaître les préten- 
dues contradictions que les incrédules 
croient trouver dans les livres saints, 
à citer exactement le livre, le cha- 
pitre, le verset dans lequel se trouve 
tel passage, etc. Aussi a-t-on fait des 
concordances en latin, en grec et en 
hébreu. 

La concordance latine, faite sur la 
vulgate, est la plus ancienne ; l'on 
s'accorde assez à l'attribuer à Hugues 
de Saint-Cher, qui, de simple domi- 
nicain, devint cardinal, et qu'on 
appelle communément le cardinal 
Hugues; il mourut en 1162. Ce re- 
ligieux avait beaucoup étudié l'Ecri- 
ture sainte, il avait même fait un 
commentaire sur toute la Bible; cet 
ouvrage l'avait engagé à en faire 
une concordance sur la vulgate ; il 
comprit qu'une table complète des 
mots et des phrases de l'Ecriture 
sainte serait d'une très-grande utilité, 
soit pour aider à la faire mieux en- 
tendre, en comparant les phrases pa- 
rallèles, soit pour citer exactement 
les passages. Ayant formé son plan, 
il employa un nombre de religieux 
de son ordre à ramasser les mots et 
à les ranger par ordre alphabétique ; 
avec le secours de tant de personnes, 
son ouvrage fut bientôt achevé. Il a 
été perfectionné depuis par plusieurs 
mains surtout par ArlotThuscus et par 
Conrad Halberstade. Le premier était 
un franscicain, le second un domini- 
cain, qui vivaient tous deux vers la 
fin du même siècle. 

Comme le principal but de la con- 



CON 



115 



CON 



cordance étau de faire trouver aisé- 
ment le mot ou le passage dont on a 
besoin, le cardinal Hugues vit qu'il 
fallait d'abord partager chaque livre 
de l'Ecriture eu sections, et ensuite 
ces sections en subdivisions plus cour- 
tes, afin de faire dans sa concordance 
des renvois qui indiquassent précisé- 
ment l'endroit, sans qu'il fût besoin 
de parcourir une page entière. Les 
sections qu'il lit sont nos chapitres ; 
on les a trouvés si commodes, qu'on 
les a conservés depuis. Dès que sa 
concordance punit, on en vit si bien 
l'utilité, que tout le monde voulut en 
avoir; et pour en faire usage, il fallut 
mettre ses divisions à la Bible dont 
on faisait usage, autrement ses ren- 
vois n'auraient servi à rien ; mais les 
subdivisions de Hugues n'étaient pas 
des versets. 11 partageait chaque sec- 
tion ou chaque chapitre en huit parties 
égales, quand il était long, et en moins 
de parties, quand il était court; cha- 
cune était marquée à la marge par les 
premières lettres capitales de l'alpha- 
bet,A,B,C,D, E, F, G, à distance égale 
l'une de l'autre. Les versets, tels que 
nous les avons aujourd'hui, sont de 
l'invention d'un Juif. 

Vers l'an 1430, un fameux rabbin, 
nommé rabbi Mardochée Nathan, qui 
avait souvent disputé avec les chré- 
tiens sur la religion, s'aperçut du 
grand service qu'ils tiraient de la 
concordance latine du cardinal Hu- 
gues, et avec quelle facilité elle leur 
faisait trouver les passages dont ils 
avaient besoin; il goûta cette inven- 
tion, et se mit aussitôt à faire une 
concordance hébraïque pour l'usage 
des Juifs. 11 commença cet ouvrage 
l'an 1438, et l'acheva l'an 1445. Il s'en 
est fait plusieurs éditions : celle qu'en 
a donnée Buxtorf le fils, à Bàle, en 
1032, est la meilleure. 

fiabbi Nathan, en composant ce 
livre, trouva qull était nécessaire de 
suivre la division des chapitres que le 
cardinal Hugues avait introduite; 
mais il imagina des subdivisions plus 
commodes, savoir celle des versets, 
et il eut soin de les coter par des 
nombres mis à la marge. Pour ne pas 
trop charger les marges, il se con- 
tenta de marquer les versets de cinq 
en cinq; et c'est ainsi que cela s'est 



pratiqué depuis dans les Bibles hé- 
braïques, jusqu'à l'édition d'Athias, 
juif d'Amsterdam, qui, dans les deux 
belles et correctes éditions qu'il a 
données de la Bible hébraïque, en 
1061 et 1667, a coté chaque verset. 
Vatable ayant fait imprimer une Bible 
latine, avec les chapitres ainsi divisés 
en versets, distingués par des nom- 
bres, son exemple a été suivi dans 
toutes les éditions postérieures; tous 
ceux qui ont fait des concordances, et 
en général tous les auteurs qui citent 
l'Ecriture, l'ont citée depuis ce temps- 
là par chapitres et par versets. Mais 
la division des pages d'un livre, par 
les lettres majuscules de l'alphabet, 
imaginée par le cardinal Hugues, a 
été mise en usage pour la plupart dus 
autres livres, soit des écrivains ecclé- 
siastiques, soit des auteurs profanes; 
et c'est par ce moyen que l'on est 
parvenu à en faire des tables très- 
commodes, qui sont aussi des espèces 
de concordances. 

La concordance hébraïque du rabbin 
Nathan a été beaucoup perfectionnée 
par Marius de Calasio, religieux fran- 
ciscain, dont l'ouvrage fut imprimé à 
Rome en 1021, et ensuite à Londres, 
l'an 1747, en 4 vol. in-folio. C'est un 
livre très-utile à ceux qui veulent bien 
entendre l'Ancien Testament ■ dans 
l'original ; outre que c'est la concor- 
dance la plus exacte, c'est aussi le 
meilleur dictionnaire que l'on ait pour 
cette langue. On peut voir, dans la 
préface de cet ouvrage, en quoi con- 
sistent les additions et les corrections 
que Calasio a faites au travail du rab- 
bin Nathan. 

Au mot Buile, à la fin, nous avons 
remarqué que la division du texte 
grec du Nouveau Testament en cha- 
pitres et en versets, est beaucoup plus 
ancienne, puisqu'elle date du cin- 
quième siècle ; mais elle n'avait pas 
été suivie dans la plupart des manus- 
crits. Les premières éditions grecques 
du Nouveau Testament, données par 
Robert Estienne, n'étaient pas distin- 
guées par versets ; mais comme il 
voulut donner une concordance grec- 
que de ce texte, qui fut en eifet im- 
primée par Henri son tils, il fut obligé 
de le coter par versets. Erasme Sclim ici, 
professeur de langue grecque à Wur- 



CON 



116 



CON 




: 



I 
" 



temberg, donna, en 1638, une con- 
cordance grecque du Nouveau Testa- 
ment, plus exacte que celle d'Henri 
Estienne. Prideaux, llist. des Juifs, 
tom. 1, liv. 5, pag. 208. 

La première concordance grecque de 
la version des Septante fut faite par 
Conrad Kirclier, théologien luthérien 
d'Ausbourg, imprimée à Francfort en 
16G7, en 2 vol. in-i" ; mais elle a été 
effacée par celle qu'a donnée Abraham 
Trommius, professeur à Groningue- 
en 2 vol. in-folio, et qui a été impri- 
mée à Amsterdam en 1718. 

Bergier. 

La concordance biblique de M. 
Dutripon est la plus moderne qui 
soit à notre connaissance : elle porte 
pour titre : concordantiœ Bibliorum 
sacrorum. Paris — 1838, Belin-Man- 
dar. — On peut mentionner aussi 
celle de Tienne, 1825. 

L'aurifodina sacra scientiarum di- 
vinarum par V. P. Robert, capucin, 
qu'a rééditée L. Vives, 2 vol. in-4°, 
peut servir dans la recherche des tex- 
tes sacrés, comme une concordance; 
elle présente même l'avantage de don- 
ner la phrase entière au mot cher- 
ché ; mais il ne serait pas exact de 
dire qu'on y trouvera absolument 
tous les mots de l'Ecriture sainte qui 
pourront venir à la mémoire. 

Le Nom. 

CONCORDATS. (Thêol. mixt. ethist. 
eglis. et état.) — « On appelle con- 
cordat, dit M. Buss, en droit publie 
et dans le sens le plus large, les traités 
par lesquels deux ou plusieurs gou- 
vernements s'entendent sur des af- 
faires d'un intérêt commun. » C'est 
ainsi que l'on dit encore, en Suisse, 
le concordat monétaire, le concordat 
d'octroi, etc., qui sont des traités entre 
divers cantons sur les monnaies, sur 
les octrois, etc. 

« Dans un sens plus restreint, 
ajoute le même auteur, on nomme 
encore concordats les traités entre 
une puissance ecclésiastique et une 
autre puissance ecclésiastique ou po- 
litique sur des affaires d'Eglise. » 

Dans un sens encore plus restreint, 
ou donnait autrefois le nom de con- 
cordats à des conventions entre un 



évêque et les supérieurs d'un couvent 
par rapport aux bénéfices du couvent, 
sur leurs droits réciproques au moment 
de la prise de possession de ces béné- 
fices. 

Enfin, dans le sens propre appliqué 
aujourd'hui au mot concordats, les 
concordats sont des traités conclus 
par le Pape, à titre de chef de l'Église 
catholique romaine, avec tels ou tels 
gouvernements pour la réglementa- 
tion des affaires ecclésiastiques dans 
leurs états. 

« Au point de vue de la forme, 
dit M. Buss, ou bien les concordats 
sont des traités synallagmatiques si- 
gnés par les deux parties contractantes 
ou par leurs fondés de pouvoir; tel 
fut, par exemple, le concordat de 
Bavière de 1817 : Conventio inter sanc- 
tissimumdominum Pium VII, summum 
Pontificem, et majestatem suam Maxi- 
milianum Josephmn, Bavarix regem; 
ou bien, après les conventions préa- 
lables entre le Pape et le souverain, 
le Pape publie une bulle par laquelle 
il promulgue les ordonnances ecclé- 
siastiques qu'il a arrêtées en vertu de 
son pouvoir législatif et organisateur, 
mais conformément aux conventions 
préalables, bulle à laquelle le gou- 
vernement qu'elle concerne adhère 
par un acte particulier. » 

La plupart des concordats sont pro- 
voqués par des difficultés qui s'élèvent 
entre la puissance politique et civile 
et la puissance religieuse, etlaplupart 
aussi ne portent que sur les points 
débattus dont ils sont la solution. 
Cependant les plus récents ont pris 
un caractère plus général par suite de 
l'extension des questions, entre les 
deux pouvoirs, à des séries entières 
d'intérêts politico-religieux. Il existe 
un ouvrage allemand dans lequel sont 
réunis tous les concordats ; c'est l'ou- 
vrage de M. Mùncb intitulé : Collection 
complète de tous les anciens et nouveaux 
concordats, Leipzig, 2 vol., 1830. 

Nous ne pourrions faire mieux, en 
ce qui concerne les concordats alle- 
mands, que de citer les analyses 
qu'en donne l'auteur catholique alle- 
mand déjà nommé, M. Buss; nous 
ajouterons cependant à ces analyses, 
en ce qui regarde le concordat qui fut 
conclu en 1856 entre l'empereur 



'!"v; 



CON 



117 



CON 



d'Autriche et le Saint-Père, un résumé 
des principaux articles de ce concordat 
tiré du manuscrit de notre Diction- 
naire des décisions romaines; quant 
aux concordats avec les anciens États 
Italiens, avec l'Espagne, avec le Por- 
tugal, avec laPulogue, avec les Pays- 
Bas et avec la Suisse, nous citerons 
encore M. Buss. Et quant aux concor- 
dats avec la France, après avoir ana- 
lysé brièvement les anciens, nous 
donnerons in extenso le nouveau 
concordat de 1801, ses articles orga- 
niques, la protestation de la papauté, 
par l'organe du cardinal Caprera, con- 
tre ces articles, et enlin la bulle d'ex- 
communication de Napoléon I er par 
Pie VII en 1809. 



CONCORDATS ALLEMANDS. 

1° Avec l'ancien empire germanique. 

« Le patronage suprême de l'Eglise 
étant lié à l'empire germanique, dit 
M. Buss, il en résultait des rapports 
qui nécessitèrent de bonne heure des 
conventions arrêtées entre le Pape et 
l'empereur. Le protecteur de l'Église 
garantissait au Saint-Siège la posses- 
sion de ses biens et de ses droits, et le 
Saint-Siège assurait à l'empereur cer- 
tains privilèges. Les traités entre 
Otlion I« et Jean XII (1), la consti- 
tution de Léon VU sur l'élection des 
Papes (2), dont l'authenticité a d'ail- 
leurs été contestée, étaient des con- 
ventions de ce genre. La situation 
de l'Eglise vis-à-vis des États germa- 
niques donna de fréquentes occasions 
de conclure des concordats; car, lors- 
que l'Église fnt adoptée par les Ger- 
mains, que la Providence avait des- 
tinés à être comme les hérauts du 
Christianisme, elle conserva la loi ro- 
maine, lexB.om.ana, comme la norme 
de sa vie publique, d'après le principe 
en vigueur chez le ; Germains de l'im- 
mutabilité du droit originaire des ra- 
ces, et l'Église put ainsi continuer à 
se développer sans interruption. Mais 
il était impossible que l'Eglise par- 
vint à se soustraire à l'intiuence des 

(1) Dana Pertz, Monnm., t. IV, p. 164, App. 
(2)0. 23, dist. LXIII. Pertz, I. c, p. 166. App. 



éléments germaniques, et comme, 
d'après les principes du droit germa- 
nique, en vertu desquels lapossession 
territoriale donnait droit de partici- 
per aux affaires et aux décisions po- 
litiques, l'Église, riche propriétaire 
du sol, devait être entraînée dans la 
vie politique de la nation, il naquit 
un rapport si intime entre l'Église et 
l'État, une dépendance réciproque 
telle, que cette union resta un trait 
caractéristique et permanent de l'É- 
glise catholique dans l'empire frank 
et germanique. Cette étroite commu- 
nauté de l'Église et de l'État se réalisa 
entre autres par l'application du lien 
féodal à l'Église. Les rois avaient 
donné de grands fiefs à l'Eglise ; les 
évèques, en tant que vassaux, entrè- 
rent par là dans des rapports de su- 
bordination à l'égard de la personne 
du roi, leur suzerain. Il en résulta 
unchangcmentessentiel clans l'ancien 
mode d'élection des évèques; car, 
dès les premiers successeurs de Clo- 
vis, le droit royal de confirmation 
devint un véritable droit de collation, 
contre lequel l'Eglise chercha long- 
temps sans succès à faire prévaloir ses 
anciens principes. L'investiture des 
évèques et des abbés par les rois au 
moyen de la crosse et de l'anneau, 
symbole spirituel de l'union de l'évo- 
que aveeson Eglise etde sa charge pas- 
torale, avait rendu non-seulement la 
dignitépolitique et le bénéfice, mais la 
charge épiscopale elle-même, l'objet 
de l'investiture. Plus donc l'Eglise, en 
tant qu'institution divine, reposant 
sur la volonté immédiate de son fon- 
dateur, devait se défendre contre l'in- 
fluence de l'État, plus aussi elle dut 
résolument combattre l'opinion ger- 
manique de l'investiture par les laï- 
ques, reposant sur les rapports de la 
féodalité. Grégoire VII et ses succes- 
seurs, Victor III, Urbain II, Pascal II, 
Gélase II et Calixte II, luttant contre 
Henri IV et Henri V, opposèrent les 
plus vigoureuses résistances à cette 
perturbation des rapports légitimes 
entre l'Eglise et l'Etat; et de là la 
guerre des Investitures, qui dura un 
demi-siècle. 

« Elle fut terminée par le Concordat 
Calixîin ou de Worms. Par ce traité, 
conclu le 23 septembre 1122 entre 



1 

■il 




CON 



118 



CON 



Calixte II et Henri V, et ratifié par le 
premier concile de Latran de 1123, 
l'empereur reconnut la liberté cano- 
nique des élections des évoques et 
des abbés ; il renonça à l'investiture 
par la crosse et l'anneau. En revan- 
che le Pape accorda que les élections 
des évêques et des abbés de l'empire 
germanique, appartenant à ce royau- 
me de Germanie, se feraient en pré- 
sence de l'empereur ou de son repré- 
sentant, sans simonie et sans violence 
aucune, et que, si une élection était 
discutée, l'empereur, après avoir de- 
mandé le conseil ou le jugement des 
métropolitains et des évêques de la 
province, s'attribuerait la saniorpaps; 
que l'élu recevrait les droits régaux 
par le sceptre des mains de l'empe- 
reur, excepté toutefois ceux qu'on 
savait appartenir à l'Eglise romaine ; 
— que dans les autres parties de 
l'empire d'Allemagne l'évoque consa- 
cré recevrait les droits régaux des 
mains de l'empereur, par le sceptre, 
dans l'espace de six mois. Ce traité 
trace une ligne de démarcation nette 
et positive clans l'organisation des rap- 
ports entre l'Eglise et l'État. Aujour- 
d'huiil n'a plus de valeur, l'élection des 
évêques n'ayant plus guère lieu que 
dans les Etats protestants, tandis que, 
dans les Etats catholiques, au droit 
d'élection a été presque partout sub- 
stitué le droit de nomination, dévolu 
au souverain, la confirmation ou la 
consécration de l'é\ èque , élu ou 
nommé, étant devenu un droit ré- 
servé au Pape. 

« Le droit régalien (jus regalix) 
s'introduisit dans les royaumes ger- 
maniques absolument dans le même 
esprit d'usurpation que le droit d'in- 
vestiture des rois de Germanie, ces 
rois traitant les biens des églises 
épiscopales et des abbayes comme 
des fiefs royaux et s'arrogeant, d'après 
le droit féodal, l'administration des 
revenus durant les vacances. Jl en 
fut de même du droit de dépouilles, 
jus spolii, exuviarum, les rois s'atlri- 
buaut à la mort d'un évèque ses biens 
mobiliers. 

« Il y eut de nouvelles conventions 
entre les Papes et les empereurs pour 
mettre un terme à cette injustice. 
Ainsi Othon IV, Frédéric II, Rodol- 



phe de Habsbourg renoncèrent par 
Ses concordats ou des capitulations 
au droit régalien ; Othon IV, lors de 
son élection, en 1197, et plus tard 
dans la capitulation proposée par In- 
nocent III, en 1209, et Frédéric II 
(1213, 1216, 1219 et 1220) (1) renon- 
cèrent au droit de dépouilles. 

« L'influence universelle de l'Eglise 
sur la direction morale du moyen 
âge, influence devant laquelle l'Etat, 
de plus en plus affaibli, s'était retiré, 
avait cependant excité une réaction 
partielle d'abord et qui devint de plus 
en plus générale. L'immensité même 
de la tâche que la Papauté avait en- 
treprise, et que les plus illustres des 
Papes réalisèrent dignement, avait 
rendu nécessaire, pour arriver à l'u- 
nité dans l'administration de l'Eglise, 
une grande centralisation; elle avait 
renforcé le monarchisme ecclésiasti- 
que, déterminé une stricte dépen- 
dance des dignitaires à l'égard de la 
puissance papale, et considérable- 
ment augmenté le nombre des fonc- 
tionnaires nécessaires pour réaliser 
les droits de la primauté. Dès lors 
aussi il fallut augmenter les revenus 
de la Papauté, et cette augmentation 
avait eu naturellement lieu par la 
multiplication des droits de réserve 
des Papes sur les dignités ecclésiasti- 
ques et par le grand nombre des ap- 
pels en cour de Rome. Mais, lorsque 
le grand schisme ('1378-1409) rompit 
l'unité ecclésiastique pour laquelle 
les peuples avaient volontiers aban- 
donné leurs droits et leurs libertés, 
et qu'à la place de la haute institution 
d'une Papauté respectable par son 
but comme par son origine, forte par 
son unité comme par son dévouement, 
furent substitués, l'ambition et l'ô- 
goïsme personnel des Papes, la réac- 
tion produisit dans l'Eglise comme 
dans l'Etat une décentralisation au 
moyen de laquelle les nations cru- 
rent pouvoir suffire par elles-mêmes 
à des besoins dont elles n'attendaient 
plus la satisfaction d'une Papauté 
momentanément défaillante. Les peu- 
ples redemandèrent ces droits d'in- 
dépendance ecclésiastique dont ils 



(1) Dans Pertz, Monum.. t. IV, p. 205, 217, 224, 
S&6, 231,236. 



CON 



119 



CON 



avaient antérieurement de leur plein 
gré fait le sacrifiée en vue de l'unité. 
Ce fut l'esprit qui anima le concile 
de Constance (1414-18), dans lequel 
les évèques réclamé l'ont pour les 
Eglises de leur nation une série de 
droits qui, avec le cours des temps, 
avaient été dévolus à la primauté des 
Papes. 

<c Le pape Martin V, voulant réa- 
liser la réforme ecclésiastique ins- 
tamment réclamée par les nations, 
institua, peu après son élection, une 
commisssion de réforme, composée 
de six cardinaux et d'un grand nom- 
bre de délégués des nations ; mais on 
vit bientôt que les maux auxquels il 
fallait remédier étaient trop divers et 
les peuples trop désunis pour qu'on 
put arriver à une réforme générale. 
Il ne resta d'autre moyen que de pro- 
mulguer la série des décrets généraux 
de réforme les plus nécessaires et de 
conclure des traités particuliers avec 
chaque nation. Ils furent en effet con- 
clus pour cinq ans avec les nations al- 
lemande et française, sans terme 
marqué avec la nation anglaise. Ces 
traités reçurent alors pour la pre- 
mière fois le nom de Concordats. 

« Au commencement de 1418, les 
représentants de la nation allemande 
soumirent au Pape dix-huit articles 
de Reformatione supremi status ec- 
clesiastici. Le résultat des négociations 
fut la convention du 15 avril 1418, 
intitulée, dans le document original : 
Noivvdla Capitula comordata et ab 
utroque suscepta. Le chapitre I<> r traite 
du nombre, des attributions et de la 
nomination des cardinaux; II, de la 
provision des églises, des couvents, 
des prieurés, des dignités et des autres 
bénélices ; III, des annates ; IV, des 
affaires judiciaires qui doivent être 
soumises à la cour romaine ; V, des 
commendes ; VI, de la simonie dans le 
for de la conscience ; VII , de l'abolition 
de la défense de communiquer avec 
les excommuniés avant qu'ils aient 
été déclarés et dénommés tels par 
le juge; VIII, des dispenses; IX, de 
l'entretien du Pape et des cardi- 
naux; X, des indulgences; XI, de la 
durée et de la validité du concordat 
intervenu entre le pape Martin V et 
la nation allemande. — Le nombre 



des cardinaux fut restreint à vingt- 
quatre, et on ordonna une observa- 
tion plus rigoureuse des qualités né- 
cessaires pour revêtir un candidat de 
la pourpre. On détermina plus nette- 
tement le droit papal sur la collation 
des bénéfices, et on garantit le droit 
d'élection et décollation d'autres per- 
sonnes contre les réserves papales et 
les expectatives données par la cour 
romaine. On arrêta les conditions 
scientifiques nécessaires pour obtenir 
des bénélices, et on défendit le cumul 
des charges ecclésiastiques. On dimi- 
nua les annates. On limita la juridic- 
tion de la curie romaine par rapport 
aux affaires qui devaient lui être sou- 
mises. On restreignit la collation des 
commendes. On détermina plus net- 
tement et d'une façon plus pratique 
le jugement de la simonie au for de 
la conscience. On abolit la défense de 
communiquer avec les excommuniés 
avant la publication juridique de la 
sentence. On restreignit le droit de 
dispenses réservé au Pape, notam- 
ment par rapport à l'âge légal né- 
cessaire pour obtenir un bénélice. On 
décida que l'entretien du Pape et des 
cardinaux ne devait être que le résul- 
tat des bénélices et des communia 
servitia ; mais certains bénélices et 
certaines fondations furent exceptés 
de l'emploi qu'on aurait pu en faire 
à celte lin. L'abus des indulgences fut 
défendu, et en définitive le concordat 
déclaré valable pour cinq ans seule- 
ment. 

« Le concordat de Constance se 
trouve dans Mansi (1) et dans Munch 
(2); on voit que cette réforme était 
trop limitée en vue de l'attente de la 
nation allemande et n'était que 
temporaire. La réforme qu'on n'avait 
pu réaliser à Constance devait être 
accomplie par le concile de Bâle; 
mais les discussions qui s'élevèrent 
entre le pape Eugène IV et le concile 
firent dépendre le succès de laréforme 
surtout de la position que prirent les 
divers États dans cette circonstance. 
Les princes électeurs réunis à Franc- 
fort s'étaient déclarés neutres le 17 
mars 1438 ; mais, à la dièle de Mayeace 



(1) Coll. Concil,. t. XXVII, col. 1184 1195. 

(2) Collect. ries Concord., 1. 1, p. 20,31. 



il 









';•■ : 



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rm -iso 

du 26 mars 1439, ils adoptèrent 26 
décrets de réforme de Bàle avec des 
modifications ; toutefois ils rejetèrent 
la conclusion relative à la suspension 
du Pape et d'autres dispositions con- 
cernant cette suspension (1). Les élec- 
teurs prirent à la diète de Mayence 
de 1441 des résolutions, dites avisa- 
menta, telles que, quel que fut le 
parti auquel les princes adhéreraient, 
il fût avant tout avisé à ce que l'auto- 
rité des conciles œcuméniques ne fût 
pas affaiblie, que les plaintes de la 
nation allemande fussent apaisées, et 
qu'on prit des mesures contre le re- 
tour de récriminations analogues. 
Le roi des Romains et les princes élec- 
teurs devaient s'entendre sur ces airf- 
samenta et sur un appuimutuel contre 
toute espèce d'agression (2). En 1445 
l'irritation des princes devint fort 
grande à la suite de la déposition des 
archevêques princes électeurs de Trê- 
ves et de Cologne, qui avaient été les 
défenseurs du concile de Cale. Les 
princes se réunirent à Francfort le 21 
mars 1446 et arrêtèrent qu'il fallait 
que le Pape reconnût le décret du 
concile de Constance sur l'autorité 
des conciles œcuméniques, convoquât 
un concile universel pour le 1 er mai 
1447 dans l'une des villes de Cons- 
tance, Strasbourg, Worms, Mayence 
ou Trêves, et reconnût les décrets de 
réforme de Bàle admis par le roi Al- 
bert et par les princes électeurs à 
Mayence; que, si le Pape répondait 
à ces désirs, ils le reconnaîtraient 
comme Pape, lui obéiraient et atten- 
draient les décisions du futur concile 
que les princes électeurs adopteraient 
unanimement; que, si le Pape n'ad- 
hérait pas à ces demandes, les prin- 
ces électeurs tiendraient le concile 
de Bàle pour un concile véritable et s'y 
soumettraient; que toutefois le con- 
cile se retirerait pour un temps dans 
une ville qui serait désignée par les 
princes. Si le Pape cédait, on devait 



C9X 



(i)Oo peut voir l'acte d'acceptation dans Gœr- 
tner, Corpus Juris ecclesiastici Catholicoi r n no- 
■ewns, pwdper Germamam obtmet, Salisburm 

1791-1/99, t. I, p. s 64; clans Emmtoglans, Corp, 

Jur. Germ.acai., Ire édit., pars I, p. 43-61 -dans 

"2\ n Coll, ' rt " > " des Concordais, pars I, p. 42-77 

^, Oa peut voir ces avisamenta dans Gœrtner! 

'. c., t. I, p. 61-74. ' 



amener le concile de Bàle à se trans- 
férer dans la ville qui serait choisie 
pour le prochain concile universel 
Si le roi ne s'alliait pas à ces démar- 
ches des princes, ceux-ci agiraient en 
leur propre nom et pour eus seuls. 
Une deputation royale devait s'asso- 
cier a. celle des princes pour remettre 
au Pape les demandes arrêtées entre 
les princes, et le Pape devait faire 
connaître ses résolutions à la diète 
qui se réunirait le 1« septembre 1446 
a Francfort. 

' , « Le 10 juinl446 le roi desRomains 
s unit de nouveau aux princes élec- 
teurs et aux autres princes pour ré- 
tablir la paix entre l'Eglise et l'empire. 
Eugène IV, dans les pouvoirs qu'il 
remit a son légat envoyé à la diète 
de Francfort, déclara qu'il voulait 
reconnaître et respecter les décisions 
du concile œcuménique de Constance 
et de Baie, celles de ce dernier depuis 
le commencement jusqu'au moment 
de la translation ordonnée par lui du 
concile àFerrare, sans préjudice tou- 
tefois pour le droit, les dignités et 
les prééminences du Saint-Siéo-e et 
il chargea les légats de confirmer et 
d agréer les décrets susnommés. Ce- 
pendant, en compensation des torts 
que quelques-uns de ces décrets fai- 
saient au Saint-Siège, on devait trou- 
ver un moyen de fournir au Pape une 
juste provision par la nation et ses 
prélats. Ainsi le Pape lit déclarer par 
ses tondes de pouvoir, Jean Carvajal 
et Nicolas de Cuse. à l'assemblée de 
Francfort, qui se tint le S octobre 
14*6, qu il était prêt à convoquer, en 
temps opportum, un concile œcumé- 
nique dans une des cinq villes nom- 
mées ; à reconnaître l'autorité, l'hon- 
neur et la dignité du concile universel 
d après les décrets du concile de Cons- 
tance commençant par ce mot : Fre- 
quens; qu'il voulait remédier aux 
griefs de la nation allemande d'après 
les décrets adoptés à Baie, dans l'es- 
noir que cette nation dédommagerait 
le Saint-Siège des pertes qu'il faisait : 
quil rétablirait les princes électeurs 
ecclésiastiques de Trêves et de Colo- 
gne^ si toutefois ils rentraient dans • 
1 obéissance. Pour obtenir les bulles 
nécessaires on résolut d'envoyer une 
deputation au Pape, qui, en retour 



f 



CON 



121 



CON 



des bulles, remettrait la déclaration 
des princes et annoncerait le résultat 
de son ambassade à un jour fixe à 
Nurenberg (1). 

«Les propositionsde la nation alle- 
mande furent transmises au Pape par 
une députation solennelle, dont l'ora- 
teur était vEnéas Silvius Piccolo- 
mini (2). Il avait déjà parlé assez 
habilement, dans la diète des princes 
électeurs, à Francfort, en septembre 
1446, pour gagner les conseillers des 
princes et pour donner aux articles 
de ces princes une tournure telle 
qu'elle supposait la reconnaissance 
de l'autorité du concile universel, l'a- 
bolition des griefs de la nation alle- 
mande et la réintégration des deux 
électeurs. Il parvint aussi à faire 
aboutir ses négociations à Rome. Le 
Pape signa, sur son lit de mort, les 
bulles qui répondaient à ces deman- 
des : une bulle, du H février 1447, en 
vue de la réintégration des archevê- 
ques Jacques de Trêves et Diétricb de 
Cologne; une bulle, du même jour, 
sur la convocation d'un nouveau con- 
cile œcuménique ; une autre bulle, 
aussi de ce jour, qui concédait à la 
nation allemande le droit d'appliquer 
désormais valablement les décrets 
arrêtés à Bàle sous Albert II, jusqu'à 
ce qu'il en eût été décidé autrement, 
soit par l'autorité d'un concile, soit 
par toute autre convention, le Pape 
manifestant la confiance que les 
princes ne permettraient pas que dans 
l'intervalle l'Église romaine fût dé- 
pouillée de ses droits. 

« La bulle du 5 février 1447 ac- 
corde divers induits, dispenses et 
concessions en faveur de la nation 
allemande, relatifs aux difficultés nées 
lors du cojillit entre le Pape et le 
concile de Bàle. 

« Le o février 1447 le Pape, acca- 
blé par une maladie mortelle, et ne 
s'en liant plus à sa prévoyance par 
rapport aux points qu'il avait traités, 
publia une Bulla salvatoria dans la- 
quelle il se défendait d'avoir voulu 



(1) La déclaration des princes se trouve dans 
Gartner, I. c, t. I p. 89-93. 

(2) On reconnaît les demandes de la nation al- 
lemande dans le di cours qu'/Euéas Sylvius tint au 
Pape, le 5 janvier 1 147, et qu'on trouve dans Ga;r- 
tner, 1. c. t. I, p. 111, en note. 



porter atteinte, par ses concessions, 
à la doctrine des saints Pères, aux 
privilèges et à l'autorité du Saint- 
Siège, et déclarait nul tout ce qu'il 
avait accordé de contraire à ces 
droits (I). 

« La convention de Francfort du S 
octobre 1446 et les bulles d'Eugène 
IV la rectifiant se nomment ensemble 
le Concordat de Francfort ou le Con- 
cordat des Princes. Les 26 décrets de 
réforme du concile de Bàle, admis 
par l'Eglise, en font la base princi- 
pale. Les plus importants de ces dé- 
crets concernaient la convocation et la 
tenue des conciles universels, leur 
autorité et leur puissance, le rétablis- 
sement des conciles diocésains et 
provinciaux, les élections et les con- 
firmations des évoques et des prélats, 
la conversion des Juifs, les concubi- 
naires publics du clergé, le mode 
de communication permis avec les 
excommuniés , les suspensions et 
l'interdit, les annales, le service du 
chœur, le nombre et les attributions 
des cardinaux, les réserves, la colla- 
tion des bénéfices, les qualités des 
candidats aux bénéfices, le mode de 
collation, les procès judiciaires et les 
appels. 

« Nicolas V confirma, par un acte 
du 28 mars 1447, les concessions fai- 
tes par son prédécesseur à la nation 
allemande (2) ; mais, comme la re- 
connaissance des décrets de Bàle par 
le pape Eugène IV n'avait eu lieu 
que sous la réserve qu'on trouverait 
moyen d'indemniser le Saint-Siège, 
on arrêta, le 13 juillet 1447, à la diè- 
te d'Ascbaffenbout'g, qui avait décidé 
de maintenir l'obédience à l'égard de 
Nicolas V, qu'on aviserait, à la nou- 
velle diète des princes, fixée à Nuren- 
berg (1448), _ au règlement de cette 
indemnité, si on n'avait pas pu jus- 
que-là s'entendre à ce sujet avec les 
légats (3). 

« Cependant, l'empereur Frédéric 
III conclut seul avec le cardinal-légat 
Jean Carvajal, à Vienne, le 17 février 
1448, une convention qui, revenant 



(1) Voy. dans Gœrtner, I. c, t. I, p. 111, en 
note. 

(2) Voy. dans Grertner, I. c, t. I, p. 1 18-120„ 
(3; Ibid., 1. 1, p. 140, lus Documents. 




\ 



CON 



122 



CON 



'»:' 



sur les principes du concordat de 
Constance, accordait au Pape les ré- 
serves du droit écrit (reservationes 
juris scripti) (i), celles des constitu- 
tions Execrabilis (2) et Ad regimen (3), 
sauf quelques modifications , ainsi 
que le droit de confirmer toutes les 
élections des évèques, que le concor- 
dat des princes avait restreint aux évê- 
cliés soumis immédiatement au Saint- 
Siège; le droit de casser les élections 
non canoniques, et de nommer par 
droit de dévolution aux évêchés restés 
vacants; puis l'alternative des mois, 
alternatio mensium, c'est-à-dire le 
droit de conférer toutes les charges 
ecclésiastiques non particulièrement 
réservées (sauf les dignités des églises 
cathédrales et collégiales) qui vien- 
draient à vaquer pendant les mois 
dits papaux, janvier, mars, mai, 
juillet, septembre et novembre. Les 
annates devaient être modérées et 
payées tous les deux ans. Pour tout 
le reste la convention conclue entre le 
Pape et l'empereur ne devait rien 
changer à ce qui avait été accordé 
par les bulles d'Eugène IV, citées 
plus haut, jusqu'au moment du con- 
cile œcuménique, et confirmées par 
Nicolas V, en tant qu'il ri'}' aurait pas 
de disposition contraire à la conven- 
tion actuelle. Ce traité, appelé faus- 
sement autrefois Concordat d'Ascha- 
ffenboury , oulerecez d' Aschaffenboury, 
se nomme réellement le Concordat de 
Vienne (4). 

« Comme ce concordat n'avait été 
conclu que par l'empereur, il fallait, 
pour le faire reconnaître universelle- 
ment, obtenir le consentement des 
États do l'empire, que le Pape ne 
gagna que par des négociations par- 
ticulières avec les princes électeurs et 
les archevêques. Ce concordat ne pir- 



(1) Qui dérivent de Clément IV, et se trouvée. 
cap. 2, de irxb. et dign., in t. VI (III, 4 ). 

(2) La entistit. de J"nn \\I[, Ew$ecrabili0 3 d. d. 
13 cal. dec, 1317, se trouve dans Extrait Joann. 
XXII, c. 1, de Prssb. ( lit. 3), et daus Extrav. 
Connu, e. 4, eod. ( 111, 2 ). 

(3) La const. de Benoi XII, De reg\men, d. d. 
3 idusjannar. 1335, setrnnve dans Extrav. Comm., 
c. 13. eodem ( 111,2). 

(4) Il est imprimé dans Gacrtner, Corp. Jur. ec- 
cles. Caihoi. nojjipriSf '/uod per (ïermaniam ob- 
tinet, t. I, p. 121-128; dfins Émtniaghanc, Corp. 
Jur. Germ. ucad., t. I, p. 9G-I04, dans Muneh, 
Coll. des Concord., t. J, p. 88-93. 



vint donc que peu à peu à être re- 
connu comme loi universelle de l'em- 
pire (1). 

« Les concordats de Francfort et de 
Vienne, nommés ensemble les Con- 
cordats de la nation allemande, for- 
maient une loi ecclésiastique fonda- 
mentale de l'empire germanique. Elle 
ne fut pas détruite avec cet empire ; 
les articles en vertu desquels certains 
droits sont acquis et certaines obliga- 
tions imposées soi.t valables en tant 
que de nouvelles conventions ne les 
ont pas modifiées et subsistent comme 
parties intégrantes du droit ecclésias- 
tique des pays qu'ils concernent. » 

2° Avec les États de la Confédération 
Germanique. 

« Le recez de la députation de l'em- 
pire de 1803 avait sécularisé les pos- 
sessions immédiates de l'Église catho- 
lique, pour indemniser les princes 
héréditaires allemands de la perte de 
leurs possessions sur la rive gauche 
du Rhin, dont avait disposé en faveur 
de la France le traité de Lunéville de 
1801, et avait donné le droit aux prin- 
ces dépossédés de s'emparer des fou- 
dations et des couvents de leurs États. 
Cette sécularisation ébranla si pro- 
fondément l'Église que le recez de la 
députation de l'empire s'était lui- 
même réservé, dans le § 62, une nou- 
velle organisation des diocèses et des 
chapitres. L'abolition de l'empire 
d'Allemagne, en 1806, fit perdre à 
l'Eglise catholique, en Allemagne, le 
représentant du protectorat universel 
de l'Église. La Confédération du Rhin 
ne fut pas l'héritière légitime de l'em- 
pire d'Allemagne; elle n'avait, par 
conséquent, pas l'obligation de réta- 
blir et de réorganiser les diocèses : 
cette obligation pesait sur chaque 
Etat en particulier. Mais l'agitation 
du temps, la ruine des finances n'é- 
taient pas favorables à ce rétablisse- 
ment, et quoique, dès 1807, les royau- 
mes do Wurtemberg et de Bavière 
ouvrirent des négociations avec la 1 



(i)Becez imp. de 1197, g 24. Reeez àa 1498, 
§ 55. Recez do 1500, tit. 4.ï, Ordonn. du Ctrns. 
aul. de l'emp ; de 1654, tit. VII. g Si, et Capitu- 
lations des élections. 



. CON 



123 



CON 



cour de Rome, elles n'aboutirent à 
rien. 

« L'Église tomba ainsi dans un pro- 
visoire plein de dangers. Le congrès 
de Vienne eut donc pour tâche à cet 
égard une grande restauration. L'Al- 
lemagne catholique attendait avec im- 
patience et conliance la réparation 
d'une immense injustice; mais l'at- 
tente fut trompée : on ne prit pas de 
mesures communes pour reconnaître 
formellement les droits de l'Église. Le 
congrès abandonna le soin de réorga- 
niser l'Eglise à chaque gouvernement. 
Ceux-ci entrèrent en effet: en négocia- 
tions avec le Siège apostolique, et il 
en résulta des concordats particuliers 
pour chaque Etat. En Autriche l'or- 
ganisation des diocèses avait subsisté ; 
la nécessité d'un concordat ne s'y fit, 
par conséquent, pas sentir à ce sujet 
à cette époque. 

« Les nouveaux concordats furent : 

« 1° Le concordat du royaume de Ba- 
vière. — Il fut conclu entre le Pape 
Pie VII et le roi Maximilien-Joseph 
ï er , par l'entremise de Mgr Casimir, 
baron de Hafelin, évèque in partibus, 
plénipotentiaire du roi , et de Son 
Excellence le cardinal secrétaire d'E- 
tat Hercule Consalvi, le 5 1817, et 
confirmé par un décret royal du 24 
octobre de la même année. Ce concor- 
dat reconnaît, dans son article I er , à 
l'Eglise catholique, dans le royaume 
de Bavière, les droits et les préroga- 
tives dont elle doit jouir d'après les 
ordres de Dieu et les principes cano- 
niques ; il détermine, dans l'art. II, 
l'érection des deux archevêques de 
Munich- Freysing et de Bamberg, dont 
le premier a pour suffragants les ôvê- 
chés d'Augsbourg, de Ralisbonne et 
de Passau; le second les évèchés de 
Wurbourg, Eichstaidt et Spire. 

« L'article III arrête la formation 
des chapitres ; IV, la dotation des 
évoques et des chapitres ; V, règle les 
séminaires, leur entretien, leur ins- 
titution, leur libre direction épisco- 
pale ; VI, la fondation et la dotation 
d'un éinéritat; VII, la création de 
quelques couvenls d'hommes et de 
femmes; VIII, donne des garanties 
pour la conservation des biens ecclé- 
;i; cliques conformément h leur fon- 
dation; IX, renferme l'induit de la 



nomination royale pour les archevê- 
chés et les évèchés, la détermination 
des annates, des taxes de chancellerie, 
d'après les revenus annuels de cha- 
que siège ; X, réglemente la prise de 
possession des chapitres; XI, celle des 
autres bénéfices ; XII, garantit aux 
évoques le libre exercice de leur 
charge et la juridiction spirituelle 
dans ses différentes directions ; XIII, 
le droit qu'ont les évèques de deman- 
der la censure du gouvernement à 
l'égard des écrits contraires à l'Eglise; 
XlV, assure le secours du bras sécu- 
lier à l'Eglise et à ses ministres con- 
tre la violence; XV, oblige les évoques 
â prêter serment de fr élite entre les 
mains du roi ; XVI, abolit les lois et 
ordonnances de Bavière contraires au 
concordat. L'art. XVII arrête que les 
intérêts des personnes et des choses 
ecclésiastiques , non prévus dans les 
articles du concordat, seront réglés 
d'après la doctrine de l'Eglise et sa 
discipline ancienne et permanente; 
les difficultés à naître seront réglées 
entre le Pape et le roi. Dans l'art. 
XVIII, les deux parties contractantes 
promettent d'observer consciencieu- 
sement ces articles, et le roi s'engage 
à proclamer cette convention, loi de 
l'Etat; il s'engage en outre, pour lui 
et ses successeurs, à ne rien ajouter 
à ces conventions, à n'y rien changer, 
à n'en rien omettre sons l'autorisa- 
tion et la coopération du Siège apos- 
tolique. L'art. XIX détermine le temps 
de l'échange des ratifications. 

« Nous avons donné le sommaire 
de ce concordat parce que c'est le plus 
complet des nouveaux concordats al- 
lemands. 

« 2° Celui de Prusse. — Le chan- 
celier d'État, prince de Hardenberg, 
parvint à s'entendre avec le Saint- 
Siège pour l'organisation de l'Église 
catholique dans la monarchie prus- 
sienne, et il en résulta la bulle de 
circonscription de Pie VII, du 16 juil- 
let 1821, de Sainte animarurn, qui fut 
ratiliôe comme loi de l'État par un 
ordre du roi Frédéric-Guillaume III, 
du 23 août de la môme année. Cette 
convention renferme simplement l'an- 
nonce des archevêchés et des évèchés 
nouveaux, des mesures relatives à 
leur érection et à celle des chapitres, 





CON 



124 



CON 






aux qualités des électeurs, à l'élec- 
tion des évêques par le chapitre, à la 
circonscription des diocèses, à la do- 
tation des évêques et des chapitres, 
à la taxation des églises métropoli- 
taines et épiscopales dans les livres 
de la chambre apostolique. Du reste 
le concordat de 1801 s'applique aux 
provinces rhénanes de la rive gauche 
échues à la France par le traité de 
Lunéville, et plus tard adjugées à la 
Prusse, en tant que la bulle de Sa- 
lute animarum ne déroge pas à ce 
concordat de 1801. 

« Les obstacles anciens ne permi- 
rent de réorganiser que postérieure- 
ment et conformément à la bulle de 
Salute les chapitres métropolitains de 
Gnesen et de Posen, au sujet desquels 
le prince évèque d'Ermeland, Joseph 
de Hohenzollern, publia, en qualité 
de délégat apostolique, deux décrets 
exécutifs, du 25 janvier 1830. 

« 3° Plusieurs États de la Confédé- 
ration, savoir : le Wurtemberg, Bade, 
la liesse électorale, le grand-duché de 
liesse, Nassau,, Mecklembourg , les du- 
chés de Saxe, Oldenbourg, Waldech 
et les villes libres de Francfort, Lubech 
et Bremen, s'entendirent pour entrer 
en commun en négociation avec la 
cour de Rome. Les représentants de 
ces divers gouvernements s'étaient 
réunis à Francfort, le 24 mars 1818, 
pour convenir des bases de la négo- 
ciation. 

« La matière des conférences de 
ces hommes d'État fut le Projet d'une 
convention sur les affaires de l'Église 
catholique dans les Etats de la confé- 
dération germanique, et la déclaration 
qui en avait été tirée et qui devint 
la base des négociations qu'on devait 
entamer avec le Saint-Siège, et dont 
le sommaire fut soumis au Pape par 
une ambassade le 24 mars 1819. 

« Lorsque la réponse du Saint-Père 
eut été donnée aux ambassadeurs 
dans la note du secrétaire d'Etat, du 
10 août 1819, dont nous avons déjà 
parlé plus haut, et qui admettait 
quelques articles de la déclaration et 
en rejetait la majeure partie, les am- 
bassadeurs remirent, le 3 septembre 
1819, au secrétaire d'Etat, une note 
qui modifiait quelques points do la 
déclaration, modifications qu'ils pré- 



tendaient les dernières concessions 
possibles des Etats. Dans le cas où 
cette note ne serait pas agréée, on 
demandait que la secrétairerie d'Etat 
communiquât aux gouvernements l'or* 
ganisation provisoire des provinces 
ecclésiastiques qu'il avait promise. 
« Rome n'accepta pas plus la dé- 
claration modifiée que la déclaration 
primitive, et c'est ainsi que les négo- 
ciations de la conférence de Franc- 
fort traînèrent du 22 mars 1820 au 
24 janvier 1 821 , ne portant pour ainsi 
dire que sur l'organisation provisoire 
des diocèses. Les gouvernements des 
divers Etats projelèrent une nouvelle 
pragmatique ecclésiastique et le for- 
mulaire d'une organisation fonda- 
mentale. Le plan d'organisation fut 
communiqué au Saint-Siège et ren- 
voyé par celui-ci à Francfort avec la 
demande de quelques changements, 
et, lorsque les Etats confédérés furent 
parvenus à s'entendre sur les limites 
des diocèses et la dotation des évê- 
chés, et qu'on en eut soumis le pro- 
jet au Pape, Pie VII promulgua, 
le 16 août 1821, la bulle de circons- 
cription Provida solersque pour la 
province ecclésiastique du Haut- 
Rhin nouvellement créée, et compo- 
sée de l'archevêché de Fribourg et 
des évèchés de Rottenbourg, Mayence, 
Fulde et Limbourg. 

« Des négociations ultérieures firent 
renoncer ces Etats à plusieurs des 
points que Rome n'avait pas voulu 
admettre. Léon XII publia, le 11 avril 
1827, la bulle d'érection Ad Dominici 
Gregis custodiam, qui renferme les 
conditions les plus indispensables 
sur l'élection des évêques, le procès 
d'information, la concession d'une 
seconde élection, par une faveur spé- 
ciale du Pape, dans le cas où l'élec- 
tion ne serait pas canonique une pre- 
mière fois ou si l'élu n'avait pas les 
qualités exigées, sur les nominations 
premières et successives des membres 
des chapitres, sur les séminaires, la 
liberté des rapports avec Rome, 
l'exercice delà juridiction épiscopale,. 
conformément aux lois de l'Eglise en 
vigueur et la discipline ecclésiasti- 
que. Les journaux officiels publièrent 
en automne 1827 l'assentiment des 
gouvernements à la bulle pontificale. 



CON 123 



CON 



Cependant l'art. S, sur les séminaires, 
et l'art. 6, concernant la liberté des 
rapports avec le Saint-Siège et la ju- 
ridiction épiscopale, furent exceptes, 
quoiqu'on en fût convenu durant les 
négociations. Nous avons montré 
qu'on no peut admettre cette distinc- 
tion partielle sur des points mutuel- 
lement convenus d'avance. 

« 4° Le concordat avecle Hanovre. — 
Desnégociations avaient été entamées 
entre Pie VII et le roi George IV pour 
régler les affaires de l'Eglise catholique 
en Hanovre ; mais on ne tomba d'ac- 
cord que sous Léon XII. qui publia 
la bulle de circonscription Impensa 
Romanorum Pontificum sollicitudo, du 
20 mars 1824, érigeant définitive- 
ment l'évêché de Hildesbeim et éven- 
tuellement celui d'Osnabruck. Cette 
bulle renferme des dispositions rela- 
tives à l'érection du chapitre de Hil- 
desbeim, sur la dotation de l'évêché 
et du chapitre ; des dispositions ana- 
logues, mais éventuelles, sur l'évêché 
et le chapitre d'Osnabruk, composé, 
doté comme celui de Hildesheim ; sur 
les- revenus du séminaire proportion- 
nés à ses besoins. Les deux sièges 
épiscopaux sont sous la dépendance 
immédiate du Saint-Siège. La bulle 
renferme en outre des dispositions 
sur l'élection de l'évèque, le procès 
d'information, la consécration de l'é- 
vèque, la nomination des chanoines, 
la circonscription des diocèses, la 
taxation de deux Eglises dans les li- 
vres de la Chambre apostolique. 

« b° Le concordat avec la Saxe. La 
situation de l'Eglise de Saxe fut ré- 
glée avec le Saint-Siège par des né- 
gociations verbales, .en suite des- 
quelles, en 1828, deux évoques in 
partibus furent institués comme vi- 
caires apostoliques et pourvus des 
pouvoirs nécessaires. 

6° Le concordat des Pays-Bas, du 

18 juin 1827, s'applique a la partie 
appartenant à la Confédération ger- 
manique du grand-duché de Luxem- 
bourg et au duché de Limbourg, par 
lequel le roi des Pays-Bas est entré 
dans la Confération germanique en 
place de la partie de Luxembourg at- 
tribuée à la Belgique parle deuxième 
article du traité de Londres du 

19 avril 1839. 



« 7° Sous certains rapports, il con- 
vient aussi de rappeler ici la conven- 
tion conclue le S janvier 1830 pour 
régler les affaires diocésaines des ha- 
bitants catholiques du duché d'Olden- 
bourg. Le gouvernement d'Olden- 
bourg s'était, à cet effet, rattaché aux 
gouvernements de la Confédération 
qui, en 1818, avaient tenu à Franc- 
fort des conférences communes ; mais 
il se retira plus tard. Comme la plu- 
part des Catholiques du duché ap- 
partenaient à l'évêché de Munster, et 
que le gouvernement désirait que les 
Catholiques du pays, qui avaient jus- 
qu'alors été sous la juridiction de plu- 
sieurs supérieurs ecclésiastiques, fus- 
sent soumis à une seule et même au- 
torité, la bulle de circonscription pu- 
bliée en 1821 pour les évèchés de la 
monarchie prussienne renferma une 
disposition à cet égard, et, après des 
négociations qui aboutirent heureu- 
sement, la convention du 5 janvier 
1830, dont nous avons fait mention 
plus haut, fut conclue entre Mgr Jo- 
seph de Hohenzollern, prince évèque 
d'Ermeland, chargé d'exécuter, au 
nom du souverain Pontife, la bulle 
de Salute animanim, et M. de Bran- 
denstein, ministre d'Etat d'Olden- 
bourg. 

« Cette convention renferme, entre 
autres dispositions, les suivantes : 
Les curés du cercle de Cloppenbourg 
et de Vechta, appartenant à l'évêché 
de Munster, restent dans leur an- 
cienne situation. Les paroisses de 
Damrne, Neukirchen et Holdorf, sont 
transférées de l'évêché d'Osnabruck à 
celui de Munster. Les paroisses de 
ces deux cercles forment à l'avenir 
une portion spéciale de l'évêché de 
Munster, sous la domination de Cercle 
d'Oldenbourg. Les églises catholiques 
de Jever et d'Oldenbourg sont sépa- 
rées de la mission du Nord et sont 
administrées par l'évèque de Munster. 
Le grand duc d'Oldenbourg crée au 
chapitre de Munster deux canonicats 
honoraires, dont dispose l'évèque de 
Munster en faveur de l'oflicial et du 
plus ancien doyen du cercle d'Olden- 
bourg; mais le duc peut aussi créer 
un canonicat titulaire au chapitre de 
Munster. Le cercle d'Oldenbourg doit 
avoir une autorité ecclésiastique spé- 




CON 



126 



CON 






ciale, laquelle, indépendante du vi- 
cariat général de Munster, est immé- 
diatement placée sous la main de 
l'évèque. Cette autorité supérieure est 
l'officialité de Vechta ; c'est à elle que 
se transmet directement la juridiction 
ordinaire de l'évèque, de sorte que 
non-seulement elle jouit des pouvoirs 
légaux ordinaires d'un vicaire géné- 
ral, mais encore peut décider de tou- 
tes les affaires qui ne sont pas ex- 
pressément réservées. 

« Quant aux réserves papales , 
l'évèque doit transmettre à l'official 
les pouvoirs qui lui sont accordés par 
le Saint-Siège en vertu de son droit 
de subdélégation ; les demandes au 
Pape lui sont adressées par l'official; 
les réponses et les décisions du Pape 
et de la cour de Rome sont directe- 
ment adressées à l'official. Un docu- 
ment du grand duc, du 5 avril 1831, 
autorisa pour le duché les clauses 
particulières à Oldenbourg et renfer- 
mées dans les bul les de circonscription 
datées du 16 juillet 1821, concernant 
les États prussiens, et celle du 26 
mars 1824, relative au Hanovre ; et 
la convention citée plus haut, du 5 
janvier 1830, fut déclarée le Statut 
fondamental del'Èglise catholique dans 
le grand-duché d'Oldenbourg. 

3° Avec l'Empire d'Autriche. 

Nous disons dans notre Dictionnaire 
des décisions romaines. (Art. concor- 
dats ; temps modernes) : 

« Le concordat passé le 1 8 août 1 855 
entre le Saint-Siège et l'empereur 
d'Autrichepeut être considéré comme 
un modèle des concordats qui con- 
viennent au Pontife romain dans les 
temps modernes ; car Pie IX dans 
son allocution consistoriale qidsque 
vestrum du 17 décembre de la même 
année en parla comme « d'un grand 
» sujet de consolation au milieu des 
» peines ds son pontificat, et comme 
» d'une alliance avec l'empire dont 
» tous les fidèles de cette vaste con- 
» trée devaient retirer de grands 
» biens. « 

Quisque vestrum optime noscit, Ve- 
nerabiles Fratres, quantx consolationi 
Nobis fuerit inter molestissimas Nostri 
Pontificatus sollicitadines conventio , 



quam cura Cari'simo in Christo Filio 
Nostro Francisco Josepho Austrix Im- 
peratore et Rege Apostolico nuper ini- 
vimus, qnandoquidem ea profecto ftdu- 
cia nitimur fore, ut Léo bene juvante 
maxima in catlwlicam Ecclesiam, om- 
nesque fidèles illius vastissimi Imperii 
populus bona ex eadem Conventione 
redundent. 

C'est pourquoi nous ferons con- 
naître quelques articles de ce concor- 
dat, quoiqu'il n'ait été en vigueur que 
pendant peu d'années et qu'il n'existe 
plus. » 

Avant de citer notre analyse, don- 
nons le précis historique de l'auteur 
de l'article Autriche, au point de vue 
religieux, du Diction, encycl. de la 
thèol. cathol. 

« Le Concordat qui a été conclu le 
18 août 1855 entre le pape Pie IX et 
l'empereur François-Joseph I er par 
leurs plénipotentiaires, l'internonce 
et archevêque de Bologne, cardinal 
Michel Viale-Prela et le prince-arche- 
vêque, depuis cardinal de Vienne, 
Joseph Qllmiar, chevalier de Raus- 
cher, dont les ratilications ont été ré- 
ciproquement échangées le 25 sep- 
tembre 1855, et qui a été publié par 
une patente impériale du 5 novembre 
1855 comme exécutoire dans, toute 
l'étendue de l'empire. Les principa- 
les bases de ce concordat avaient déjà 
été établies par des actes de la réu- 
nion ecclésiastique des évèques à 
Vienne, en 1850. L'empereur avait 
manifesté ses intentions dans plu- 
sieurs ordonnances in publico-eccle- 
siasticis ayant rapport à cet objet. 
Malheureusement ce concordat excita 
dans la presse incrédule, judaïque et 
protestante, une de ces tempêtes qui 
de temps en temps menacent l'Eu- 
rope et prouvent que la révolution 
continue à fermenter dans les es- 
prits. Parmi les nombreux écrits qui 
parurent durant cette polémique, les 
Études sur le Concordat autrichien du 
18 août 1855 (I), produisirent beau- 
coup d'impression. Elles donnent le 
texte latin et la traduction authenti- 
que allemande, ainsi qu'un certain 
nombre de. lettres pastorales publiées 
à ce sujet, entre autres celle du car- 
ia) Vienne, Manz, 1SSG, in-8, 341 pages. 



CON 



127 



CON 



dinal-prince-archevêque de Vienne et 
la patente impériale citée plus haut. 
Dans celle-ci l'empereur déclare que, 
depuis qu'il est monté sur le trône, il 
a été incessamment occupé de l'orga- 
nisation morale de la société et du 
bonheur de son peuple; que, dans ce 
but, il a considéré comme le plus sa- 
cré de ses devoirs de mettre les rap- 
ports de l'État et de l'Eglise catholi- 
que en harmonie avec la loi de Dieu 
et les intérêts bien entendus de son 
empire ; qu'après avoir consulté les 
évèques de ses Etats héréditaires al- 
lemands et avoir rendu ses ordon- 
nances des 18 et 23 avril 1830, qui 
déjà répondaient à d'urgentes néces- 
sités, il est heureusement parvenu à 
s'entendre avec le Chef suprême de 
l'Eglise par le concordat du 18 août 
1835; qu'il va le mettre à exécution 
après l'avoir fait connaître à ses peu- 
ples, toutefois sous la réserve, quant 
à sa réalisation, des deux points for- 
mulés comme il suit dans la patente 
impériale : 

« 1° Nous ferons ce qui seranéces- 
» saire pour mettre enharmonie avec 
» les décisions du huitième article du 
» concordat l'organisation des écoles 
» catholiques de nos Etats, là où elle 
» n'y correspond pas; jusque-là on 
)> continuera à observer les ordonnan- 
» ces antérieures. 

« 2° Notre désir est que les tribu- 
» naux épiscopaux concernant les ma- 
» riages soient installés le plus tôt 
» possible là où ils n'existent pas, 
» pour juger des cas relatifs aux ma- 
» riages de nos sujets catholiques, 
» conformément à l'art. 10 du con- 
» cordât. Nous ferons connaître, après 
» avoir consulté les évèques, le mo- 
» ment de l'installation de ces tribu- 
» naux. Dans l'intervalle les modilica- 
» tions nécessaires de ta loi civile re- 
» lative au mariage seront faites et 
» promulguées. Jusque-là les lois ex- 
» istantes sur ce point resteront en 
» vigueur et nos tribunaux civils 
» prononceront conformément à ces 
» lois sur la validité civile des maria- 
» ges et les effets de droit qui en res- 
o sortent. » 

a En 1836 une assemblée de tous 
les évèques catholiques d'Autriche fut 
convoquée à Vienne pour s'y entendre 



sur la mise à exécution du concordat, 
dont les matières furent résumées 
comme il suit, dans un aperçu sur les 
trente- six articles précédant la publi- 
cation, ordonnée par le cardinal-ar- 
chevêque de Vienne, du concordat 
lui-même. » 

« 1. Droits de la religion catholique 
» en général. 

« 2. Liberté des rapports avec le 
» Saint-Siège. 

« 3. Liberté des rapports des évê- 
» ques avec leurs diocèses. 

« 4. Liberté de l'administration des 
» diocèses. 

« 3. Instruction de la jeunesse ca- 
» tholique en général. 

« 6. Etudes théologiques. 

« 7. Gymnases et écoles moyennes 
» en général. 

« 8. Ecoles populaires (primaires). 

« 9. Suppression des livres dange- 
» reux. 

« 10. Juridiction ecclésiastique en 
» général : mariage, fiançailles. 

«11. Application des peines ecclé- 
» siastiques au clergé et aux laï- 
» ques. 

« 12. Procédure dans les conflits 
» sur le droit de patronage. 

« 13. Affaires purement civiles des 
» ecclésiastiques. 

n 1 4. Délits civils des ecelésiasti- 
» ques. 

« 13. Immunités des églises. 

« 16. Protection des églises et de 
» leurs ministres. 

a 17. Séminaires épiscopaux. 

« 18. Erection de nouveaux diocè- 
» ses. 

« 19. Nomination des évèques par 
» l'empereur. 

« 20. Serment des évoques à leur 
» entrée en fonction. 

« 21. Dispositions testamentaires 
» des évèques et des membres du 
» clergé. 

« 22. Réserves papales. Privilège 
» des chanoines. 

« 23. Canoniratspour le pénitencier 
» et le théologal. 

a 24. Nominations aux cures. Pa- 
» tronage ecclésiastique. 

« 25. Droit impérial de présenta- 
« tion aux bénéfices des fondations 
» religieuses et concernant les étu- 
» des. 





CON 



128 



CON 



■i 



« 26 . Augmentation éventuelle des 
» revenus des curés (congrua) ; obliga- 
» tions des patrons. 

« 27. Administration des biens, des 
» bénéfices ; prise de possession des 
» cathédrales. 

« 28. Direction, règles et introduc- 
» tion des ordres religieux et des con- 
» grégations. 

« 29. Acquisition et inviolabilité 
» des propriétés de l'Eglise. 

« 30. Administration, vente et im- 
« pots des biens ecclésiastiques. 

« 31. Administration et emploi des 
)> fonds de religion et d'étude. 

« 32. Revenus des bénéfices va- 
» cants. 

« 33. Indemnités pour l'abolition 
» des dîmes ecclésiastiques. 

« 34. Règles pour la décision des 
« points non prévus. 

« 3S. Effet et force légale du concor- 
» dat. 

« 36. Échange des ratifications. » 

Voici maintenant les articles prin- 
cipaux de ce concordat tels que nous 
les analysons dans notre Dictionnaire 
des décisions romaines : cette analyse 
suffira pour en donner une idée. 

« L'art. I porte que l'Eglise catho- 
lique, apostolique, romaine, sera con- 
servée dans tout l'empire d'Autriche, 
avec les droits et prérogatives dont 
elle doit jouir d'après l'ordre de Dieu 
et les sanctions canoniques. 

« Les art. II, III et IV, ne font que 
consacrer les libertés de droiL com- 
mun, pour le souverain Pontife et 
les évèques, dans le gouvernement 
ecclésiastique, à savoir : f° la liberté 
de communication, pour le saint- 
Siège, avec les évèques, le clergé et 
le peuple, sans qu'il soit besoin d'au- 
cun placet royal; 2° la liberté pour 
tous les. ordinaires de communiquer 
avec le clergé et le peuple diocésain 
dans le gouvernement ecclésiastique 
et de publier leurs instructions et 
mandements de rébus ecclesiasticis, 
sans condition aucune ; 3° la liberté 
pour les mômes de gouverner leurs 
églises d'après les dispositions cano- 
niques et la discipline approuvée par 
leSaint-Siége,etpourlechoixde leurs 
vicaires, conseillers etcoadjuteurs, et 
pourles promotions aux ordres sacrés, 
et pour l'érection des bénéfices, l'ins- 



titution, le démembrement ou l'uni- 
fication des paroisses, et pour la pres- 
cription des prièrespubliques et autres 
œuvres pies, l'indication des pèleri- 
nages, le règlement des funérailles 
et autres fonctions saintes, enfin pour 
la convocation et la célébration des 
conciles provinciaux, des synodes dio- 
césains et la publication de leurs 
actes. 

« La note c ajoute cependant à ces 
libertés communes, qu'on s'entendra 
dans l'établissement des paroisses, 
avec Sa Majesté Césarienne, pour une 
assignation convenable des revenus. 

«L'article V porte que « l'enseigne- 
ment de toute la jeunesse catholique 
danstoutes les écoles, tant publiques 
que privées, sera conforme à la doc- 
trine de la religion catholique, et que 
les évèques, en vertu de leur charge 
pastorale, dirigeront l'éducation reli- 
gieuse de la jeunesse dans tous les 
lieux d'instruction publics et privés, 
et veilleront avec soin à ce que 
rien ne s'y introduise de contraire à la 
religion catholique et à l'honnêteté 
des mœurs. » 

« L'art. VI attribue aux évèques 
la direction exclusive de l'enseigne- 
ment théologique. 

« L'art. VII porte que, « dans les col- 
lèges et toutes les écoles d'enseigne- 
ment secondaire destinées pour la 
jeunesse catholique, ne seront nom- 
més pour maîtres et professeurs, que 
des hommes catholiques, que toute 
institution sera organisée de manière 
à graver clans les cœurs la loi chré- 
tienne, et que les livres seront déter- 
minés par les évèques et leurs con- 
seils. » 

« L'art. VIII porte, « en ce qui con- 
cerne les écolcsélémentaires destinées 
aux catholiques, que les maîtres se- 
ront assujettis à une inspection ca- 
tholique, que Sa Majesté Impériale 
nommera les inspecteurs parmi des 
hommes proposés par l'évèque dio- 
césain, et que, dans le cas où il ne 
sera pas suffisamment pourvu dans 
ces écoles à l'instruction religieuse, 
l'évoque établira un ecclésiastique 
qui fera le catéchisme aux élèves. » 
«L'art. IX porte que « les ordinaires 
auront toute liberté pour frapper de 
censure et détourner de lire les livres 



CON 



129 



cox 



■/•: 



pernicieux pour la religion et les 
mœurs, et que le gouvernement fera 
. ensorte,par desremèdes quelconques, 
que de tels livres ne circulent point 
dans l'empire. » 

« l/art. X porte que « les causes ec- 
clésiastiques concernant les sacre- 
ments, les fonctions sacrées, les de- 
voirs et les droits attachés au saint 
ministère, appartiennent uniquement 
au for ecclésiastique, ainsi que les 
causes matrimoniales, dont les effets 
civils seulement sont renvoyés devant 
les juges séculiers, selon les canons 
du concile de Trente, » etc., etc. 

« L'art. XIII porte « qu'en raison des 
temps présents les causes purement 
civiles des clercs, telles que de con- 
trats, de dettes, d'héritages, seront 
connues et réglées par les juges sé- 
culiers. » 

« L'art. XIV porte que « pour la 
même raison le Saint-Siège n'empêche 
pas que les clercs, pour les causes 
criminelles, nesoient déférés aux ju- 
ges laïques, qui devront toutefois en 
avertir l'évoque; que ces coupables, 
dans leur détention seront traités avec 
la révérence qu'exige l'état clérical ; 
que s'il y a condamnation à mort ou 
à laprison pour plus de cinq ans, les 
pièces seront communiquées à l'évè- 
que, et faculté lui sera donnée de 
communiquer avec le condamné, au- 
tant qu'il sera nécessaire afin qu'il 
puisse connaître de la peine ecclé- 
siastique à lui infliger ; qu'il en sera 
de même si la peine est moindre, 
pourvu que l'évèque le demande ; que 
les clercs prisonniers subiront tou- 
jours leur peine dans des lieux sépa- 
rés des séculiers ; et que s'ils ont été 
condamnés pour délit ou transgres- 
sion, ils seront enfermés dans un 
monastère ou une autre maison ecclé- 
siastique. » 

« L'art. XVI porte que « l'auguste 
j empereur ne souffrira pas que l'Eglise 
'catholique, sa foi, sa liturgie, ses 
' institu lions soient outragées de parole, 
défait du d'écrit; ni que les évoques 
ou ministres soient entravés dans 
l'exercice de leurs charges principale- 
ment pour la conservation de la foi, 
des mœurs et de la discipline de l'E- 
glise ; que, de plus, s'il en est besoin, 
il prêtera aide à ce que les sentences 
III. 



portées contre les clercs oublieux de 
leurs devoirs, soient exécutées. » 

« L'art. XVII concerne les dotations 
des séminaires qui seront augmen- 
tées quand il en sera besoin. 

«L'art. XVIIIconcerne l'érection des 
nouveaux diocèses que le St-Siégesera 
libre de faire pour le bien spirituel 
en conférant avec le gouvernement 
quand il conviendra. 

« L'art. XIX maintient à Sa Majesté 
Impériale le privilège de présenter 
ou nommer, pour l'institution canoni- 
que, les sujets destinés aux ôvèchés, 
en prenant conseil des évoques con- 
provinciaux . 

« L'art. XX donne la formule du 
serment de fidélité à l'empereur que 
prêteront les métropolitains et les 
évèques ; celte formule est ainsi con- 
çue : 

Ego juro et promittq ad Sancta Dei 
Evangelia, sicut decet Èpiscopum, obe- 
dientiatn et fidelitatem Caesarex-Reçjise 
Apostolicse Majestati et Succcessoribuë 
suis : juro idem etpromitto, me ullam 
communicationem habiturum, nullique 
concilio interfutttrum quod tranquilli- 
tatipublicœ noceat, nullamque suspec- 
tant unionem, neque intra, neque extra 
Imperii limites conseroaturum, atque, 
si publicum aliquod periculum immi- 
nere resciverim, me ad illud averten- 
dum nihil omissurum, » 

« L'art. XXVporte que «Sa Sainteté, 
pour donner un témoignage de bien- 
veillance à Sa Majesté Catholique, ac- 
corde l'induit pour la nomination aux 
couvents et aux paroisses qui sont 
soumis au droit de patronat, de 
manière pourtant qu'elle choisisse un 
sur trois de ceux que l'évèque aura 
jugés les plus dignes après un concours 
public. » 

« etc., etc. » 

II 

CONCORDATS AVEC LES ÉTATS 
ITALIENS, L'ESPAGNE, LE POR- 
TUGAL. LA POLOGNE, LES PAYS- 
BAS ET LA SUISSE. 

1° Avec les États italiens. 

Nous reprenons M. Buss : 
« Les gouvernements des divers 
États de l'Italie conclurent des con- 

9 




CON 



430 



CON 



vendons avec le Saint-Siège, soit pour 
reconnaître des droits maintenus en 
pratique, soit pour terminer des dif- 
férends survenus entre eus et la cour 
de Rome, soit pour faire triompher 
la tendance de plus en plus marquée 
des gouvernements à se rendre plus 
indépendants de Rome à mesure 
qu'ils cherchaient à exercer eux- 
mêmes une autorité plus absolue 
dans leurs États. 

« Ainsi, le il juin 1454, Nicolas V 
reconnut à la maison de Savoie le 
droit de nomination immédiate aux 
dignités ecclésiastiques du Piémontet 
de 1 " Nice, dont Amédée VIII avait fait 
une condition de sa renonciation à la 
Papauté, qu'il avait exercée sous le 
nom de Félix V, et Benoit XIII con- 
firma cette concession en 1727 par 
une convention entre lui et Victor- 
Amédée II. Benoit XIV conclut un 
concordat plus étendu avec la cou- 
ronne de Sardaigne par une bulle du 
6 janvier 1742. L'instruction de Clé- 
ment XIV, du 28 janvier 1770, mit 
un terme au différend né au sujet de 
la juridiction ecclésiastiqne et des 
immunités du clergé. 

« Le 10 décembre 1787 une con- 
vention intervint entre le Saint-Siège 
et le duché de Milan au sujet des ex- 
emptions des biens ecclésiastiques : 
Concordato colla Santa Sede intorno 
la porzione colonica de'beni antichi ec- 
clesiastici dello Stato di Milano. 

« A Naples, le roi, légat apostoli- 
que né, jouissait depuis longtemps 
des privilèges de la monarchie sici- 
lienne, qui se fondaient sur une bulle 
d'Urbain II adressée an roi Roger 
(1099) ; un tribunal spécial, institué 
par le roi, exerçait ce privilège royal 
par rapport à la juridiction ecclésias- 
tique, et le pape Benoît XIII l'avait 
confirmé avec tous les autres par sa 
bulle du 30 août 1728, Fideli ac pru- 
denti. Un concordat formel avait été 
conclu entre Benoit XIV et Charles III; 
mais l'organisation reposant sur ces 
concordats fut modifiée dans les con- 
trées de la Péninsule qui, h la suite 
des conquêtes des Français dans les 
dernières années du dix-huitième 
siècle, furent incorporées à la répu- 
blique française ; on leur appliqua le 
eomordat français de 1801. Un con- 



cordat spécial fut promulgué le l or 
juin 1803 pour la république ita- 
lienne, et resta en vigueur lors de la 
création du royaume d'Italie en 1 805. 
Le concordat qu'en 1813 l'empereur 
Napoléon avait imposé au pape Pie VII 
s'étendait aussi à l'Italie ; naturelle- 
ment, après la chute de l'Empire, la 
Restauration ramena les choses à la 
situation où elles se trouvaient im- 
médiatement avant la domination 
française; ainsi la Sardaigne revint 
dès 1814 à l'état de l'année 1798. 
Cependant Pie VII publia, le 17 juin 
1817, pour la Sardaigne, une bulle 
qui renfermait des dispositions rela- 
tives au changement de divers évê- 
chés, à l'institution des séminaires, 
des chapitres, aux droits des chapi- 
tres, etc., etc. A Naples, les commis- 
saires des deux puissances, le cardinal 
Consalvi et le conseiller d'Etat L. de 
Médicis, conclurent, aux noms du 
pape Pie VII et du roi Ferdinand I er , 
le .16 février 1818, un concordat très- 
développé, qui fut ratifié le 9 mars, 
mais ne fut, par suite des troubles po- 
litiques du royaume, mis à exécution 
qu'en 1821. 

« Ce concordat renferme, entre autres 
dispositions capitales, les suivantes : 
reconnaissance de la religion catho- 
tholique comme unique religion de 
l'État ; protection pour le maintien et 
l'exercice de ses droits ; obligation 
d'ériger toutes les écoles dans l'esprit 
de l'Eglise catholique ; nouvelle cir- 
conscription des évèchés ; dispositions 
relatives à leur dotation, h l'érection 
des chapitres et des séminaires de 
de chaque diocèse, à l'application aux 
églises conservées par la nouvelle 
circonscription des biens provenant 
des églises anciennement fondées, à 
l'élévation de la dotation des cures 
qui n'avaient pas une subvention suf- 
fisante (conyrim), à la collation des 
abbayes consistoriales et des simples 
bénéfices ; envoi des rapports des ab- 
bayes au Pape; nomination aux ca- 
nonicats de libre collation, dans les 
chapitres des cathédrales et les collé- 
giales, durant les six premiers mois 
de l'année par le Pape, dans les six 
derniers mois parles évèques; nomi- 
nation aux cures par les évèques; 
restitution de tous les biens ecclésias- 



CON 



131 



CON 



tiques non encore aliénés par le ré- 
gime militaire précédent; reconnais- 
sance de la vente des biens ecclésias- 
tiques opérée par le gouvernement 
précédent; reconnaissance du droit 
de l'Eglise d'acquérir de nouvelles 
propriétés ; impossibilité d'abolir ou 
cle réunir des fondations ecclésiasti- 
ques sans le concours du Saint-Siège; 
diminution des impôts pour le clergé ; 
pleine liberté d&s archevêques et des 
évêques dans l'exercice de leur di- 
gnité pastorale; liberté d'en appeler 
à la cour de Rome; libre commerce 
des évêques, du clergé et de la nation 
avec le Saint-Siège ; appui du bras sé- 
culier prêté à la censure ecclésiasti- 
que; inviolabilité des propriétés de 
l'Eglise; concession au roi du droit 
de nommer aux archevêchés et ôvè- 
chés du royaume, qui jusqu'alors 
n'avait pas appartenu au roi, sous la 
condition de demander l'institution 
canonique au Saint-Siège ; obligation 
pour les archevêques et évoques de 
prêter serment de fidélité au roi. 

« Toutes les autres questions non 
soulevées dans le concordat devaient 
être résolues conformément à la dis- 
cipline traditionnelle de l'Eglise, et la 
convention nouvelle devait être subs- 
tituée à toutes les lois édictées jus- 
qu'alors dans le royaume sur les 
affaires ecclésiastiques. L'exécution 
du traité fut remise à deux fondés de 
pouvoir nommés l'un par le Pape, 
l'autre parle roi. L'art. XXII de ce con- 
cordat portant: Lïberum erit ad Sanc- 
tam Sedem appellare ; le roi publia, le 
S avril, un décret disant :« L'art. XXII 
n'abolit pas les privilèges légitimes 
et canoniques du tribunal de la mo- 
narchie sicilienne, privilèges contenus 
dans la bulle du pape Benoit XIII. » 

2° Avec l'Espagne. : 

o Adrien VI et son successeur, Clé- 
ment VII, avaient conclu avec l'em- 
pereur Charles-Quint, sur les droits 
revendiqués par la couronne d'Espa- 
gne, à la nomination des dignités 
ecclésiastiques, une convention en 
vertu de laquelle le roi avait le droit 
de nommer aux évècbés et à quel- 
ques autres prélatures. Les préten- 
tions de la couronne à un droit de 



patronage universel furent l'occasion 
d'une nouvelle convention entre Clé- 
ment XII et le roi Philippe V, le 18 
octobre 1737 ; cette convention arrêta 
que le Pape et le roi nommeraient 
des représentants chargés d'examiner 
à l'amiable les fondements de la dis- 
cussion soulevée sur le droit de pa- 
tronage réclamé par le roi. Le 11, 
janvier 1733 un concordat proprement 
dit fut arrêté entre Benoit XIV et 
Ferdinand VI, par l'intermédiaire du 
cardinal secrétaire d'Etat Valenti et 
le plénipotentiaire d'Espagne, audi- 
teur de rote, don Manuel Ventura 
Fiqueroa; il fut ratifié le 31 janvier 
de la même année par le roi et le 20 
février par le Pape. Ce concordat ré- 
servait au Pape la nomination exclu- 
sive de 52 bénéfices. En 1774 une 
nouvelle convention restreignit les 
privilèges de la, nonciature. » 

Aujourd'hui la nouvelle politique 
qui a renversé la monarchie espagnole 
remet tout en question ; les deux pou- 
voirs auront à s'entendre , ou bien il 
y aura séparation complète des deux- 
ordres, et indemnité convenable pour 
les biens pris, si les choses se font 
selon la justice de droit commun. 

3° Avec le Portugal. 

« Il faut noter ici la convention 
intervenue entre Innocent VIII et Jean 
II, en vertu de laquelle l'examen du 
conseil royal n'est pas nécessaire pour 
la validité des bulles papales. En 1740 
Benoit XIV laissa au roi le droit de 
nommer à tous les évèchés et à tous 
les bénéiiees vacants. » 

4° Avec la Pologne. 

« Après la création du nouveau 
royaume de Pologne, en 18 14, le Papa 
Pic Vil régla les affaires de l'Eglise 
par la bulle du 11 mars 1817, Mititan- 
tia Ecclesim, et par la bulle de circons- 
cription Ex impositis nobis, du 30 
juin 1818. 

» La première érigea l'Eglise de 
Varsovie en une métropole à laquelle 
plus tard devaient être soumis des 
évèchés suffragants. L'autrebulle ren- 
fermait des décisions concernant l'é- 
rection et la translation des évèchés, 
la circonscription nouvelle des huit 




\ 



CON 132 



CON 



■ 



évêclaés de la Pologne, la formation 
des chapitres de la métropole et des 
sspt cathédrales. Le droit ancien était 
m lintenu quant à la nomination de 
ces chapitres. Une dotation suflisanto 
et convenable devait être assignée 
aux évèchés, et aux chapitres, et aux 
petits séminaires. » 

5° Avec les Pays-Bas. 

« Le concordai français de 1801 ré- 
glait l'Eglise des provinces méridio- 
nales de ce royaume. Cependant le 
gouvernement négocia, sous le règne 
de Pic VII, un nouveau concordat qui 
fut arrêté entre Léon XII et le roi 
Guillaume I er , le 18 juin 1817, ratifié 
par le roi le 25 juillet et par la bulle 
du 16 août, Quod jam diu. D'après ce 
concordat, celui de France de 1 80 1 de- 
vait être appliqué aux provinces du 
Nord. 

« Chaque diocèse a son chapitre et 
son séminaire. Dans le mois qui suit 
les vacances d'un siège le chapitre 
présente au roi une liste de candidats 
dignes de l'élection, liste dont le roi 
a la faculté de rayer quelques noms 
comme lui étant moins agréables que 
les autres. Il doit en rester assez pour 
que le chapitre puisse choisir réelle- 
ment entre eux; alors le chapitre élit 
canoniquement. Le résultat de l'élec- 
tion est, dans le courant du mois, com- 
muniqué au Pape, qui ordonne le pro- 
cès d'ioformation, et, après en avoir 
reçu l'avis, procède le plus prompte- 
ment possible à la confirmation de 
l'élu. Si l'élection n'est pas fuite ca- 
noniquement, ou si l'élu ne remplit 
pasles conditions nécessaires, le Pape, 
par une grâce spéciale, autorise une 
seconde élection. Dans la bulle Quod 
jam diu, que nous avons citée, le 
Pape avait arrêté une nouvelle cir- 
conscription des diocèses et pris des 
dispositions relatives aux chapitres et 
à leur dotation. Elle impose aux évê- 
ques et aux ecclésiastiques du second 
rang l'obligation de prêter serment 
de lidélité au roi ; elle accorde aux 
évêques la libre nomination des 
grands vicaires, la libre administra- 
tion des séminaires que l'Etat est tenu 
de doter ; elle ordonne aux évêques 
de procéder partout où il est néces- 



saire à une nouvelle circonscription 
des paroisses, le roi étant tenu de 
subvenir convenablement à l'entretien 
des curés des nouvelles paroisses. » 

6° Avec la Suisse. 

« La Suisse était autrefois divisée 
en six diocèses : ceux de Lausanne 
(plus tard Fribourg), Sion, Côme, 
Bâle, Coire et Constance. Elle était 
soumise à des métropoles étrangères ; 
Coire et Constance appartenaient à 
l'archevêché de Mayence, Bâle et Lau- 
sanne à l'archevêché de Besançon, et 
les autres à celui de Milan. La Révo- 
lution française rompit le lien de la 
Suisse occidentale avec l'Eglise de 
France. Une partie de la Suisse catho- 
lique fut administrée par l'évêché de 
Constance. Une réorganisation des 
diocèses était donc devenue un be- 
soin urgent pour l'Eglise de Suisse. 
On avait déjà manifesté ce désir en 
1803 et demandé la conclusion d'un 
concordat avec le Saint-Siège. La dis- 
solution des évèchés allemands deve- 
nant de plus en plus imminente, dix 
Etats cantonaux se réunirent, en 181 i- , 
pour prier le Pape de délier leurs can- 
tons des rapports avec des diocèses 
étrangers et d'ériger un évêché natio- 
nal. Le 7 octobre 1814, Pie VII déclara 
les cantons jusqu'alors soumis à la ju- 
ridiction de l'évêché de Constance af- 
franchis de ce lien, et en même temps 
il nomma un vicaire apostolique pour 
la Suisse. Toutefois la division des 
intérêts des divers cantons entrava la 
création d'un évêché, 

« En 1819 le vicaire apostolique 
décéda ; on ne reconnut pas générale- 
ment comme son successeur à ce titre 
l'évèque de Coire ; le canton d'Argo- 
vie demanda même à être provisoire- 
ment remis sous la juridiction de 
Constance. La nominaiion du prévôt 
de la collégiale de Soleure, Glutz-Ru- 
chti, au titre de coadjuteur de l'évè- 
que de Bâle, résidant à l'étranger, 
fut une préparation à la réorganisa* 
tion de l'évêché de Bâle, auquel de- 
vaient être réunis les cantons sépa« 
rés de Constance. L'union provisoire 
des Catholiques des cantons de Bâle, 
Luccrne, Berne,. Soleure et Argovie, 
devint l'occasion de nouvelles négo- 



CON 



/ 



133 



CON 






dations. Une bulle du pape Pie VII, 
du 8 juillet -1 823, érigea l'évèclié uni 
de Coire-Saint-Gall, sur la base d'un 
projet soumis par le conseil d'admi- 
nistration catholique de Saint-Gall a 
la nonciature en Suisse, et cette bulle 
fut agréée le 24 avril 1821 par le gou- 
vernement des cantons qu'elle concer- 
nait. Le projet d'un concordat des 
cantons d'Uri, de Schwitz et d'Unter- 
walden, avec l'évèclié de Coire, du 7 
janvier 1823, ne fut pas agréé par le 
pape. Les Catholiques du canton de 
Genève furent subordonnés par le 
Pape Pie VII à l'évèché de Lausanne, 
résidant à Fribourg. 

« Mais une convention beaucoup 
plus importante et plus étendue fut 
celle qui fut conclue le 12 mars 1827, 
concernantlaréorganisationet lanou- 
vell circonscription de l'évèché de 
Bâle, à la juridiction duquel furent 
soumises les populations catholiques 
des cantons de Luceme, de Soleure, 
en partie de Berne, d'Argovie, de 
Bâle, de Zug, de Thurgovie, et dont 
le siège fut transféré à Soleure. Cette 
union n'ayant pas été adoptée par 
tous les cantons au nom desquels elle 
avait été conclue, Léon XII, pour 
mettre un terme à la situation provi- 
soire de l'Eglise de Suisse, conclut, 
le 26 mars 1828, avec les gouverne- 
ments des cantons de Berne ,Lucerne, 
Zug et Soleure, par l'entremise de 
l'internonce apostolique Pascal Gizzi 
et des plénipotentiaires des gouver- 
nements nommés ci-dessus, le prévôt 
Charles Amrhuyn, de Luceme, et le 
conseiller d'État Louis de Roll, de So- 
leure, une convention en vertu de 
laquelle on donna suite à l'union an- 
térieure, avec les modifications néces- 
sitées par les circonstances. En effet, 
Léon XII, par sa bulle du 7 mai 1828, 
Inter prsecipua nostri apostolatus mu- 
nia, délimita et organisa le nouvel 
évôclie. Le 28 décembre 1828, Argo- 
vie, et, le II avril 1829, Thurgovie 
s'unirent à l'évèché de Bâle, dont l'é- 
vèque réside à Soleure. Cette union 
fut proclamée par la bulle du pape 
Pie VIII, du 23 mars 1830, de Anima- 
rum sainte, et les Etats d'Argovie et 
de Thurgovie la ratifièrent de leur 
côté par un document du 29 niai 1 830. 
Bâle et plus tard Schaifhouse se rat- 



tachèrent également à ce diocèse. 
L'évèché uni de Coire-Saint-Gall ayant 
été antérieurement dissous, l'Etat de 
Saint-Gall entra, dans les derniers 
temps, en négociation avec le Saint- 
Siège, et en 1847 Saint-Gall fut érigé 
en évêché. Les évèchés suisses, n'é- 
tant pas subordonnés à une métro- 
pole, sont placés sous la juridiction 
immédiate du Saint-Siège, par l'in- 
termédiaire du nonce apostolique 
résidant à Luceme. » 

III 

CONCOPlDATS AVEC LA FRANCE. 

• 

L'espace ne nous permet pas do 
nous arrêter sur les anciens concordats 
français ; ce sont des matières histo- 
riques assez délicates souvent,, et 
dont l'exposé seul demanderait de 
longues pages . Nous dirons seulement 
que les évoques français avaient con- 
clu avec le Saint-Siège, au concile de 
Constance,une sorte de concon&iiassez 
semblable à celui de l'Allemagne dont 
il a été question; qu'après la querelle 
entre le Pape et le concile de Bâle, Char- 
les VII avait fait adopter par l'assem- 
blée de Bourges de 1438, vingt-trois 
conclusions du concile en les adaptant 
à la France, et les avait fait enregis- 
trer par le parlement sous le nom de 
pragmatique sanction ; que cette prag- 
matique qui ne méritait pas le nom 
de concordat, puisque l'un des contrac- 
tants, la papauté, n'y figurait pas, 
fut révoquée par Louis XI en 1401 ; 
que Sixte IV, en 1471 promulgua 
une bulle qui demandait que les diffi- 
cultés avec l'Eglise de France fussent 
réglées comme l'avaient été celles de 
l'Eglise d'Allemagne par le concordat 
de Vienne; que l'épiscopat français 
résista; que ce ne fut qu'en 1516 
qu'un vrai concordat fut conclu entre 
Léon X et François I, lequel abolissait 
la pragmatique sanction, tout en en 
reproduisant quelques points ; que ce 
fut ce concordat qui régit les affaires 
ecclésiastiques de France jusqu'à la 
révolution de 89, pendant laquelle se 
firent tant de choses sans la papauté 
et malgré elle : biens ecclésiastiques 
déclarés biens nationaux, constitution 
civile du clergé du 12 juillet 1790, 







■ 
I • 



h 



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134 



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ordres religieux abolis, ecclésiastiques 
soumis à l'obligation du serment, 
culte catholique un instant remplacé 
par celui de la raison, ce dernier 
remplacé à son tour par celui de l'être 
suprême etc. ; etqu'enlinfut réorga- 
nisé le culte catholique par le fameux 
concordat de 1801 qui nous régit au- 
jourd'hui, lequel fut conclu réguliè- 
rement, pour la partie principale du 
moins, entre le pape Pie VII et le 
premier consul Napoléon Bonaparte. 

C'est ce concordat que nous allons 
donner in extenso avec ses articles 
organiques qui, loin d'être acceptés 
par la cour de Rome, provoquèrent 
contre eux une protestation très- 
longuement discutée que nous donne- 
rons aussi. Nous donnerons en même 
temps un échantillon des curieuses 
révélations du cardinal Consalvi sur 
les difficultés de la négociation entre 
le Saint-Père et le premier consul 
pour la conclusion du concordat, et 
la bulle dLexcommunication qui fut 
lancée contre l'empereur dix années 
plus tard. 

Avant de procéder à ces reproduc- 
tions, il convient d'indiquer seulement 
les dispositions fondamentales du con- 
cordat de François I. 

En vertu de cette convention, contre 
laquelle - des évêques français, tels 
que Génébrard, protestèrent si fort, 
principalement parce qu'elle abolis- 
sait les élections canoniques des évê- 
ques et des curés, le roi avait le droit 
de nomination aux archevêchés, aux 
évêchés et aux autres prélatures pen- 
dant les six mois qui suivaient la va- 
cance ; la nomination devait être 
confirmée par le Pape, qui avait le 
droit de refuser sa confirmation; et 
s'il la refusait pour absence des con- 
ditions canoniques dans les candidats 
présentés, le roi devait en présenter 
de nouveaux durant les trois mois 
suivants, espace de temps après le- 
quel le droit de nomination retour- 
nait au Pape. 

De plus, en ce qui concernait les 
dignités ecclésiastiques dont le prélat 
titulaire mourait in curia romand, 
c'était le Pape seul qui gardait la no- 
mination. L'obligation des annates 
était rétablie, et la décision des causes 
majeures, causœ majores, était remise, 



de nouveau,, à la papauté. Voilà le 
droit ecclesiastico-civil qui régnait en 
France avant la révolution et qui fut 
en partie reproduit, en partie rem- 
placé par le concordat de 1801, qui 
nous reste à donner comme un docu- 
ment sans cesse utile, ainsi que nous 
l'avons promis. 

Nous avons à citer cinq pièces prin- 
cipales : 1° le coneordat proprement 
dit; 2° les articles organiques ajoutés 
par le premier consul ; 3° les curieu- 
ses révélations du cardinal Consalvi 
relatives à la conclusion du concordat; 
4° la protestation de la papauté par 
l'organe du cardinal Caprera contre 
les articles organiques ; b° la bulle 
d'excommunication de l'empereur Na- 
poléon I sr par Pie VII en 1810. 



1 



LE CONCORDAT. 

Le premier Consul de la Républi- 
que française et Sa Sainteté le sou- 
verain Pontife Pie VII ont nommé 
pour leurs plénipotentiaires respec- 
tifs : 

Le premier Consul : les citoyens 
Joseph Bonaparte, conseiller d'État ; 
Cretet, conseiller d'État, et Bernier, 
docteur en théologie, curé de Saint- 
Laud, d'Angers , munis de pleins 
pouvoirs. 

Sa Sainteté : S. Em. Mgr Hercule 
Consalvi, cardinal de la sainte Église 
romaine, diacre de Sainte-Agathe ad 
saburram, son secrétaire d'État; Jo- 
seph Spina, archevêque de Corinthe, 
prélat domestique de S. S., assistant 
au trône pontifical, et le P. Caselli, 
théologien consultant de S. S., pareil- 
lement munis de pleins pouvoirs en 
bonne et due forme. 

Lesquels, après l'échange des pleins 
pouvoirs respectifs, ont arrêté Ua con- 
vention suivante : 

Convention entre le gouvernement 
français et Sa Sainteté Pie VII. 

Le gouvernement de la République 
française reconnaît que la religion 
catholique, apostolique et romaine, 
est la religion de la grande majorité 
des Français. 



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135 



CON 



Sa Sainteté reconnaît également que 
cette même religion a retiré et attend 
encore en ce moment le plus grand 
bien et le plus grand éclat du réta- 
blissement du culte c&tholique en 
France, et de la profession pai'ticu- 
lière qu'en font les consuls de la Ré- 
publique. 

En conséquence, d'après cette re- 
connaissance mutuelle, tant pour le 
bien de la religion que pour le 
maintien de la tranquillité intérieure, 
ils sont convenus de ce qui suit : 

Art. I er . La religion catholique, 
apostolique et romaine, sera libre- 
ment exercée en France; son culte 
sera public, en se conformant aux rè- 
glements de police que le gouverne- 
ment jugera nécessaires pour la tran- 
quillité publique. 

II. Il sera fait par le Saint-Siège, 
de concert avec le gouvernement, une 
nouvelle circonscription des diocèses 
français. 

III. Sa Sainteté déclarera aux titu- 
laires des évècbés français qu'elle 
attend d'eux avec une ferme con- 
fiance, pour le bien de la paix et de 
l'unité, toute espèce de sacrifices, 
même celui de leurs sièges. 

D'après cette exhortation, s'ils se 
refusaient à ce sacrifice commandé 
par le bien de l'Église (refus néan- 
moins auquel Sa Sainteté ne s'attend 
pas), 'il sera pourvu, par de nouveaux 
titulaires, au gouvernement des évè- 
cbés de la circonscription nouvelle, 
de la manière suivante : 

IV. Le premier Consul de la Ré- 
publique nommera, dans les trois 
mois qui suivront la publication de 
la bulle de Sa Sainteté, aux archevê- 
chés et aux évêchésde la circonscrip- 
tion nouvelle; Sa Sainteté conférera 
l'institution canonique, suivant les 
formes établies par l'apport à la 
France avant le changement de gou- 
vernement. 

V. Les nominations aux évêchés 
qui vaqueront dans la suite seront 
également faites par le premier Con- 
sul, et l'institution canonique, sera 
donnée par le Saint-Siège, en confor- 
mité de l'article précédent. 

VI. Les évèques, avant d'entrer en 
fonctions, prêteront directement, en- 
tre les mains du premier Consul, le 



serment de fidélité qui était en usage 
avant le changement de gouverne- 
ment, exprimé dans les termes sui- 
vants : 

« Je jure et promets à Dieu, sur 
les saints Évangiles, de garder obéis- 
sance et fidélité au gouvernement 
établi par la Constitution 'de la Ré- 
publique française. Je promets aussi 
de n'avoir aucune intelligence, de 
n'assister à aucun conseil, de n'en- 
tretenir aucune ligne, soit au dedans, 
soit au dehors, qui soit contraire à la 
tranquillité publique ; et si, dans mon 
diocèse ou ailleurs, j'apprends qui' 
se trame quelque chose au préjudice 
de l'Etat, je le ferai savoir au gou- 
vernement. » 

VII. Les ecclésiastiques de second 
ordre prêteront le même serment 
entre les mains de l'autorité civile 
désignée par le gouvernement. 

VIII. La formule de prière sui- 
vante sera récitée à la fin de l'office 
divin, dans toutes les églises catholi- 
ques de France : Domine, salvam fan 
ïïcmpublicum ; Domine, salvos fac 
Consules. 

IX. Les évêques feront une nouvelle 
circonscription des paroisses de leurs 
diocèses, qui n'aura d'effet que d'après 
le consentement du gouvernement. 

X. Les évêques nommeront aux 
cures. Leur choix ne pourra tomber 
que sur des personnes agréées par le 
gouvernement. 

XI. Les évèques pourront avoir un 
chapitre dans leur cathédrale et un 
séminaire pour leur diocèse, sans 
que le gouvernement s'oblige à les 
doter. 

XII. Toutes les églises métropoli- 
taines, cathédrales, paroisses et autres 
non aliénées, nécessaires au culte, 
seront remises à la disposition des 
évêques. 

XIII. Sa Sainteté, pour le bien de 
la paix et l'heureux rétablissement 
de la religion catholique, déclare que 
ni Elle ni ses successeurs ne trouble- 
ront en aucune manière les acquéreurs 
des biens ecclésiastiques aliénés, et 
qu'en conséquence la propriété de 
ces mêmes biens, les droits et revenus 
y attachés, demeureront incommn- 
tables entre leurs mains et celles de 
leurs ayants-cause. 





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136 



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XIV. Le gouvernement assurera un 
traitement convenable aux évoques et 
aux curés dont les diocèses et les 
paroisses seront compris dans la 
circonscription nouvelle. 

XV. Le gouvernement prendra éga- 
lement des mesures pour que les 
Catholiques français puissent, s'ils le 
veulent, faire en faveur des églises 
des fondations. 

XVI. Sa Sainteté reconnaît dans le 
premier Consul de la République 
française les mêmes droits et préro- 
gatives dont jouissait l'ancien gou- 
vernement. 

XVII. Il est convenu entre les 
parties contractantes que, dans le cas 
où quelqu'un des successeurs du pre- 
mier Consul actuel ne serait pas Ca- 
tholique, les droits et prérogatives 
mentionnés dans l'article ci-dessus, 
et la nomination aux évèchés, seront 
réglés, par rapport à lui, par une 
nouvelle convention. 

Les ratifications seront échangées à 
Paris dans l'espace de quarante jours. 
Fait à Paris le 26 messidor an IX. » 
Cette convention fut proclamée loi 
de la République par décret rendu 
parle Corps législatif le 18 germinal 
an X, inséré au Bulletin des Lois, 
n° 172 (3 e série), t. VI, pag. 14-16. 



II 



LES ARTICLES ORGANIQUES. 

Le décret du Corps législatif com- 
prenait , en outre, des articl e s addition- 
nels, que le premier consul essayait 
de faire passer, comme partie inté- 
grante du concordat, au moyen de 
l'expression ensemble les articles etc., 
dans la notice qui servait de trait 
d'union entre le concordat véritable 
et ces articles, dont voici le texte : 

TITRE I er . — DU RÉGIME DE L'ÉGLISE 

catholique dans ses rapports géné- 
raux avec les droits et la police 
de l'état. 

Art. I er . Aucune bulle, bref, rescrit, 
décret, mandat, provision, signature 
servant de provision, ni autres ex- 
péditions de la cour de Rome, même 
ne concernant que les particuliers, ne 



pourront être reçues, publiées ni im 
primées, ni autrement mises à exé- 
cution, sans l'autorisation du gou- 
vernement. 

II. Aucun individu se disant nonce, 
légat, vicaire ou commissaire apos- 
tolique, ou se prévalant de toute 
autre dénomination, ne pourra, sans 
la même autorisation, exercer sur le 
sol français, ni ailleurs, aucune fonc- 
tion relative aux affaires de l'Église 
gallicane. 

III. Les décrets des synodes étran- 
gers, même ceux des conciles géné- 
raux, ne pourront être publiés en 
France avant que le gouvernement 
en ait examiné la forme, leur confor- 
mité avec les lois, droits et franchises 
de la République française, et tout 
ce qui, dans leur publication, pour- 
rait altérer ou intéresser la tranquil- 
lité publique. 

IV. Aucun concile national ou mé- 
tropolitain, aucun synode diocésain, 
aucune assemblée délibérante n'aura 
lieu sans la permission expresse du 
gouvernement. 

V. Toutes les fonctions ecclésiasti- 
ques sont gratuites, sauf les oblations 
qui seraient autorisées et fixées par 
les règlements. 

VI. Il y aura recours au conseil 
d'État dans tous les cas d'abus de la 
part des supérieurs et autres per- 
sonnes ecclésiastiques. 

Les cas d'abus sont : l'usurpation 
ou l'excès de pouvoir, la contravention 
aux lois et règlements de la républi- 
que, l'infraction des règles consacrées 
par les canons reçus en France , 
l'attentat aux libertés, franchises et 
coutumes de l'Eglise gallicane , et 
toute entreprise ou tout procédé qui, 
dans l'exercice du culte, peut com- 
promettre l'honneur des citoyens, 
troubler arbitrairement la conscience, 
dégénérer contre eux en oppression, 
ou en injure, ou en scandale public. 

VIL II y aura pareillement recours 
au conseil d'État s'il est porté atteinte 
à l'exercice public du culte et à 
la liberté que les lois et les règlements 
garantissent à ses ministres. 

VIII. Le secours compétera à toute 
jiersonne intéressée. A défaut de 
plainte particulière, il sera exercé 
d'oflicepar les préfets. 



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137 



CON 



Le fonctionnaire public, l'ecclésias- 
tique ou la personne qui voudra exer- 
cer ce recours, adressera un Mémoire 
détaillé et signé au conseiller d'État 
chargé de toutes les affaires concer- 
nant les cultes, lequel sera tenu de 
prendre, dans le plus court délai, 
tous les renseignements convenables ; 
et, sur son rapport, l'affaire sera sui- 
vie et définitivement terminée dans 
la forme administrative, ou renvoyée, 
selon l'exigence des cas, aux auto- 
rités compétentes. 



TITRE II. — DES MINISTRES. 

Section I r °. — Dispositions générales. 

IX. Le culte catholique sera exercé 
sous la direction des archevêques et 
évèques dans leurs diocèses, et sous 
celle des curés dans leurs paroisses. 

X. Tout privilège portant exemption 
ou attribution de la juridiction épis- 
copale est aboli. 

XI. Les archevêques et évoques 
pourront, avec l'autorisation du gou- 
vernement, établir dans leurs dio- 
cèses des chapitres cathédraux et des 
séminaires. 

Tous autres établissements ecclé- 
siastiques seront supprimés. 

XII. Il sera libre aux archevêques 
et évèques d'ajouter à leur nom le 
titre de Citoyen ou celui de Monsieur. 
Toutes autres qualifications sont in- 
terdites. 



Section IL — Des Archevêques ou 
Métropolitains. 

XIII. Les archevêques consacreront 
et installeront leurs suffragants. En 
cas d'empêchement ou de refus de 
leur part, ils seront suppléés par le 
plus ancien évêque de l'arrondisse- 
métropolitain. 

XIV. Ils veilleront au maintien de 
la foi et de la discipline dans les dio- 
cèses dépendant do leur métropole. 

XV. Ils connaîtront des réclama- 
tions et des plaintes portées contre 

. la conduite et les décisions des évè- 
ques suffragants. 



Section III. — Des Évèques, des Vicaires 
généraux et des Sémimaires. 

XVI. On ne pourra être nommé 
évêque avant l'âge de trente ans et si 
on n'est originaire français. 

XVII. Avant l'expédition de l'ar- 
rêté dénomination, celui ou ceux qui 
seront proposés seront tenus de rap- 
porter une attestation de bonne vie 
et mœurs expédiée par l'évêque dans 
le diocèse duquel ils auront exercé 
les fonctions du ministère ecclésiasti- 
que, et ils seront examinés sur leur 
doctrine par un évêque et deux prê- 
tres, qui seront commis par le pre- 
mier Consul, lesquels adresseront le 
résultat de leur examen au conseiller 
d'État chargé de toutes les affaires 
concernant les cultes. 

XVIII. Le prêtre nommé par le pre- 
mier Consul fera les diligences pour 
rapporter l'institution du Pape. Il ne 
pourra exercer aucune fonction avant 
que la bulle portant son institution 
ait reçu l'attache du gouvernement, 
et qu'il ait prêté en personne le ser- 
ment prescrit par la convention pas- 
sée entre le gouvernement français 
et le Saint-Siège. Ce serment sera 
prêté au premier Consul; il en sera 
dressé procès-verbal par le secrétaire 
d'État. 

XIX. Les évèques nommeront et 
institueront les curés. Néanmoins ils 
ne manifesteront leur nomination et 
ils ne donneront l'institution cano- 
nique qu'après que cette nomination 
aura été agréée par le premier Con- 
sul. 

XX. Ils seront tenus de résider dans 
leurs diocèses; ils ne pourront en 
sortir qu'avec la permission du pre- 
mier Consul. 

XXI. Chaque évêque pourra nom- 
mer deux vicaires généraux, et cha- 
que archevêque pourra en nommer 
trois ; ils les choisiront parmi tes 
prêtres ayant les qualités requises 
pour être évèques. 

XXII. Ils visiteront annuellement 
et on personne une partie de leur 
diocèse, et, dans l'espace de cinq ans, 
le diocèse entier. En cas d'empêche- 
ment légitime, la visite sera faite par 
le vicaire général. 



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138 



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XXIII. Les évèques seront chargés 
de l'organisation de leurs séminaires, 
et les règlements de cette organisa- 
tion seront soumis à l'approbation du 
premier Consul 

XXIV. Ceux qui seront choisis pour 
renseignement dans les séminaires 
souscriront la déclaration faite par 
le clergé de France en 1682 et publiée 
par un édit de la même année ; ils 
se soumettront à y enseigner la doc- 
trine qui y est contenue, et les évè- 
ques adresseront une expédition en 
forme de cette soumission au conseil- 
ler d'État chargé de toutes les affaires 
concernant les cultes. 

XXV. Les évèques enverront toutes 
les années à ce conseiller d'État le 
nom des personnes qui étudieront 
dans les séminaires et qui se destine- 
ront à l'état ecclésiastique. 

XXVI. Ils ne pourront ordonner au- 
cun ecclésiastique s'il no justilie d'une 
propriété produisant au moins un 
revenu annuel de trois cents francs, 
s'il n'a atteint l'âge de vingt-cinq ans 
et s'il ne réunit les qualités requises 
par les canons reçus en France. Les 
évèques ne feront aucune ordination 
avant que le nombre des personnes 
à ordonner ait été soumis au gouver- 
nement et par lui agréé. 

Section IV.— Les curés. 

XXVII. Les curés ne pourront entrer 
en fonctions qu'après avoir prêté, 
entre les mains du préfet, le serment 
prescrit par la convention passée 
entre le gouvernement et le Saint- 
Siège. Il sera dressé procès-verbal 
de cette prestation par le secrétaire 
général de la préfecture, et copie 
eollationnée leur en sera délivrée. 

XXVIII. Ils seront mis en possession 
par le curé ou le prêtre que l'évèque 
désignera. 

XXIX. Ils seront tenus de résider 
dans leurs paroisses. 

XXX. Les curés seront immédiate- 
ment soumis aux évèques dans l'exer- 
cice de leurs fonctions. 

XXXI. Les vicaires et desservants 
exerceront leurs ministère sous la 
surveilbmre et la direction des curés. 
Ils seront approuvés par l'évèque et 
révocables par lui. 



XXXII. Aucun étranger ne pourra 
être employé dans les fonctions du 
ministère ecclésiastique sans la per- 
mis-ion du gouvernement. 

XXXIII. Toute fonction est interdite 
à tout ecclésiastique, même français, 
qui n'appartient à aucun diocèse. 

XXXIV. Un prêtre ne pourra quitta 
son diocèse pour aller desservir dans 
un autre sans la permission de sou 
évèque. 

Section V. — Des Chapitres cathédrautx 
et du gouvernement du diocèse pen- 
dant la vacance du siège. 

XXXV. Les archevêques et évèques 
qui voudront user de la faculté qui 
leur est donnée d'établir des cha- 
pitres ne pourront le faire sans avoir 
rapporté l'autorisation du gouverne- 
ment, tant pour l'établissement lui- 
même que pour le nombre et le choix 
des ecclésiastiques destinés à les for- 
mer. 

XXXVI. Pendant la vacance des siè- 
ges il sera pourvu par le métropoli- 
tain, et, à son défaut, par le plus an- 
cien des évèques suffragants, au gou- 
vernement des diocèses. Les vicaires 
généraux de ces diocèses continueront 
leurs fonctions, même après la mort 
de l'évèque, jusqu'à son remplace- 
ment. 

XXXVII. Les métropolitains, les 
chapitres catbédraux seront tenus, 
sans délai, de donner avis au gouver- 
nement de la vacance des sièges et 
des mesures qui auront été prises 
pour le gouvernement des diocèses 
vacants. 

XXXVIII. Les vicaires généraux qui 
gouverneront pendant la vacance, 
ainsi que les métropolitains ou capi- 
tulantes, ne se permettront aucune 
innovation dans les usages et coutu- 
'nes des diocèses. 

TITRE III. - do culte. 

XXXIX. Il n'y aura qu'une liturgie 
et un catéchisme pour toutes les égli- 
ses eatholiques de France. 

XL. Aucun curé ne pourra ordonner 
des prières publiques extraordinaires 
sa paroisse sans la permission 
spéciale de l'évèque. 



■ 



CON 

XLL Aucune fête, à l'exception du 
dimanche, ne pourra être établie sans 
la permission du gouvernement. 

XLII. Les ecclésiastiques useront, 
dans les cérémonies religieuses, des 
habits et ornements convenables à 
leur titre ; ils ne pourront, dans aucun 
cas ni sous aucun prétexte, prendre 
la couleur et les marques distinctives 
réservées aux évêques. 

XLI1I. Tous les ecclésiastiques se- 
ront habillés à la française et en noir. 
Les évêques pourront joindre à ce 
costume la croix pastorale et les bas 
violets. 

XLIV. Les chapelles domestiques, 
les oratoires particuliers ne pourront 
être établis sans une permission ex- 
presse, du gouvernement, accordée 
air la demande de l'évêque. 

XLV. Aucune cérémonie religieuse 
l'aura lieu hors des édifices consacrés 
au culte catholique, dans les villes où 
il y a des temples destinés à différents 
mites. 

XL VI. Le même temple ne pourra 
être consacré qu'à un même culte. 

XLVII. il y aura, dans les cathé- 
drales et paroisses, une place distin- 
guée pour les individus catholiques 
qui remplissent les fonctions civiles 
et militaires. 

XLVI1I. L'évêque se concertera avec 
le préfet pour régler la manière d'ap- 
peler les fidèles au service divin par 
le son des cloches. On ne pourra les 
sonner pour toute autre cause sans 
la permission de la police locale. 

KLIX. Lorsque le gouvernement or- 
donnera des prières publiques, les 
évêques se concerteront avec le préfet 
etlo commandant militaire du lieu 
jour lejour, l'heure et le mode d'exé- 
cution de ces ordonnances. 

L. Les prédications solennelles. ap- 
pelées sermons, et celles connues 
mis le nom de stations de l'A vent et 
k Carême, ne seront faites que par 
des prêtres qui en auront obtenu une 
autorisation spéciale de l'évêque. 

LI. Les curés, au prône des messes 
jaroissiales, prieront et feront prier 
Wur la prospérité de la République 
française et pour les Consuls. 
_ LU. Ils ne se permettront dans leurs 
instructions aucune inculpation directe 
m indirecte, soit contre les person- 



139 



CON 



nés, soit contre les autres cultes au- 
rorisés dans l'État. 

LUI. Ils ne feront au prône aucune 
publication étrangère à l'exercice du 
culte, si ce n'est celles qui seront or- 
données par le gouvernement. 

LIV. Ils ne donneront la bénédic- 
tion nuptiale qu'à ceux qui justifie- 
ront en bonne et due forme avoir 
contracté mariage devant l'officier 
civil . 

LV. Les registres tenus parles mi- 
nistres des cultes n'étant et ne pou- 
vant être relatifs qu'à l'administration 
des sacrements ne pourront, dans 
aucun cas, suppléer les registres or- 
donnés par la loi pour constater l'état 
civil des Français. 

LVI. Dans tous les actes ecclésiasti- 
ques et religieux on sera obligé de se 
servir du calendrier d'équinoxe établi 
par les lois de la République; on dé- 
signera les jours par les noms qu'ils 
avaient dans le calendrier des sols- 
tices. 

LVIL Le repos des fonctionnaires 
publics sera fixé au dimanche. 

TITRE IV. — DE TA CIRCONSCRIPTION 
DES ARCHEVÊCHÉS, DES ÉVÊCnÉS ET QËB 
PAROISSES, DES ÉDIFICES DESTINÉS AU 
CULTE ET DU TRAITEMENT DES MINISTRES, 

Section I re . — De la Circonscription des 
archevêchés et des évèchës. 

LVIII. Il y aura en France dix ar- 
chevêchés ou métropoles et cinquante 
évêchés. 

LIX. La circonscription des métro- 
poles et des diocèses sera faite con- 
formément au tableau ci-joint 

Section II. — De la Circonscription des 
paroisses. 

LX. Il y aura au moins une paroisse 
dans chaque justice de paix. Il sera, 
en outre, établi autant de succursales 
que le besoin pourra l'exiger. 

LXI. Chaque évoque, de concert 
avec le préfet, réglera le nombre et 
l'étendue de ces succursales . Les plans 
arrêtés seront soumis au gouverne- 
ment, et ne pourront être mis à exé- 
cution sans son autorisation. 

LXII. Aucune partie du territoire 



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français ne pourra être érigée en cure 
ou en succursale sans l'autorisation 
expresse du gouvernement. 

LXIil. Les prêtres desservant les 
succursales sont nommés par les évê- 
[jues. 

Section III. — Du Traitement des mi- 
nistres. 

LXIV. Le traitement des archevê- 
ques sera de 1S,000 fr. 

LXV. Le traitement des évoques 
sera de 10,000 fr. 

LXVI. Les curés seront distribués 
en deux classes. Le traitement des 
cures de la première classe sera porté 
à 1,800 fr., celui des cures de la se- 
conde classe à 1,000 fr. (1). 

LXVII. Les pensions dont ils jouis- 
sent en exécution les lois de l'Assem- 
blée constituante seront précomptées 
sur leur traitement. Les conseils gé- 
néraux des grandes communes pour- 
ront, sur leurs biens ruraux ou sur 
leurs octrois, leur accorder une 
augmentation de traitement, si les 
circonstances l'exigent. 

LXVIII. Les vicaires et desservants 
seront eboisisparmi lesecclésiassiques 
pensionnés en exécution des lois de 
l'Assemblée constituante. 

Le montant de ces pensions et le 
produit des oblations formeront leur 
traitement. 

LXIX. Les évèques rédigeront les 
projets de règlement relatifs aux obla- 
tions que les ministres du culte sont 
autorisés à recevoir pour l'adminis- 
tration des sacrements. Les projets 
de règlement rédigés par les évèques 
ne pourront être publiés, ni autre- 
ment mis à exécution, qu'après avoir 
été approuvés par le gouvernement. 

LXX. Tout ecclésiastique pension- 
naire de l'Etat sera privé de sa pension 
s'il refuse, sans cause légitime, les 
fonctions qui pourront lui être con- 
fiées. 

LXXI. Les conseils généraux de dé- 
partement sont autorisés à procurer 
aux archevêques et évèques un loge- 
ment convenable. 

LXXII. Les presbytères et les jar- 
dins attenants, non aliénés, seront 

(i) \oy, l'article Desservant ad finem. 



rendus aux curés et aux desservants 
des succursales. A défaut de presby- 
tères, les conseils généraux des com- 
munes sont autorisés à leur procurer 
un logement et un jardin. 

LXXlII. Les fondations qui ont 
pour objet l'entretien des ministres 
et l'exercice du culte ne pourront 
consister qu'en rentes constituées sur 
l'Etat: elles seront acceptées par l'é- 
vèque diocésain, et ne pourront être 
exécutées qu'avec l'autorisation du 
gouvernement. 

LXX1V. Les immeubles, autres que 
les édifices destinés au logement et 
les jardins attenants, ne pourront être 
affectés à des titres ecclésiastiques, 
ni possédés par les ministres du culte, 
à raison de leurs fonctions. 

Section IV. — Des Édifices destinés 
au culte. 

LXXV. Les édifices anciennement 
destinés au culte catholique, actuel- 
lement dans les mains de la nation, à 
raison d'un édifice par cure et par 
succursale, seront mis "a la disposi- 
tion des évèques par arrêtés du pré- 
fet du département. Une expédition 
de ces arrêtés sera adressée au con- 
seiller d^Etatcbargé de toutes les af- 
faires concernant les cultes. 

LXXVI. Il sera établi des fabriques 
pour veiller à l'entretien et à la con- 
servation des temples, à l'adminis- 
tration des aumônes. 

LXXVII. Dans les paroisses où il 
n'y aura point d'édifices disponibles 
pour le culte, l'évèque se concertera 
avec le préfet pour la désignation 
d'un édifice convenable. 



III 

CURIEUSES RÉVÉLATIONS DU CARDINAL 
CONSALVI RELATIVES A LA CONCLUSION 
DU CONCORDAT. 

Le cardinal Consalvi, pendant son 
exil à Reims en 1812, écrivitMcs Mé- 
moires, dans lesquels M. Cretineau- 
Joly a traduit le passage suivant sur 
le manuscrit même-: 

« Je laissai Home le juin 1801... 
Après un voyage de quinze jours, 



CON 



141 



CON 



j'arrivai, dans les premières heures 
de la nuit, de Rome à Paris. 

« J'allai m'établir à l'hôtel où était 
logé monsignor Spina, avec son théo- 
logien, le père Caselli... Ma première 
pensée, dans la matinée suivante, fut 
d'informer le premier Consul de mon 
arrivée, et de lui demandera quel mo- 
ment je pourrais avoir l'honneur de le 
Toir. Je lui fis demander en même 
temps dans quel costume il désirait 
que je me présentasse. Cette demande 
était nécessaire, car, à cette épo- 
que, l'habit ecclésiastique, dans Paris 
.comme du reste dans toute la France, 
était chose absolument hors d'usage. 
Les prêtres étaient habillés comme 
les séculiers ; les églises consacrées à 
Dieu étaient dédiées à l'amitié, à l'a- 
bondance, à l'hymen, au commerce, 
aux jardins, à la fraternité, à la li- 
berté, à l'égalité, et autres divinités 
de la raison démocratique... Pour 
faire parvenir les susdites demandes, 
l'abbé Dernier me servit d'intermé- 
diaire... Il revint immédiatement avee 
cette réponse : Que le premier Con- 
sul me recevrait dans la matinée 
même, à deux heures après midi, et, 
quant au costume, que je devais ve- 
nir en cardinal le plus qu'il me serait 
possible. — A l'heure convenue, le 
maître des cérémonies de la cour ar- 
riva à mon hôtel!.. 11 me prit dans 
sa voilure, et, seul avec lui, j'arrivai 
aux Tuileries. Je fus introduit dans 
un salon du rez-de-chaussée, appelé 
le salon des Ambassadeurs ; c'était le 
jour, comme je l'ai su depuis, où 
avait lieu aux Tuileries la grande pa- 
rade, qui, à cette époque, se renou- 
velait tous les quinze jours, et à la- 
quelle assistaient les trois consuls, 
les chefs de l'État, c'est-à-dire le Sé- 
nat, le Tribunat, le Corps législatif, 
etc.. Le premier Consul voulut me 
recevoir pour la première fois dans 
cette solennelle circonstance, afin de 
me donner, je le crois, une idée de 
sa puissance, me frapper d'étonne- 
hentj et peut-être aussi de crainte. 
h parvins enfin dans un salon où je 
vis un seul personnage qui vint au- 
dîvant de moi, me salua sans me dire 
une parole, puis, marchant avec moi 
et me précédant, m'introduisit dans 
une pièce voisine. Je ne sus pas alors 



quel était ce personnage, mais j'ap- 
pris par la suite que c'était le minis- 
tre des affaires étrangères M. de Tal- 
leyrand... Je pensai qu'il allait m'in- 
troduire dans le cabinet du premier 
Consul, et je me rassurai par l'espoir 
queje pourrais enfin être seul avec lui. 
Mais quelle fut ma surprise lorsque, 
cette dernière porte s'ouvrant, j'a- 
perçus dans un vaste salon une mul- 
titude immense de personnages, dis- 
posés comme pour un coup de théâ- 
tre ! En avant de tout ce monde, 

détachés et isolés, trois personnages, 
que je sus plus tard être les trois con- 
suls de la République ! 

« Celui qui était au milieu fit seul 
quelques pas vers moi, et ce ne fut 
que par conjecture que je pressentis 

Bonaparte Je fus à peine auprès 

de lui qu'il prit la parole et me 
dit d'un ton bref : « Je sais le motif 
» de votre voyage en France; je 
» veux que l'on ouvre immédiatement 
» les conférences. Je vous donne 
» cinq jours de temps, etje vous pré- 
» viens que si, à l'expiration du cin- 
» quième jour, les négociations ne 
» sont pas terminées, vous devrez re- 
)> tourner à Rome, attendu que, quant 
» à moi, j'ai déjà pris mon parti pour 
» une telle hypothèse. » 

« Tellesfurent, sans un mot de plus, 
les premières paroles que Bonaparte 
m'adressa, avec un air qui n'était ni 
affable, ni brusque... 

« A force d'indicibles fatigues, de 
souffrances et d'angoisses de tout 
genre, enfin arriva le jour où il sem- 
blait qu'on touchât au terme désiré, 
c'est-à-dire à la conclusion, quant à 
la substance, du projet de traité 
amendé à Rome, que le gouverne- 
ment français avait repoussé avant 
mon voyage, et qui avait fait enjoin- 
dre à M. Cacault de quitter Rome 
dans le terme de cinq jours. 

« L'abbé Bernier, qui portait cha- 
que soir au premier Consul le résul- 
tat des conférences etnous faisait part 
de son adhésion, quand il pouvait 
l'obtenir, après les paroles les plus 
persuasives, annonça finalement un 
jour, c'était le 13 juillet, que le pre- 
mier Consul acceptait tous les articles 
discutés, et que par conséquent on 
souscrirait , le jour suivant , les 



CON 

deux copies semblables daConcordat. 

« Il m avertit Je préparer une copie 
du Concordat convenu pour y mettre 
les signatures respectives, et qu'il en 
ferait autant de son côté. 

« Le lendemain il me dit qu'il ne 
paraissait pas décent de faire la céré- 
monie de la signature d'un acte aussi 
solennel dans un hôtel comme le 
mien (j'habitais l'hètel de Rome). Il 
, me proposait, et c'était Je désir du 
premier Consul, de me conduire chez 
Joseph Bonaparte. J'y consentis, en 
mettant de coté toute étiquette non 
indispensable. 11 me montra alors le 
Moniteur du jour, où le gouvernement 
avait fait annoncer au public la con- 
clusion de l'affaire par ces paroles : 
« Le cardinal Consalvi a réussi daus 
« l'objet qui l'a amené à Paris. » 

« Bernier ajouta que, le jour sui- 
vant, 1 4 j uillet, où se célébrait alors la 
plus grande fête enFrance,« Iëpremier 
Consul voulait proclamer, dans un dî- 
ner de trois cents couverts, l'heureuse 
nouvelle de la signature de ce solen- 
nel traité... » Un peu avant les qua- 
tre heures de l'après-midi, Bernier 
arriva, un rouleau de papier àlamain, 
rouleau qu'il ne dévcloppapoint, mais 
qu'il dit être la copie du Concordat 
à signer. Nous primes la nôtre, et 
nous allâmes ensemble à la maison du 
citoyen Joseph, comme on disait alors. 
Après les premiers compliments, il 
nous engagea tous à nous asseoir à la 
table qu'on avait préparée à cet effet, 
et il dit aussi lui-même, comme avait 
fait Bernier : « Nous en finirons vite, 
n'ayant rien autre chose à faire que 
de signer, puisque tout est déjà ter- 
miné. » — On mit donc la main à 
l'œuvre et j'allais prendre la plume. 

« Quelle fut ma surprise quand je 
vis l'abbé Bernier m'oifrh' la copie 
qu'il avait tirée de son rouleau comme 
pour me la faire signer sans examen, 
et qu'en y jetant les yeux, alin de 
m'assurer de son exactitude, je m'a- 
perçus que ce Concordat n'était pas 
celui dont les commissaires respec- 
tifs étaient convenus entre eux, dont 
était convenu le premier Consul lui- 
même, mais un tout autre ! La diffé- 
rence des premières lignes me lit 
examiner tout le reste avec le soin le 
plus scrupuleux, et je m'assurai que 



142 



CON 



cet exemplaire non-seulement conte- 
nait le projet que le Pape avait re 
d'accepter sans ses corrections, et 
dont le refus avait été cause del'ordre 
donné à l'envoyé français de quitter 
Rome, mais, eu outre, qu'il le modi- 
fiait en plusieurs en Iroits. 

« Un procédé de cette nature, in- 
croyable sans doute, mais réel, tt que 
je ne me permets pas de caractériser, 
me paralysa la main prête à signer. 
J'exprimai ma surprise et déclarai 
nettement que je ne pouvais accepter 
cette feuille à aucun prix. Le frère du 
premier Consul ne parut pas moins 
■étonné de m'eutendre me prononcer 
ainsi; il disait ne savoir que penser 
de tout ce qu'il voyait... Comme 
l'autre commissaire , le conseiller 
d'Etat Crétet, en affirmait autant, et 
protestait ne rien savoir et ne pouvoir 
admettre ce que j'avançais sur la 
diversité de la rédaction jusqu'à ce 
que je la leur eusse démontrée par 
la confrontation des deux copies, je 
ne pus m'empècher de me retourner 
vivement vers l'abbé Bernier... 

« Ce fut alors que, d'un air confus 
et d'un ton embarrassé, il balbutia 
qu'il ne pouvait nier la vérité de mes 
paroles et la différence des conc 
qu'on -proposait à signer; mais que 
le premier Consul l'avait ainsi or- 
donné, et lui avait affirmé qu'on est 
maître de changer tant qu'on n'a 'point 
signé. Ainsi, ajouta Bernier, il exige 
ces changements, parce que, toute 
réflexion faite, il n'est pas satisfait 
des conventions arrêtées... 

« Je protestai résolument que je 
n'accepterais jamais un tel acte, ex- 
pressément contraire à la volonté du 
Pape, d'après mes instructions et mes 
pouvoirs. Je déclarai donc que si, de 
leur côté, ils ne pouvaient pas ou ne 
voulaient pas souscrire celui dont on 
était convenu, la séance allait être 
levée. 

« Le frère du premier Consul s'ef- 
força d'appuyer sur les conséquences 
de la rupture des négociations. Il 
faut parvenir à nous entendre, disait- 
il; il faul le faire aujourdhui même, 
parce que la conclusion du Concordat 
a éié annoncée dans les jmirnauxet 
qu'on en doit proclamer la signature 
au grand diner de demain. Il n'étaS 









CON 



143 



CON 



pas difficile, ajoutait-il, de compren- 
dre à quel degré d'indignation et de 
fureur s'emporterait un caractère qui 
ne cédait à aucun obstacle, comme 
celui de son frère... Il me conjurait, 
en conséquence, de tenter au moins 
dans cette même journée un accom- 
modement quelconque... , en mettant 
en discussion le plan déjà adopté de 
mon exemplaire. Je m'y résignai, 
moins dans l'espérance de réussir 
que pournepas paraître mal gracieux 
et déraisonnable. On prit donc en 
main le plan de l'exemplaire que 
j'avais apporté, et on commença la 
discussion vers les cinq heures de 
'après-midi...; elle dura, sans inter- 

ption aucune , pendant dix-neuf 
eures de suite, c'est-à-dire jusqu'à 
midi du jour suivant. On parvenait à 
s'entendre sur tous les articles, un 
seul excepté , qui formulait une 
maxime que le Saint-Père pouvait 
bien souffrir à titre de fait, mais qu'il 
ne pouvait jamais approuver {canoni- 
mre) à titre de convention. 

« L'heure allait sonner où le frère 
du premier Consul devait assister à 
la revue et lui rendre compte de la 
signature. —Rien ne put me décider 
à agir contre ce qui était de mes de- 
voirs. Je déclarai que je signerais 
tout le reste du Concordat, en lais- 
sant en question cet article, dont on 
renverrait la décision au Saint-Père. 
- On s'arrêta à ce moyen terme. — 
On détacha l'article en question de 
la partie acceptée de commun ac- 
cord, puis on lit la copie de tout le 
Concordat réglé, afin qu'elle fût re- 
mise au premier Consul par son 
frère... qui allait voler aux Tuileries 
et revenir avec la réponse. En moins 
d'une heure il fut de retour. Il rap- 
porta que le premier Consul était 
entré dans la plus extrême fureur; 
qu'il avait déchiré en cent morceaux 
la feuille du Concordat arrangé entre 
nous ; que finalement il avait consenti 
à accepter tous les articles convenus, 
mais que, pour celui que nous avions 
laissé non réglé, il le voulait absolu- 
ment tel qu'il l'avait fait rédiger, et 
que je n'avais qu'un de ces deux partis 
à prendre, ou admettre cet article et 
signei' le Concordat, ou rompre toute 
négociation; qu'il entendait annoncer 



dans le grand repas de cette journée 
ou la signature ou la rupture de 
l'affaire. 

« Je restai encore trois heures... 
Impossible d'énumérer tout ce qui 
fut dit par le frère du premier Consul 
et par les deux autres pour me déci- 
der à le satisfaire. Je persistai dans 
mon refus pendant les deux heures 
de cette lutte, et la négociation fut 
-rompue. — J'étais condamné à pa- 
raître dans une heure à ce pompeux 
dîner. — Je devais affronter en public 
le premier choc de l'impétueuse co- 
lère qu'allait soulever dans le cœur 
du général Bonaparte l'annonce de la 
rupture. 

« Nous retournâmes quelques ins- 
tants à l'hôtel ; nous fîmes à la hâte 
ce qui était nécessaire pour nous 
présenter convenablement, et nous 
allâmes aux Tuileries. Aussitôt que 
le premier Consul m'aperçut il s'écria, 
le visage enflammé et d'un ton dé- 
daigneux et élevé : « Eh bien ! mon- 
sieur le Cardinal, vous avez voulu 
rompre ! Soit. Je n'ai pas besoin de 
Rome. J'agirai de moi-même. Je n'ai 
pas besoin du Pape. Si Henri VIII, 
qui n'avait pas la vingtième partie de 
ma puissance, a su changer la religion 
de son pays et réussir dans ce projet, 
bien plus le saurai-je faire et le pour- 
rai-je, moi. En changeant la religion 
en France, je la changerai dans pres- 
que toute l'Europe, partout où s'étend 
l'influence de mon pouvoir. Rome s'a- 
percevra des pertes qu'elle aura faites, 
elles les pleurera, mais il n'y aura pas 
de remède. Vous voulez partir, c'est ce 
qui vous reste de mieux à faire. Vous 
avez voulu rompre; eh bien! soit! 
puisque vous l'avez voulu. Quand 
partez-vous donc? 

« — Après dîner, général, repon- 
dis-jc d'un ton calme. 

« Ce peu de mots fit faire un sou- 
bresaut au premier Consul. Il me 
regarda très-fixement. Je répliquai, 
en profitant do son étonnement, que 
je ne pouvais ni outrepasser mes 
pouvoirs, ni transigner sur des points 
contraires aux maximes que professe 
le Saint-Siège » 

Le cardinal continue à raconter 
en détail, ajoute M. Cretineau-Joly, que 
le premier Consul, radouci, ayant pro- 




CON 



VA 



CON 



longé la conversation, dans laquelle 
il finit par faire intervenir le comte 
de Cobentzel, ministre d'Autriche, 
consentit, sur la demande de ce mi- 
nistre, à ce que les commissaires se 
réunissent une dernière fois pour 
concilier les choses, s'il était possible, 
tout en maintenant toujours qu'il 
voulait l'article sans aucune modifi- 
cation ; que, dans la nuit qui suivit, 
le prélat Spina et le père Caselli 
s'étaient résolus à admettre l'article 
et à le signer pour se garantir des 
conséquences de la rupture ; que la 
conférence du lendemain dura onze 
heures de suite, qui furent consacrées 
à la discussion du fatal article ; que 
cet article portait sur la liberté et la 
publicité du culte catholique, qui de- 
vaient être proclamées dans le Con- 
cordat; que le gouvernement français 
voulait que cette publicité lut res- 
treinte, et qu'on ajoutât aux mots : 
« Le culte sera public, » la formule : 
« en se conformant toutefois aux rè- 
glements de police ; » que le cardinal, 
sachant par expérience jusqu'où les 
légistes poussaient les prétentions sur 
le droit hypothétique du prince à 
réglementer le culte extérieur, et al- 
laient jusqu'à vouloir soumettre en 
tout l'Eglise à la juridiction laïque, 
appréhendait cette addition si indé- 
finie et si élastique : « en se confor- 
mant, » et demandait qu'onrestreignît 
cette proposition, et que, par là, on 
la rendit, aux yeux du cardinel et de 
l'Eglise, qu'il représentait, innocente, 
juste et admissible ; que les commis- 
saires, de guerre lasse, accédèrent à 
la proposition, signèrent le Concordat 
ainsi modifié ; que, le lendemain, le 
premier Consul accepta à son tour, 
et que , immédiatement après , la 
nouvelle s'en répandit dans tout 
Paris, où la joie fut universelle. — Il 
serait trop long d'ajouter à cette note 
déjà si longue tout ce que Consalvi 
continue à raconter dans ses Mémoires 
sur les nouvelles difficultés qui na- 
quirent de la résolution prise par le 
premier Consul, contrairement à ses 
engagements antérieurs, de choisir, 
parmi les nouveaux évèques, un cer- 
tain nombre de prêtres et d'évèques 
constitutionnels, de faire rédiger, 
avant le départ du cardinal pour 



Rome, la bulle pontificale qui devait 
accompagner la publication du Con- 
cordat ; sur le retard que le premier 
Consul mit à cette publication, qui 
n'eut lieu que dix mois après la si- 
gnature du Concordat, retard déter- 
miné par l'addition des Articles dits 
organiques , qu'on promulgua en même 
temps, « et qui remettaient en ques- 
tion, par la jurisprudence gallicane, 
ce que le Concordat statuait en faveur 
de la liberté du culte et de l'Eglise. » 

IV 

LA PROTESTATION' DU CARDINAL CAPRERA 
CONTRE LES ARTICLES ORGANIQUES. 

La protestation du Saint-Siège 
contre ces articles' subrepticement 
ajoutés, eut lieu sous forme d'une 
lettre en date du 1 8 août 1803, adressée 
parle cardinal légat Caprera, à M. de 
Talleyrand Périgord alors ministre 
des relations extérieures. Voici cette 
lettre : 

« Monseigneur, je suis chargé de 
réclamer contre cette partie de la loi 
du 18 germinal qu'on a désignée sous 
le nom à'Aî'ticles organiques. Je rem- 
plis ce devoir avec d'autant plus de 
confiance que je compte d'avance sur 
la bienveillance du gouvernement et 
sur son attachement sincère aux vrais 
principes de la religion. 

« La qualification qu'on donne à 
ces articles paraîtrait d'abord sup- 
poser qu'ils ne sont que la suite na- 
turelle et l'explication du concordat 
religieux; cependant il est de fait 
qu'ils n'ont point été concertés avec 
le Saint-Siège, qu'ils ont une exten- 
sion plus grande que le Concordat, 
et qu'ils établissent en France un code 
ecclésiastique sans le concours du 
Saint-Siège. Comment Sa Sainteté 
pourrait-elle l'admettre, n'ayant pas 
même été invitée à l'examiner ? Ce 
code a pour objet la doctrine, les 
mœurs, la discipline du clergé, les 
droits et les devoirs des évèques, ceux 
des ministres inférieurs, leurs rela- 
tions avec le Saint-Siège et le mode 
d'exercice de leur juridiction. Or tout 
cela tient aux droits imprescriptibles 
de l'Eglise. Elle a reçu de Dieu seul 
l'autorisation de décider les questions 



CON 



115 



CON 



de la doctrine sur la foi ou sur la 
règle des mœurs et de l'aire des canons 
ou des règles de discipline. 

« M. d'Héricourt (]), l'historien 
Fleury, les plus célèbres avocats gé- 
néraux et M. de Castillon lui-même (2) 
avouaient ces vérités. Ce dernier re- 
connaît dans l'Eglise le pouvoir qu'elle 
a reçu de Dieu pour conserver, par 
l'autorité de la prédication, des lois 
et des jugements, la règle de la foi 
et des mœurs, la discipline nécessaire 
à l'économie de son gouvernement, 
la succession et la perpétuité de son 
ministère. 

« Sa Sainteté n'a donc pu voir 
qu'avec une extrême douleur qu'en 
négligeant de suivre ces principes la 
puissance civile ait voulu régler, dé- 
cider, transformer en loi des articles 
qui intéressent essentiellement les 
mœurs, la discipline, les droits, l'ins- 
truction et la juridiction" ecclésiasti- 
ques. N'cst-il pas à craindre que celte 
innovation n'engendre les défiances, 
quelle ne fasse croire que l'Eglise de 
France est asservie, même dans les 
objets purement spirituels, au pou- 
voir temporel, et qu'elle ne détourne 
de l'acceptation des places beaucoup 
d'ecclésiastiques méritants ? 

« Que sera-ce si nous envisageons 
chacun de ces articles en particulier? 

« Le. premier veut qu'aucune bulle, 
bref, rescrit, etc., émanés du Saint- 
Siège, ne puissent être mis à exécu- 
tion ni même publiés sans l'autorisa- 
tion du gouvernement. 

« Cette disposition, prise dans toute 
son étendue, ne blesse-t-elle pas évi- 
demment la liberté de l'enseignement 
ecclésiastique ? Ne soumet-elle pas la 
publication des vérités chrétiennes à 
des formalités gênantes? Ne met-elle 
pas les décisions concernant la foi et 
la discipline sous la dépendance du 
pouvoir temporel? Nedonne-t-elle pas 
à la puissance qui serait tentée d'en 
abuser les droits et les facilités d'ar- 
rêter, de supprimer, d'étouffer même 
le langage de la vérité qu'un Pontife 
iidèle à ses devoirs voudrait adresser 



(1) D'Hérieourt, Lois ecclésiastiques, partie Ire, 
p. 19, préambule, p. ll'J. 

[i Réquisitoire contre les actes de l'assemblée 
du clergé en 1765. 

III. 



aux peuples confiés à sa sollicitude. 

« Telle ne fut jamais la dépendance 
de l'Eglise, même dans les premiers 
siècles du Christianisme. Nulle puis- 
sance n'exigeait alors la vérification 
de ses décrets. Cependant elle n'a pas 
perdu de ses prérogatives en recevant 
les empereurs dans son sein : elle doit 
jouir de lamême juridiction dont elle 
jouissait sous les empereurs païens. 
Il n'est jamais permis d'y donner at- 
teinte, parce qu'elle la tient de Jésus- 
Christ. Avec quelle peine le Saint- 
Siège ne doit-il donc pas voir les en- 
traves qu'on veut mettre à ses droits ? 

« Le clergé de France reconnaît lui- 
même que les jugements émanés du 
Saint-Siège, et auxquels adhère lecorps 
épiscopal, sont irréfragables. Pourquoi 
auraient-ils donc besoin de l'autorisa- 
tion du gouvernement, puisque, sui- 
vant les principes gallicans, ils tirent 
toute leur force de l'autorité qui les 
prononce et de celle qui les admet? 
Le successeur de Pierre doit confirmer 
ses frères dans la foi, suivant les ex- 
pressions de l'Ecriture ; or comment 
pourra-t-il le faire si, sur chaque ar- 
ticle qu'il enseignera, il peut être à 
chaque instant arrêté par le refus ou 
le défaut de vérification de la part du 
gouvernement temporel? Ne suit-il 
pas évidemment de ces dispositions 
que l'Eglise ne pourra plus savoir et 
croire que ce qu'il plaira au gouver- 
nement de laisser publier? 

« Cet article blesse la délicatesse 
et le secret constamment observés à 
Rome dans les affaires de la Péniten- 
cerie. Tout particulier peut s'y adres- 
ser avec confiance et sans crainte de 
voir ses faiblesses dévoilées. Cepen- 
dant cet article, qui n'excepte rien, 
veut que les brefs, même personnels, 
émanés de la Pénitencerie, soient 
vérifiés. Il faudra donc que les secrets 
des familles et la suite malheureuse 
des faiblesses humaines soient mises 
au grand jour pour obtenir la per- 
mission d'user de ces brefs? Quelle 
gène! quelles entraves ! Le parle- 
ment lui-même ne les admettait pas, 
car il exceptait de la vérification 
les provisions, les brefs de la Pénitence- 
rie et autres expéditions concernant 
les affaires des particuliers. 

« Le deuxième article déclare 
10 



CON 



146 



CON 



« qu'aucun légat, nonce ou délégué 
du Saint-Siège ne pourra exercer ses 
fonctions en France sans la môme au- 
torisation. » Je ne puis que répéter 
ici les justes observations que je viens 
de faire sur le premier article : l'un 
frappe la liberté de l'enseignement 
dans sa source, l'autre l'atteint dans 
ses agents; le premier met des entra- 
ves à la publication de la vérité, le 
second à l'apostolat de ceux qui sont 
chargés de l'annoncer. Cependant Jé- 
sus-Christ a voulu que sa divine pa- 
role fût constamment libre, qu'on 
pût la prêcher sur les toits, dans tou- 
tes les nations et auprès de tous les 
gouvernements. Comment allier ce 
dogme catholique avec l'indispensa- 
ble formalité d'une vérification de 
pouvoirs et d'une permission civile 
deles exercer? Les Apôtres et les pre- 
miers pasteurs de l'Eglise naissante 
eussent-ils pu prêcher l'Evangile si 
les gouvernements eussent exercé sur 
eux un pareil droit ? 

« Le troisième article étend cette 
mesure aux canons des conciles même 
généraux. Ces assemblées si célèbres 
n'ont eu nulle part plus qu'en France 
de respect et de vénération. Comment 
se fait-il donc que chez cette même 
nation elles éprouvent tant d'obsta- 
cles, et qu'une formalité civile donne 
le droit d'en éluder, d'en rejeter 
même les décisions? 

« On veut, dit-on, les examiner; 
mais la voie d'examen en matière reli- 
gieuse est proscrite dans le sein de l'É- 
glise catholique; il n'y a que les com- 
munions protestantes qui l'admet- 
tent, et de là est venue cette étonnante 
variété qui règne dans leurs croyan- 
ces. 

« Quel serait d'ailleurs le but de 
ces examens? Celui de reconnaître si 
les canons des conciles sont conformes 
aux lois françaises ? Mais si plusieurs 
de ces lois, telle que celle sur le di- 
vorceront en opposition avec le dogme 
catholique, il faudra donc rejeter les 
canons et préférer ces lois, quelque 
injuste ou erroné qu'en soit l'objet.' 
Qui pourra adopter une pareille con- 
clusion? Ne serait-ce pas sacrifier la 
religion, ouvrage de Dieu même, aux 
ouvrages toujours imparfaits et sou- 
vent injustes des hommes? 



« Je sais que notre obéissance doit 
être raisonnable ; mais n'obéir qu'a- 
vec des motifs suffisants n'est pas 
avoir le droit non- seulement d'exa- 
miner, mais de rejeter arbitrairement 
tout ce qui nous déplaît. 

« Dieu n'a promis l'infaillibilité qu'à 
son Église ; les sociétés humaines peu- 
vent se tromper : les plus sages légis- 
lateurs en ont été la preuve. 

« Pourquoi donc comparer les dé- 
cisions d'une autorité irréfragable avec 
celles d'une puissance qui peut errer, 
et faire, dans cette comparaison, pen- 
cher la balance en faveur de cette 
dernière? Chaque puissance a d'ail- 
leurs les mômes droits. Ce que la 
France ordonne, l'Espagne et l'Em- 
pire peuvent l'exiger; et comme les 
lois sont partout différentes, il s'en- 
suivra que l'enseignement de l'Église 
devra varier suivant les peuples, pour 
se trouver d'accord avec ses lois. 

« Dira-t-on que le parlement fran- 
çais en agissait ainsi? Je le sais ; mais 
il n'examinait, suivant sa déclaration 
du 24 mai 1766, que ce qui pouvait, 
dans la publication des canons et des 
bulles, altérer ou intéresser la tran- 
quillité publique, et non leur confor- 
mité avec des lois qui pouvaient 
changer dès le lendemain. 

« Cet abus d'ailleurs ne pourrait 
être légitimé par l'usage, et le gou- 
vernement en sentait si bien les in- 
convénients qu'il disait au parlement 
de Paris, le 5 avril 1757, par l'organe 
de M. d'Aguesseau : « Il semble qu'on 
» cherche à affaiblir le pouvoir qu'a 
» l'Eglise de faire des décrets, en le 
» faisant tellement dépendre de la 
» puissance civile, et de son concours, 
» que sans ce concours les plus saints 
» décrets de l'Eglise ne puissent obli- 
» ger les sujets des rois. » 

« Enfin cet examen n'avait lieu 
dans les parlements, suivant la décla- 
ration de 1766j que pour rendre les 
décrets de l'Eglise lois de l'Etat et en 
ordonner l'exécution, avec défense, 
sous les peines temporelles, d'y con- 
trevenir. Or, ces motifs ne sont pas 
ceux qui dirigent aujourd'hui le gou- 
vernement, puisque la religion catho- 
lique n'est plus la religion de l'Etat, 
mais uniquement celle de la majorité 
des Français. 



CON 



147 



CON 



« L'article 6 « déclare qu'il y aura 
» recours au conseil d'Etat pour tous 
» les cas d'abus ; » mais quels sont- 
ils ? L'article ne les spécifie que d'une 
manière générique et indéterminée. 

« On dit, par exemple, qu'un des 
cas d'abus est l'usurpation et l'ea;ces 
du pouvoir. Mais, en manière de ju- 
ridiction spirituelle, l'Eglise en est 
seule le juge; il n'appartient qu'à elle 
de déclarer en quoi l'on a cx<:édé ou 
abusé des pouvoirs qu'elle seule peut 
conférer. La puissance temporelle ne 
peut connaître de l'abus excessif 
d'une chose qu'elle n'accorde pas. 

« Un second cas d'abus est la con- 
tradiction aux lois et règlements de la 
République ; mais, si ces lois, ces rè- 
glements sont en opposition avec la 
doctrine chrétienne, faudra-t-il que 
le prêtre les observe de préférence à 
la loi de Jésus-Christ ? Telle ne fut 
jamais l'intention du gouvernement. 

« On range encore dans la classe 
des abus l'infraction des règles con- 
sacrées en France par les saints ca- 
nons... Mais ces règles ont dû éma- 
ner de l'Eglise ; c'est donc à elle seule 
de prononcer sur leur infraction ; 
car elle seule en connaît l'esprit et les 
dispositions. 

« On dit enfin qu'il y a lieu à Vap- 
pel comme d'abus pour toute entre- 
prise qui tend à compromettre l'hon- 
neur des citoyens, à troubler leur 
conscience, ou qui dégénère contre 
eux en opposition, injure ou scandale 
public. 

Mais, si un divorcé, si un héréti- 
que, connu en public, se présente 
pour recevoir les sacrements, et qu'on 
les lui refuse, il prétendra qu'on lui 
a fait injure, il criera au scandale, il 
portera sa plainte : on l'admettra 
d'après la loi ; et cependant le prêtre 
inculpé n'aura fait que son devoir, 
puisque les sacrements ne doivent ja- 
mais être conférés à des personnes 
notoirement indignes. 

« En vain s'appuiera-t-on sur l'u- 
sage constant des appels comme d'abus. 
Cet usage ne remonte pas au delà du 
règne de Philippe de Valois, mort en 
1350. Il n'a jamais été constant ni uni- 
forme; il a varié suivant les temps. 
Les parlements avaient un intérêt 
particulier à l'accréditer ; ils augmen- 



taient leurs pouvoirs et leurs attribu- 
tions; mais ce qui flatte n'est pas 
toujours juste. Aussi Louis XIV, par 
l'édit de 1G93, articles 34, 35, 36, 37, 
n'attribuait-il aux magistrats sécu- 
liers que l'examen des formes, en leur 
prescrivant de renvoyer le fond au 
supérieur ecclésiastique. Or, cette res- 
triction n'existe nullement dans les 
Articles organiques. Ils attribuent in- 
distinctement au conseil d'Etat le ju- 
gement de la forme et celle du fond. 

« D'ailleurs les magistrats qui pro- 
nonçaient alors sur ces cas d'abus 
étaient nécessairement catholiques ; 
ils étaient obligés de l'affirmer sous la 
foi du serment, tandis qu'aujourd'hui 
ils peuvent appartenir à des sectes 
séparées de l'Eglise catholique, et avoir 
à prononcer sur des objets qui l'inté- 
ressent essentiellement. 

« L'art. 9 veut que le culte soit 
exercé sous la direction des archevê- 
ques, des évèques et des curés; mais 
le mot direction ne rend pas ici les 
droits des archevêques et évèques. 
Ils ont, de droit divin, non-seulement 
le droit de diriger, mais encore celui 
de définir, d'ordonner et déjuger. Les 
pouvoirs des curés dans les paroisses 
ne sont point les mêmes que ceux des 
évèques dans les diocèses. On n'aurait 
donc pas dû les exprimer de la même 
manière et dans les mêmes articles, 
pour ne pas supposer une identité 
qui n'existe pas. 

« Pourquoi d'ailleurs ne faire pas 
ici mention des droits de Sa Sainteté, 
chef des archevêques et des évèques? 
A-t-on voulu lui ravir un droit géné- 
ral, qui lui appartient essentielle- 
ment? 

« L'article 10, en abolissant toute 
exemption ou attribution de la juri- 
diction épiscopale, prononce évidem- 
ment sur une matière purement spi- 
rituelle ; car, si les territoires exempts 
sont aujourd'hui soumis à l'ordinaire, 
ils ne le sont qu'en vertu d'un règle- 
ment du Saint-Siège ; lui seul donne 
à l'ordinaire une juridiction qu'il 
n'avait pas. Ainsi, en dernière ana- 
lyse , la puissance temporelle aura 
conféré des pouvoirs qui n'appar- 
tiennent qu'à l'Église. Les exemp- 
tions d'ailleurs ne sont point aussi 
abusives qu'on l'a imaginé; S. Gré- 



CON 148 

goire lui-même les avril admises, et 
tes puissances teo porelles uiit eu sou- 
vent besoin d'y recourir. 

,. L'article 'l I supprime (mis les 
établissements rel ii ux, a l'excep- 
tion ilf- sémina res eo lésiastiques et 
des chapitres, k-t-on bi d réfléchi snr 

te suppression? Plusieui - de ces 
établissements étaient d'uni' utilité 
reçu peuple les aimait; ils le 

secouraient dans ses besoins; La piété 
les avait fondés; l'Église les avait 
solennellement approuvés sur la de- 
mande même des souverains; < lh seule 
potti " ' la sup- 

iion. 

« L'article lî ordonne aux arche- 
vêques de veiller au maintien de la 
foi et de la discipline dans les dio- 
cèses de leur- suffragants. Nul devoir 
n'esl plus m lispensableni plus sacré ; 
mais il est aussi le devoir du Saint- 
Siège pour toute l'Église. Pourquoi 
donc n'avoir pas fait mention dans 
l'article de cette surveillance géné- 
rale? Est-ce un oubli? est-ce une ex- 
clusion? 

« L'article IS autorise les archevê- 
ques a connaître des réclamations et 
des plaintes portées contre la con- 
duite et les décisions des êvêques 
suffragants; mais que feront les êvê- 
ques si les métropolitains ne leur 
rendent pas justice? A qui s'adresse- 
ront-ils pour l'obtenir? A quel tribu- 
nal en appelleront-ils de la conduite 
des archevêques a leur égard? C'est 
une' difficulté d'une importance ma- 
jeure et dont on ne parle pas. Pour- 
quoi ne pas ajouter que le souverain 
Pontife peut alors connaître de ces 
différends par \ oie d'appellation, et 
prononcer définitivement, suivant ce 
qui esl enseigné par les saints ca- 
non- .' 

» L'article 17 puait établir le gon- 

vernemenl juge de la foi, de- 1 nra 

et de la i a] quesnommés. 

i -i lui qui I tminer et qui 

F i-,,i' iprès les résultats de 

e\.un h Cependant le souverain 
Pontife a seul le droit de taire, par 
lui ou -. . • et examen , 

parce que lui teul doit instituer ca- 
aoniquement, el que cette institution 
canonique suppose é\ idem ment, d ma 
corde, la connaissance 



CON 



acquise de la capacité de celui qui 1 1 
reçoit. Le gouvernement a-t-il pré- 
tendu nommer tout à la fois el 
constituer juge de l'idonêité, ce qui 
lit contraire à tous les droits et 
usages reçus? ou veut-il seulement 
s'assurer par cel examen que son 
choix n'est pas tombé sur un sujet 
indigne de lépiscopat? C'est ce qu'il 
importe d'expliquer. 

« Je sais que l'ordonnance de Blois 
prescrivait un tel examen, mais le 
gouvernement consentit lui-mêmi 

jer. Il fut statué par m 
tion .-• t réte 'in' les i S. S. fe- 

a mations. On doit 
donc aujourd'hui suivre cette même 
marche, parce que l'article i du Con- 
cordat veut que l 'in 

,n f n i aux i ■'■ i" ■• 
étal a i m tmt !• changi rm ni de gou- 

.,: lit. 

« L'article 22 ordonne auxévêques 
de » isiter leurs diocèses dan- 1 esp 

de cinq années. La disciplin 

siastique restreign ii1 davantage le 
temps de ces visites. L'Eglise l'avait 
ainsi ordonné pour degi i des 

ons. Il semble d'après cela qu'il 
n appartenait qu'à elle seul. -de 1 chan- 
ger on. 

o i In exige par l'article 24 que les 
direi leurs des séminaires souscrivent 
a la Déclaration de IG82 et enseignent 
la doctrine qui y est contenue. 

« Pourquoi jeter de nouveau au 
milieu des Français ce germe de d 
corde? Ne sait-on pas que les auteurs 
de cette Déclaration l'ont eux mêmes 
désavouée? Sa Sainteté peut-elle ad- 
mettre ce que se- prédécesseurs les 
plus immédiats onteux-mêmes rejeté? 
Ne doit-elle pas s'en tenir a ce qu'ils 
ont prononce? Pourquoi souffrirai! - 
elle que l'organisation d'une Eglise, 
qu'elle relève au prix de tant de sacri- 
fices, il des principes qu'elle 
ne peut avouer? Ne vaut-il pasmii 
que les direi leurs des séminaires -'en- 
ut à enseigne] une morale saine 
plutôt qu'une Déclaration qui fut et 

I tOUJOUrS une - ee de di\ i-ioll 

entre la France el i' 

<i On veut, êquea 

envoient, tous le • ans, i 

- leur sémi- 
naire, pourquoi leur imposer cette 



CON 



149 



CON 



nouvelle gêne? Elle a été inconnue et 
inusitée dans tous les siècles précé- 
dents. 

« L'article 26 veut qu'ils ne puissent 
ordonner que des hommes de vingt- 
cinq ans ; mais l'Eglise a fixé l'âge de 
vingt et un ans pour le sous-diaconat, 
et celui de vingt-quatre ans accomplis 
pour le sacerdoce. Qui pourrait abo- 
lir ces usages, sinon l'Eglise elle- 
même ? Prétend-on n'ordonner même 
les sous-diacres qu'à vingt-cinq ans ? 
Ce serait prononcer l'extinction de 
l'Eglise de France par défaut de mi- 
nistres ; car il est certain que, plus 
on éloigne le moment de recevoir les 
Ordres, et moins ils sont conférés. 
Cependant tous les diocèses se plai- 
gnent delà disette des prêtres. Peut- 
on espérer qu'ils en obtiennent quand 
on exige pour les ordinands un titre 
clérical de 300 francs de revenu? II 
est indubitable que cette clause fera 
déserter partout les ordinations et les 
séminaires. Il en sera de même delà 
clause qui oblige l'évèque à demander 
la permission du gouvernement pour 
ordonner j-cette clause est évidemment 
opposée à la liberté du culte garantie 
à la France par l'article 1 er du dernier 
Concordat. Sa Sainteté désire, et le 
bien de la religion l'exige , que le 
gouvernement adoucisse les rigueurs 
de ces dispositions sur ces trois ob- 
jets. 

« L'article 33 exige queles évoques 
soient autorisés par le gouvernement 
pour l'établissement des chapitres ; 
cependant cette autorisation leur était 
accordée par l'art. Il du Concordat. 
Pourquoi donc en exiger une nouvelle, 
quand une convention solennelle a 
déjà permis ces établissements? La 
mèzne obligation est imposée par l'ar- 
ticle 23 pour les séminaires, quoiqu'ils 
aient été. comme les chapitres, spé- 
cialement autorisés par le gouverne- 
ment. Sa Sainteté voit avec douleur 
qu'on multiplie de cette manière les 
entraves et les difficultés pour les évo- 
ques. Ledit de mai 1763 exemptait 
formellement les séminaires de pren- 
dre des lettres patentes, et la déclara- 
tion du 16 juin 1639, qui paraissait les 
y assujettir, ne fut enregistrée qu'avec 
cette clause : « sans préjudice des 
» séminaires qui seront établis par 



» les évêqncs pour l'instruction des 
» prêtres seulement. » 

« Il est de principe que le vicaire 
général et l'évèque sont une seule 
personne, et que la mort de celui-ci 
entraîne la cessation des pouvoirs de 
l'autre. Cependant, au mépris de ce 
principe, L'article 60 proroge aux vi- 
caires généraux leurs pouvoirs après 
la mort de l'évèque. Cette prorogation 
n'est-elle pas évidemment une con- 
cession de pouvoirs spirituels faite 
par le gouvernement sans l'aveu et 
même contre l'usage reçu de l'É- 
glise? 

« Ce même article veut que les dio- 
cèses, pendant la vacance du siège, 
soient gouvernés parle métropolitain 
ou le plus ancien évèque. 

« Mais ce gouvernement consiste 
dans une juridiction purement spiri- 
tuelle. Comment le pouvoir temporel 
pourrait-il l'accorder? Les chapitres 
seuls en sont en possession ; pourquoi 
la leur enlever, puisque l'article 1 1 du 
Concordat autorise les évèques à les 
établir? 

« Lespasteurs appelés par les époux 
pour bénir leur union ne peuvent le 
faire, d'après l'article 54, qu'après les 
formalités remplies devant l'officier 
civil. Cette clause restrictive et gê- 
nante a été jusqu'ici inconnue dans 
l'Eglise; il en est résulté deux espèces 
d'inconvénients. 

« L'un affecte les contractants, l'au- 
tre blesse l'autorité de l'Eglise et gêne 
les pasteurs. Il peut arriver que les 
contractants se contentent de remplir 
les formalités civiles, et qu'en négli- 
geant d'observer les lois de l'Eglise 
ils se croient légitimement unis, non- 
seulement aux yeux de la loi, quant 
aux effets purement civils, mais en- 
core devant Dieu et devant l'Eglise. 

« Le deuxième inconvénient blesse 
l'autorité de l'Eglise et gène les pas- 
teurs, en ce que les contractants, 
après avoir rempli les formalités lé- 
gales, croient avoir acquis le droit de 
forcer les curés à consacrer leur ma- 
riage par leur présence, lors même 
que les lois de l'Eglise s'y oppose- 
raient. 

« Une telle prétention contrarie ou- 
vertement l'autorité que Jésus-Christ 
a accordée à son Eglise et fait à la 



W.v.-M 



< 



? 



CON 



130 



CON 



conscience des fidèles une dangereuse 
violence. Sa Sainteté, conformément 
à l'enseignement et aux principes qn'a 
établis pour la Hollande un de ses 
prédécesseurs, ne pourrait voir 
qu'avec peine un tel ordre de choses. 
Elle est dans l'intime confiance que 
les choses se rétabliront à cet égard 
en France sur le même pied sur le- 
quel elles étaient d'abord et telles 
qu'elles se pratiquent dans les autres 
pays catholiques ; les fidèles, dans 
tous les cas, seront obligés à obser- 
ver les lois de l'Eglise, et les pasteurs 
doivent avoir la liberté de les prendre 
pour règle de conduite sans qu'on 
puisse sur un objet aus-i important 
violenter leurs consciences. Le culte 
public de la religion catholique, qui 
est celle du premier Consul et de l'im- 
mense majorité de la nation, attend 
ces actes de justice de la sagesse du 
gouvemement> 

« Sa Sainteté voit aussi avec peine 
que les registres de l'Etat civil soient 
enlevés aux ecclésiastiques, et n'aient 
plus pour ainsi dire d'autre objet que 
de rendre les hommes étrangers à la 
religion dans les trois instants les 
plus importants de la vie : la nais- 
sance, le mariage et la mort. Elle es- 
père que le gouvernement rendra aux 
registres tenus par les ecclésiastiques 
la consistance légale dont ils jouis- 
saient précédemment : le bien de 
l'Etat l'exige presque aussi impérieu- 
sement que celui de ta religion. 

« Art. (il. Il n'est pas moins affli- 
geant de voir les évoques obligés de 
se concerter avec les préfets pour l'é- 
rection des succursales ; eux seuls doi- 
venl être juges des besoins spirituels 
des fidèles. 11 est impossible qu'un 
travail ainsi combiné par deux bom- 
mes irop xmvent divises de principes 
oll're un résultat heureux; les projets 
de l'évèque seront contrariés, et, par 
contre-coup, le bien spirituel des fidè- 
souifnra, 

• L'article 74 vent que les immeu- 
bles autres que le destinés 
aux logements et les jardin- attenants 
ne puissent être affectés à des titres 
ecclésiastiques, ni possédés par les 
ministres du culte, a raison de leurs 
^onctions. Quel contraste frappant 
6 ntre cet article et l'article 7, concer- 



nant les ministres protestants (I)! 
Ceux-ci non-seulement jouissent d'un 
traitement qui leur est assuré, mais 
conservent tout à la fois et les biens 
que leur Eglise possède et les obla- 
tions qui leur sont offertes. Avec 
quelle amertume l'Eglise ne doit-elle 
pas voir cette énorme différence! Il 
n'y a qu'elle qui ne puisse posséder 
des immeubles! Les sociétés séparées 
d'elle' peuvent en jouir librement; on 
les leur conserve, quoique leur reli- 
gion ne soit professée que par une 
minorité bien faible, tandis que l'im- 
mense majorité des Français et les 
Consuls eux-mêmes professent la re- 
ligion qu'on prive légalement dn droit 
de posséder des immeubles! 

« Tell.:., sont les réflexions que j'ai 
dû présenter au gouvernement fran- 
çais par votre organe. J'attends tout 
de l'équité, du discernement et du 
sentiment de religion qui anime le 
premier Consul, fa France lui doit 
son retour à la toi; il ne laissera pas 
son ouvrage imparfait, et il en retran- 
chera tout ce qui ne sera pas d'accord 
avec les principes et les usages adop- 
tés par 1 Église. Vous seconderez par 
votre zèle ses intentions bienveillan- 
tes et ses efforts. La France bénira 
de nouveau le premier Consul, et ceux 
qui calomnieraient le rétablissement 
de la religion catbolique en France, 
ou qui murmureraient contre les 
moyen- adoptés pour ['exécution, se- 
ront pour toujours réduits au silence. 
« Paris, le 18 août 1803.» 
« J.-ll. Cardinal Capraba. » 



LA BULLE D'EXCOMHONICAHOn DE l'eMPE- 

hecr napoléon i car pie vu. 

La protestation qu'on vient de lire, 
n'obfint aucun résultatjusqu'en 1810. 
Le t; mai 1809, l'empereur ayant 
mé la réunion des Etats de" l'E- 
glise h l'Empire français , le p ipe 
Pie VII eut lafermeté d'âme de lancer 
contre l'empereur, alors au faite de la 
cloue et de la puissance, la bulle 
d'excommunication (pie voici : 



{{) Yoy. l'an. CostitToiius» fboiestimi. 



CON 



151 



CON 



« Pius P. P. VII, 
« Pour en perpétuer le souvenir. 
« Lorsqu'au mémorable jour du 2 
février les troupes françaises, après 
avoir envahi les plus fertiles provinces 
de la souveraineté pontificale, fondi- 
rent hostilement , impétueusement 
et à l'improviste sur la ville de Rome, 
nous ne pûmes nous persuader que 
de telles audaces dussent être uni- 
quement attribuées aux motifs poli- 
tiques et militaires que les envahis- 
seurs affectaient communément de 
répandre, c'est-à-dire à la nécessité 
de se défendre et de repousser l'en- 
nemi des terres de la sainte Église 
romaine, ou de punir notre constance 
x et notre refus de condescendre à 
"quelques-unes des propositions faites 
à noir- par le gouvernement fran- 
çais. Nous vîmes bien que le projet 
s'étendait plus loin qu'à une occupa- 
tion momentanée et militaire, ou à 
une démonstration de colère envers 
nous ; nous vimes bien que l'on ré- 
chauffait, que l'on faisait renaître et 
qu'on arrachait aux ténèbres les pro- 
jets d'impiété qui paraissaient, sinon 
réprimés, au moins assoupis, les pro- 
jets d'astuce de ces hommes qui, 
trompés et trompeurs, introduisant 
des sectes de perdition par une phi- 
losophie vaine et fallacieuse (Coloss., 
2, 8), machinent depuis longtemps, 
dans une conjuration directe, la ruine 
de la très-sainte religion. Nous vîmes 
que dans notre humble personne on 
circonvenait, on attaquait on pre- 
nait de force le siège du bienheu- 
reux Prince des apôtres, afin qu'une 
fois renversé, si cela était possible de 
quelque manière, l'Église catholique 
bâtie sur ce siège, comme une pierre 
inébranlable, par son divin Fonda- 
teur, s'écroulât et s'abimàt de fond en 
comble. 
, « Nous avions pensé, nous avions 
espéré naguère que le gouvernement 
des Français, instruit par l'expérience 
des maux dont cette si puissante na- 
tion avait été abreuvée, pour avoir 
lâché les rênes à l'impiété et au schis- 
me, et averti par le vœu unanime de 
la grande majorité des citoyens, se 
serait convaincu véritablement et pro- 
fondément qu'il importait à sa sûreté 



et à la félicité publique de rendre 
sincèrement libre l'exercice de la re- 
ligion catholique et de lui assurer 
une protection particulière. Excité 
par cette opinion et par cet espoir, 
nous, qui remplissons sur la terre, 
quoique indigne, la place de celui qui 
est le Dieu de la paix, à peine avons- 
nous découvert une voie pour réparer 
les désordres de l'Eglise en France, 
l'univers nous est témoin de la joie 
avec laquelle nous avons entamé des 
traités de paix, et combien il en a 
coûté à nous et à l'Eglise elle-même 
pour les conduire à l'issue qu'il a été 
permis d'obtenir. Mais, ô Dieu im- 
mortel, combien notre espérance a 
été trompée ! Quel a été le fruit de 
tant d'indulgence et de générosité ? 
Dès la promulgation d'une paix ainsi 
obtenue, nous avons été forcé do 
nous écrier, avec le prophète : Voici 
que dans la paix mon amertume est 
encore plus arrière. Cette amertume, 
nous ne l'avons pas cachée à l'Eglise, 
et, nous adressant à nos frères les 
cardinaux de la sainte Eglise romai- 
ne, dans le consistoire du 24 mai 1802, 
nous leur avons annoncé qu'on avait 
Rjouté, lors de la promulgation de la 
convention arrêtée, des articles qui 
nous étaient inconnus et que nous 
avons en même temps désapprouvés. 
En effet, aux termes de ces articles, on 
anéantit de fait pour l'exercice de la 
religion catholique, dans les points 
les plus graves et les plus importants, 
la liberté qui, dans le commence- 
ment des stipulatious du Concordat, 
avait été spécifiée, convenue, pro- 
mise comme base et fondement, mais 
encore on publie quelques autres ar- 
ticles qui attaquent la doctrine de 
l'Evangile. (Voyez. Articles organi- 
ques.) 

« Telle a été aussi à peu près l'is- 
sue de notre convention avec le gou- 
vernementde la république italienne : 
les stipulations ont été interprétées 
arbitrairement par une fraude patente 
et injurieuse, quoique nous eussions 
mis tous nos soins à les garantir de 
toutes interprétations arbitraires et 
perverses. 

« Les clauses de ces deux conven- 
tions ayant été dénaturées et violées 
de cette manière, surtout celles qui 




I 



CON 

avaient été établies en faveur de l'E- 
glise, la puissance spirituelle fut sou- 
mise au pouvoir laical, et, bien loin 
que les effets salutaires que nous nous 
étions promis de ces conventions fus- 
sent obtenus, nous eûmes à nous 
plaindre de voir les malheurs et les 
désastres de l'Eglise s'accroître et 
s'accumuler chaque jour. Nous ne 
ferons pas une énumération détaillée 
de ces désastres, parce qu'ils sont 
assez connus, parce que les larmes 
de tous les ont assez déplorés, et que 
nous les avons suftisamment exposés 
dans deux allocutions consistoriales, 
l'une du 16 mars, l'autre du 1 1 juillet 
de l'an 1808, et parce que nous avons 
veillé, autant qu'il nous a été pos- 
sible dons nos angoisses, à ce que 
ces maux parvinssent à la connais- 
sance du public. Ainsi tout le monde 
connaîtra et la postérité saura quelles 
ont été notre opinion et notre déci- 
sion sur tant et tant de témérités au- 
dacieuses du gouvernement français 
clans les affaires concernant l'Eglise; 
tous connaîtront quelle a été ïiolre 
longanimité, notre patience ; tous 
connaîtront pourquoi nous nous som- 
mes tu si longtemps : c'est parce que, 
ne nous proposant que l'amour de la 
paix, et concevant une ferme espé- 
rance que le remède arriverait à tant 
de maux, nous différions de jour en 
jour d'élever notre voix apostolique. 
Tous sauront quels ont été nos soins, 
nos travaux, nos efforts en agissant, 
en conjurant, en suppliant, en gémis- 
saut pour qu'on guérit les blessures 
de l'Eglise; tous sauront combien 
nous avons prié pour qu'on ne lui en 
fit pas de nouvelles. Mais nous avons 
épuisé les moyens d'humilité, de mo- 
dération, de mansuétude, par lesquels 
nous avons tâché de défendre les in- 
térêts et les droits de l'Eglise auprès 
de celui qui était entré en pacte avec 
les impies pour la détruire entière- 
rement, celui qui dans cet esprit 
avait contracté amitié avec elle pour 
la trahir plu? facilement, et qui avait 
feint de la protéger pour l'opprimer 
plus sûrement. 

« Nous avons dû beaucoup espé- 
rer, surtout lorsque notre voyage en 
France rat désiré et sollicité; ensuite 
on éluda nus demandes avec des ter- 



152 



CON 



giversations rusées, des subterfuges 
et des réponses propres à tromper, 
ou à tirer les négociations en lon- 
gueur; on n'avait plus aucun égard 
à nos demandes à mesure que s'ap- 
prochait le temps marqué pour exé- 
cuter les projets médités contre ce 
Siège et l'Eglise du Christ; on nous 
tourmentait, on nous attaquait par de 
nouvelles exigences ou immodérées 
ou captieuses qui démontraient bien 
que l'on s'attachait à nous placer 
dans l'alternative de deux dangers fu- 
nestes et nuisibles à ce Siège et à l'E- 
glise, c'est-à-dire de nous contraindre 
par un assentiment à trahir honteu- 
sement notre ministère, ou, si nous 
nous refusions aux demandes, de 
fournir un prétexte pour nous décla- 
rer une guerre ouverte. 

« Et comme, à cause de la répu- 
gnance de notre conscience, mais 
n'avions pu adhérer à ces demandes, 
de là on se crut une raison pour en- 
voyer hostilement des troupes dans 
cette ville sacrée. Voilà qu'on s'em- 
para de la citadelle de Saint-Ange ; 
on disposa des détachements dans les 
rues, sur les places; le propre palais 
que nous habitons, le Qoirinal, fut 
assiégé et menacé par une mande 
force d'infanterie et de cavalerie, 
munie d'artillerie. Nous, au con- 
traire, rassuré par ce Dieu dans le- 
quel nous pouvons tout, soutenu 
par la conscience de notre devoir, 
nous n'avons été ni ému, ni ébranlé 
par une subite terreur, ni par cet 
appareil militaire; avec un esprit 
calme et toujours égal, comme il 
convient, nous avons célébré les cé- 
rémonies et les divins mystères qui 
appartiennent à ce très-saint jour ,1a 
Vitrification), n'omettant rien, par 
crainte, par oubli ou par négligence 
de ce que demandait notre devoir dans 
ces conjonctures. 

« Nous nous souvenions, avec saint 
;\"' 1 "'"^" que, le saint homme 
v " • : i ur d'wu vigra , inter- 

petti par un demande r 

' vigne, où le roi, aprësar 
arracher les ceps, ordonnerait de plan- 
ter des légumes, avaitrépondu : a Dieu 
me gardt ■• U\ ,,, l'héritage de met 

(i) De Basil tradend., u. 17. 



CON 



153 



CON 






pères! » De là nous avons jugé qu'il 
nous était bien moins permis de li- 
vrer notre héritage antique et sacré 
(c'est-à-dire le domaine temporel do 
ce Saint-Siège, possédé pendant tant 
de siècles par les pontifes romains nos 
prédécesseurs, non sans l'ordre évi- 
dent de la divine Providence), ou de 
consentir facilement à ce que qui 
que ce fût s'emparât de la capitale 
du monde catholique, pour y trou- 
bler et y détruire la forme du régime 
sacré qui a été laissé par Jésus-Christ 
à sa sainte Eglise et réglée par les ca- 
nons sacrés qu'a établis l'Esprit de 
Dieu; pour substituer à sa place un 
code non-seulement contraire aux ca- 
nons sacrés, mais encore incompatible 
avec les préceptes évangéliques, et 
pour introduire enfin, comme il est 
d'ordinaire, un autre ordre de choses 
qui tend manifestement à associer et 
à confondre les sectes et toutes les 
superstitions avec l'Eglise catholique. 

« Naboth défendit sa vigne même au 
prix de son sang (1). Alors pouvions- 
nous, quelque événement qui dût 
arriver, ne pas défendre nos droits 
et les possessions de la sainte Eglise 
romaine, que nous nous sommes en- 
gagé, par la religion d'un serment 
solennel, à conserver, autant qu'il 
est en nous? Pouvions-nous ne pas 
revendiquer la liberté du Siège apos- 
tolique, si étroitement unie à. la li- 
berté et aux intérêts de l'Eglise uni- 
verselle? 

« Car les événements présents, 
quand même on manquerait d'autres 
arguments, démontrent combien est 
convenable et nécessaire ce principat 
temporel, pour assurer au suprême 
chef de l'Eglise un exercice libre et 
certain do la puissance qui lui a été 
divinement remise sur tout l'univers. 
C'est pourquoi bien que nous ne nous 
soyons jamais réjoui des honneurs, 
des richesses et de l'autorité de ce 
principat, que nous avons été éloigné 
de désirer, à cause de notre carac- 
tère, et par suite de notre respect 
pour ce saint institut où nous sommes 
entré dès notre jeune âge, et que 
nous avons toujours chéri, nous avons 
cru cependant qu'il était absolument 

(1) S. Ambroise, ibid. 



de notre devoir, à dater de ce dit 
jour, 2 février 1808, quoique réduit à 
une position si critique, de faire pu- 
blier par notre cardinal secrétaire 
d'Etat uue protestation pour expli- 
quer les causes des tribulations que 
nous souffrions, et pour déclarer 
avec quelle volonté nous entendions 
que les droits du Siège apostolique 
restassent entiers et intacts. 

« Comme les envahisseurs n'avan- 
çaient rien par les menaces, ils réso- 
lurent d'adopter contre nous un autre 
système; ils essayèrent d'affaiblir peu 
à peu par un genre de persécution 
lent, quoique très-pénible, et consé- 
quemment plus cruel, notre cons- 
tance, qu'ils n'avaient pas vaincue 
par une terreur subite. Aussi, nous 
détenant dans notre palais comme en 
prison, depuis le lendemain des ca- 
lendes de février, il ne s'est point 
passé à peine un jour qui n'ait été 
marqué par une nouvelle injure à 
notre cœur ou à ce Saint-Siège. Tous 
les soldats que nous employons pour 
conserver l'ordre et la discipline ci- 
vile enlevés et incorporés dans les 
troupes françaises ; les gardes de notre 
corps, hommes nobles et d'élite, en- 
fermés dans la citadelle à Rome, là 
détenus plusieurs jours, puis disper- 
sés et licenciés ; des postes placés aux 
portes et dans les endroits les plus 
fréquentés de la ville ; les bureaux de 
distribution des lettres et les impri- 
meries, et particulièrement l'impri- 
merie de propaganda fide, soumis à 
la force militaire et au caprice, tandis 
qu'on nous enlevait à nous la liberté 
d'écrire ou de faire imprimer l'ex- 
pression de notre volonté; les admi- 
nistrations et les tribunaux troublés 
et empêchés ; nos sujets sollicités, par 
fraude, par ruse, ou par d'autres 
moyens pervers, à grossir la troupe 
des soldats appelés civiques, rebelles 
à leur souverain légitime ; parmi nos 
sujets, les plus audacieux et les plus 
corrompus recevant le signe tricolore 
français et italique, et, protégés par 
ce signe comme parunbouclier, tantôt 
se répandant impunément en trou- 
pes, tantôt agissant seuls, avec ordre 
ou permission de commettre d'ini- 
ques excès contre les ministres de 
l'Eglise, contre le gouvernement, con- 



1 



CON 



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CON 



tre tous les honnêtes gens ; des ôphé- 
mérides, on, comme ils disent, des 
feuilles périodiques publiées par les 
imprimeries romaines, malgré nos 
réclamations, et circulant parmi le 
peuple ou expédiées à l'étranger, 
toutes remplies d'injures, de repro- 
ches, de calomnies môme contre la 
puissance et la dignité pontificale; 
quelques-unes de nos déclarations qui 
étaient importantes, signées de notre 
main ou de celle de nos ministres, et 
affichées par notre commandement 
aux lieux accoutumés, arrachées par 
de vils satellites, au milieu des plain- 
tes et de l'indignation des bons, dé- 
chirées, foulées aux pieds ; des jeunes 
gens imprudents et d'autres citoyens 
invités à des réunions secrètes, pro- 
hibées sévèrement aux termes des 
lois civiles et des lois ecclésiastiques, 
sous peine d'anathème, portées par 
nos prédécesseurs Clément XII et 
Benoit XIV, et là agrégés et inscrits ; 
un grand nombre de nos ministres 
et ofiiciers, tant urbains que provin- 
ciaux, magistrats intégres et iidèles, 
vexés, jetés en prison et bannis; des 
recherches de papiers et d'écrits de 
tout genre, faites violemment dans les 
bureaux secrets des magistrats ponti- 
ficaux, sans en excepter le cabinet de 
notre premier ministre; trois de nos 
premiers ministres eux-mêmes de la 
scrétairerie d'Etat, que nous étions 
sucessivement contraint de rempla- 
cer, enlevés de notre propre palais ; 
la plus grande partie des cardinaux 
de la sainte Eglise romaine, c'est-à-dire 
àe nos collatéraux etcoopôrateurs, ar- 
rachés de notre sein et de nos côtés par 
la force militaire, et déportés au loin; 
voilà, avec tant d'autres, les attentats 
commis méchamment et si audacieu- 
sement par les envahisseurs, contre 
tout droit humain et divin. Ils sont 
si connus qu'il n'est pas besoin de 
s'arrêter à les rapporter et à les ex- 
pliquer davantage. Nous n'avons pas 
manqué de réclamer contre toutes 
ces attaques avec force et courage, 
comme le demandait notre ministère, 
de peur d'autoriser le soupçon de 
connivence, ou d'assentiment quel- 
conque. Ainsi, presque dépouillé des 
attributs de notre dignité et de l'appui 
de notre autorité; destitué de tous 



secours nécessaires pour remplir notre 
ministère et distribuer notre sollici- 
tude entre toutes les Eglises; accablé 
par toutes sortes d'injures, de vexa- 
tions et de terreurs; opprimé, suppli- 
cié; tous les jours privé davantage 
de l'exercice de chacune de nos puis- 
sances, nous devons uniquement 
d'avoir gardé un simulacre quelcon- 
que de ces puissances, après la pro- 
vidence singulière et éprouvée du 
Seigneur tout-puissant, nous le de- 
vons "uniquement à notre courage, 
à la prudence des ministres qui nous 
restent, à la tendresse de nos sujets, 
enfin à la piété des fidèles. 

« Mais, si un fantôme d'autorité 
nous était conservé dans cette illustre 
Rome et dans les provinces limitro- 
phes, tout pouvoir alors nous était 
enlevé dans les florissantes provinces 
d'Urbain, de la Marche et de Camé- 
rino. Pour opposer une solennelle pro- 
testation à cette manifeste et sacrilège 
usurpation de tant d'États de l'Église 
et pour prémunir à la fois nos chers 
sujets de ces provinces contre les sé- 
ductions d'un gouvernement injuste 
et illégitime, nous n'avons pas né- 
gligé de donner une instruction à 
nos vénérables frères de ces provin- 
ces. 

« Et ce gouvernement, combien 
peu il a différé, comme il s'est em- 
pressé de prouver par des faits ce 
que, dans notre instruction, nous 
avions annoncé qu'il fallait attendre 
de sa religion ! L'occupation et le 
pillage du patrimoine de Jésus-Christ, 
l'abolition des maisons religieuses, 
le bannissement des cloîtres des 
vierges sacrées, la profanation des 
temples ; peu à peu le frein ôté à la 
licence, le mépris de la discipline 
ecclésiastique et des saints canons, la 
promulgation du code et des autres 
lois contraires non-seulement aux 
saints canons eux-mêmes, mais encore 
aux préceptes ôvangéliques et au droit 
divin; l'avilissement et la persécu- 
tion du clei'gé, la soumission de la 
puissance sacrée des évoques au pou- 
voir laïcal; la violence attaquant, paï 
tous les moyens, leur conscience, 
l'expulsion de leur siège, leur dépor- 
tation, et autres audacieuses et sacri- 
lèges entreprises contre la liberté, 



CON 



155 



CON 



l'imninnité et la doctrine de l'Eglise, 
mises à exécution dans nos provinces 
comme dans les contrées soumises à 
l'autorité de ce gouvernement, tels 
sont les attestations éclatantes, les 
gages, les monuments de cet admira- 
ble amour pour la religion catholique 
qu'il ne cesse pas même aujourd'hui 
de vanter et de promettre. 

« Pour nous, rassassié de ces amer- 
tumes par ceux de qui nous ne de- 
vions pas en attendre de telles, et ac- 
cablé sous toutes les afflictions, nous 
gémissons moins sur notre sort pré- 
sent que sur le sort futur de nos per- 
sécuteurs ; car, si Dieu s'est légèrement 
mis en colère contre nous, pour nous 
châtier et nous corriger, de nouveau il 
se réconciliera avec ses serviteurs 
(Macb... II, 7, 33). Mais celui qui s'est 
fait inventeur de malice contre l'Eglise, 
comment fuira-t-il la main du Sei- 
gneu? (ïbid., v 31.) Dieu n'exceptera 
personne : il ne craindra la grandeur 
de qui que ce soit, parce qu'il a fait le 
petit et le grand (Sag., 6, 8). Les plus 
forts sont menacés des plus forts tour- 
ments. (Ibid., v. 9.) Plût à Dieu que 
nous pussions, à quelque prix que 
ce fût, et môme au prix de notre vie, 
détourner la perdition éternelle, as- 
surer le salut de nos persécuteurs, 
que nous avons toujours aimés, et 
que nous ne cessons pas d'aimer de 
cœur! Plut à Dieu qu'il nous fût per- 
mis de ne jamais nous départir de 
cette charité, de cet esprit de mansué- 
tude (I Cor., 24, 21) que la nature 
nous a donné, et que notre volonté 
a mis en pratique, et de laisser dans 
le repos cette verge qui nous a été 
attribuée dans la personne du bien- 
heureux Pierre, prince des apôtres, 
avec la garde du troupeau universel 
du Seigneur, pour la correction et la 
punition des brebis égarées et obsti- 
nées dans leur égarement, et pour 
l'exemple et la terreur salutaire des 
autres 1 

« Mais le temps de la douceur est 
passé ; il n'y a que celui qui veut être 
aveugle qui puisse ne pas voir où con- 
duisent ces attentats, ce qu'ils veu- 
lent, à quoi ils doivent aboutir, si 
l'on n'emploie à temps les moyens 
d'en arrêter les excès. Tout le monde 
voit, d'ailleurs, qu'il ne reste plus au- 



cun sujet d'espérer que les auteurs 
de ces attentat;-, soient fléchis par des 
admonitions, par des conseils, par 
des prières et par des représenta- 
tions de l'Église. A tout cela ils ont 
fermé tout '"accès , à tout cela ils 
sont sourds; ils ne répondent qu'en 
entassant injures sur injures. Il ne 
peut arriver qu'ils obéissent à, l'E- 
glise comme à une mère, ni qu'ils 
écoutent la maîtresse comme des dis- 
ciples, ceux qui n'entreprennent rien, 
n'avancent rien, ne poursuiventrien, 
que pour soumettre l'Église, comme 
la servante d'un maître, et la détruire 
de fond en comble après l'avoir sou- 
mise. 

« Si nous ne voulons pas encourir 
le reproche de négligence, de lâcheté, 
la tache d'avoir abandonné honteuse- 
ment la cause de Dieu, que nous reste- 
t-il sinon de mépriser toute raison 
terrestre, de repousser toute prudence 
de la chair et d'exécuter ce précepte 
évangélique : Que celui qui n'écoute 
pas l'Eglise soit pour toi comme un 
païen et un publicain ! Matth., 7, 17.) 
Qu'ils apprennent une fois qu'ils sont 
soumis par la loide Jésus-Christ ànotre 
commandement et à notre trône; car 
nous exerçons aussi un commandement 
et une puissance plus élevée, à moins 
qu'il ne soit juste que l'esprit cède à la 
chair et que les choses célestes cèdent 
aux choses terrestres (1). Autrefois, 
tant de pontifes recommandables par 
leur doctrine et leur sainteté en sont 
venus à ces extrémités contre les rois 
et des princes endurcis, parce que la 
cause de l'Église l'exigeait ainsi, 
pour l'un et pour l'autre de ces cri- 
mes que les canons sacrés frappent 
d'anathème : craindrons-nous de sui- 
vre l'exemple de ces pontifes, _ après 
tant d'attentats si méchants, si atro- 
ces, si sacrilèges, si connus et si ma- 
nifestes à tous ? N'est-il pas plus à 
craindre que nous ne soyons accusé, 
justement et à bon droit, d'avoir pro- 
clamé trop tard, plutôt qu'avec témé- 
rité et précipitation, surtout lorsque 
nous sommes averti par ce dernier 
attentat, le plus grave de tous ceux 
par lesquels on n'a pas cessé d'atta- 

(1) Saint Grégoire de Nazianze, Oral. 17, p. 323, 
Paris, 1778. 



I 



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CON 




quer notre principal temporel, que 
nous ne serons plus libre et assuré 
d'accomplir les devoirs si importants 
et si nécessaires de notre ministère 
apostolique? 

« A ces causes, par l'autorité du 
Dieu tout-puissant, des saints apôtres 
Pierre et Paul, et parla nôtre, nous 
déclarons que tous ceux qui, après 
l'invasion de cette illustre ville et des 
possessions ecclésiastiques, après la 
violation sacrilège du patrimoine de 
saint Pierre, prince des apôtres, en- 
treprise et consommée par les trou- 
pes françaises, ont commis, dans Rome 
et dans les possessions de l'Église, 
contre l'immunité ecclésiastique, con- 
tre les droits temporels de l'Église et 
du Saint-Siège, les excès ou quelques- 
uns des excès que nous avons dénon- 
cés dans les deux allocutions consis- 
toriales susdites et dans plusieurs 
protestations et réclamations publiées 
par notre ordre; nous déclarons que 
ceux qui sont ci-dessus désignés, et 
en outre leurs mandants, fauteurs, 
conseillers, adhérents, et les [autres 
qui ont ordonné l'exécution desdits 
attentats, ou qui eux-mêmes les ont 
exécutés, ont encouru Y excommunica- 
tion majeure et les autres censures 
et peines ecclésiastiques infligées par 
les sainls canons, par les Constitu- 
tions apostoliques et particulièrement 
par les décrets des conciles généraux 
et surtout du concile de Trente (sess. 
XXII, c. 4, de Reform.); et, si besoin 
est, nous les excommunions et ana- 
thématisons. Nous déclarons qu'ils 
ont encouru les peines de la perte de 
tous les privilèges, grâces et induits 
accordés, de quelque manière que ce 
soit, ou par les pontifes romains nos 
prédécesseurs, ou par nous. Nous dé- 
clarons qu'ils ne peuvent être absous 
et déliés de telles censures par per- 
sonne, excepté par nous, ou le sou- 
verain Ponlife alors existant (excepté 
à l'article de la mort, car ils doivent 
retomber sous les susdites censures 
en cas de convalescence), et que, de 
plus, ils sont inhabiles et incapables 
dans leurs demandes d'absolution, 
jusqu'à ce qu'ils aient rétracté, révo- 
qué, cassé et aboli publiquement, de 
quelque manière que ce soit, ces at- 
tentats, jusqu'à ce qu'ils aient rétabli 



pleinement et effectivement toutes 
choses en leur ancien état, et que 
d'ailleurs ils aient donné à l'Église, 
à nous et à ce Saint-Siège, la digne 
satisfaction qui est due sur les chefs 
ci-dessus énoncés. C'est pourquoi 
nous statuons et nous déclarons pa- 
reillement, par la teneur desdites 
présentes, que non-seulement tous 
ceux qui sont dignes d'une men- 
tion spéciale, mais encore leurs suc- 
cesseurs dans les offices, ne pourront, 
en vertu des présentes, ni sous aucun 
prétexte que ce soit, se croire libres 
et déliés de la rétractation, de la ré- 
vocation, de la cassation et de l'abo- 
lition qu'ils doivent faire pour les at- 
tentats ci-dessus rappelés, ni de la 
satisfaction due à l'Eglise, à nous et 
à ce Saint-Siège, satisfaction qui de- 
vra être réelle et effective ; voulant 
que toutes ces obligations conservent 
leur force, et qu'autrement ils ne puis- 
sent obtenir le bénéfice de l'absolu- 
tion . 

« Enfin, pendant que nous sommes 
contraint de tirer du fourreau le 
glaive de la sévérité de l'Eglise, nous 
n'oublions pas que nous tenons sur 
la terre, malgré notre indignité, la 
place de celui qui, même lorsqu'il 
déploie sa justice, se souvient de sa 
miséricorde. C'est pourquoi nous 
ordonnons et nous entendons, nous 
adressant à nos sujets, ensuite à tous 
les peuples chrétiens, en vertu de la 
sainte obédience, que personne ne 
présume apporter dommage, injure, 
préjudice ou tort quelconque à ceux 
que les présentes concernent, ou à 
leurs biens, droits, prérogatives, à 
l'occasion et sous le prétexte des 
présentes lettres. Car, en infligeant 
à ceux que nous condamnons le genre 
de peine que Dieu a mis en notre 
puissance, et en vengeant tant et de 
si grandes injures faites à Dieu et à 
son Eglise sainte, nous nous propo- 
sons particulièrement de voir ceux 
qui nous tourmentent actuellement se 
convertir pour être tourmentés avec 
nous, si heureusement Dieu leur envoie 
la pénitence, afin qu'ils connaissent la 
vérité (Il Timoth., 11, 25). 

« Ainsi donc, levant nos mains vers 
le ciel, dans l'humilité de notre cœur, 
tandis que nous remettons et que 



CON 



137 



CON 



nous recommandons de nouveau à 
Dieu la juste cause que nous défen- 
dons, et qui est bien plus la sienne 
que la nôtre, et que nous protestons 
être prêt, par le secours de sa grâce, 
à boire, jusqu'à la lie, pour l'Eglise, 
le calice qu'il a daigné boire le pre- 
mier pour elle, nous le supplions, 
nous le conjurons, par les entrailles 
de sa miséricorde, de ne pas rejeter, 
de ne pas mépriser les oraisons et les 
prières que nous adressons, jour et 
nuit, pour leur repentir et salut. Cer- 
tes, il ne brillera pas pour nous de 
jour plus fortuné et plus consolant 
que celui où nous verrons la misé- 
ricorde divine nous exaucer, et nos 
fils, qui nous envoient aujourd'hui 
tant de tribulations et de causes de 
douleur, se réfugier dans notre sein 
laternelet s'empresser de rentrer dans 
te bercail du Seigneur. 

« Nous entendons que les présentes 
lettres, et tout ce qu'elles contiennent, 
ne puissent être attaquées, sous pré- 
texte que les susdits et autres quel- 
cunques y ayant ou prétendant, de 
quelque manière que ce soit, y avoir 
Intérêt, à quelque état, grade, ordre, 
prééminence, dignité qu'ils appar- 
tiennent, quelque mention indivi- 
duelle qu'ils réclament, de quelque 
expression qu'ils se jugent dignes, 
n'auraient pas consenti, n'auraient 
pas été appelés et entendus à l'effet 
des présentes, et que leurs raisons 
n'auraient pas été suffisamment écou- 
tées, vérifiées, et justifiées; nous en- 
tendons que ces lettres ne pourront 
également, et sous aucune cause, 
couleur ou motif , être regardées 
jamais comme entachées du vice de 
subreption, ou d'obreplion, ou de 
nullité, ou de défaut d'intention de 
notre part ou des intéressés. Le con- 
tenu des lettres ne pourra , sous 
quelque autre prétexte que ce soit, 
être attaqué, rejeté,- rétracté, remis 
eu discussion ou restreint dans les 
termes de droit; il ne sera pas licite 
d'alléguer contre elles la réclamation 
verbale, le droit de restitution en 
entier dans son premier état, ni tout 
autre remède de droit, de fait et de 
grâce. On ne pourra opposer que ce 
remède, après avoir été sollicité, a 
élé accordé, et qu'il est émané de 



notre propre mouvement, science et 
pleine puissance ; il est entendu qu'il 
ne pourra servir d'aucune manière ni 
aider à qui que soit en jugement 
et hors du jugement. Nous déclarons 
que les présentes lettres doivent 
exister fermes, valides et efficaces, 
qu'elles auront et sortiront leur 
plein et entier effet, et qu'elles doi- 
vent être observées inviokiblement 
par ceux qu'elles concernent et qu'el- 
les concerneront dans la suite ; ainsi, 
et non autrement qu'il est dit dans 
les présentes, elles doivent être jugées 
et définies par les juges ordinaires et 
par les auditeurs délégués du palais 
apostolique, par les cardinaux de la 
sainte Église romaine, par les légats 
a latere et les nonces du Saint-Siège 
et autres jouissant ou devant jouir 
de quelque prééminence et pouvoir 
que ce soit, entendant leur ôter, à 
eux et à chacun d'eux, la faculté et 
l'autorité de juger et d'interpréter 
différemment ; déclarons finalement 
nul et non avenu tout ce qui pourrait 
être tenté contre elles, par quelque 
autorité que ce soit, sciemment ou 
par ignorance. 

« En conséquence de ce que des- 
sus, et en tant que do besoin, no- 
nobstant la règle de notre chancellerie 
apostolique sur la conservation des 
droits acquis, et les autres constitu- 
tions et décrets apostoliques accordés 
à quelques personnes que ce soit, et 
tous les autres statuts et coutumes 
corroborés par serment et autorisa- 
tion apostolique ou toute an Lie con- 
firmation, nonobstant les coutumes, 
usages, styles, même immémoriaux, 
privilèges, induits, lettres, accordés a 
quelques personnes que ce soit, de 
quelque dignité ecclésiastique ou sé- 
culière qu'elles soient revêtues, quel- 
les que soient leurs qualifications, et 
quand même elles prétendraient in- 
voquer une désignation expresse et 
spéciale, sous quelque teneur et forme 
que ce soit, quand même elles se 
prévaudraient des clauses dérogatoires 
et d'autres clauses plus efficaces, très- 
efficaces, insolites et irritantes, et 
d'autres décrets, même dévolus con- 
trairement de mouvement, science, 
plénitude de puissance et consistoria- 
iement , OU d'autres manières, de 



I 



CON 



158 CON 



concessions faites, écrites et plusieurs 
fois réitérées, approuvées, contir- 
mées et renouvelées. Nous déclarons 
que nous dérogeons par ces présentes 

d'une façon expresse et spéciale à 
ces constitutions, et nous entendons 
qu'il y soit dérogé, quoique ces actes, 
ou quelques-uns deux, n'aient pas 
été insérés expressément dans ces 
présentes, quelque dignes qu'on les 
suppose d'une mention spéciale, ex- 
presse et individuelle, ou d'une forme 
particulière en pareil cas, voulant 
que ces présentes aient la même force 
que si la teneur des constitutions, 
celle des clauses à observer y était 
nommément et mot à mot exprimée, 
et qu'enfin elles obtiennent leur plein 
et entier eifet, nonobstant les choses 
à ce contraires. 

« Comme les présentes lettres , 
ainsi qu'il est de notoriété, ne peuvent 
être publiées en sûreté particulière- 
ment dans les lieux où il importerait 
qu'elles le fussent, nous voulons que 
ces lettres ou leurs copies soient af- 
fichées, selon la coutume, aux portes 
de l'église de Latran et de labasilique 
du prince des apôtres, à celles de 
la chancellerie apostolique , de la 
CAiriti Campo di/ Fiovi de Rome, et 
qu'ainsi publiées et affichées elles 
obligent tous et ebacuu de_ ceux 
qu'elles concernent comme si elles 
avaient été intimées personnellement 
et nominativement à chacun d'eux. 

« Nous voulons encore que, tant 
en jugement que dehors, partout, en 
tout lieu, et chez toute nation, on 
ajoute foi à chaque extrait ou copie 
ou imprimé de ces présentes, muni 
de la signature de quelque personue 
constituée en dignité ecclésiastique, 
comme onajouteraitfoiaux présentes 
si elles étaient exbibées et montrées. 

ci Donné à Rome, près de Sainte- 
Marie-Majeure, SOUS l'anneau du pé- 
cheur, le dixième jour de juin, l'an 
1800, de notre pontificat le dixième. 
«Pius PP. VU. » 

« Des mains courageuses et fidè- 
le?, dit M. Thiers, affichèrent dans 
Saint-Pierre, et dans la plupart des 
ses de Rome, la bulle d'excom- 
munication qui osai) frapper Napoléon 
sur son trône, et qui, n'ayant plus 



pour elle la force du sentiment reli- 
gieux depuis longtemps affaibli, en 
devait trouver une eependant dans 
la justice humaine, révoltée des vio- 
lences, des ingratitudes commises 
par ce guerrier envers le Pontife qui 
l'avait sacré. » 

(Bist. du Consultai et de l'hmpire, 
t. XI, p. 30G.) 

Le 6 juillet suivant Pie VII fut em- 
mené en captivité ;le 25 février 1810 
la déclaration du clergé de France 
de 1682fut proclamée loi de l'empire, 
et le 28 du même mois paraissait un 
décret qui modifiait quelques-uns des 
articles organiques, sans taire droit à 
plusieurs des réclamations les plus 
importantes. Pendant ces entrefaites, 
Pie VII refusait toujours de confirmer 
diverses nominations qui remontaient 
jusqu'au premier consul, et celles de 
plusieurs évèques que l'empereur avait 
nommés. C'est alors (1811) que Napo- 
léon convoqua le concile national du 
2o avril pour tâcher de trouver le 
moyen, par ce concile, de se passer 
des confirmations du Pape. Le con- 
cile, docile en commençant aux vues 
de l'empereur, finit par ne pas vider 
les mesures proposées, et fut dissous 
sans résultat obtenu. 

Cependant on agissait activement 
auprès du Pape toujours captif à Fon- 
tainebleau; et en 1813 l'empereur 
réussit à lui arracher la signature 
d'un nouveau Concordat qui portait, 
par son article i, ce qui suit :. 

« Dans les six mois qui suivront la 
notification des nominations faites 
par l'empereur aux sièges archiépisco- 
paux et épiscopaux vacants dans l'em- 
pire et dans le royaume d'Italie, le 
Pape donnera, conformément aux 
Concordais , l'institution canonique 
aux prélats nommés, et, en vertu du 
présent induit, les informations préa- 
lables seront laites par le métropoli- 
tain. Si les six mois s'écoulent sans 
que le Pape ail accordé l'institution, 
le métropolitain, à son défaut, ou s'il 
s'agit de lui, l'évèque le plus ancien 
de la province procédera a l'institu- 
tion de L'évèque nommé, de sorte 
qu'aucun siège ne restera jamais va- 
cant plus d'une année. » 

« Mais, dit M. liuss, ce Cow 



con 



159 



CON 



resta sans effet par suite de la chute 
de l'empire. » Nous avons lu aussi 
que Pie VII se rétracta de son acte de 
faiblesse. 

Après la restauration, le Concordat 
de Léon X et de François I fut remis 
en vigueur par un nouveau Concordat 
qui fut conclu le 17 juin 1817 entre 
Pie VII et Louis XVIII, lequel annu- 
lait celui de 1801 et ses articles orga- 
niques; mais ce Concordat fut re- 
poussé par la chambre des députés 
et resta sans exécution. Le Pape ar- 
rêta seulement en 1819 des disposi- 
tions provisoires relatives aux nomi- 
nations des évêques; et depuis 1830, ' 
c'est toujours le Concordat de 1801 et 
ses articles organiques qui sont ré- 
putés, en France, la loi ecclésiastico- 
politique et civile, bien que cette loi 
paraisse tendre dans la pratique, à 
tomber en désuétude. Le Nom. 

CONCORDE ou HARMONIE DES 
EVANGILES, ouvrage destiné à mon- 
trer la conformité de la doctrine en- 
seignée, des faits et des circonstances 
rapportés par les quatre évangélistes. 
On voit que ce n'estpas la même chose 
qu'une concordance ; celle-ci est une 
table alphabétique de tous les passa- 
ges de l'Ecriture sainte, dans lesquels 
tel mot se trouve : une concorde est 
la comparaison des dogmes, des pré- 
ceptes, des faits écrits par différents 
auteurs, pour en faire une histoire 
suivie, selon l'ordre des événements. 

Comme la narration des actions et 
des leçons ds Jésus-Christ a été écrite 
par quatre auteurs différents, il a fallu 
les rapprocher et les comparer afin 
de montrer que l'un ne contredit pas 
l'autre , que ces quatre histoires for- 
ment une chaîne qui se soutient très- 
bien, et réfuter ainsi les incrédules, 
qui prétendent y trouver des contra- 
dictions. De même, l'histoire des rois 
du peuple juif est contenue non-seu- 
lement dans les quatre livres des Rois, 
mais encore dans les deux livres des 
Paralipomènes, et il y a des variétés 
dans ces deux narrations, qui n'ont 
pas été écrites par le même auteur; 
il a donc fallu les confronter et les 
concilier. 

La première concorde ou harmonie 
des Evangiles est attribuée à Tatieu, 



disciple de saint Justin, qui virait au 
second siècle ; il l'intitula Diatessaron, 
c'est-à-dire, par les quatre, et c'est 
ce que l'on a nommé dans ta suite 
l'Evangile de Tatien et des encratites. 
Cet auteur n'a point été accusé d'avoir 
altéré le texte des Evangiles ; mais 
son ouvrage n'a pas laissé d'être mis 
au nombre des évangiles apocryphes, 
parce que Tatien pouvait s'être trompé 
dans la comparaison des faits et des 
dogmes. Saint Théophile d'Antioche, 
qui vivait à peu près dans le même 
temps, avait fait aussi une concorde des 
Evangiles, au rapport de saint Jérôme, 
qui, cependant, fait plus de cas do 
celle d'Ammonius d'Alexandrie. On 
en attribue encore une à Eusèbe de 
Césarée ; mais il ne nous reste rien de 
ces anciens ouvrages : nous avons 
seulement les trois livres de saint 
Augustin, de consensu Evangelista- 
rum. 

Dans le siècle passé et dans le nô- 
tre, plusieurs écrivains ont fait des 
concordes ou harmonies ; Toinard, 
Whiston,le docteur Arnaud, etc. Celle 
qui nous a paru la plus commode 
pour l'usage, est celle de M. Le Roux, 
curé d'Andeville, au diocèse de Char- 
tres, imprimée m-8° h Paris, en 1699. 
On trouvera dans la Bible d'Avignon, 
tom. 5, pag. 22 et 149, la concorde de 
l'histoire des rois, tom. 13, p. 27 et 
561, celle des Evangiles. 

Les protestants ont aussi nommé 
concorde, ou formulaire d'union, deux 
écrits différents, célèbres parmi eux. 
Le premier fut l'ouvrage d'un théolo- 
gien luthérien, intitulé, Formula con- 
sensus, composé l'an 1576, par ordre 
d'Auguste, électeur de Saxe ; ce prince 
et les ducs deWirtemberg et de Bruns- 
wich voulaient la faire adopter par 
les théologiens de leurs États, dont 
plusieurs penchaient versles opinions 
de Calvin touchant l'eucharistie. Mais 
cette tentative, quoique appuyée par 
la force du bras séculier, loin de 
calmer les disputes, les anima da- 
vantage; la prétendue concorde fut 
attaquée, non-seulement par les calvi- 
nistes, mais par plusieurs docteurs 
luthériens; il y eut des écrits violents 
de part et d'autre. Le second, qui 
parut chez les calvinistes en 1075, 
sous le même titre, fut composé nar 



';.":' 



CON 



160 



CON 



M. Henri Heidegger, professeur de 
théologie à Zurich, dans le dessein 
de conserver, parmi les théologiens 
de la Suisse, la doctrine du synode 
de Dordrecht, et d'en bannir les opi- 
nions d'Àmiraut et de quelques autres 
ministres français. Ce formulaire d'u- 
nion ne produisit pas de meilleurs 
effets que celui qui avait révollé les 
luthériens; il fut supprimé, en 1086, 
dans le cantonde Bâle et dans la rêup- 
hlique de Genève, sur les instances de 
Frédéric-Guillaume, électeur de Bran- 
debourg. En 1718, les magistrats de 
Berne voulurent le faire signer par 
tous les ministres, surtout par ceux 
de Lausanne ; ils n')' réussirent point : 
le roi d'Angleterre et les Etats de 
Hollande employèrent leur média- 
tion pour le faire supprimer. 

Enlin, l'on appelle concorde le livre 
que Molina, jésuite, avait intitulé 
Concordia liberi arbitra, cum auxiliis 
divinx yratix, ouvrage qui a excité 
de vives contestations parmi les théo- 
logiens. Voyez Mollmsme. 

Bergier. 

CONCOURS de Dieu aux actions des 
créatures. C'est une vérité de foi que 
la grâce, qui est l'action immédiate 
de Dieu lui-même, nous estnécessaire 
pour toute action surnaturelle et 
utile au salut, que cette grâce est non- 
seulement concomitante ou coopé- 
rante, mais prévenante. Ce dogme a 
donné lieu de demander si nous avons 
besoin d'un pareil concours immédiat 
de Dieu pour les actions naturelles. 
Comme cette question est purement 
philosophique, nous ne devons pas y 
toucher. Nous remarquerons seule- 
ment que nous ne connaissons aucun 
passage formel de l'Ecriture, ni au- 
cune raison théologique qui puisse 
Inous engager à prendre parti dans 
[ cette dispute. 11 n'y a aucune compa- 
raison à faire entre les actions natu- 
relles et les actes surnaturels. 

Bergier. 

CONCOURS POl'R LES CHARGES 
ECCLÉSIASTIQUES. (Tkêol. hist. gê- 
ner.) — Le droit commun dans l'E- 
glise est que les charges soient mises 
au concours, et soient données aux 
plus dignes. Voici comment M. Per- 



maneder résume cette loi ecclésiasti- 
que, et ce qu'il expose delamanière 
donl elle est plus ou moins mise à 
exécution dans plusieurs pays catho- 
liques de l'Europe : 

« Il faut, pour remplir une fonc- 
tion dans l'Église, appartenir à l'état 
ecclésiastique et posséder, outre les 
autres qualités canoniques, les con- 
naissances nécessaires pour la charge 
spéciale à laquelle on aspire. C'est 
sous ce rapport que le concile de 
Trente a spécialement prescrit, pour 
ceux qui prétendent à des bénéiiees 
ayant charge d'âmes, un examen ou 
concours qui doit avoir lieu devant 
trois examinateurs au moins, nom- 
més par l'évèque, en présence de l'é- 
vèque ou de son vicaire général. Les 
candidats les plus dignes doivent être 
élus à la majorité des voix de la com- 
mission d'examen, et, si les voix se 
disséminent ou se partagent égale- 
ment, la voix de l'évèque ou de son 
vicaire général est prépondérante. 
L'accomplissement exact du décret du 
concile, sess. XXIV, c. 18, de Reform., 
a été vivement recommandé aux évè- 
ques par la bulle de Pie V, du 18 
mars 1566, In conferendis, parla 
circulaire de Clément XI, du 10 jan- 
vier 1721, et par la constitution de 
Benoit XIV. 

« Actuellement, abstraction faite 
des épreuves que doit subir celui qui 
est élu ou présenté pour un béné- 
fice avec charge d'âmes, pour l'insti- 
tution canonique, devant l'évèque ou 
le vicaire général, il y a presque 
partout en Allemagne, pour ceux qui 
aspirent à une charge de prédicateur, 
de curé ou toute autre fonction du 
ministère sacré, un concours qui se 
passe devant une commission com- 
posée d'autorités civiles (1) et épisco- 
pales. 

En Autriche dans tous les diocè- 
ses, il y a tous les ans, au commen- 
cement de mai et à la fin d'août, un 
concours général sur toutes les par- 
ties de l'enseignement de la théolo- 
gie, auquel ne sont régulièrement 
admis que les ecclésiastiques qui ont 
passé trois ans dans le ministère ou 



(lj Nous De vivons pas pourquoi les autorités 
civiius sout uuM'Jei la JeJous. Le Xoib. 



CON 



1G1 



CON 



dans une fonction équivalente ; ce 
n'est que par exception et avec l'au- 
torisation de l'Ordinaire qu'un ecclé- 
siastique peut être admis à ces épreu- 
ves avant l'écoulement des trois ans. 
Il faut répondre par écrit et en latin 
aux questions de l'examen; les épreu- 
ves de la prédication et du catéchisme 
se font dans la langue usuelle (1). 

« En Prusse , il n'y a pas de con- 
cours proprement dit , mais nul 
n'est admis à une fonction ecclésias- 
tique sans avoir préalablement subi 
un examen sur ces connaissances et 
savie passée. Il existe une circulaire 
ministérielle spéciale sur l'examen 
que les candidats du clergé catholi- 
que ont à subir après trois années 
d'études théologiques et une année 
de ministère, devant une commission 
épiscopale (2). 

« En Bavière il y a, tous les deux ans, 
au siège de chaque archevêque ou 
évêque, un concours pour les aspi- 
rants aux fonctions de curé, de pré- 
dicateur et autres bénéfices ayant 
charge d'àmes et droits curiaux, dé- 
pendant d'un patronage seigneurial 
ou autre, concours qui est toujours 
annoncé quelque temps d'avance par 
les feuilles officielles. Ne sont admis 
à ces concours que des candidats nés 
en Bavière ou ayant obtenu l'indi- 
génat, qui peuvent établir qu'ils ont 
achevé le cours régulier de leurs 
études par certificats d'une université 
ou d'un lycée du royaume, et consta- 
ter leurs bonnes mœurs et leurs ser- 
vices dans l'enseignement des écoles 
plus quatre années au moins de mi- 
nistère, par le témoignage légal de 
l'Ordinaire épiscopal, de l'inspecteur 
des écoles du district, du curé du lieu 
et des autorités de police compéten- 
tes. Les aspirants qui n'ont point au 
moins la troisième note de l'Ordinaire 
sont évincés sans examen ultérieur. 
La commission d'examen, présidée 

(1) Décret de la C. I. R. d'Autriche du 24 déc 
1785. Décréta de la chimcell. aul. du 16 «ou. 1S04 
du îijuin 18(1, des iiféor. et 29 octobre 1812 dû 
3 feu. 1S20, du 17 avril 1829, du 18 avril 1339. 
Bjr;k-Barthenheim, Aff. eccl. d'Autr., p. 57 §§ 

(2) Droit public genér. de Prusse, t. II, tit. 1 1 
§ 62. Circul. minisl. du 31 juillet 1320, dans 
Giseff, Compte)!, des lior. de Droit de pruss., t. 
1, p. III, p. 536. ' 

III. 



par un conseiller du gouvernement 
bavarois catholique, est composée de 
deux ou trois chanoines, de deux ou 
trois professeurs de théologie (de l'u- 
niversité ou d'un lycée), d'un curé en 
fonctions et du directeur du séminaire 
épiscopal. Ceux qui sont refusés faute 
de capacité ne peuvent se présenter 
que deux fois au concours; les can- 
didats de la première et de la seconde 
classe peuvent refuser trois fois un 
bénéfice et en attendre un qui leur 
convienne mieux II).. 

« Dans la province ecclésiastique 
du Haut-Rhin, un concours est, cha- 
que année et dans chaque diocèse, or- 
donné par une commission composée 
d'autorités civiles et religieuses, en 
faveur de ceux qui aspirent à une 
cure ou à un autre bénéfice ecclésias- 
tique. On n'admet que des ecclésias- 
tiques qui ont exercé au moins deux 
ans le ministère comme prêtres auxi- 
liaires et qui ont de bons témoignages 
de leur conduite ; on a égard dans 
les nominations à la suite des épreu- 
ves, à la classification du candidat (2). 
« En France il n'y a point de con- 
cours ; les prêtres qui sont dans le mi- 
nistère des paroisses sont seulement 
soumis tous les ans, pendant trois ou 
cinq ans suivant les diocèses, à un 
examen de théologie, sur des matières 
désignées d'avance, devant une com- 
mission présidée par un vicaire gé- 
néral. Il n'y a de concours que poul- 
ies places de chapelain de l'église pa- 
tronale de Sainte-Geneviève, de Paris. 
Ce concours a lieu devant une com- 
mission nommée par l'archevêque de 
Paris et présidée par un grand- 
vicaire. » 

Nous complétons cet article en 
empruntant au manuscrit de notre 

DICTIONNAIRE DES DÉCISIONS HUMAINES, 
SUR LA FOI, LA MORALE ET LA DISCIPLINE, 
LES PLUS INTÉRESSANTES ET LES PLUS 

pratiques au xrxe siècle (3), le court 



(1) Ord. de Bav. du 27 août 1813, Gazette du 
Gouoern., 1843, n° 30, col. 601-620. 

(2) Ordonn. de la Prou. eccl. du Haut-Rhin, du 
30 janv. 1830, §8 29, 30, daus Longoer, A If. de 
droit des éeêgues de la Prou. eccl. du Haut- 
Rhin, p. 525.Coiif., pour le grand-duché de Hosso, 
Longner, etc., p. 264-268; pour Bade, Longner, 
p. 270 ; ibid., p. 475, pour lo Wurtemberg. 

(3) Cet ouvrage n'a pas encore paru. 

La Nota. 



M 



I 



COU 



1C2 



CON 




passage suivant, dans lequel se trouve 
expliquée la méthode suivie à Rome 
et dans son district pour les concours 
paroissiaux : 

« Les examens se fontpar écrit. En 
vertu de l'encyclique quo parochialcs 
de Clément XI, et en verlu de la cons- 
titution cura illud de Benoit XIV, les 
examinateurs tiennent compte aussi 
des qualités morales sous peine de 
nullité de concours. Depuis la pre- 
mière de ces deux encycliques tous 
les examens oraux ontdisparu.de la 
pratique des examinateurs romains. 

a On fait prêter un serment aux can- 
didats. 11 y a trois examinateurs, dont 
deux sont désignés par le sort. Le R. 
maître du S. palais donne trois cas 
de théologie morale à résoudre; les 
deux autres en donnent aussi chacun 
trois, ce qui en l'ait neuf. Deux heu- 
res sont données pour achever la com- 
position sans aucun livre. On doit, en 
outre, écrire un sermon sur un des 
évangiles qu'un des examinateurs 
tire au sort. Les écrits sont renfermés 
dans une urne qu'on scelle avec le 
sceau du cardinal vicaire et qui est 
conservée jusqu'au jour du scrutin par 
le secrétaire. 

a Prennent part au scrutin les exa- 
minateurs et de plus le vice-gérant, le 
lieutenant civil du tribunal du^ icariat, 
le secrétaire de la visite apostolique, 
le doyen des clercs de la chambre, 
l'avocat fiscal, le lieutenant criminel 
et le secrétaire du tribunal criminel. 
Ils commencent par fixer les réponses 
qui ne peuvent être que, ou affirma- 
tives ou négatives. 

« Le jour du vote, le candidat est in- 
troduit ; le secrétaire lit devant lui 
son sermon et ses réponses.; puis il se 
retire et on procède au vote qui est 
plein, semi-plein ou négatif. 

« Pour les paroisses de Rome, cette 
méthode, telle que le concile de 
Trente l'institua et que les .S. P. l'ont 
perfectionnée, est observée dans toute 
sa rigueur. Il y a édit public, appel 
fait à tous ceux qui veulent concourir, 
y compris les étrangers pourvu qu'ils 
aient deux ans de domicile à Rome, 
et ouverture de la liste d'inscription 
pendant dix jours. 

« Le concile de Trente avait suppose 
l'examen verbal ; ce sont les S. P. qui 



y ont .substitué l'examen par écrit. » 
Le Nqjr. 

CONCUBINAGE, -commerce habi- 
tuel entre un homme et une femme, 
qui demeurent libres de se quitter 
quand il leur plait. 'Il ,est évident que 
ce désordre est criminel en lui-même, 
et contraire au bien de la société, par 
conséquent, défendu, non-seulement 
par la lai positive du Christianisme, 
mais par la loi naturelle. Ceux qui 
en sont coupables ne souhaitent point 
d'avoir des enfants, ils le craignent 
plutôt ; ce serait une charge pour 
eux quand ils viendraient à se sépa- 
rer. On ne préfère cet état à un nia- 
liage légitime, que pour se dispenser 
de remplir les devoirs de père et .de 
mère ; et lorsqu'il en provient des en- 
fants, ils sont ordinairement aban- 
donnés. 

Dans les écrits des censeurs de l'his- 
toire sainte, il est souvent parlé du 
concubinage des patriaches; ce terme 
est déplacé, il ne faut pas confondre 
le désordre qu'il exprime avec la po- 
lygamie. Nous n'en voyons point 
d'exemple chez les patriarches, mais 
seulement la polygamie : à cet article, 
nous prouverons qu'alors elle n'était 
pas contraire au droit natiu'el. 

Les deux femmes de Lameeli sont 
nommées ses épouses.. G-en., c. 4, f 19 
et 23. Il est dit que les enfants de 
Dieu prirent des épouses parmi les 
filles des hommes, qu'ils avaient choi- 
sies; ce dernier terme ne signifie 
point qu'ils les avaient prises d'abord 
pour concubines, comme on affecte de 
le supposer.. Sara, stérile, donne à son 
époux Agar, sa servante ou son es- 
clave, afin qu'il en ait des enfants, 
résolue elle-même de les adopter : 
c'était une espèce 'de mariage. En ef- 
fet, Ismaël fut regardé comme enmut 
légitime. 11 n'est éloigné de la maison 
paternelle, avec sa mère, que par ua 
ordre exprès de Dieu, et pour des 
raisons particulières; il se réuuit à 
Isaac, pour donner la sépulture à leur 
père commun. Gcn., c. 25, f 9. Les 
enfants que Jacob eutdc ses servantes, 
furent réputés aussi légitimes que 
ceux de ses épouse-s, etc. 

Dans l'état de société purement do- 
mestique, où les servantes étaient es- 






CON 

claves, mais pouvaient hériter, où la 
polygamie était à peu près inévitable 
et permise, il ne faut pas donner aux 
termes le même sens que l'on y atta- 
che dans l'état de société civile, où le 
droit naturel n'est plus le même. 
Voyez. Droit naturel. Beugier. 

CONCUPISCENCE, dans le langage 
théologique, signifie la convoitise ou 
le désir immodéré des choses sen- 
suelles, effet du péché originel. 

Le père Malebranche attribue l'ori- 
gine de la concupiscence aux impres- 
sions faites par les objets sensibles 
sur le cerveau de nos premiers pa- 
rents au moment de leur chute, im- 
pressions qui se sont transmises, et 
continuent de se communiquer à leurs 
descendants. De même, dit-il, que 
les animaux produisent leurs sembla- 
bles et avec les mêmes traces dans le 
cerveau, les mêmes sympathies ou 
antipathies, ce qui produit la même 
conduite dans les mêmes circonstan- 
ces : ainsi nos premiers parents, qui 
reçurent par leur chute une impres- 
sion profonde des objets sensibles, la 
communiquèrent à leurs enfants. Il 
ne serait pas difficile de montrer le 
peu de justesse de cette comparaison; 
l'on doit se borner à croire le péché 
originel et ses effets, sans vouloir les 
expliquer. 

Les scolastiques nomment appétit 
concupiscible, le désir naturel de pos- 
séder un bien, et irascible, le désir 
d'écarter et de fuir le mal. 

Saint Augustin, L. 4, contra Julian., 
c. 14, n° 65, distingue quatre choses 
dans la concupiscence, la nécessité, 
l'utilité, la vivacité et le désordre du 
•sentiment ; il soutient avec raison que 
ce désordre est un vice, au lieu que 
les pélagiens en blâmaient seulement 
l'excès; mais indépendamment de 
l'excès, ce penchant est un mal, puis- 
qu'il faut y résister et le réprimer. Il 
reste dans les baptisés et dans les 
justes comme une suite et une peina 
du péché originel, pour servir d'exer- 
cice à la vertu ; c'est ce qui nous rend 
la grâce nécessaire pour faire le bien. 

Saint Paul donne souvent à la con- 
cupiscencele nom de péché, parce que 
c'est un effet du péché originel, et 
qu'elle nous porte au péché ; ainsi 



103 



CON 



l'explique saint Augustin. L. i, con- 
tra duas Epist. Pelàg., c. 13, n° 27 : 
Op. imperf., 1. 2, n° 71, etc. Consé- 
quemment, lorsque le saint docteur 
soutient que la concupiscence est nn 
péché, l'on doit entendre un vice, un 
défaut, une tache, et non une faute 
imputable et punissable. 

En effet, ce saint docteur a retenu 
constamment la définition qu'il avait 
donnée du péché proprement dit, en 
réfutant les manichéens. « C'est, dit- 
« il, la volonté de faire ce que la loi 
» défend, et ce dont il nous est libre 
» de nous abstenir. » Mais il observe 
que cela ne nous est pas aussi libre 
qu'il était à Adam. Rétract., 1. 1, 
c. 9, 15 et 23. Il ne s'ensuit pas de là 
que la tache originelle ne soit un 
péché proprement dit; mais cette 
tache ne consiste pas dans la concu- 
piscence seule. Voyez Originel . Si 
Beausobrey avait fait plus d'attention, 
il n'aurait pas accusé saint Augustin 
d'avoir raisonné sur la concupiscence, 
comme les manichéens, et d'avoir sou- 
tenu qu'elle est vicieuse et criminelle 
en elle-même. B.ergier. 

CONDIGNITE. Les théologiens sco- 
lastiques appellent mérite de condi- 
guité, meritum de condigno, celui au- 
quel Dieu, en vertu de sa promesse, 
doit une récompense à titre de jus- 
tice; et mérite de congruité, meritum 
de concjruo, celui auquel Dieu n'a rien 
promis, mais auquel il accorde tou- 
jours quelque chose par miséricorde. 

Lo premier exige des conditions de 
la part de Dieu.de lapart del'homme, 
et de la part de l'acte méritoire. De 
la part de Dieu, il faut une promesse 
formelle, parce que Dieu ne peut 
nous riendevoir par justice, sinon en 
vertu d'une promesse. De la part de 
l'homme, il faut, 1° qu'il soit en état 
de justice ou de grâce sanctifiante ; 
2° qu'il soit encore vivant et sur la 
terre. L'acte méritoire doit être libre, 
moralement bon, surnaturel dans son 
principe, c'est-à-dire, fait par le mou- 
vement de la grâce, et rapporté à 
Dieu. 

De ces principes, les théologiens 
concluent qu'un juste peut mériter, 
de condigno, l'augmentation de la 
grâce et la vie éternelle ; mais que 



cox 



llii 



CON 



l'homme ne peut mériter de même 

la première grâce sancliliante, ni le 
don de la persévérance finale ; il 
il peut cependant obtenir l'un et 
l'autre par miséricorde., et il doit l'es- 
pérer. Voyez Mérite. 

Bergier. 

CONDILLAC (Etienne Bonnot de 
Mably). [Théol. rdst. Moflf. et bibliog.) 

— Le célèbre Condillac, né à Greno- 
ble en 1714, mourut dans sa terre de 
Flux, près de Beaugency, dans l'Or- 
léanais. Frère de l'abbé de Mably, 
historien connu, il fut lui-même abbé 
de Mureaux et membre des Académies 
de Paris et de Berlin. Tout le monde 
sait le succès momentané qu'il obtint 
en France en y important les idées 
empiriques de Loke, et les présen- 
tant, avec beaucoup moins de profon- 
deur que le maître, comme formant 
un système opposé à la logique de 
Descartes, qui n'est autre que celle 
de tous les grands philosophes de 
tous les temps. Ce système sensualiste 
vint au secours du philosophisme du 
xviii siècle ; il contribua à « mettre, 
dit avec raison M. Ila.'uslé, la néga- 
tion religieuse à l'ordre du jour, à 
unir le scepticisme au désordre des 
mœurs, et à réduire la philosophie à 
un pur matérialisme, en faisant pas- 
ser l'esprit pour le rêve de la chair et 
l'amour pour l'hypocrisie de l'é- 
golsme. » 

« La clarté du style, continue M. 
Hœuslé, qui est le principal mérite 
d''s écrits de Cowlilhii;, sa méthode, 
simple en apparence, et des recher- 
ches de psychologie empirique, inté- 
ressantes en elles-mêmes, exciter, ut 
un engouement général, et Condillac 
fut pour la théorie du sensualisme i e 
qu'llelvélius devint pour le matéria- 
lisme pratique, ("est à ce point de 
vue et dans cet esprit que fut rédigée 
ï I. . prétendu sommaire de 

toutes les sciences humaines, hostile 
à toute tendance sura ilui ell •. bo 

avant tout à l'idée d'un Être unique 

et éternel. Cependant il est impo 
Lie de rendre ConâiBae responsable 
de toutes les conséquencai qu'eut le 
sensualisme en France. Son mérite 

Sbilosopbique est beaucoup trop au- 
essous de l'opinion qu'il en avait 



lui-même et qu'il en avait donn 
ses contemporains; il se réduit à ane 
prétendue théorie sur le développe- 
ment de nos facultés et à quelques 
efforts ponr expliquer L'association 
des idées, l'origine du 1 ingage et les 
rapports de l'homme avec les ani- 
maux. 

« Condillac s'est trompé, et les ré- 
sultats de ses recherches sont peu 
tisfaisants, parce qu'il est resté à moi- 
tié route, -voulant arriver à L'esprit 
par la nature au lieu de concevoir la 
nature par l'esprit. I . par une 

singulière ironie, donna le nom de 
Métaphysique on Bystème qu'il voulait 
faire prévaloir, et la première i 
de son Traité des Systèmes I] esl qu'il 
faut rejeter les idées de la raison pure 
comme des hypothèses arbitraires, 
tout comme il "faut renoncer à toute 
tentative de pénétrer l'essence des 
choses et les mystères de la nature, 
l'homme ne devant pas aller au-delà 
de la portée de sa raison. 

« En vertu de cette' règle, 
inclina plus vers Locke que ver- Des- 
cartes, et ne s'écarta du philosophe 
anglais qu'en ce qu'il rejeta ses idées 
d'in?Unct et de mécanisme, et dédui- 
sit les facultés intellectuelles de 
l'homme de la sensation. La (acuité 
de sentir est pour lui le principe du 
développement spirituel, et tons Les 
phénomènes de l'esprit sont ramenés 
à la sensation, dont elles dérivent et 
qu'elles manifestent. Les idées, la 
science, les faeuliés, la réflexion, l'ha- 
bitude, tout est pour lui transforma- 
tion de la sensation; la sensation 
change de forme comme la glace 
quand elle se fond en eau et s'éva- 
nouit en vapeur. Le langage n'est 
qu'une transformai ion de la sensibi- 
lité vocale, et : n'est qu'une 
langue bien faite. 

« Pour établir sa démonstration, 
d ms son fameux 7, - nsattOM 

i , il applique son rj rtéme I une 

tue éprouvant peu t peu le- i ■ 

après tes autres toutes les lensatl 
qui constituent l'ensemble d-- la vie 

intellectuelle et finissent par en faire 
un homme organisé. Il décrivit aiusi 



! ' 



I) UHir», 1746 1^8, ï toi. io-19. 
t) L air. etP«ii(, 1754, î f 



CON 



165 



CON 



l'histoire de la connaissance humaine, 
à laquelle il ajouta en supplément 
une dissertation spéciale sur la li- 
berté. Celle-ci, suivant ce philosophe, 
est une détermination de la volonté, 
résultant de la réflexion d'une in- 
fluence objective, influence qui pré- 
cède tous les actes de notre volonté, 
tous les mouvements de notre pensée. 
Dans son Traité des Animaux (1), il 
fait une vive critique du système de 
Buiïon sur la nature des animaux et 
de quelques autres opinions de ce sa- 
vant, pour répondre aux reproches 
qu'on lui faisait d'avoir lui-même 
suivi le système de ce naturaliste. 
Chez les animaux comme chez 
l'homme, dit Cori&illac, toutes les fa- 
cultés et les aptitudes sont le résultat 
de l'expérience. 

a Son Cours d'études pour l'instruc- 
tion du prince de Parme (2) eut un sort 
particulier ; il fut imprimé à Parme 
en 1769-1773 ; mais quelques allusions 
qui déplurent à la cour d'Espagne 
firent supprimer la première édition, 
dont un exemplaire, échappé à la 
suppression, parvint à Deux-Ponts et 
y servit à faire une seconde édition 
portant le nom de Parme. On autorisa 
alors la publication de la première 
édition, moyennant quelques cartons, 
et elle parut sous le titre également 
faux de Deux-Ponts. Cet ouvrage ren- 
ferme une grammaire philosophique 
qui étudie les signes de la pensée; il 
contient une analyse des principes de 
l'art d'écrire, des éléments de méca- 
nique, _ d'astronomie, de physique, 
d'histoire ancienne et moderne, le 
tout mêlé à une foule d'allusions po- 
litiques. 

« Condillac fit un très-malheureux 
essai de sa méthode analytique ap- 
pliquée à la politique dans son livre 
le Commerce et le Gouvernement (3). » 

Le premier des ouvrages de Con- 
dillac, celui qui lui avait donné tout 
d'abord de la réputation et lui avait 
valu des relations assez intimes avec 
Rousseau, Diderot, Duclos et même 
le préceptorat de l'infant Ferdinand- 
Louis duc de Parme, petit-fils de Louis 



(il 1755, in-12. 

(21 Deux-Ponts, 1782, 13 vol. in-8». 

(3) Auist. et Paris, 1776, in-12; 1795, in-So 



xv, dont il s'acquitta avec zèle et 
conscience, avait été son Essai sur 
l'origine des connaissances humaines. 
Outre ceux dont il a été question plus 
haut, on peut encore citer : La logi- 
que, ou les premiers éléments de l'art 
de penser K Paris, 1781, in-12, et 1788 
in-8 î-écrit destiné aux écoles natio- 
nales de Pologne, dont Condillac s'exa- 
géra la portée en croyant, bien à tort, 
avoir le premier introduit la méthode 
analytique dans l'enseignement de la 
philosophie. La règle générale en est 
très-bonne et très-pratique; elle con- 
siste a dire « qu'il faut ramener la 
pensée à son principe le plus simple, 
pour arriver sûrement à la vérité. » 
Mais n'est-ce pas ce qu'on a toujours 
fait, et Descartes plus qu'aucun au- 
tre? 

Le Noir. 

CONDITIONNEL. Les théologiens, 
aussi bien que les philosophes, se 
sont trouvés dans la nécessité de dis- 
tinguer les futurs conditionnels, d'avec 
les futurs absolus. David demande au 
Seigneur, IReg., c. 23, f 11 : « # Si 
» je demeure dans la ville de Ceïla, 
» Saùl viendra-t-il pour me prendre, 
» et les habitants me livreront-ils 
» entre ses mains? » Le Seigneur 
répond : « Saùl viendra, et les habi- 
» tants vous livreront. » David se 
retira, Saùl ne vint point, et David 
ne fut point livré. Jésus-Christ dit 
aux Juifs dans l'Evangile, Matth., 
c. 11, fï[ :« Si j'avais fait à Tyr et à 
» Sidon les miracles que j'ai faits 
» parmi vous, ces villes auraient fait 
» pénitence sous la cendre et le ci- 
» lice. » Ces miracles ne furent point 
faits à Tyr, et les Tyriens ne firent 
point pénitence. A l'égard de ces 
sortes de futurs conditionnels, qui 
n'arriveront jamais, les théologiens 
demandent si Dieu les connaît par la 
science de simple intelligence, comme 
il connaît les choses simplement pos- 
sibles; ou s'il les connaît par la 
science de vision, comme les futurs 
absolus. 

Les uns tiennent pour la science 
de simple intelligence, les autres pré- 
tendent qu'il faut admettre, pour ces 
sortes de futurs, une science moyenne 
entre la science de simple intelligence 



w 



CON 



166 



CON 






et la science de vision. Cette dispute 
a fait beaucoup de bruit, parce qu'elle 
tient à la matière de la grâce; ce 
n'est point à nous de la terminer. 
Voyez Science de Dieu. Beïigier. 

CONDITIONNELS (décrets). Les 
calvinistes rigides ou gomaristcs pré- 
tendent que tous les décrets de Dieu, 
relatifs au salut ou à la damnation 
des hommes, sont absolus; les ar- 
miniens soutiennent que ces décrets 
sont seulement conditionnels et que, 
quand Dieu veut réprouver tel 
homme, c'est qu'il prévoit que cet 
homme résistera aux moyens de salut 
qui lui seront accordés. Parmi les 
théologiens catholiques, plusieurs ad- 
mettent un décret absolu de prédes- 
tination; mais ils n'admettent au- 
cun décret absolu de réprobation. 

Les pélagiens et les semi-pôlagiens 
prétendaient que le décret ou la vo- 
lonté de Dieu d'accorder la grâce airs 
hommes, est toujours sous condition 
que l'homme se disposera de lui- 
même, et par ses forces naturelles, à 
mériter la grâce. Cette erreur a été 
justement condamnée ; elle suppose 
que la grâce n'est pas gratuite, qu'elle 
peut être la récompense d'un mérite 
purement naturel : supposition con- 
traire à la doctrine formelle de l'E- 
criture sainte, qui nous enseigne que 
de nous-mêmes nous ne sommes pas 
seulement capables de former une 
bonne pensée, mais que toute notre 
Suffisance ou notre capacité vient de 
Dieu. II Cor., c. 3, f 5. 

Mais il y a des décrets conditionnels 
d'une autre espèce et fort différents. 
Quand on dit : Dieu veut sauver les 
hommes s'ils le veulent, cette propo- 
sition peut avoir un sens catholique 
et un sens hérétique. Dieu veut les 
sauver s'ils le veulent, c'est-à-dire, si, 
par leurs désirs et par Ietrrs efforts 
naturels, ils préviennent la grâce et 
la méritent : voilà les sens pélagien 
et hérétique. Dieu veut le sauver s'ils 
le veulent, c'est-à-dire, s'ils corres- 
pondent à la grâce qui les prévient, 
qui excite leurs désirs et leurs efforts, 
mais qui leur laisse la liberté de ré- 
sister : voilà le sens catholique. Sou- 
vent on les a confondus malicieuse- 
ment, pour avoir lieu d'accuser de 



pélagianisrne des théologiens ortho- 
doxes. Voyez Volom'é de J.>iec. 

liERGIEIt. 

CONDORMANTS, nom de secte; 
il y en a eu deux ainsi nommées. 
Les premiers infectèrent l'Allemagne 
au treizième siècle ; ils eurent pour • 
chef un homme de Tolède. Us s'as- 
semblaient dans un lieu près de Co- 
logne ; là ils adoraient, dit-on, une 
image de Lucifer, et y recevaient ses 
oracles; mais ce fait n'est pas suffi- 
samment prouvé. La légende ajoute 
qu'un ecclésiastique y ayant porté 
l'eucharistie, l'idole se brisa en mille 
pièces ; cela ressemble beaucoup à. 
une fable populaire. Us couchaient 
dans une même chambre, sans dis- 
tinction de sexe, sous prétexte de 
charité. 

Les autres, qui parurent au sei- 
zième siècle, étaient une branche des 
anabaptistes ; ils tombaient dans la 
même indécence que les précédents, 
et sous le même prétexte. Ce n'est 
pas la première fois que cette turpi- 
tude a paru dans le monde. Voyez 
Adamites, Beugier. 

CONFÉRENCES ECCLESIASTI- 
QUES. (Thcol. hist. gêner.) Ces confé- 
raicespeuvcntêtre ordonnées pnr l'or- 
dinaire ou libres. M. Schaubei ger fait 
comme il suit le précis historique des 
premières : 

« On les voit paraître pour la pre- 
mière fois au neuvième siècle ; elles 
semblent être nées des synodes dio- 
césains. 

« Tant que les diocèses furent res- 
treints et que chaque ville de quelque 
importance fut un siège épiscopal, les 
synodes purent suffire, et c'est pour- 
quoi avant le neuvième siècle on ne 
trouve pas de trace do e&nférences. 
Baisloi's(|iie,a]irèslachirtcderenipire 
romain, de nouveaux périples entrè- 
rent dans l'Eglise et que le Christia- 
nisme se répandit sur beaucoup de 
vastes contrées, les diocèses s';i "ren- 
dirent. On y tint d'abord des synodes 
provinciaux et diocésains, d'après ïefl 
capitulaires de Théodulphe et de Pé- 
pin, Actif conciliiAquisgr.aneniii, 836, 
etc. Mais connue il était à peu près 
impossible, du moins très-difficile, 



CON 



1G7 



CON 



que tous les prêtres parussent à ces 
synodes, il fut ordonné qu'ils se réu- 
niraient, par canton, cliez l'arehiprê- 
tre ou le doyen, pour y former des 
conférences qu'on nommait calendes, 
calendse, parce qu'elles se tenaient le 
premier jour de chaque mois, quand 
ce n'était pas unjour de fête. On les 
appelait aussi chapitres, conférences, 
capitulaires, consistoires, synodes, ses- 
sions. Ces conférences furent ordon- 
nées â différentes époques, d'après 
Thomassi (1), Régine (2), Hardouin (3) 
et d'autres auteurs ; ainsi par Char- 
lemagne, dans ses capitulaires ; par 
Hérard, évèque de Tours ; par Hinc- 
mar , archevêque de Reims (840); 
par Riculf, évoque de Sion, en Suisse ; 
par Ulrich, évèque d'Augsbourg ; par 
Atton de Verccil ; en Angleterre par 
le concile d'Extcr(Exccstercemi),H3l, 
et par celui de Londres, 1237 . 

Après cette période elles semblent 
être tombées en désuétude," du moins 
on n'a plus de preuve de leur tenue. 
« Il en est fait de nouveau mention, 
après le concile de Trente, dans l'ar- 
chevêché de Milan, où S. Charles Bor- 
romée, suivant les décisions du con- 
cile, tint, à partir de 1565, des synodes 
provinciaux et diocésains et des 
conférences capitulaires, surlesquell'es 
il donna des dispositions détaillées et 
formelles dans le premier, le second 
et le quatrième synode (1565, 1509, 
1576). 

Cet exemple fut généralement suivi, 
et les conférences furent ordonnées : 
1581, au concile de Rouen; 1583, au 
concile de Reims ; 1590, au concile 
de Toulouse, c. 3, n. 6, 7 ; 1596, au 
concile d'Aqviilée, c. 18 ; 1607, au 
concile de Malines, tit. 7, n. 10, 14 ; 
1680, par l'évêquo de Luçon (règle- 
ment des conférences de l'évêché de 
! Luçon de 1680, publié en 1685). Les 
Acte conciliorum Cleri Gallicani et les 
Acta Parochorum Parisiensium, publiés 
en 1682, à Paris, en rendent aussi 
témoignage. On considéra même ces 
conférences comme des suppléments 
des synodes diocésains, et elles furent 



(1) De et. Get Nov, Eccl, discipl, p. II, 1. III, 
c.74. 

Il) Lib. i, can. 216. 

(3) Concil. Cuil., t. VI, p. 42,9; Acta Coutil 
Medîolan, 



déclarées telles en 1720 parla congré- 
gation des cardinaux instituée à Rome 
pour l'exécution des décrets du con- 
cile de Trente, d'après Benoit XIV, 
de Synod. diœc, 1. 1, c. 5, § 5. 

« Dans les temps modernes elles 
ont été réorganisées en Allemagne 
par le prince-évêque Charles-Théo- 
dore, dans ses ordonnances du 28 
ïnars 1801, du 5 janvier 1803 et du 
16 août 1 80 i, et elles continuent dans 
l'archevêché de Fiibourg. On les ins- 
titua aussi en 1829-1835 dans le dio- 
cèse d'Augsbourg. Elles sont en ac- 
tivité dans la plupart des diocèses de 
France; chaque mois les prêtres d'un 
canton se réunissent chez le curé ou 
doyen du canton; on y traite les 
■questions qui sont d'ordinaire dési- 
gnées à la suite soit de YOrdo du dro>- 
cèse, soit d'un mandement, soit d'une 
circulaire spéciale de l'évèquc, et 
dont chacune porte sur un point de 
dogme, de morale ou de liturgie. 

« Si nous examinons l'organisation 
des Calendes, d'après les sources que 
nous avons indiquées, nous trouvons 
qu'elles ont toujours été ordonnées 
par des synodes ou des évêques; 
qu'elles devaient, dans les temps les 
plus anciens, se tenir deux fois par 
mois ; que c'était l'archiprêtre ou 
l'archidiacre, que ce fut plus tard le 
vicarius forensis ou le doyen qui con- 
voquait les prêtres; que les réunions 
avaient lieu chaque fois chez un autre 
curéensuivantrordre;qu'ellesétaient 
annoncées huit jours d'avance aux 
prêtres et au peuple, en chaire, et 
s'ouvraient par un sermon, l'office 
des Morts et une grand' messe ; que 
la présidence en appartenait à. l'ar- 
chiprêtre ou au vicarius forensis ; que 
celui-ci, le curé du lien où se tenait 
la réunion, exposait les matières à 
traiter; que chacun des assistants pou- 
vait à son rang exprimer son opi- 
nion ; qu'on recueillait finalement 
les voix, on rédigeait la décision et 
on la transmettait à l'évêque ; qu'en 
cas de doute ou d'indécision on s'en 
remettait à la décision de l'évêque ; 
que les prêtres séculiers ayant charge 
d'âmes, ainsi les curés et les chape- 
lains ou vicaires, pouvaient seuls as- 
sister à ces réunions ; que ce ne fut 
que plus tard qu'on permit aux reli- 



,ï 



• 



CON 



163 



CON 



gieux qui étaient employés au mi- 
nistère d'y prendre part. Quaud d'au- 
tres ecclésiastiques désiraient y assis- 
ter, il fallait qu'ils en demandassent 
la permission à l'évèque ou du moins 
au président de la conférence. Toute- 
fois ces prêtres étrangers, et les vi- 
caires ou chapelains , devaient se 
retirer lorsque les curés, après s'être 
consultés, avaient à s'entretenir plus 
confidentiellement des affaires de 
leurs paroisses et de certains cas de 
conscience. A la fin de la conférence 
le président devait annoncer l'époque 
et le lieu de la prochaine réunion. 
Ceux qui s'absentaient sans motif 
étaient condamnés à des amendes. 
Saint Charles Rorromée avait ordonné 
en outre que chaque prêtre remit au 
président son billet de confession ; 
les absents devaient l'envoyer. Moyen- 
nant ces conférences les évoques avaient 
la garantie que les prêtres ayant 
'"barge d'âmes possédaient ou acqué- 
raient les connaissances nécessaires 
à l'administration convenable de leur 
ministère, et que le clergé en géné- 
ral avait unecertaine instruction, une 
certaine culture d'esprit et de mœurs ; 
c'est pourquoi tous les documents au- 
thentiques dont nous avons parlé exi- 
gent que, durant les conférences, on 
traite des questions ecclésiastiques et 
des cas de conscience, qu'on pouvait 
tirer du Missel , du Psautier , de 
l'Antiphonaire, du Martyrologe, du 
Lectionnaire [Missale, Psalterium. An- 
tiphonarium, Martijrologium, Lecào- 
narium), des quarantes homélies de 
saint Grégoire le Grandet d'autres li- 
vres édifiants et instructifs. On devait 
traiter des questions relatives à l'ad- 
ministration des sacrements, aux cas 
réservés, aux cas de conscience diffi- 
ciles, au ministère pastoral, aux déci- 
sions des conciles, aux matière^ des 
sermons, à la manière de prêcher, 
de faire les prières publiques, etc., 
etc. Dans les temps les plus anciens, 
lorsque la discipline de l'Église était 
encore publique , on traitait des 
moyens de maintenir cette discipline, 
on examinait les cas intervenus de- 
puis la dernière conférence, tant pour 
les prêtres que pour les laïques, et 
l'on prononçait les peines ecclésias- 
tiques encourues. 



« Dans certains cas, des laïques 
étaient entendus comme témoins, par 
exemple le comte de la province, 
cornes provinciœ, et d'autres person- 
nages considérés. Cette pratique de 
la discipline de l'Église ayant changé 
plus tard, ces informations judiciaires 
disparurent des conférences, 

« Ce que nous venons de voir éta- 
blit l'utilité des Calendes ; mais, quel- 
que utiles qu'elles fussent, elles ne 
durèrent qu'un temps, et quelque 
peine que se donnassent les évoques 
pour obtenir, par leurs avis comme 
par leurs reproches et leurs puni- 
tions, la tenue exacte de ces confé- 
rences salutaires, ils se virent obligés 
d'en restreindre le nombre, et de les 
limiter à trois, à doux, puis à une 
seule par année. Finalement elles ces- 
sèrent tout à fait- » 

Quant aux conférences libres, elles 
ont toujours été vues avec plaisir par 
l'Eglise, pourvu qu'elles soient ani- 
mées par le zèle du bien et par l'a- 
mour de la science. Si elles devaient 
être très-fréquentes et régulières, elles 
devraient être autorisées par l'ordi- 
naire. Elles ne doivent point dégéné- 
rer en clubs ni pouvoir être considé- 
rées comme tels, sur motifs raisonna- 
bles et fondés, par l'administration 
civile. Le Noir. 

CONFESSEUR, chrétien qui a pro- 
fessé publiquement la foi de Jésus- 
Christ; qui a souffert pour elle, et 
qui était disposé à mourir pour cette 
cause ; il est distingué d'un martyr, 
en ce que celui-ci a souffert la mort 
pour rendre témoignage de sa foi. 
Dans l'Histoire ecclésiastique, ces deux 
noms sont souvent confondus ; mais 
plus ordinairement l'on nomme con- 
fesseurs ceux qui, après avoir été 
tourmentés par les tyrans, ont survécu 
et sont morts en paix, et ceux qui, 
sans avoir souffert des tourments, ont 
vécu saintement et sont morts en 
odeur de sainteté. 

On n'appelait point confessextr, dit 
saint Cyprien, celui qui se présentait 
lui-même au martyre sans être cité, 
on le nommait professeur; mais ce 
zèle n'était pas approuvé par l'Eglise» 
» Nous n'approuvons pas, disaient au 
» second siècle les fidèles de Smyrne, 



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» ceux qui s'offrent d'eux-mêmes au 
» martyre, parce que l'Evangile ne 
» l'enseigne point ainsi. » Epist. Ec- 
clcsix Smyrnen., n° 4. En effet, Jésus- 
Christ dit à ses apôtres : « Lorsque 
» vous serez persécutés dans une ville, 
» fuyez dans une autre. tiMaMh., c. 
10, ? 23. 

Saint Clément d'Alexandrie dit que 
celui qui va de lui-même se présenter 
aux juges, imite la témérité de ceux 
qui provoquent un animal féroce, et 
se rend aussi coupable du crime de 
celui qui le condamne h la mort, 
Strom., 1. 4, c. 10, p. 397 et S98. Un 
concile de Tolède défendit d'accorder 
les honneurs du martyre à ceux qui 
s'y étaient allés présenter eux-mêmes. 
Il n'est donc pas vrai que les Pères 
aient soufflé aux chrétiens le fana- 
tisme du martyre, comme les incré- 
dules ont osé le leur reprocher. 

Si quelqu'un, par la crainte de 
manquer de courage et de renoncer 
à la foi, abandonnait son bien, son 
pays, etc., et s'exilait lui-même vo- 
lontairement, on l'appelait extorris, 
exilé. 

CONFESSEUR est aussi un prêtre 
séculier ou régulier, qui a le pouvoir 
d'entendre la confession des pécheurs 
et de les absoudre dans le sacrement 
de pénitence. On l'appelle en latin 
confessarius , pour le distinguer de 
confessor, nom consacré aux saints. 

On comprend assez combien la 
fonction de confesseur est délicate, 
périlleuse, redoutable, à l'égard de 
tous les fidèles sans exception ; com- 
bien elle exige de lumières et de 
vertus : on doit reconnaître la sagesse 
des précautions que prennent les 
évèques, pour n'y admettre personne 
qu'après un rigoureux examen. 

Behgier. 

CONFESSION AURICULAIRE et 
SACRAMENTELLE : c'est une décla- 
ration qu'un pécheur fait de ses fautes 
à un prêtre, pour en recevoir l'abso- 
lution. 

Les protestants ont fait les plus 
grands efforts pour prouver que cette 
pratique n'est fondée ni sur l'Ecriture 
sainte, ni sur la tradition des pre- 
miers siècles. Daillé a fait un gros 



livre sur ce sujet; il a été réfuté par 
plusieurs de nos controversistes, en 
particulier parD. Denis de Sainte- 
Marthe, dans un Traité de la confes- 
sion, contre les erreurs des calvinistes, 
imprimé à Paris en 1683, m-12. Cet 
auteur a rapporté les passages de l'E- 
criture sainte et ceux des Pères de 
tous les siècles, à commencer depuis 
les apôtres jusqu'à nous : il a fait 
voir qu'il n'y a aucun point de foi ou 
de discipline sur lequel la tradition 
soit plus constante et mieux établie. 

Dans l'Evangile, Matth.,c. 18, f 18, 
Jésus-Christ a dit à ses apôtres : 
» Tout ce que vous lierez ou délierez 
» sur la terre sera lié ou délié dans 
» le ciel. » Joan., c. 20, ^ 22. « Re- 
» cevez le Saint-Esprit ; les péchés 
» seront remis à ceux auxquels vous 
» les remettrez et ils seront retenus 
» à ceux auxquels vous les rctien- 
» drez. » Les apôtres ne pouvaient 
faire un usage légitime et sage de 
ce pouvoir, à moins qu'ils ne con- 
nussent quels étaient les péchés qu'ils 
devaient remettre ou retenir, et le 
moyen le plus naturel de les con- 
naître était la confession. 

En effet, nous lisons dans les Actes 
desapèt.,c. ÎO,^ 18, qu'une multitude 
de fidèles venaient trouver saint Paul, 
confessaient et accusaient leus pé- 
chés. « Si nous confessons nos péchés, 
» dit saint Jean, Dieu juste et fidèle 
» dans ses promesses nous les re- 
» mettra. >> I Joan., c. 1,^0. Lorsque 
saint Jacques dit aux fidèles, c. 3, 
^16: Confessez vos péchés les uns aux 
autres, nous ne pensons pas qu'il les 
ait exhortés à s'accuser publiquement 
et à toutes sortes de personnes indif- 
férentes. Nous verrons ci-après de 
quelle manière les protestants enten- 
dent ces passages. 

Au premier siècle, saint Barnabe 
dit, dans sa lettre, n° 19, vous confes- 
serez vos péchés. Et saint Clément, 
Epist. 2,n°8 : «Convertissons-nous... 
» Car, lorsque nous serons sortis de 
» ce monde, nous ne pourrons plus 
» nous confesser ni faire pénitence. » 

Au second siècle, saint Irénôe, adv. 
Ilxr., 1.1, c. 9, parlant des femmes 
qui avaient été séduites par l'héréti- 
que Marc, dit qu'étant converties et 
revenues à l'Eglise, elles confessèrent 



w 



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qu'elles s'étaient laissé corrompre 
par cet imposteur. L. 3, c. 4, il dit 
que Cerdon revenant souvent à l'E- 
glise et faisant sa confession, continua 
de vivre dans une alternative, de; 
confessions et de. rechutes dans ses 
erreurs. 

Tertullien, L. de Pœnit.,. c. 8 et 
suiv., parle de la confession comme 
d'une partie essentielle' de la péni- 
tence ; il blâme ceux qui, par honte,, 
cachent leurs péchés aux hommes, 
comme s'ils pouvaient aussi les cacher 
à Dieu. 

Origène, Homil. 2, in Lenit-, n° 4,. 
dit qu'un moyen pour le pécheur 
qui veut rentrer en grâce avec Dieu, 
est de déclarer son péché au prêtre 
du Seigneur, et d'en chercher le re- 
mède. Il répète la même chose , 
Hom.ZJnPs. 37, f 19 (1). 

Au troisième siècle l'Eglise con- 
damna les montanistes, et ensuite les 
novatiens, qui lui refusaient le pou- 
voir d'absoudre des grands crimes ;. 
comment pouvait-on les distinguer 
d'arec les fautes légères, sinon par 
la confession ? 



(1) Le même docteur, dans l'homélie 2 sur le 
psaume 37, s'exprime ainsi : <t Voyez ce qu'ensei- 
» gne la divine Ecriture, qu'il ne faut point couver 
il intérieurement ses péchés. Car, ainsi que ceux 
» t'ont l'estomac se trouve surchargé pesamment 
» d'un aliment indigeste, d'humenrset do pblcgmes, 
n s'il» viennent à les vomir, sont soulagés à i'ins- 
» tant : de même le pécheur qui cache et retient 
» eu lui-même ses fautes ( relles-ci sont-elles se«- 
» i-rè'es ), en est intéreuremonit pressé et snflo- 
« que, comme nar l'humeur et le phlogme du pé- 
» ohé : mais qu il devienne son propre accusateur 
» qn'il dénonce et confesse sou état ; il vomit aus- 
» sitôt, avec le pécbé, la cause de sa maladie irr 
» terne. Seulement, soyez circonspect : examinez ; 
» voyez à qni vous devez confesser votre péché : 
» connaissez d'avance le médecin auquel vous de- 
» vez exposer votre langueur: qu'il sache, par 
! compassion et condoléance, se faire infirme avec 
ï les infirmes, pleurer avec ceux qui pleurent.» 
11 enseigne la même doctrine dans [son Homélie %1 
sur saint Luc : « Si nous découvrons nos péchés 
» dit-il, non-seulement à Dieu, mais à ceux aussi 
» qui peuvent porter remèdo a nos plaies ot à nos 
» iniquités, nos péchés seront effacés par celui qui 
» dit : Voilà que j'ai dissipé les iniquités comme un 
» nuage, et les péchés comme une ombre, u 

Saint Cyprien, dans son livre de Lapsis, recon- 
naît de la manière la plus expresse la nécessité de 
confesserses péchés: «Combien la foi, dit-il, n'est-elle 
u pas plus vive et la conscience plus timorée dans 
» ceux qui, sans avoir poussé le crime jusqu'à sa- 
li crifier, ou à recevoir du magistrat nne fausse ot 
» indigne attestation de l'avoir fait, mais pour en 
*• avoir eu la pensée uniquement, sont venus avec 
a simplicité et douleur le confesser aux piètres de 
• Dieu, leur ont ouvert leur conscience, en ont dé- 



Samt Cyprien, .de Lapsis, p. 190' 
et, 191, fait mention de ceux qui con- 
fessaient aux prêtres la simple pensée 
qu'ils avaient eue de retomber dans 
l'idolâtrie; il exhorte les fidèles à 
faire de même, pendant que la ré- 
mission accordée par tes p>rètres est 
agréée de Dieu. 

Laetanee, Divin. Instit., 1. 4, t. Il, 
dit que la confession des péchés,, 
suivie de la satisfaction,, est la cir- 
concision du cœur que Mm. nous a. 
commandée par les prophètes. Cli. 30, 
il dit que la véritable Eglise est 
celle qui guérit les maladies de l'âme 
par la confession et la pénitence. 

Nous nous abstenons de citer les 
Pères du. quatrième siècle et des sui- 
vants ; on peut voir leurs passages!, 
non-seulement dans D. de S-ainte- 
Marthe, mais dans le père D'rouin,, de 
re Sacramerdaria, tome 7. L'essentiel 
est de prouver la fausseté de- ce qui 
a été soutenu par les protestants,, sa- 
voir, qu'il n'y a aucun vestige de 
confession sacramentelle dans. les trois 
premiers siècles de l'Eglise. 
Ils prétendent que, dans les testes 

» posé le fardeau à leurs pieds, el solKcfté un re- 
» jnède salutaire à leurs plaies, quoique plus lé- 
» gères et plus modiques. Il; savent qu'il est écrit: 
ii On ne se joue pas du Seigneur; car avec lui las 
» ruses, les tromperies ne sont point de mise : et 
n eelui-là pèche plus grièvemeat qui, pensant de 
ii Dieu comme d'un homme, s'imagine échapper à 
» à la punition du crime, parée que son crime n'a 
>y point éclu/fé. Sans doute ils. ont moins péehé ceux 
r qui n'ont point envisagé les idoles,, e£ux qui, aous 
« les yeux d'une multitude insultante, n'ont point 
d profané le sainte majesté de la foi, n'ont point 
«, «mille leurs mains par de funestes [sacrifices, et 
a leur boucue par des mets exécrables. Leur 
u crime a été moindre, voilà ce qu'ils ont ganné ; 
u mais leur conscience n'en est pas pour cela 
& innocente... Qu'ils aillent doue tousse confesser, 
» tandis qu'ils vivent et respirent encore, tandis 
» que leur confession peut être admise, et que la 
ii satisfaction, l'absolution donnée par le prêtre^ 
u peuvent encore être agréables à Dieu. » 

Saint Atbanase, sur le Léoitinue : » Examinons- 
n dans notre conscience si nos liens sont dissous; 
» que s'ils ne l'étaient pas encore, livrez-vous aux 
» disciples de Jésus qui sont à. vos côtés et prêts à 
» vous délier en vettu. de la puissance qu'ils ont 
» reçue du Sauveur : Tout ce que vous délierez 
» sur la terre sera délié dans le ciel, etc. » 

Saint Basile, dans les règles qu'il a données, 
guœst. 229, dit, « que l'on doit garder pourra coa- 
u fession des péchés la même mesuro que l'on suit 
» ponr les maladies du corps. Ainsi, ajoute-t-il, 
« comme uous ne découvrons pas les maladies de 
n notre corps à tout le monde, ni aux premiers va- 
» n:s, mais uniquement à ceux qui savent les gué- 
ii rip : de môme la confession des péchés ne peut 
» so faire qu'à ceux qui peuvent les guérir.... H 



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de l'Ecriture et des Pères que nous 
alléguons, il n'est point question de 
confession auriculaire ni cl absolution, 
mais d'un aveu que les fidèles se 
faisaient l'un à l'autre par humilité, 
pour obtenir le secours de leurs 
prières mutuelles; que, quand les 
auciens se servent du ternie Êo[j.oW- 
■ppKi confession , ils entendent la 
confession publique, qui faisait partie 
de la pénitence canonique. 

1° Cela est faux : dès le second 
siècle, Cirigène parle d'une confession 
faite au prêtre, et non au commun 
des fidèles. Au troisième, saint Cy- 
prien s'explique de même, des péchés 
secrets confiés aux prêtres, et' de la 
rémission accordée par les prêtres : 
donc il l'entend de IeP confession sa- 
cramentelle et de l'absolution. 

2° Supposons, pour un moment, 
qu'il est question d'une confession 
publique; les Pères la jugent né- 
cessaire ; pouvait-elle l'être, si Jésus- 
Clirist et les apôtres ne l'avaient pas 
commandée ? les pasteurs de l'Eglise 
auraient-ils prescrit, de leur propre 

» faut nécessairement, dit-il, règl. 283, découvrir 
» ses péchés à ceux qui out reçu lu dispensation 
» des mystères de 'Dieu. h 

feint Pacien, dans son Exhortation à la Pétii- 
terne , parle ainsi anx fidèles : « Que faites-vous, 
» vous qui trompez le prêtre, vous qui l'égarez 
» par l'ignorance dans laquelle vous le laissez, ou 
» le jetez dans l'embarras do juger, eu no lui 
«donnant pas une pi eine connaissance de vous-mêmes? 
» Je vous conjure doue, mes frères, par ce Dieu à qui 
» rien n'échappe, cessez de me cacher votre cons- 
» cieuce ulcérée, je vous le demande à cause du 
» danger où vous m'exposez. Les malades qui ont de 
» la prudence ne rongissent pas de se montrer au 
r> médecin, lors même qu'il doit porter le for ou 
« le feu aux parties le; plus cachées, d 

Saint Grégoire de Ny=se, dans sa Lettre à Vé- 
vêgue de BTityUne : « Ainsi que dans le traitement 
» des maladies corporelles, la médecine n'a qu'un 
» but, la guérison de celui qui souffre, mais une 
» grande variété dans l'application des remèdes 
» f car suivant la variété des maladies, les remèdes 
n elle régime doivent être propres et convenables 
i a chacun ); de même dans les maladies de l'âme, 
u tes affections 'étant très-variées, la guérison doit 
» l'être aussi, puisqu'il faut appliquer les remèdes 
» suivant les affections, h 

Dans son Discours sur la femme pécheresse : 
s Prenez un prêtre comme un père, faites-en le 
» confident de vos peines, l'assolé de votre affile- 
» tion. Montrez-lui hardiment ce qui est recelé dans 
s votre àme. Découvrez-lui les secrets de votre 
a conscience, comme les blessures cachées se dé- 
■ couvrent au médecin. Lui, a son tour, prendra 
» le soin de votre honneur et de votre santé. » 

Saint Ambroise, au second livre sur la Pénitence 
c. 8, exhortant les pécheurs âne pas différer leur 
conversion jusqu'à la mort : u Nous devons, dit-il, 



autorité, une pratique aussi humi- 
liante, et les fidèles auraient-ils voulu 
s'y soumettre ? Donc toute l'antiquité 
a cru qu'en vertu des paroles de 
Jésus-Christ et des apôtres il fallait, 
pour la pénitence , une confession 
faite aux prêtres, soit en public, soit 
en particulier. De quel droit les pro- 
testants n'en veulent-ils admettre au- 
cune? Que l'Eglise, après avoir 
reconnu les inconvénients de la con- 
fcssvm publique , n'ait plus exigé 
qu'une confession secrète et auricu- 
laire, c'a été un trait de sagesse; la 
conduite des protestants, qui rejettent 
toute confession, et tordent à leur gré 
le sens de l'Ecriture sainte, est une 
folle témérité. 

Les apôtres et leurs disciples ont 
dit : Confesses vos péchés ; quinze 
cents ans après, les réformateurs leur 
ont dit : N'en faites rien ; la confession 
est une invention que les Papes ont 
mise en usage pour asservir les fidèles 
au clergé : et l'on a écouté les réfor- 
mateurs plutôt que les apôtres. 

Bingham, qui a tant étudié l'anti- 

> nous emsteoir dès à présent do tous les vices, 
» parce que nous ignorons si nous pourrons alors' 
» nous confesser à Dieu et an prêtre. » Réfutant 
dans le mémo livre, c. 2, les prétextes de ceux qui 
refusent de s'approcher du sacré tribunal de la pé- 
nitence, il s'exprime comme il suit : « Nuls ne font 
» une grande injure au ciel que ceux qui veulent 
ï abroger ses ordonnances, et annuler la commis- 
» sion qu'il a donnée. Car Notre-Seigneur ayant 
j dit : * quiconque vous remettrez les péchés, ils 
ï leur seront 1 remis ; à quiconque vous les retien- 
» drez, et ils leur se: ont retenus ; lequel des deux 
» l'ignore davantage, celui qui obéit à son 
» ordre, ou celui qui lui résiste ? Mais l'Eglise 
b se moutre obéissante, soit qu'elle lie, soit qu'elle 
» relâche les péchés. » 

An rapport de snint Paulin, qui a écrit la vie de 
saint Ambroise, « lorsque ce grand évêqno enten- 
» daitla confusion d'un pêcheur, il pleurait jusqu'à 
» le faire pleurer aussi. Il semblait à ceux qni 
« étaient tombés être tombé lui-même. II ne parlait 
« des crimes qu'on lui avait avoués qu'a Dieu seul 
u dont il intercédait la clémence, » 

Saint Jean ChrysuBiome, Homélie 1 sur la Ge- 
nèse : « Si le pécheur vent se hâter de' faire la 
i confession de ses crimes, s'il vont déc urvrir l'ul- 
t cère à un médecin qui le traite sans se permettre de 
s reproches, s'il veut eu accepter les romèdes, de 
» parler qu'à lui seul, à l'insu de tout autre, mais 
» lui avouer exactement tous ses péchés, il parvien- 
» dra facilement à les guérir, car la confession des 
u péchés commis en est l'abolition. » 

Saint Jérôme sur le chapitre rlixième de l Eccle- 
siat. : « Si lé serpent infernal avait porté à qnel- 
» qu'un une morsure cachée, si, à l'écart et sans 
» témoin, il lui avait insinué le venin du péché, et 
» que la malheureux infecté s'obstinat à n'en point 
» parler, à ne point faire pénitence, à ne pas dé- 



CON 



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CON 



quité, après avoir rapporté les trente 
arguments que Daillé a faits contre 
la confession auriculaire," est forcé de 
convenir que les anciens tels qu'O- 
rigène, saint Cyprien, saint Grégoire 
de Nysse, saint Basile, saint Ambroise, 
saint Paulin, saint Léon, etc., parlent 
souvent d'une confession faite aux 
prêtres seuls ; mais il en imagine 
différentes raisons, et ne veut pas 
convenir que c'a été afin de recevoir des 
prêtres l'absolution sacramentelle. 
Origin., ecclés., 1. 18, c. 3, § 7 etsuiv. 
Dans ce cas, nous demandons de 
quelle manière les prêtres ont donc 
exercé le pouvoir que Jésus-Cbrist 
leur a donné de remettre les péebés. 
Siles fidèlesn'avaientpas euconfianee 
à ce pouvoir, pourquoi se seraient-ils 
confessés aux prêtres plutôt qu'aux 
laïques ? 

Dans le fond, les trente arguments 
de Daillé se réduisent à un seul, qui 
consiste à faire voir que, dans les 
premiers siècles, l'on n'a pas parlé de 
la confession aussi souvent et aussi 
expressément qu'on l'a fait dans les 
derniers. Mais qu'importe, pourvu 
que l'on en ait dit assez pour nous 
convaincre que l'on reconnaissait alors 
la nécessité d'une confession quelcon- 
que? Il en résulte toujours que les 



protestants ont tort de n'en admettre 
et de n'en pratiquer aucune. 
_ Si Daillé avait eu la bonne foi de 
citer les passages des Pères que nous 
venons d'alléguer, il aurait vu que 
c'est la réfutation complète de ses 
trente arguments. 

Ce théologien en impose encore, 
quand il avance que les Grecs, les 
jacobites, les nestoriens, les armi- 
niens, ne croient point la confession 
nécessaire; le contraire est prouvé 
d'une manière incontestable, par les 
livres et par la pratique de ces diffé- 
rentes sectes. Voyez Perpétuité de la 
Foi, tom. 4, pag. 47 et 85 ; tom. 3, 
1. 3, c. 5. Assémani, Bibl. orient., t. 2, 
préf., § S. Ces sectes, séparées de 
l'Eglise romaise depuis douze cents 
ans, n'ont certainement pas emprunté 
d'elle l'usage de la confession. Il faut 
donc que cet usage ait été celui de 
toute l'Eglise dans le temps de leur 
séparation, et non une nouvelle dis- 
cipline introduite dans l'Eglise ro- 
maine au treizième siècle, comme le 
prétendent les protestants. 

Bingham convient que les novatiens 
furent traités comme schismatiques, 
parce qu'ils contestaient à l'Eglise le 
pouvoir de remettre les péchés, Ibid., 
c. 4, § S ; mais il ne nous apprend pas 



» couvrir sa blessure à son frère et à son maître, 
« le maître, qui possède les paroles de la guérison, 
ii ne lui sera pas plus de ressource qne le médecin 
» au malade qui rougit de s'ouvrir à lui. Car ce 
s qu'elle ignore, la médecine ne le guérit pas. 
o Quod enîm ignorât, medicina non curât, b 

Saint-Augustin, Homélie sur le psaume 66 : 
n Soyez donc triste avant la confession, mais réjouis- 
d sez-vous après: carvous serez guéri. Le venin 
h s'était amassé dans votre conscience ; l'aposturne 
» s'était gonflé, vous mettait à la torture, et ne vous 
» laissait aucun repos. Le médecin vient y-apposer 
o le baume des paroles, ou quelquefois y porter un 
n feu salutaire ;il ouvre, il ampute; reconnaissez sa 
b mainbieufaisante. Confessez- vous, etque par votre 
b confession sorte et découle tout ce qui s'y était 
11 accumulé de pourriture. Alors soyez joyeux et 
b content : le reste sera d'une gnérison facile, 'i 

Le même 'docteur, parlant du pécheur en général, 
lui adresse les instructions suivantes : n Qu'il aille 
s se présenter au pontife, car à lui est confiée l'ad- 
b mioistration des clefs: qu'il en reçoive le mode 
b convenable de satisfaction, qu'il fasse ce qu'il faut 
b pour recouvrer le salut et servir d'exemple am 
p autres ; que si sou péché lui a causé un graud 
b dommage et beaucoup de scandale aux ai:tres, si 
b le pontife estime expédient pour l'édification de 
» l'Eglise qne ce péché devienne connu, non-seule- 
b ment de plusieurs, mais encore de tout le peuple, 
» qu'il ne s'y refuse point, qu'il ne résiste pas, et 



i que par honte il n'aille point ajouter une tumeQr 
i funeste à une plaie déjà mortelle, b 

ii Faites pénitence, dit-il ;dans son sermon 372, 
i comme elle se fait dans l'Eglise, alîn que l'Eglise 
i prie pour vous. Que personne ne se dise : Je la 
i lais intérieurement et devant Diou ; qu'il me par- 

i donne, il sait que je la fais dans mon cœur 

i Eh quoi I C'est donc en vain que les clefs en ont 

i été données à l'Eglise! Ce serait frustrer 

i l'Evangile; ce serait frustrer les paroles de Jésus- 
i Christ, ii 

Saint Léon, dans sa lettre 136, c. 2 : « Tandis 
i qu'il suffit, dit-il, d'indiquer aux seuls prêtres, 
et par une confession secrète, les délits des cons- 
ciences. Car, quoique louable que paraisse cette 
plénitude de fui qui, en vue de Dieu, ne craint 
pas de rougir devant les hommes, cependant commo 
tous les péchés ne sont point de nature a ce que 
les pénitents ne puissent avoir aucune frayeur de 
les manifester, qu'on renonce à cette blâmable 
pratique, de crainte que plusieurs ne s'éloignent 
des remèdes de la pénitonce, détournés soit par 
la honte, soit par la peur de publier devant leurs 
ennemis des actions qui' pourraient être frappées 
par les lois civiles. 11 suffit d'une confession faite 
d'abord à Dieu, ensuite au prèlre qui intereè'lo 
pour les péchés du pénitent. Par là plusieurs se- 
ront attirés à la pénitence, lorsque les conscien- 
ces ne seront plus ouvertes devant le public, b 
Gousset. 



CON 



173 



CON 



de quelle manière et par qui l'Eglise 
exerçait ce pouvoir qu'elle s'est cons- 
tamment attribué en vertu des paroles 
de Jésus-Christ; si elle donnait ou 
refusait l'absolution des péchés qu'elle 
ne connaissait pas, et qui n'étaient 
pas confessés. Or, nous soutenons 
que, dans tous les temps, un des 
préliminaires indispensables de l'ab- 
solution a toujours été la confession; 
que l'on s'est confessé aux évoques et 
aux prêtres, et non à d'autres. 

Cela est prouvé par un fait du troi- 
sième siècle, dont les protestants ont 
voulu tirer avantage. Socrate, Hist. 
ecclés., 1. S, c. 19, rapporte qu'après 
la persécution de Dèce, par consé- 
quent vers Tan 250, les évèques éta- 
blirent un prêtre pénitencier, pour 
entendre les confessions de ceux qui 
étaient tombés après leur baptême. 
Il dit que cet usage avait subsisté jus- 
qu'à son temps, excepté chez les no- 
vatiens, qui ne voulaient pas que l'on 
admît ces tombés à la communion; 
mais qu'à Constantinople, le patriar- 
che Nectaire, placé sur ce siège l'an 
381, supprima la pénitence, parce 
que Ton sut, par la confession d'une 
femme, qu'elle avait péché avec un 
diacre ; qu'ainsi Nectaire laissa cha- 
que fidèle dans la liberté de se présen- 
ter à la communion selon sa con- 
science, et qu'il fut imité par les au- 
tres évêques homousiens. C'est le nom 
que les ariens donnaient aux catholi- 
ques. Sozomène, Hist. ecclés., liv. 7. 
'c. 16, raconte la même chose, avec 
de légères variétés dans les circons- 
tances. 

De la nous concluons : 1° qu'avant 
l'an 2S0, ce n'étaient pas ordinaire- 
ment les prêtres, mais les évêques, 
qui entendaient les confessions des 
tidèles. L'^n 390, le concile de Car- 
tilage, can. 3 et 4, n'accorda encore 
aux prêtres le pouvoir de réconcilier 
les pénitents que dans l'absence de 
l'éveque. 2° Que l'on jugeait la con- 
fession nécessaire avant de recevoir 
la communion. 3° Que l'on n'exigeait 
pas une confession publique, autre- 
ment l'établissement d'un pénitencier 
aurait été inutile. 4° Que Nectaire ne 
lit autre chose, en supprimant le pé- 
nitencier , que rétablir la discipline 
telle qu'elle était avant l'an 250. 



Les protestants, au contraire, sou- 
tiennent que Nectaire abolit toute es- 
pèce de confession, chose qu'il n'au- 
rait pas osé faire et qui n'aurait pas 
été usitée par les autres évêques, si 
l'on n'avait cru que la confession était 
commandée par Jésus-Christ ou par 
les apôtres. Cette prétention est cer- 
tainement fausse. En premier lieu, 
Socrate et Sozomène ne disent point 
que Nectaire abolit toute confession; 
et quand ils l'auraient dit, nous ne 
serions pas obligés de les croire. Ils 
disent, à la vérité, que Nectaire laissa 
chaque fidèle dans la liberté de se 
présenter à la communoin selon sa 
conscience ; cela signifie que l'on n'exi- 
gea plus, comme autrefois, de chaque 
fidèle, une confession quelconque , 
mais qu'on lui laissa la liberté de ju- 
ger s'il en avait besoin on non. Ils 
disent que le changement de discipline 
causa du relâchement dansles mœurs, 
et l'on ne peut pas douter que la con- 
fession publique n'ait été un frein 
puissant pour les mœurs, lorsqu'elle 
était en usage. En second lieu, nous 
voyons, par les canons du concile de 
Carthage, et par le témoignage des 
Pères du cinquième siècle, que l'on 
continua d'exiger au moins la confes- 
soin secrète ou auriculaire, et qu'elle 
n'a jamais cessé d'être pratiquée. 
Encore une fois, personne n'aurait 
voulu s'y soumettre, si l'on n'avait 
pas été persuadé que Jésus-Christ 
l'avait commandée. 

Lorsque les nestoriens se sont sé- 
parés de l'Eglise catholique au cin- 
quième siècle, et les eutychiens au 
sixième, ils ont emporté avec eux l'u- 
sage de la confession auriculaire ; il y 
subsiste encore, quoiqu'il y ait été 
quelquefois interrompu. Vainement 
nos adversaires ont voulu contester 
ce fait, il est prouvé par des témoi- 
gnages et par des monuments irrécu- 
sables. De quel front peuvent-ils sou- 
tenir que c'est une invention nouvelle 
de la politique des Papes et de l'am- 
bition du clergé? 

Plus d'une fois les protestants se 
sont repentis d'avoir aboli l'usage de 
la confession. Ceux de Nuremberg 
envoyèrent une ambassade à Charles- 
Quint, pour le prier de la rétablir 
chez eux par un édit. Soto, in 4 e dis. 






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18, q. 1, art. 1. Ceux de Strasbourg 
auraient aussi voulu la remettre en 



usage. Lettre du père Schefmacher, 
lettre, § 3. Elle a été conservée eu 
Suède, parce que c'est" un des articles 
dont on était convenu dans la Confes- 
sion d'Augsbourg. Bossuet, Hist. des 
Variât., liv. 3, n° 46. Moshcim nous 
apprend qu'elle est encore pratiquée 
dans la Prusse, et il blâme un minis- 
tre de Berlin, qni, en 1697, s'avisa de 
prêcher contre cet usage. Hist. ecclrs., 
du dix-septième siècle, sect. 2, 2° part., 
c. 1, § 55. Quelques incrédules d'An- 
gleterre ont accusé le clergé anglican 
d'en souhaiter le rétablissement, et 
d'y travailler. Etat présent de l'Eglise 
romaime, Epitre au pape, pag. 30 et 
31. Vaines tentatives : dès que l'on 
est parvenu à persuader aux protes- 
tants -que la confession sacramentelle 
n'est pas une institution de Jésus- 
Chiist, jamais ils ne consentiront à 
en reprendre le joug; et jamais les 
premiers fidèles ne s'y seraient assu- 
jettis, s'ils avaient été dans la même 
opinion. 

Par ces mêmes faits, il est prouvé 
que les protestants modérés rougis- 
sent aujourd'hui des invectives que 
leurs réformateurs ont vomies contre 
la confession auriculaire ; ce fut cepen- 
dant un des principaux sujets de leur 
schisme, et un des attraits par les- 
quels ils séduisirent les peuples. Mais 
les incrédules, peu délicats sur le 
choix de leurs arguments, n'ont pas 
dédaigné de répéter les plus faux et 
les plus aisés à réfuter. 

Ils disent, avec Bayle, que la confes- 
sion est dangereu-e pour le confesseur 
et pour la plupart des pénitents ; que 
c'est une tentation terrible pour le 
premier d'entendre le récit.de certains 
désordres, et qu'il y a, surtout poul- 
ies jeunes personnes, beaucoup de 
danger à entrer dans ce détail. Nous 
soutenons, au contraire, que, pour 
tout homme sensé, le meilleur préser- 
vatif contre les désordres, est de voir 
à quels excès ils conduisent. Dans un 
siècle où la corruption des mœurs est 
à son comble, y a-t-il rien de plus 
mortifiant et de pins douloureux pour 
un homme qui croit en Dieu, que de 
voir jusqu'à quel point l'oubli de la 
morale chrétienne, le mépris de toutes 



les lois, la dépravation de tous les 
principes régnent dans le monde? Si 
e'était un attrait pour des coeurs gâtés 
les ecclésiastiques les plus vicieux s&! 
raient aussi les plus empressés à exer- 
cer la fonction de confesseur : en est- 
il ainsi? A moins qu'une personne 
n'ait perdu toute honte et toute 
crainte de Dieu, il est impossible que 
le récit de ses désordres ne serve à 
l'humilier .et à lui causer du repentir; 
celles qui veulent y pei-sévérer ne se' 
confessent plus. 

Pour rendre la doctrine catholique 
.odieuse, ils affeci .eut de supposer que 
nous attribuons à la confession toute 
nue le pouvoir de remettre les pé- 
chés ; c'est une fausse imputation. 
Suivant la croyance, catholique, la con- 
fession n'a de vertu que comme partie 
du sacrement de pénitence, et qu'au- 
tant qu'elle est jointe à la contrition 
ou au repentir d'avoir péché, à la ré- 
solution de n'y plus retomber et de 
satisfaire à Dieu et au prochain. 

D'un côté, les protestants exagèrent 
la difficulté de la confession, elle leur 
parait une pratique capable de bour- 
reler la conscience ; de l'autre, les in- 
crédules tournent en ridicule la faci- 
lité avec laquelle les plus grands 
pécheurs sont absous, dès qu'ils se con- 
fessent : contradiction palpable. 

Puisque, la confession est humiliante 
et difficile, un pécheur ne peut guère 
s'y résoudre, à moins qu'il ne soit 
déjà repentant et résolu de se récon- 
cilier avec Dieu ; mais cette difficulté 
est bien adoucie par l'espérance d'être 
absous et purifié; donc c'est un abus 
d'envisager la confession seule, comme 
séparée des dispositions essentielles 
dont elle doit être accompagnée, et 
de l'absolution dont elle est suivie. 

Nos adversaires soutiennent que 
ceux qui se confessent n'ont pas les 
mœurs plus pures que les autres; 
qu'il y a moins de vices chez les pro- 
testants depuis qu'ils ont aboli la con- 
fession. Double fausseté. Tous ceux 
qui se livrent au désordre, commen- 
cent par abandonner la confession, et 
ils y reviennent lorsqu'ils veulent se 
convertir. Le motif qui a engagé plus 
d'une fois les protestants à désirer le 
rétablissement de la confession parmi 
eux, est le dérèglement des mœurs 



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dont l'abolition de cette pratique a 
été suivie. Plusieurs de leurs écrivains 
sont convenus de ce fait essentiel, et 
ont avoué que leur prétendue réforme 
aurait grand besoin d'être réformée. 

On objecte que plusieurs scélérats 
se sont confessés avant de commettre 
des forfaits, que d'antres se confessent 
afin de pallier leurs désordres sous 
une apparence de piété, et de conser- 
ver leur réputation. Outre l'incerti- 
tude tous ces faits, qui ne sont rien 
moins que prouvés, nous répondons 
qu'il en résulte seulement que les scé- 
lérats peuvent abuser de tout, et que, 
dans aucun geure , l'exemple des 
monstres ne peut servir de règle. A- 
t-on comparé le nombre de ceux qui 
ont abusé de la confession avec la 
multitude de ceux qui y ont renoncé 
afin de pécher plus librement? Ceux 
qui se sont confessés avant de com- 
mettre une mauvaise action, ne la 
regardaient pas comme un crime, 
donc ils n'en ont pas fait confideuce 
à leur confesseur. 

Le quatrième concile do Latran, 
tenu l'an 1213, sous Innocent III, can. 
21 , ordonne à tous les fidèles de l'un 
et de l'autre sexe, parvenus à l'âge 
de discrétion, de confesser tous leurs 
péchés, au moins une fois l'an, à leur 
propre prêtre.... Que si quelqu'un, 
pour une juste cause, veut confesser 
ses péchés à un prêtre étranger, il en 
demandera et en obtiendra la per- 
mission de son propre prêtre, parce 
qu'autrement cet étranger ne pour- 
rait le lier ni le délier. C'est de ce 
canon que les protestants ont pris 
occasion de soutenir que la confession 
sacramentelle est une invention du 
pape Innocent III, et qu'elle ne 
remonte pasplus haut quele treizième 
siècle ; le contraire est .suffisamment 
prouvé. 

Mais on a disputé, même parmi les 
catholiques, pour savoir ce que le 
concile de Latran a entendu par pro- 
pre 'prêtre et prêtre étranger. Plus 
d'une fois les religieux ont voulu 
soutenir quele propre prêtre est non- 
seulement le curé, mais tout confes- 
seur approuvé ; ils ont obtenu plu- 
sieurs bulles des Papes qui le décla- 
raient ainsi. En 1321, Jean XXII con- 
damna Jean de Poilly, docteur de 



Paris, qui avait soutenu le contraire, 
à se rétracter publiquement. Fleury, 
Eist. ecclrs., liv. .92, § 34. 

Cependant l'an 1280, un synode de 
Cologne , et l'an 1281, un concile de 
Paris, composé de vingt-quatre évo- 
ques, et d'un grand nombre de doc- 
teurs, avaient déjà décidé la contesta- 
tion en faveur des curés. Aus?i, eu 
1451 et 44b6, la faculté de théologie 
de Paris, en 1478, le pape Sixte IV, 
confirmèrent celte décision ; et elle a 
toujours été suivie dans le .clergé de 
France. C'est évidemment le sens du 
concUe de Latran, puisqu'il exige que 
celui qui voudra se confesser à un 
prêtre étranger, eu obtienne la per- 
mission de son propre prêtre. Certai- 
nement, tout prêtre approuvé ne peut 
pas donner cette permission, et sous 
le nom de prêtre étranger, le concile 
n'a pas entendu un prêtre non ap- 
prouvé ; aucune permission ne pour- 
rait suppléer au défaut d'approbation. 
Mais cela n'ôte point aux évèques le 
droit d'accorder à tout prêtre ap- 
prouvé pour leur diocèse, le pouvoir 
d'entendre les confessions pascales, 
sans qu'il soit besoin d'une permis- 
sion expresse des curés. 

Ce même concile de Latran a dé- 
claré que le secret de la confession est 
inviolable dans tous les cas, et sans 
aucune exception. Il l'est en effet de 
droit naturel, puisque le bien de la 
société chrétienne l'exige ainsi ; sans 
cette sûreté, quel est le pécheur cou- 
pable de grands crimes, qui voudrait 
les accuser à un confesseur ? Quoique 
l'on ne connaisse aucune loi divine 
positive qui ordonne ce secret invio- 
lable, on ne peut pas croire que Jé- 
sus-Christ ait imposé aux pécheurs le 
\oug delà. Confession, avec le danger 
de se diffamer eux-mêmes; il n'a pas 
même exigé l'aveu formel de ceuxaux- 
quels il accordait le pardon, parce 
qu'il connaissait leur intérieur. Quant 
à la loi ecclésiastique, qui prescrit 
aux confesseurs un silence absolu, 
elle est très-ancienne, puisque, au qua- 
trième siècle, on supprima les péni- 
tenciers, parce qu'un crime accusé h 
celui de Constanlhiople était devenu 
public, et avait causé du scandale. 

Il est doue étonnant que, dans le 
Dictionnaire de Jurisprudence, on ait 







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décidé qu'il faut excepter du secret 
de la confession le crime de lèse-ma- 
jesté au premier chef, c'est-à-dire les 
conspirations tramées contre le roi 
ou contre l'Etat, et que le confesseur 
se rendrait coupable en ne les révé- 
lant pas. Nous soutenons avec tous 
les théologiens, qu'au contraire il se 
rendrait très-coupable en les révélant. 
Où est le criminel qui voudrait accu- 
ser, dans le tribunal de la pénitence, 
un pareil crime, s'il savait que le con- 
fesseur doit le révéler au magistrat ? 
C'est le sceau inviolable de la confes- 
sion qui seul peut l'engager à s'accu- 
ser, qui met le confesseur à portée 
de le détourner de ce forfait, de l'o- 
bliger même, par le refus de l'abso- 
lution, à en prévenir l'exécution par 
des avis indirects ou autrement. L'o- 
pinion du jurisconsulte que nous ré- 
futons, loin de pourvoir à la sûreté 
des rois et de l'Etat, les met en plus 
grand danger. Henri IV le comprit 
très-bien, lorsque le père Colton, son 
confesseur, lui allégua cette raison. 

L'auteur du Dictionnaire s'en est 
laissé imposer par un de nos philoso- 
phes, qui a écrit qu'en 1610, trois 
mois après le meurtre de Henri IV, 
le parlement de Paris décida, par un 
arrêt, qu'un prêtre qui sait, par la 
confession, une conspiration contre 
le roi et l'Etat, doit la révéler aux ma- 
gistrats. Si cet arrêt était réel, il fau- 
drait l'attribuer à un défaut de ré- 
flexion et à la consternation dans 
laquelle tout le royaume fut plongé 
par la mort funeste de ce bon roi. 

Mais comment ajouter foi à un écri- 
vain aussi célèbre par ses mensonges, 
et qui ajoute en même temps une 
autre imposture ? Il dit que Paul IV, 
Pie IV, Clément VIII et, en 1622, 
Grégoire XV, ont obligé les confes- 
seurs à dénoncer aux inquisiteurs 
ceux que leurs pénitentes accusaient 
en confession de les avoir séduites et 
sollicitées au crime dans le tribunal 
de la pénitence. C'est une fausseté 
calomnieuse ; voici ce que ces Papes 
ont ordonné. Lorsqu'une pénitente 
déclare à son confesseur, qu'elle a été 
sollicitée au crime dans la confession, 
même par un autre, ils exigent que 
ce confesseur oblige sa pénitente à 
révéler aux supérieurs ecclésiastiques 



le crime du confesseur coupable, mais 
ils ne prescrivent pas au confesseur de 
faire cette révélation lui-même ; il ne 
peut et ne doit la faire dans aucun 
cas. La loi qu'ils imposent est donc 
établie contre la sûreté des confes- 
seurs, et non contre celle des péni- 
tents ; mais le philosophe a confondu 
malicieusement la révélation faite par 
une pénitente, avec larévélation faite 
par un confesseur, afin d'avoir occa- 
sion de dire qu'il y a une contradic- 
tion absurde et horrible entre cette 
décision des Papes et celle du concile 
de Latran, et une opposition formelle 
entre nos lois ecclésiastiques et nos 
lois civiles. Il n'y a rien ici d'absurde 
ni d'horrible que la mauvaise foi du 
philosophe, de laquelle un juriscon- 
sulte a été la dupe. 

On sait qu'en 1383, saint Jean-Ne- 
pomucène aima mieux endurer des 
tourments cruels et la mort, que de 
révéler à l'empereur Venceslas la 
confession du l'impératrice son épouse. 
Dès le sixième siècle, saint Jean 
Cliniaque a dit : « Il est inouï que les 
» péchés, dont on a fait l'aveu dans 
» le tribunal de la pénitence, aient 
» été divulgués. Dieu le permet ainsi, 
» afin que les pécheurs ne soient pas 
» détournés de la confession, et qu'ils 
» ne soient pas privés de l'unique es- 
» pérance de salut qui leur reste. » 
Epist. ad Paston., c. 13. Voyez Péni- 
tence. Bergier. 

CONFESSION DE FOI, déclaration 
publique et par écrit de ce que l'on 
croit. Les conciles ont dressé des con- 
fessions ou professions de foi, que 
l'on a aussi nommées symboles, pour 
distinguer la doctrine catholique d'a- 
vec les erreurs ; les hérétiques en ont 
fait de leur côté, pour exposer leur 
croyance. Au concile de Piimini, les 
ariens présentèrent aux évêques ca- 
tholiques une formule ou confession 
de foi qui portait en tête, le 22 mai 
359, sous le consulat de etils vou- 
laient que l'on s'en contentât, sans 
avoir égard aux décrets des conciles, 
ni aux formules précédentes. Par 
l'inscription ou la date, les évêques 
catholiques reconnurent que c'était la 
dernière formule de Sirmich, qui 
était mauvaise; ils la rejetèrent et se 



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moquèrent de l'inscription. Socrate, 
Hist. ecclésiastique, liv. 2, chap. 37. 

La plupart des hérétiques ont varié, 
comme les ariens, dans leurs confes- 
sions de foi; jamais ils n'ont pu con- 
tenter tous leurs sectateurs, ni se sa- 
tisfaire eux-mêmes ; on a souvent fait 
ce reproche aux protestants en parti- 
culier. 

Ils ont fait un recueil de leurs con- 
fessions de foi, divisé en deux parties : 
la première partie en contient sept; 
savoir : 1° la confession helvétique, 
dressée par les églises protestantes de 
la Suisse. Il y eu avait déjà une faite 
à Bâle en 1836; mais comme elle ne 
parut pas assez ample, on en dressa 
une seconde en 1366, à laquelle ils 
prétendent que toutes les églises cal- 
vinistes, non-seulement de la Suisse 
et des Grisons, mais encore- de l'An- 
gleterre, de l'Ecosse, de la France et 
de la Flandre, souscrivirent ou ac- 
quiescèrent. 

2° Celle que les calvinistes de France 
présentèrent à Charles IX au colloque 
de Poissy, l'an 1561 , qui avait été 
dressée par Théodore de Bèze; elle . 
fut souscrite par la reine de Navarre, 
par Henri IV son fils, par le prince de 
Condé, par le comte de Nassau, etc. 
3» La confession anglicane, rédigée 
dans un synode de Londres, l'an 1562, 
et publiée sous la reine Elisabeth, 
l'an 1571. 

4° Celle des Ecossais, faite en 1568, 
dans une assemblée du parlement de 
ce royaume. 

5° La confession belgique, dressée 
en 1561, pour les églises de Flandre, 
approuvée dans un de leurs synodes, 
en 1379, et confirmée au synode de 
Dordrecht, en 1619. 

6° Celle des calvinistes polonais, 
composée dans un synode de Gzenger, 
l'an 1570. 

7° Celle que l'on nomma des quatre 
villes impériales, savoir : Strasbourg, 
Constance, Memmingue et Lindau, 
présentée à Charles-Quint, l'an 1530, 
en même temps que celle d'Augs- 
bourg. 

La seconde partie du recueil ren- 
ferme les confessions de foi des églises 
luthériennes, et celles qui y ont le 
plus de rapport. En premier lieu, la 
confession d'Augbourg, dressée par 
III. 



Mélanethon, en 1 530, et présentée à 
Charles-Quint par plusieurs princes 
de l'empire, dans la diète tenue dans 
cette ville. 

2° La confession saxonne, faite à 
Wirtemberg en 1551, pour être pré- 
sentée au concile de Trente. 

3° Une autre, dressée dans la même 
ville, en 1552, et qui fut en effet pré- 
sentée au concile de Trente par les 
ambassadeurs du duc de Wirtem- 
berg. 

4° Celle de Frédéric, électeur pala- 
tin, mort l'an 1566, et publiée en 
1577, comme il l'avait ordonné par 
son testament. 

5° La confession des bohémiens ou 
des vaudois, approuvée par Luther, 
par Mélanethon et par l'Académie de 
Wirtemberg, en 1532, publiée par les 
seigneurs, et présentée à Ferdinand, 
roi de Hongrie et de Bohème, en 
1535. 

6° La déclaration intitulée Consensus 
in Fide, etc., dressée par les ministres 
des églises de Pologne, dans un synode 
de Sandomir, en 1370. 

On a mis à. la suite les décrets du 
synode de Dordrecht, tenu en 1618 et 
en 1619. Enfin, la confession de foi que 
les protestants reçurent de Cyrille- 
Lucar, patriarche grec de Constanti- 
nople, en 1631. Cette multitude de 
confessions de foi, données par les pro- 
testants dans un espace de quarante 
ans, fournit matière à plusieurs ré- 
flexions. 

En premier lieu, nous ne voyons 
pas de quoi elles peuvent servir à des 
sectes qui soutiennent toutes que l'E- 
criture sainte est la seule règle de foi ; 
que les hommes n'ont droit d'y rien 
ajouter; qu'aucune décision de con- 
cile ni de synode (1) n'a par elle-même 
aucune autorité ; que l'on n'est obligé 
d'y déférer qu'autant qu'elle parait 
conforme à l'Ecriture sainte ; qu'après 
l'avoir signée, l'on est encore en droit 
de la contredire, dès que l'on s'aper- 
cevra que cette doctrine ne s'accorde 
pas avec la parole de Dieu. En obli- 
geant les particuliers à y souscrire, et 
les ministres à s'y conformer, les pro- 
testants ont évidemment renversé le 



(I) Aujourd'hui Bergier dirait : ni do papo, ni do 
concile, ni de synode. 



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principe fondamental de la réforme. 
Vainement nous voudrions argumen- 
ter contre eux sur leur prétendue 
profession de foi, ils seraient toujours 
en droit de nous répondre : Ainsi 
pensaient nos pères, mais nous ne 
croyons plus de mêm« aujourd'hui. 

En second lieu, si l'Ecriture sainte 
est claire, formelle, suffisante sur tous 
les points de foi, comme le prétendent 
les protestants, c'a été de leur part un 
. attentat d'oser y ajouter quelque 
chose, ou de vouloir en réformer les 
expressions; se sont-ils flattés dé 
mieux parler que le Saint-Esprit? une 
explication quelconque n'est plus la 
parole de Dieu, mais celle des hom- 
mes. Il est étonnant qu'aucune de 
ces sectes n'ait voulu se borner à 
mettre bout à bout les passages de 
l'Ecriture sainte, pour rendre témoi- 
gnage de sa foi. Si les premiers qui 
ont dressé leur confession, en 1330, 
ont bien pris le sens de l'Ecriture 
sainte, pourquoi aucune secte n'a-t- 
elle voulu s'y tenir, et pourquoi a-t-il 
fallu sans cesse y revenir sur nou- 
veaux frais? 

En troisième lieu, quiconque pren- 
dra la peine de comparer ces confes- 
sions, verra que, loin d'avoir établi 
l'uniformité de croyance entre les dif- 
férentes sectes protestantes, elles ne 
servent qu'à démontrer l'opposition 
de leurs sentiments. Aussi, depuis 
cette époque, les luthériens n'ont pas 
été mieux d'accord avec les calvinis- 
tes ; les uns ni les autres ne se sont 
pas rapprochés davantage des angli- 
cans ; les sociniens et d'autres sectes 
n'en ont pas moins fait bande à part. 
Si toutes pensaient de même, une 
seule profession de foi suffirait pour 
toutes, de même que les décisions du 
concile de Trente ont suffi et suffisent 
encore pour réunir tous les catholi- 
ques dans la même croyance. Inutile- 
ment l'on nous répondra que tous les 
protestants sont unanimes dans la 
croyance des articles fondamentaux; 
si cela suffit, l'on a eu tort de mettre 
d'autres articles dans les confessions 
de foi; il fallait se borner à dire ; cha- 
cun croira ce qui luLparaîtra claire- 
ment révélé dans l'Ecriture sainte. 
Bossuet, dans son Histoire des Varia- 
tions, a fait voir l'inconstance, les 



équivoques, les contradictions de tou- 
tes ces confessions de foi. 

En quatrième lieu, puisqu'il a été 
permis à chacune des sectes de faire 
sa déclaration de foi particulière, nous 
ne voyons pas pourquoi le concile de 
Trente n'a pas eu aussi le droit de 
dresser une ample profession de la 
croyance catholique. Si les protestants 
se sont vantés de fonder leur doctrine 
sur l'Ecriture sainte, ce concile y a 
de même fondé la sienne, il en a cité 
les passages aussi bien que les pro- 
testants ; il reste à savoir si ces der- 
niers ont été mieux éclairés que lui 
par le Saint-Esprit, pour en prendre 
le vrai sens. A la vue de treize ou 
quatorze confessions de foi, il nous 
paraît qu'un simple particulier pro- 
testant ne doit pas être peu embar- 
rassé à juger quelle est la meilleure. 
Ils ont fait, contre celle du concile 
de Trente, des reproches contradic- 
toires. Ils disent d'un côté, que l'on 
y a décidé, comme article de foi, plu- 
sieurs opinions sur des points obscurs 
et difficiles, sur lesquels il étaitpermis 
à chacun de croire ce que bon lui 
semblait. D'autre part, ils se plaignent 
de ce qu'on y a exprimé plusieurs 
choses d'une manière ambiguë, à 
cause des débats qui régnent parmi 
les théologiens. Ainsi, les protestants 
sont mécontents de ce que le concile 
a décidé trop d'articles, et de ce qu'il 
en a décidé trop peu; ils trouvent 
encore mauvais, que les Papes aient 
expliqué par des bulles ce qui n'était 
pas exprimé assez clairement dans les 
décrets du concile. Mosheim, Ilistoire 
ecclèsiast., seizième siècle, section 3, 
première partie, c. 1, § 23 et 24. 
Comment contenter de pareils cen- 
seurs ? 

_ Quant à le confession de foi de Cy- 
rille-Lucar, que les protestants ont 
pompeusement intitulée confession de 
foi orientale, on sait que cette affaire 
ne leur a pas fait beaucoup d'hon- 
neur. Ce patriarche, qui avait étudié 
en Italie et voyagé en Allemagne, 
avait pris du goût pour les opinions 
des protestants, et voulut les intro- 
duire dans son Eglise, lorsqu'il fut 
placé sur le siège de Constantinople. 
Son clergé même et les autres évo- 
ques grecs s'y opposèrent. Après avoir 









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été chassé et rétabli cinq ou sis fois, 
il fut mis en prison et étranglé par 
ordre du Grand-Seigneur, en 1638. 
Ses erreurs furent désavouées et con- 
damnées par Cyrille de Bérée, son suc- 
cesseur, dans un concile de Constan- 
tinople, tenu cette même année, au- 
quel assistèrent Mélrophane, patriar- 
che grec d'Alexandrie, et ïhéophane, 
patriarche de Jérusalem. Elles le fu- 
rent dans un synode de Jassy en Mol- 
davie; dans un autre concile de Cons- 
tantinople, en 1612; dans un synode 
de Leucosie, ville de l'Ile de Chypre, 
en 1668; dans un synode de Jérusa- 
lem, sous les patriarches Nectaire et 
Dosithée, eu 1672; et plusieurs théo- 
logiens grecs les ont réfutées dans des 
ouvrages composés exprès. 

A peine la confession de Cyrille-Lu- 
car fut-elle imprimée à Genève, en 
'1633, que Grotius et plusieurs théo- 
logiens luthériens s'en moquèrent, 
parce que Ton vit qu'elle avait été 
copiée sur les Institutions de Calvin. 
Plus de cinquante ans auparavant, 
Jérémie, prédécesseur de Cyrille- 
Lucar,avait réfuté la confession d'Augs- 
bourg, qui lui avait élé envoyée par 
les théologiens de Wirtemberg. On 
peut voir, par les divers monuments 
rassemblés dans la Perpétuité de la 
foi, que jamais les Grecs n'ont été 
dans les mêmes sentiments que les 
protestants sur aucun des articles 
pour lesquels ceux-ci se sont séparés 
de l'Eglise romaine. Voyez Grecs. 

B ERG 1ER. 

CONFESSION, en termes de liturgie 
et d'histoire ecclésiastique, était un 
lieu, dans les églises, ordinairement 
placé sous le grand autel, où repo- 
saient les corps des martyrs ou des 
confesseurs. La confession de saint 
Pierre, placée dans l'Eglise qui porte 
son nom à Rome, est célèbre. 

Bergieii. 

CONFESSIONNISTES. Les catholi- 
ques allemands nommèrent ainsi, 
dans les actes de la paix de Westpha- 
lie, les luthériens qui suivaient la 
confession d'Augsbourg. Bergier. 

CONFIANCE EN DIEU. A propre- 
ment parler, c'est la même chose que 



l'espérance chrétienne; ainsi, Tonne 
peut pas mettre en question si c'est 
pour nous un devoir de nous confier 
en la miséricorde infinie de Dieu, et 
de bannir toute inquiétude par rap- 
port à notre salut. En nous impri- 
mant l'auguste caractère d'enfants de 
Dieu, notre religion ne tend à autre 
chose qu'à nous inspirer, envers ce 
souverain bienfaiteur, la même con- 
fiance que des enfants bien nés ont 
pour leur père, dont ils n'ont jamais 
cessé d'éprouver la tendresse. 

Pour remplir ses apôtres de cou- 
rage, Jésus-Christ leur dit : Ayez con- 
fiance, j'ai vaincu le monde. Joan., 
c.16, f 33. Saint Paul exhorte les fi- 
dèles à ne jamais perdre leur con- 
fiance, à laquelle (une grande récom- 
pense est attachée. Hebr., c. 10, jl' 33. 
Il représente la crainte comme le ca- 
ractère distinclif du judaïsme, Rom., 
c. 8, f 1S. Saint Jean dit que celui 
qui a l'espérance en Dieu se sanctifie, 
comme Dieu est saint lui-même. 
IJoan., c. 3, f 3. C'est donc se trom- 
per étrangement que de prétendre 
sanctifier les âmes en leur inspirant 
une frayeur excessive des jugements 
de Dieu, plutôt qu'une ferme confiance 
en sa bonté. 

Jésus-Christ, les apôtres, les anciens 
Pères, les hommes apostoliques de 
tous les siècles, n'ont pas cherché à 
épouvanter les pécheurs, mais à les 
gagner par la confiance ; ils ont fait 
beaucoup de promesses et peu do me- 
naces ; ils ont pardonné à tous et n'ont 
rebuté personne; ils ont parlé avec 
force et très-souvent de la bonté de 
Dieu, de sa patience envers les pé- 
cheurs, de la charité de Jésus-Christ, 
de l'efficacité de la rédemption, du 
pardon promis au genre humain, de 
la récompense éternelle, rarement de 
la damnation. Ceux qui sont chargés 
d'instruire peuventils suivre de meil- 
leurs modèles? 

On dira sans doute que, dans un 
siècle pervers à l'excès, ce n'est pas 
le temps d'inspirer la confiance, mais 
la crainte. Sans comparer le tableau 
de noire siècle avec celui que les Pè- 
res de l'Eglise ont tracé du leur, nous 
demandons si la crainte convertit les 
pécheurs plus efficacement que la 
confiance; si, parmi ceux qui persévè- 



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180 



CON 



, 






rent dans le crime, le plus grand nom- 
bre y est retenu par la présomption 
et non par le désespoir; si les prédi- 
cateurs les plus rigides sont ceux qui 
gagnentle plus grand nombre d'âmes 
à Dieu. 

Nous connaissons un Judas perdu 
par le désespoir, l'Ecriture ne nous 
montre aucun pécheur endurci par 
un excès de confiance en Dieu. Saint 
Pierre tomba parce qu'il s'était lié à 
ses propres forces, et non à la bonté 
de son maître. Jésus-Christ le fit ren- 
trer en lui-même par un regard de 
tendresse, et non par un coup d'oeil 
d'indignation. Saint Augustin de- 
meura dans le désordre, tant qu'il se 
défia de la grâce; il en sortit, dès 
qu'il fut animé par la confiance. Saint 
Paul nous apprend que les païens se 
sont livrés à l'impudicité par déses- 
poir. Eph., c. 4, y 19. 

Sur ce point de morale très-impor- 
tant, il faut consulter les hommes 
blanchis dans les travaux du saint 
ministère, et non les docteurs qui ne 
connaissent que leurs livres et leur 
cabinet. Lorsque l'un d'entre eux aura 
converti autant de pécheurs par ses 
écrits, que saint François de Sales par 
la douceur de ses maximes et par l'at- 
trait invincible de sa charité, il mé- 
ritera d'être pris pour maitre. Mais 
Jésus-Christ nous ordonne de nous dé- 
fier des pharisiens, qui mettent sur' 
les épaules des autres un fardeau in- 
supportable, et ne veulent pas seu- 
lement le remuer du doigt. Matth., 
c. 23, y 4. Bergier. 

CONFIRMATION, sacrement de la 
loi nouvelle, qui donne à un fidèle 
baptisé, non-seulement la grâce sanc- 
tifiante et les dons du Saint-Esprit, 
mais des grâces spéciales pour con- 
fesser courageusement la foi de Jésus- 
Christ. Il est administré par l'impo- 
sition des mains, et par l'onction du 
saint chrême sur le front du baptisé. 

De là, les théologiens disputent pour 
savoir laquelle de ces deux actions 
est la matière essentielle et principale 
de ce sacrement : les uns ont pensé 
que c'était la première, d'autres que 
c'étaitla seconde ; le sentiment le plus 
suivi est que l'une et l'autre sont né- 
cessaires pour l'intégrité du sacre- 



ment, conséquemment que la prière 
qui accompagne l'imposition des 
mains, et les paroles jointes à l'onc- 
tion, font également partie de la forme. 
La confirmation est un des trois sa- 
crements qui impriment un caractère. 
Dans l'Eglise grecque, et dans les 
autres sectes orientales, on donne ce 
sacrement immédiatement après le 
baptême, et on l'administre, comme 
dans l'Eglise romaine, par l'onction 
du saint chrême; au lieu que chez 
nous, l'évêque dit au confirmé : Je 
vous marque du signe de la croix, et 
je vous confirme par le chrême du salut, 
au nom du Père, etc.; les Grecs disent : 
C'est ici le signe, ou le sceau du don 
du 'Saint-Esprit. 

Les protestants qui rejettent ce sa- 
crement comme une institution nou- 
velle, prétendent qu'il n'en est pas 
question dans l'Ecriture sainte ; ils se 
trompent. Jésus-Christ, Joan., c. 14, 
f 16, dit à ses apôtres : « Je prierai 
» mon Père, et il vous donnera un 
» autre consolateur, afin qu'il de- 
» meure avec vous pour toujours ; 
» c'est l'Esprit de vérité, etc. » C. 17, 
f 20, il dit à son Père, en parlant 
des apôtres : « Je ne prie pas seule- 
» ment pour eux, mais encore pour 
» tous ceux qui croiront en moi, par 
» leur parole. » Dans les Actes, c. 2, 
y 38, saint Pierre dit à ceux qui l'é- 
coutaient : « Que chacun de vous re- 
» çoive le baptême, et vous recevrez le 
» don du Samt-Esprit ; car la promesse 
» vous regarde, vous et vos enfants, 
» et tous ceux qui sont encore éloi- 
» gnés, mais que le Seigneur notre 
» Dieu appellera. » En eifet, c. 8, f 17, 
etc. 19 f 6, « les apôtres imposaient 
» lesmainssuHes baptisés, etleur don- 
» naient le Saint-Esprit. «Voilà donc la 
promesse du Saint-Esprit faite par 
Jésus-Christ à tous les fidèles, suivie 
de l'exécution, et un rit mis en usage 
par les apôtres pour en produire 
l'effet. 

Il n'est pas vrai que le saint-Esprit, 
donné par l'imposition des mains des 
apôtres, ait été seulement le don des 
langues, de prophétie et des miracles. 
Jésus-Christ avait promis l'Esprit de 
vérité. Saint Pierre promettait à tous 
les fidèles le Saint-Esprit, et tous ne 
recevaient pas les dons miraculeux. 



CON 



181 



CON 



L'onction de laquelle parle saint Jean 
est la connaissance de tontes choses, 
et non le pouvoir de faire des mira- 
cles. Selon saint Paul, les fruits ou 
les effets du Saint-Esprit sont toutes 
les vertus chrétiennes. Galat., c. S, 
?22. 

Les protestants en ont. encore im- 
posé, lorsqu'ils ont assuré qu'il n'y 
a aucun vestige du sacrement de con- 
firmation dans la tradition des pre- 
miers siècles. Mosheim, mieux instruit 
que le commun de leurs écrivains, 
convient que, dès les premiers siècles, 
les évèques, en permettant aux an- 
ciens ou prêtres de baptiser les nou- 
veaux convertis , se réservèrent le 
droit de confirmer le baptême. Hist. 
ecclés. du premier siècle, 2° part., 
c. 4, § 8. Il fallait dire, de confirmer 
dans la foi lesfidèles baptisés. Saint Jé- 
rôme, Dial. contra Lucifer., témoigne 
que tel était l'usage de son temps ; et 
le concile d'Elvire, tenu à la tin du 
troisième ou au commencement du 
quatrième siècle, l'ordonna ainsi. 

Au second, saint Théophile d'An- 
tioche, L. i, adAutol., n. 12, dit que 
nous sommes nommés chrétiens, parce 
que nous recevons l'onction d'une 
huile divine. Saint Irénée, Adv. hxr., 
liv. 1 , c. 21 , n. 5, dit des valentiniens, 
qu'après avoir baptisé à leur manière 
leurs néophytes, ils leur faisaient une 
onction de baume ; c'était une imita- 
tion de ce qui se faisait dans l'Eglise 
catholique. 

Au troisième, Tertullien, L. de 
Bapt., c. 7, dit : « Au sortir des fonts 
» baptismaux, nous recevonsl'onction 
» d'une huile bénite, suivant l'ancien 
» usage de consacrer les prêtres par 
» une onction; cette onction ne tou- 
» che que la chair, mais elle opère 
« un effet spirituel. Ensuite on nous 
» impose les mains, en invoquant, 
» par une bénédiction, le Saint-Esprit. 
» L. de Resurr. carnis, c. 8. La chair 
» est baptisée, afin que l'âme soit 
» purifiée; la chair reçoit une onc- 
» tion, un signe, une imposition des 
» mains, afin que l'âme soit consa- 
» crée, fortifiée, éclairée par le Saint- 
» Esprit. » L. de Prsescript., c. 40, il 
dit que le démon, singe de la Divinité, 
fait imiter par les idolâtres les divins 
sacrements, qu'il les fait baptiser, 



signer au front, et célébrer l'offrande 
du pain. L. 1, contra Marcion., c. 14, 
il joint encore l'onction des fidèles au 
baptême et à l'eucharistie, et les 
nomme sacrements. 

Saint Cyprien, Epist. 73, ad Jubaia- 
num, pag. 131 et 132, dit que « si 
» quelqu'un, dans l'hérésie et hors 
» de l'Eglise, a pu recevoir la rémis- 
» sion de ses péchés par le baptême, 
» il a pu recevoir aussi le Saint- 
» Esprit, et qu'il n'est plus besoin, 
» lorsqu'il revient, de lui imposer 
» les mains et de le signer, afin qu'il 
» reçoive le Saint-Esprit. Or, notre 
» usage, dit-il, est que ceux qui ont 
» été baptisés dans l'Eglise soient 
» présentés aux évêques, afin que, 
» par notre prière et par l'imposition 
» des mains, ils reçoivent le Saint- 
» Esprit, et soient marqués du signe 
» du Seigneur. » Il le répète, Epist. 74, 
ad Pompeium, pag. 139. 

Le pape Corneille, dans une de ses 
lettres, dit de Novatien, qu'après son 
baptême il ne fut point signé par l'é- 
vêque ; que, par le défaut de ce 
signe, il n'a pas pu recevoir le Saint- 
Esprit. Dans Eusèbe, 1. 6, c. 43, 
p. 313. 

Nous pourrions citer, au quatrième 
siècle, les conciles d'Elvire, de Nicée 
et de Laodicée, Optât de Milève, saint 
Pacien de Barcelone, saint Cyrille de 
Jérusalem, saint Ambroise et saint 
Jean Chrysostome ; au cinquième , 
saint Jérôme, le pape Innocent I e1 ', 
saint Augustin, saint Cyrille d'Ale- 
xandrie , Théodoret , etc. Le père 
Drouin, de re Sacram., tom. 3, a 
rapporté leurs passages et ceux des 
siècles suivants. 

Les protestants prétendent que ces 
Pères parlent d'une onction qui fai- 
sait partie des cérémonies du bap- 
tême, et non d'un sacrement diffé- 
rent ; mais outre que le contraire 
est évident, par la seule force des 
termes, quand cela serait vrai, les 
protestants seraient encore condam- 
nables d'avoir retranché du baptême 
une cérémonie à laquelle on attribuait 
la vertu de donner le Saint-Esprit. 
N'est-il pas absurde de supposer que 
le baptême pouvait être administré 
par un prêtre, par un diacre, par un 
laïque; et qu'une simple cérémonie 



•''81 



COri 



182 



CON 



ne pouvait être faite que par l'évêque, 
quoique ce ne fût pas un sacrement 
différent? 

De là même il est évident que le 
concile de Trente a suivi la tradition 
primitive lorsqu'il a décidé, sess. 7, 
can. 3, que le ministre ordinaire de 
la confirmation est l'évêque seul, et 
non le simple prêtre. Cette tradition 
n'est pas in oins constante que celle 
qui établit la matière, la forme, les 
effets du sacrement, le caractère qu'il 
imprime au chrétien, etc. 

Quand on a examiné cette question, 
que peut-on penser des assertions 
fausses, des impostures et des puéri- 
lités que Basnage a rassemblées sur 
ce sujet? Hist. de l'Eglise, 1. 27, c. 9. 
Ce n'était pas la peine, après deux 
cents ans, de renouveler les preuves 
de l'ignorance affectée et de la mau- 
vaise foi de Calvin. 

Dans l'Eglise grecque, le même 
prêtre qui donne le baptême donne 
aussi la confirmation, et, selon Lue 
Holstenius, cetusage del'Eglise orien- 
tale est de la plus haute antiquité. 
Selon les théologiens catholiques, les 
prêtres ont pu donner la confirmation 
comme délégués des évoques ; mais 
ceux-ci en sont les ministres ordi- 
naires. Le concile de Rouen prescrit 
que celui qui donne la confirmation, 
et celui qui la reçoit, soient à jeun. 
Les cérémonies et les prières qui ac- 
compagnent l'administration sont édi- 
fiantes ; on peut le voir dans le pon- 
tifical et dans les rituels. Yoy. Vancicn 
Sacram. , par Grancolas , 2° part. 
p. 114 et 193. 

Ce sacrement était surtout néces- 
saire dans le temps des persécutions, 
lorsque tous les chré Liens devaient être 
prêts à répandre leur sang pour at- 
tester leur foi;- il n'a pas cessé de 
l'être depuis que le Christianisme est 
établi. Lafoi a toujours été combattue 
par les hérétiques, par les incrédules, 
par les chrétiens scandaleux : elle 
l'est encore. Mais la grâce que Dieu 
nous accorde pour résister, ne nous 
est pas donnée pour attaquer ; le vrai 
zèle de religion n'est ni inquiet, ni 
ombrageux, ni malfaisant., « Dieu, 
» dit saint Paul, ne nous a point 
» donné un esprit de crainte, mais 
» de force, de charité et de niodéra- 



» tion. » IL Tim., cap. 1, f 7. C'est 
donc très-injustement que plusieurs 
incrédules ont dit que le sacrement 
de confirmation était institué pour 
inspirer aux chrétiens un zèle fana- 
tique, intolérant et persécuteur. 

Bergier. 

CONFIRMATION (la) CHEZ LES 
PROTESTANTS. (Théol. hist. sacrem. 
et cérêm.) — Les réformateurs rejetè- 
rent la Confirmation comme sacrement 
proprement dit : Melanchton la nom- 
mait à ce titre, « une cérémonie 
vide, » Luther « une singerie » et 
Calvin dépassait l'un et l'autre en 
style énergique, mais ils la gardèrent 
en général, comme cérémonie simple. 
L'ordonnance ecclésiastique de Bran- 
debourg autorisée par Luiher dit : 
« Quoique la Confirmation ait donné 
lieu à bien des abus, elle a cependant 
eu dans l'origine un motif grave, sa- 
voir que ceux qui avaient admis !a 
foi chrétienne et avaient été baptisés 
étaient examinés pendant les visites 
des évèques, et, lorsqu'il était établi 
qu'ils avaient compris l'enseignement 
de la religion, les évèques priaient et 
leur imposaient les mains pour les 
confirmer, les conserver et les forti- 
fier dans la foi; ils leur faisaient un 
signe de croix sur le front, pour dési- 
gner par là que le Chrétien doit pro- 
fesser publiquement sa foi, sans 
crainte et sans respect humain, et ne 
pas rougir de l'Évangile du Christ. 
Quand les évèques trouvaient que 
l'instruction était insuffisante, ils re- 
prenaient sérieusement les curés et 
les parrains, leur rappelaient les en- 
gagements qu'ils avaient contractés 
au Baptême et que leur imposait la 
charge pastorale. Cet usage n'est, par 
conséquent, point à dédaigner; il fa- 
cilite l'enseignement et la direction 
de la jeunesse, porte des fruits salu- 
taires; c'est pourquoi nous voulons 
que la Confirmation soit maintenue 
selon l'ancien usage. » 

Lesautres Etats allemands suivirent, 
en général, l'exemple du Brandebourg ; 
la guerre de Trente ans dérangea 
tout ; mais ajjrès celte guerre on re- 
prit, peu à peu, les usages antécédents ; 
le piétisme de Spener se montra 
partout favorable à ce rétablissement, 



CON 



183 



et les réformés finirent par faire 
comme les autres protestants. Les ri- 
tuels de l'Eglise protestante unie ad- 
mettent généralement la cérémonie 
de la Confirmation. 

M. Riess expose comme il suit cette 
cérémonie protestante : 

« C'est, dit-il, un acte ecclésiastique 
par lequel, chez les protestants, les 
jeunes garçons et les jeunes filles, 
après un examen préalable, sont pu- 
bliquement déclarés majeurs quant à 
leur instruction chrétienne, et, par 
conséquent, membres parfaits do la 
communauté, dans laquelle ils re- 
nouvellent librement, et avec connais- 
sance de cause, les vœux du Baptême. 
L'âge exigé pour la Confirmation est 
de quatorze à seize ans pour les jeu- 
nes gens, de treize à quatorze pour 
les jeunes filles. La Confirmation a 
lieu d'ordinaire à Pâques, c'est-à-dire 
le dimanche avant ou après Pâques, 
quelquefois le jour de la Pentecôte. 
En vue de cet acte les pasteurs don- 
nent un enseignement spécial, qu'ils 
nomment préparation à la Confirma- 
tion; ils constatent l'instruction des 
candidats par un examen public, que 
suit immédiatement l'imposition des 
mains et la prière, ce qui constitue 
la cérémonie en elle-même ; elle est 
terminée par la participation à la 
Cène, qui, d'ordinaire, cependant, a 
lieu le dimanche suivant. » 

Le Nom. 

CONFRÈRE, nom que l'on donne 
aux personnes avec lesquelles on 
forme une société particulière par 
motif de religion. Dans l'origine du 
Christianisme, les fidèles se nom- 
maient les frères; une association, 
formée pour pratiquer les mêmes 
bonnes œuvres de piété ou de charité, 
établit entre eux une nouvelle fra- 
ternité, Bergier. 

CONFRÉRIE, société de plusieurs 
personnes pieuses, établie dans quel- 
ques églises pour honorer particuliè- 
rement un mystère ou un saint, et 
pour pratiquer les mêmes exercices 
de piété et de charité. Il y a des 
confréries du Saint-Sacrement, de la 
sainte Vierge, de la Croix ou de la 
Passion, des Agonisants, etc. Plu- 



CON 

sieurs sont établies par des bulles de 
Papes, qui leur accordent des indul- 
gences ; toutes ont pour but d'exciter 
les fidèles aux bonnes œuvres, de 
cimenter entre eux la paix et la fra- 
ternité. 

Comme les bonnes œuvres font la 
gloire du Christianisme, et en sont la 
meilleure apologie, les incrédules de 
notre siècle n'ont rien omis pour 
rendre suspectes et odieuses, toutes 
les confréries ou associations qui ten- 
dent à les multiplier. Bergier. 

CONFUCIUS, ou Kong-Feu-Tseu, ou 
Kong-Fou-Tsé, ou Kong-Tseu. (ThéoL 
mixt. et hist. biog. et bibliog. philos, 
relig. étr.) — L'histoire philosophi- 
que et religieuse de l'humanité pré- 
sente, en dehors du judaïsme et du. 
Christianisme, quelques grands chefs 
de la pensée qui ont exercé une in- 
fluence énorme et qui continuent, 
encore aujourd'hui, d'exercer cette 
influence par les livres qu'ils ont 
laissés , par la vénération dont les 
multitudes entourent leur mémoire 
et par les cultes dont ils ont été plus 
ou moins les fondateurs ; tels sont Vé- 
da-Vyaça, le compilateur de ces Vi- 
das dont nous avons longuement parlé 
au mot brahmanisme, le Bouddha qui 
a donné lieu à notre longue étude du 
bouddhisme, Zoroastre ou l'auteur du 
Zend-Avesta qui sera étudié au mot 
mazdéisme, Mahomet ou mieux Mo- 
hammed qui aura son étude au mot 
islamisme; tel est aussi Kong-Feu-Tseu 
ou Kong-Tseu, dont le nom a été la- 
tinisé par nos missionnaires ésuites 
en celui de Confucius sous lequel il 
est devenu chez nous populaire, et 
qui mérite une longue étude faite sur 
les sources mêmes, c'est-à-dire sur 
lecture immédiate des kings ou livres 
sacrés des Chinois, dont ce philoso- 
phe se fit le rééditeur, ou plutôt le 
restanrateur, environ 000 ans avant 
notre ère. C'est cette étude que nous 
allons donner clans cet article. 

Nous la finies il y a 23 ans telle 
qu'on va la lire, sur les kings eux- 
mêmes, comme nous venons de le 
dire, et nous eu avons pu vérifier, 
depuis, l'exactitude quant aux cita- 
tions qu'elle présente, en entendant 
M. Stanislas Julien traduire mot à. 



CON 



184 



CON 



S I 



mot ces livres du chinois antique. 
Cette étude d'ailleurs, sera mise au 
jour, dans cette publication, pour la 
première fois. 

Ayant de la donner, citons les ap- 
préciations suivantes de M. Fritz sur 
Confucius et sa doctrine dans le Dic- 
tionnaire encyclopédique allemand de 
la théologie catholique : 

« Dans le désir qu'avait conçu ce 
grand homme, de contribuer à la ré- 
génération de son pays, Confucius ne 
se présenta point comme le fondateur 
d'une religion nouvelle, il se présenta 
comme le restaurateur de la foi an- 
cienne, comme un prédicateur moral, 
dont l'ambition était non pas d'annon- 
cer au peuple des nouveautés religieu- 
ses, mais de le ramener à l'heureuse 
simplicité d'autrefois, et à son antique 
gloire sous ce rapport, en rassemblant 
les trésors des traditions du passé et 
en les coordonnant dans ses ouvra- 
ges, afin que chacun y trouvât le 
vrai modèle de sa vie morale, et que 
« les générations suivantes apprissent, 
« par ces trésors qu'il leur léguait, 
« la bonne manière d'administrer la 
« chose publique, la discipline des 
« mœurs, et la saine doctrine. » 

« Il y a deux manières opposées 
d apprécier la philosophie de Confu- 
cius, et l'une et l'autre ont de solides 
défenseurs. Cette divergence est cau- 
sée par le double sens que présen- 
tent souvent les livres sacrés des Chi- 
nois, les kings (ij, par suite de leur 
style laconique, de leur forme hiéro- 
glyphique, de la profondeur même 
des doctrines qu'ils renferment et du 
mode fabuleux et excentrique dans 
lequel ont été rédigés des commen- 
taires nombreux et contradictoires, à 
des époques de domination étrangère. 
Confucius lui-même , voulant rétablir 
les kings dans leur autorité primitive, 
se plaignait déjà que les lacunes et 
les obscurités qu'ils présentaient per- 
mettaient à peine d'y entrevoir l'anti- 
quité comme à travers d'épais nuages. 
« D'après une des opinions relatives 
a la doctrine de Confucius qui appar- 






(1) Un des kings qu'avait laissés Confucius 
est perdu ; niais il en reste cinq qui sont parfaite- 
ment intègres et qui constituent encore de nos 
jours, avec les commentaires do Confucius, le fon- 
dement et la régie de l'empire. 



tient aux plus distingués d'entre les 
missionnaires, et, dans les temps les 
Plus modernes, à Windischmann et 
a H.-J. Schmitt, les plus anciens livres 
canoniques des Chinois présentent une 
theodicée monothéiste et beaucoup 
de notions conformes à celles de l'An- 
cien Testament. C'est pourquoi les 
missionnaires, les Jésuites surtout, 
prétendirent que la doctrine du Christ 
qu'ils annonçaient n'était que l'accom- 
plissement de la doctrine que les 
Chinois avaient obtenue par une ré- 
vélation divine immédiate à l'origine 
de leur histoire ; que l'idée primor- 
diale, simple et pure, de la nature 
de Schangti était identique avec celle 
du Jéhova de l'Ecriture sainte, et que 
cette doctrine révélée du peuple chi- 
nois découlait de la même source que 
celle de nos livres saints. Cette opi- 
nion s'appuie sur d'excellents motifs ; 
car les missionnaires jésuites, ayant 
été sur les lieux initiés directement 
et complètement aux usages et à la 
langue des Chinois, purent par là 
même étudier les livres canoniques 
(kings) dans l'original et s'en former 
un jugement autrement compétent 
que ceux pour qui le texte original 
des kings est comme un livre fermé 
par un septuple sceau. Un dogme 
contenu dans les livres sacrés de la 
Chine, qui parle en faveur d'une 
source de révélation identique à celle 
de l'Ancien Testament, est celui qui 
fait descendre tous les hommes d'un 
couple unique, dogme qui est par- 
faitement d'accord avec les résultats 
des recherches les plus récentes de 
la philosophie de la nature. Des in- 
vestigations profondes, telles que 
celles de S. Martin, dans son Histoire 
d'Arménie, d'Abel Rémusat dans-ses 
Recherches sur les Langues tartares et 
de Klaproth dans son Asia polyglotta, 
ont clairement démontré que les pè- 
>res de la race chinoise y sont arrivés 
des contrées occidentales, et qu'à 
partir des temps les plus anciens des 
rapports, très-rarement interrompus, 
ont existé entre les races chinoises 
et les populations de lArménie et de 
la Mésopotamie. 

« Ceux qui soutiennent l'opinion 
contraire nient que les traditions 
chinoises aient primitivement une oi i- 



CON 



183 



CON 



gine révélée analogue à celle de l'É- 
criture sainte, et prétendent qu'il 
faut précisément affirmer le contraire, 
l'idée ontologique de Confucius étant 
en soi une idée païenne, c'est-à-dire 
polythéiste. Ils ne nient pas que, dans 
les opinions religieuses des peuples 
païens les plus nobles et les plus cul- 
tivés, il ne se trouve une foule de 
pensées hautes et sublimes qui ont 
de l'analogie avec les doctrines mo- 
rales du Christianisme ; mais, disent- 
ils, on n'est pas en droit d'en con- 
clure que ces idées ont une source 
identique et découlent d'une même 
révélation primordiale. Ils ajoutent 
que, quant à ce qui concerne l'an- 
cienne doctrine religieuse des Chinois, 
rien n'est moins démontré que l'iden- 
tité de la nature de Jéhova et de 
Schangti; qu'on peut bien sans doute 
considérer Schangti, dans le sens 
païen, comme une puissance spiri- 
tuelle, comme la raison suprême, 
sans pour cela que son identité avec 
l'idée hébraïque de Jéhova soit éta- 
blie; que cela résulte également de 
ce que l'expression Schangti (1) n'est 
pas exclusivement employée pour 
exprimer l'Être suprême; que les 
Chinois sacrifient au ciel et à la terre, 
et que Rome défendit aux Jésuites, 
dans leur discussion avec les Francis- 
cains et les Dominicains, de se servir 
de l'expression Schangti pour dési- 
gner le Dieu suprême. 

« A quoi on réplique que, dans 
toutes les langues, on peut compren- 
dre Dieu sous l'expression qui dési- 
gne proprement le ciel; que c'est 
précisément le cas dans la langue 
chinoise, qui est si riche en métapho- 
res, et qu'ainsi le terme Schangti ou 
Tien (= ciel) peut parfaitement dési- 
gner Dieu. De plus on voit d'après le 
Schu-King, et en général d'après les 
anciens livres de l'empire et leurs in- 
terprètes les plus considérés, que ce 
mot Schangti correspond aux noms 
à'Adonaî et de Kiipioç, comme Thian 



(I) Elle est appliquée aussi à l'empereur. Il y a en- 
core le mot thien et le mot tao; la mot thien, le 
ciel signifie aussi, le ciel matériel ; mais quand il 
* S*."™** d'un signe particulier de personnification 
il signifie Dieu, et le tao, la raison par excel- 
lence, ne pont signifier que Dieu. Y. Dbva, Dit. 
Taûos, Thibk, Tao, Dieu. 



(Tien) aux expressions Elohim et e;d ? 
et que les anciens sages devaient 
comprendre sous les mots Schangti 
et Thian un Être spirituel, intelligent 
et libre, un Etre sans égal, si l'on ne 
veut pas complètement défigurer et 
obscurcir le sens et la tendance des 
documents primitifs dans lesquels 
tout devient intelligible du moment 
qu'on comprend sous ces noms le 
Dieu vivant. Si Rome défendit aux 
missionnaires catholiques de se ser- 
vir des mots Schangti et Thian pour 
désigner Dieu, ce fut en s'écartant 
complètement de la signification an- 
cienne et primitive de ces mots, et la 
défense fut fondée sur ce que, dès les 
premiers siècles après J.-C, l'antique 
idée avait été obscurcie et défigurée 
la doctrine de Dieu et de ses rapports 
avec le monde était devenue équivo- 
que, et l'on avait agité la question 
de savoir si les Chinois comprenaient 
réellement sous le nom de Schangti 
un Dieu esprit, infini et tout-puissant, 
créateur du ciel et de la terre, puis- 
que, dans le cours des siècles, quel- 
ques empereurs s'étaient donné le 
nom de Schangti et se faisaient adorer 
comme Dieu; puisque, dans la pre- 
mière moitié du treizième siècle, l'em- 
pereur donna le surnom de Schang- 
ti à un savant magicien de l'école 
de Tao-Szô, tandis que, d'un autre 
coté, il est vrai, l'empereur Kang-tri 
et son fils et successeur Yung-Dscliing, 
ainsi que les mandarins de l'empire, 
avaient donné leur assentiment à 
l'interprétation des .Jésuites, appli- 
quant le terme Schangti au Seigneur, 
maître suprême du ciel et de la terre. 
Quant au sacrifice offert au ciel et à 
la terre, ce n'est, d'après Confucius, 
qu'un sacrifice offert au Dieu du ciel 
et de la terre. C'est ce qui est claire- 
ment exprimé dans une inscription 
que les missionnaires adressèrent à 
l'empereur Schingtsu, qui la confirma 
et la fit insérer dans les feuilles pu- 
bliques de l'empire comme authen- 
tique et n'ayant pas besoin de justifi- 
cation. Il y est dit : « Dans l'accom- 
plissement du rit que suivent tous 
les seigneurs et rois en offrant leurs 
sacrifices au ciel, et qui, d'après l'in- 
terprétation des savants, sont adres- 
sés au Seigneur souverain suprême, 







CON 



i86 



CON 



il ne s'agit certainement pas du ciel 
matériel et sensible que nous voyons 
de nos yeux, mais du Seigneur et 
Maître du ciel, de la terre et de toutes 
choses, qu'on n'osait pas toujours 
nommer de son -vrai nom par respect, 
et en vue de sa sublimité, et qu'on 
nommait le ciel suprême, le ciel sans 
limites, etc. » — Dans tous les cas il 
faut admettre qu'avec le cours des 
temps la doctrine de Confucius a été 
de plus en plus défigurée, et que l'i- 
dolâtrie et les idées polythéistes ont 
envahi la Chine. » 

Maintenant que le lecteur com- 
mence d'être initié aux questions qui 
concernent Confucius, et les kings, 
donnons l'étude originale que nous 
avons faite, comme nous l'avons dit, 
sur les sources mêmes : cette étude 
affectait plutôt, comme on va le voir, 
la forme de simples notes que celle 
d'une dissertation avec idées précon- 
çues : 



Koung-Feu-Tseu, ou Koung-Tseu, 
est un des grands personnages de l'ex- 
trême Orient qui ont été les premiers 
connus en Europe, grâce à nos mis- 
sionnaires de la Chine qui nous le 
firent admirer sous le nom latinisé 
de Confucius ; mais depuis que la 
société savante de Calcutta fondée, 
en 1784, par Williams Jones, nous 
envoie des flots de lumière sur les 
littératures de l'Inde et de la Chine ; 
depuis que les sinologues, tels que de 
Guigues, Rémusat, Burnouf, Morris- 
son, qui est mort sur le théâtre même 
de ses recherches, Stanislas Julien 
(que nous venons de perdre, 1873), et 
heaucoup d'autres, nous ont révélé 
tant de richesses, ignorées des peuples 
mêmes qui les possédaient, ce grand 
philosophe est venu, pour nous, 
prendre sa place à côté de Socrate et 
de Platon. 

Koung-Feu-Tseu naquit et vécut vers 
le sixième siècle avant Jésus-Christ, 
à peu près cent ans avant le prince 
des philosophes grecs. 

Il était d'une ville delà principauté 
de Lou. Mandarin à dix-sept ans, il se 
retira, à la mort de sa mère, dans une 
retraite profonde pour étudier les an- 
ciens, et en sortit avec le projet d'o- 



pérer une grande réforme dans l'état 
moral de son pays. 

Il voyagea prêchant la justice et la 
vertu, fut suivi de nombreux disciples 
et devint assez célèbre pour que le 
roi de Lou en fit son premier mi- 
nistre. 

Pendant qu'il occupa cette charge, 
il s appliqua à faire fleurir la justice 
1 agri culture et le commerce. 

L'arrivée, à la cour du jeune roi de 
Lou, de plusieurs filles fort belles 
envoyées par le roi de Tsé, ayant été 
1 occasion de graves désordres dans 
les mœurs, le philosophe se retira et 
alla enseigner la sagesse dans la con- 
trée de Siu. 

Son école devint célèbre ; plus de 
trois mille disciples assistaient à ses 
leçons ; et plusieurs le suivaient dans 
de longs voyages qu'il exécutait, de 
temps à autre, en prédicateur des 
principes lumineux de la raison. 
JRevenu au lieu de sa naissance à 
1 âge de soixante- quinze ans, après 
avoir été en butte à des persécutions 
de la part des rois et des courtisans, 
il termina sa belle vie, simple parti- 
culier, mais entouré d'une auréole de 
vénération et de gloire qui effaçait 
celle des empereurs et qui devait être 
immortelle. 

Le voyageur va visiter son tom- 
beau, dans le lieu même où était son 
Académie, près de la ville de Bio-Fu. 
Beaucoup de collèges portent en- 
core gravées sur leur frontispice, en 
lettres d'or, des épigraphes à la gloire 
de ce grand nom, telles que les sui- 
vantes : 

Au premier docteur. 
Au saint. 

Au roi des lettres. 
Au précepteur des peuples. 
Au grand maître. 
Quand un officier de robe passa 
devant ces antiques souvenirs, il des- 
cend de son palanquin et fait quel- 
ques pas en avant pour honorer la 
mémoire du grand homme. 

Ses descendants sont mandarins- 
nés et exempts du tribut. 

II 

Koung-Feu-Tseu était équitable, 
doux, affable et gai de caractère. 



CON 



187 



CON 



Il était censeur rigoureux de lui- 
même et indulgent pour les autres. 

Il parlait peu et pensait beaucoup. 

Nul ne l'égalait en modestie. 

Il s'exerçait sans relâche dans la 
pratique du bien. 

Il disait aux rois « qu'ils tenaient 
du ciel leur mandat pour faire le 
bonbeur de leurs peuples, et que ne 
point accomplir leur mandat c'était 
perdre leur charge. » 

Il disait à tous que « pour perfec- 
tionner les autres il faut se perfec- 
tionner soi-même. » « Si je possé- 
dais, disait-il encore, le mandat de 
la royauté, il ne me faudrait pas plus 
d'une génération pour faire régner 
partout l'humanité et la vertu. » 

Comme toutes les belles âmes, il 
ne croyait pas- à la méchanceté du 
genre humain. 

m 

Il avait divisé sa doctrine en quatre 
parties, et son école en quatre caté- 
gories de disciples correspondantes. 

La première partie de ses études 
avait pour objet la vertu, chose pro- 
pre à tous et obligatoire pour tous, 
nonobstant le degré de la connais- 
sance et du talent ; et la première 
classe se composait de ceux qui ne 
s'occupaient que de la culture de la 
vertu. 

La seconde partie avait pour objet 
non-seulement les qualités qui font 
l'homme vertueux, mais encore et, 
avec elles, celles qui font l'homme 
éloquent; et, par conséquent, sa se- 
conde classe de disciples comprenait 
tous ceux qui, en s' appliquant à la 
vertu, s'appliquaient aussi à l'élo- 
quence. 

La troisième partie ajoutait à la 
vertu la politique, et la troisième 
classe comprenait ceux devant les- 
quelsil développaitl'art degouvefner 
les hommes. 

Enfin la quatrième partie avait 
pour objet l'art de rédiger, en beau 
style, les réflexions les plus justes 
sur la bonne direction des mœurs ; et 
la quatrième classe de ses élèves 
s'exerçait à cette rédaction. 

Koung-Feu-Tseu disait souvent 
« qu'il n'avait point inventé sa doc- 



trine, qu'ill'avait moissonnée dans les 
livres des philosophes anciens qui 
l'avaient précédé de plus de quinze 
siècles. » 

Ainsi ont toujours parlé les vrais 
sages. Il n'y a que les insensés qui 
osent insulter Dieu et l'humanité en 
se disant les premiers inventeurs des 
vérités qu'ils prêchent. 

IV 

Koung-Feu-Tseu, est le centre au- 
tour duquel se groupent tous les livres 
sacrés des Chinois. 

Ces livres sont appelés les Kings 
c'est-à-dire les livres par excellence, 
les doctrines certaines et invariables. 

Le plus ancien et le plus respecté 
de ces livres est l'Y-King, ou le livre 
des sorts, ou encore le livre des prin- 
cipes. Le philosophe le revit et l'édita 
de nouveau. On croit partout, en 
Chine, que ce livre a quarante-six ou 
quarante-sept' siècles d'existence, ce 
qui le reporte au quatrième ou cin- 
quième siècle après le déluge, vers 
l'époque de la mort de Noé, à peu 
près trois mille ans avant Jésus- 
Christ, treize cents ans avant Moïse 
et deux mille ans avant Homère. 

Il n'y a aucune raison de contester 
à l'Y-King l'antiquité que lui attri- 
buent les Chinois, pas plus que celle 
de leur premier roi, Fo-hi, qui, disent- 
ils, écrivit lui-même les premières 
pages de ce livre des principes, ou 
des sorts. 

Celui qui vient en première ligne 
après l'Y-King est le Chou-King, ou 
livre des annales ; il est de Koung- 
Feu-Tseu, quoique l'auteur se soit 
servi, pour le composer, délivres très- 
anciens, et y ait intercalé des mor- 
ceaux existant déjà depuis plus de 
quinze cents ans. Il porte aussi le titre 
de Chang-Chou (chou, livre; chang, 
supérieur). On adjoint au Chou-King 
le Chi-King, ou livre des chants, re- 
cueil fait par Koung-Feu-Tseu, petite 
pièce lyrique, dans lequel se trou- 
vent, comme dans le Chou-King, des 
morceaux remontant au moins à trois 
mille ans, entre autres des tableaux 
de mœurs fort curieux. 

On y joint encore le Li-Ki ou Li-Ki- 
Ki, traité des rites et cérémonies, et 



CON 



183 



Thchun-Thsieou (le printemps et l'au- 
tomne) lesquels n'ont pas encore été 
traduits en Europe. Le dernier est en 
entier du philosophe chinois. 

Ces livres, dont Koung-Feu-Tseu a 
été le compilateur, le restaurateur, 
ou l'auteur, forment les grands kings. 
Tous les autres sont postérieurs au 
Chou-King et ne présentent que des 
développements de la morale qu'il 
contient.jlls sont au nombre de quatre 
et forment la collection des livres 
classiques ou moraux. 
_ Le premier est le Ta-Hio ou la grande 
étude. Il renferme un chapitre de 
Koung-Feu-Tseu et dix de son disci- 
ple Thseug-Tseu. 

Le deuxième est le Tchoung-Young 
ou l'invariabilité dans le milieu. Il fut 
mis en ordre par Tseu-Ssé, petit fils 
et disciple du philosophe. 

Le troisième est le Lun-Yu, ou les 
entretiens philosophiques, do Koun°-- 
Feu-Tseu avec ses disciples. Il fut ré- 
digé par un de ceux-ci, si ce n'estpar 
le maître lui-même. 

Enfin le quatrième est plus mo- 
derne ; c'est le Meng-Tseu. Il porte le 
nom de son auteur, qui vivait, d'après 
son propre témoignage, cent ans et 
plus après Koung-Feu-Tseu. 

On attribue encore à ce dernier un 
autre ouvrage, le Hiao-King, on le 
livre de la piété filiale, qui, selon 
quelques-uns serait de son disciple 
Thseng-Tseu. 

Il existe enfin un traité philosophi- 
que du philosophe Lao-Tseu,contem- 
porien et rival de Koung-Feu-Tseu. 
C'est le Tao-Te-King, ou le livre de la 
raison primordiale ; Dieu y est consi- 
déré comme la loi suprême qui régit 
la nature ; et la secte dont ce livre est 
l'oracle compte encore à peu près 
cent millions d'adeptes. 



Les plus anciens livres de la Chine 
présentent une cosmogonie presque 
semblable à celle de Moïse, quoique 
beaucoup moins claire et, par consé- 
quent, moins sublime. 

Le premier principe est bien défini 
en tant qu'incompréhensible, intelli- 
gent et sans limites. 

Il est appelé Taï-y, la grande unité, 



CON 



ou pai un nom qui signifie le grand 
comble, et représenté comme le Créa- 
teur de toutes choses. 

La Trinité est assez clairement in- 
diquée sous cette formule : « La rai- 
son produit un ; un produit deux ■ 
deux produisent trois; et trois produi- 
sent tout. » 

La lin du monde présent est an- 
noncée. L'univers verra passer sur lui 
douze périodes, et, la douzième ré- 
volue, il rentrera dans le chaos. Puis 
il se réformera pour recommencer 
une seconde révolutiou de douze pé- 
riodes; et ainsi de suite éternelle- 
ment. 

Quelques-uns contiennentunepartie 
mythologique ; et dans cette mytholo- 
gie sont quelques traits curieux. Voici 
les principaux. 

Parmi les fils de Dieu, il y en a un 
qui s'appelle Tien-Hoang. C'est le fils 
par excellence, c'est l'intelligence du 
Ciel, qui nourrit et embellit toutes 
choses. Il naquit sur une montagne. 
Parmi les autres s'en trouvent quel- 
ques-uns qui ont, à peu près, les 
mêmes attributs et qu'on pourrait 
prendre pour Je même transfiguré 
sous diverses formes et divers noms. 
Il est parlé de géants monstrueux 
qui vivent des siècles et plusieurs fois 
mille ans. 

On y représente un roi joignant 
ensemble deux morceaux de bois, 
l'un droit et l'autre en travers, pour 
honorer la grande unité. 

Jusqu'alors Fo-Hi n'a pas encore 
paru. 

Fo-Hi eut pour mère une vierge 
qui, se promenant le long d'un 
fleuve, marcha sur les traces d'un 
grand homme, s'émut, fut enveloppée 
d'un arc-en-ciel, et conçut. 

j Niu-Va, sœur oufemme de Fo-Hi, a 
d'autres noms qui signifient : la sou- 
veraine des Vierges, la souveraine mère, 
la lumière pacifique. Elle obtint, par 
ses prières, d'être vierge et épouse 
tout ensemble. 

_ Il est dit dans l'y-king que les an- 
ciens rois faisaient respecter le grand 
jour, qui était le septième, qu'on fer- 
mait, ce jour-là, les portes des mai- 
sons, qu'on ne travaillait pas, qu'on 
priait. 
Chin-Noug est représenté tout en • 



CON 



189 



CON 



semble tel qu'Homère a peint Escu- 
lape et Orphée. Il porte une lyre. 

Il réunit en sa personne deux na- 
tures. Il chercha la mort et ne put la 
trouver. 

Lo-Pi, un des héros de cette espèce 
de poème, à la pensée d'un scélérat 
dont il est question, prononce cette 
sentence : 

« Tous ceux qui font le bien sont 
comblés de félicité; tous ceux qui 
font le mal sont accablés de misère ; 
c'est la loi fxe et immuable du Ciel. » 

On remarque des traits qui indi- 
quent que, dans ces premiers âges, 
on tenait beaucoup à la musique 
comme chez les Grecs. 

La morale de l'Y-King est bonne, 
la physique mauvaise, et la religion 
très-peu développée. 

Tels sont les plus anciens livres qui 
soient peut-être sur la terre. 

VI 

Le Chou-King, ainsi que tous les 
livres de Koung-Feu-Tseu ou de ses 
disciples, n'a point de mythologie. Le 
philosophe s'était placé sur le terrain 
de la droite raison, et, sans attaquer 
les cosmogonies et tout ce qui se rat- 
tachait aux mystères de la divinité, 
il avait pris le parti de se taire sur 
ces choses, qu'il ne comprenait pas. 

On y trouve cependant une supers- 
tition, celle des sorts et de la grande 
tortue qui sont consultés par les 
Pou, espèces de magiciens, à l'aide 
de cérémonies bizarres. Le philoso- 
phe raconte peut-être ces consulta- 
tions d'oracles comme simple histo- 
rien, puisque le Chou-King est prin- 
cipalement composé de dialogues et 
de discours attribués à de grands per- 
sonnages de l'antiquité, ainsi que de 
notions historiques sur ces personna- 
ges ; cependant il faut avouer que 
Koung-Feu-Tseu paraît croire lui- 
même aux sorts et à la grande tortue 
qui indiquent les ordres du ciel. 

A part cette superstition singulière, 
si, toutefois, il n'y a pas sous ces 
expressions de la grande tortue et de 
la consultation des sorts quelque idée 
raisonnable, revêtue d'expressions 
métaphoriques et qui ne seraient plus 
comprises, question que résoudront 



peut-être les philosophes orientalistes, 
le livre du philosophe est pur de toute 
erreur. 

Peut-être aussi Koung-Feu-Tseufit- 
il cette concession aux livres anciens, 
pour lesquels il avait une grande 
vénération et dont il cite même quel- 
ques passages entiers dans le Chou- 
King. 

Ce qu'il y a de remarquable c est 
qu'en paraissant croire aux magiciens 
il condamne leurs moeurs. 

Si l'on ajoute que le chant du fai- 
san est considéré, dans le Chou-King 
comme un mauvais présage, on aura 
signalé tous les vestiges de supersti- 
tions qui y figurent. 

VII 

Yao, le plus ancien des grands per- 
sonnages du Chou-King, connaissait 
l'année de 365 jours et l'année bis- 
sextile de 366. Ce Yao naquit, d'a- 
près Kang-Mo, l'an 2357 av. J.-C. et, 
d'après Tsou-Chou, l'an 2205. 

Il est question d'une éclipse de so- 
leil; (2 e partie, ch. 4, f 4). C'est la 
fameuse éclipse du Chou-King, la plus 
ancienne dont il soit fait mention 
dans l'histoire. Elle arriva lapremière 
année durègnedeTchoug-Kang. Cette 
année est placée par Kang-Mo à la 
date 2159 av. J.-C. et par Tsou-Chou 
à celle de 2012. On a calculé cette 
éclipse, et il paraît bien établi par 
les données astronomiques que l'an- 
née dontil s'agit est la2155 (! av. J.-C, 
ce qui donne, à bien peu de chose 
près, raison à la chronologie de 
Kang-Mo. 

Tching-Vang est un des meilleurs 
rois dont il soit question dans le Chou- 
King. Il avait pris pour modèles Vou- 
Vang et Veu-Vang; il les citait sans 
cesse. Il mourut l'an 1068 av. J.-C, 
et alors il y avait déjà plusieurs livres 
de morale et d'histoire ancienne. 

On décrit en détail la cérémonie 
de ses funérailles et celle du couron- 
nement de son fils. 

Le Chou-King raconte très-peu de 
faits. Il se compose, presque en tota- 
lité, d'entretiens d'empereurs avec 
leurs ministres, sur le gouvernement, 
dans le but de rendre les peuples 
heureux. 



CON 



190 



CON 



Il commence au roi Yao et finit au 
roi Mou-Kang l'an 621 av. J.-C. 

Voici en quels ternies il y est ques- 
tion du déluge : 

« Quand la grande inondation s'é- 
leva jusqu'au ciel, quand elle couvrit 
les montagnes et les lieux élevés, le 
peuple troublé fut submergé par les 
eaux. » 

C'est Yu qui parle ainsi à l'empe- 
reur Chun. 

VIII 

L'auteur du Chou-King ne s'élève 
jamais haut sur les questions méta- 
physiques ; il semble toujours les 
éviter. Ce n'est pas le vol audacieux 
de Platon; c'est la morale simple et 
modeste de l'honnête homme. 

On y trouve cependant un certain 
nombre de phrases qui, supposent 
l'immortalité de l'âme, les peines et 
les récompenses futures, et qui suffi- 
sent pour prouver que l'auteur avait 
une grande idée de Dieu, quoique 
son génie ait reculé devant l'étude de 
ses mystérieuses profondeurs. 

« Les âmes des ancêtres viennent 
assister aux cérémonies, soit dans le 
bonheur soit dans le malheur. » 

« Ce sont les ancêtres qui avertiront 
le sublime prince dans la cérémonie 
et qui lui diront : Punissez nos neveux 
qui font mal. » 

« Il n'y a que le Ciel qui soit souve- 
rainement intelligent et éclairé : 
l'homme parfait l'imite. » 

Ce beau précepte rappelle celui du 
Christ : « Soyez parfait comme votre 
Père céleste est parfait. » 

« Le Ciel observe les hommes d'ici- 
bas et il veut qu'ils ne fassent que ce 
qui est conforme à la raison et à la 
justice. » 

Le dogme de la liberté morale est 
impliqué dans des préceptes comme 
celui-ci : « Ce n'est pas le Ciel qui 
perd les hommes, les hommes se per- 
dent eux-mêmes en transgressant les 
lois éternelles. » 

Le principe fondamental de Koung- 
Feu-Tseu, c'est « qu'on doit se régler 
sur la droite raison, qui annonce la 
vérité immuable et certaine, » Ne di- 
rait-on pas un cartésien? 

Il n'oublie jamais le Ciel en faisant 
parler ses héros, mais il n'aborde 



aucune explication philosophique. 

Il établit, dans un passage, des 
rapports entre les événements maté- 
riels de la nature et les choses morales 
de l'intelligence ; mais je n'ai pas bien 
compris le fond de la pensée. 

« Les noms du Ciel — Tien — sont 
l'Auguste Ciel, le souverain Seigneur 
— Chang-Ti — Chang , Souverain; 
Ti, Seigneur. » 

« Les anciens et vertueux rois sont 
dans le ciel. » 

« Le Souverain Seigneur conduit les 
hommes par la vraie douceur. Il pu- 
ml les coupables. » 

Au reste, il faut ajouterque presque 
toujours la punition dont on parle 
dans le Chou-King, consiste dans le 
retrait du mandat céleste. 

« Le Ciel n'a pas été avec lui, est-il 
dit d'un mauvais prince, parce qu'il 
n'a pas suivi le principe lumineux de 
la raison. » 

« L'Auguste Ciel ne fait acception 
de personne ; mais ses faveurs sont 
toujours pour l'homme vertueux. » 

« Le Seigneur avertissait le roi de 
Hiu par des calamités. » 

« C'est le Ciel qui enseigna ce qui 
pouvait rendre les hommes ver- 
tueux. » 

On trouve dans le Chou-King un 
fait de révélation surnaturelle ; c'est 
un empereur qui a une communica- 
tion du Ciel ou des esprits par un 
songe sur l'élection d'un ministre. 
Dans ce songe un homme lui est 
montré ; les traits de cet homme sont 
gravés dans sa mémoire ; on cherche 
en tout lieu celui qui lui ressemble; 
on le découvre; et il devient ministre. 

IX 

Le philosophe chinois est réservé 
sur le culte, comme sur la métaphy- 
sique. Cependant il prêche le culte 
des morts, les cérémonies aux ancê- 
tres, et il parle de sacrifices consis- 
tant dans l'immolation d'animaux. 

Il cite un roi, Tching-Vang, qui fut 
un des bons, lesquels sont ï'ares. et 
qui défendit l'usage du vin, excepté 
dans les sacrifices. 

Il parle aussi de prières accom- 
pagnées d'offrandes. Il en rappelle 
une grande qui fut faite dans l'era- 



CON 



191 



CON 



pire pour la conservation de la dy- 
nastie dans un moment critique. 

Faire une cérémonie du culte 
s'appelle « avertir le ciel, les esprits 
ou les ancêtres. » 

Le droit de sacrifier au chang-ti, 
au souverain seigneur, est réservé au 
roi seul. 

Koung-Feu-Tseu cite cet usage 
comme un fait existant , et il ne le 
blâme pas. Au reste il peut s'agir 
d'un sacrifice solennel comme ceux 
qui étaient réservés au grand prêtre 
dans la loi mosaïque. Toujours est-il 
que cela prouve la confusion absurde 
et fuueste qu'on a toujours faite en 
Chine, comme dans tous les pays non 
éclairés parla révélation évangélique, 
du trône et de l'autel. 



Il est partout enseigné, dans le 
Chou-King, que l'empereur est em- 
pereur par le ciel. Il est appelé le 
fils du ciel. Il a reçu un mandat cé- 
leste pour rendre les peuples heureux. 
Mais cette doctrine est expliquée et 
corrigée par beaucoup de maximes 
semblables à celles que voici : 

« Le peuple est le fondement de 
l'état. Le devoir du chef est de le 
respecter. « 

« La puissance du chef est détruite, 
lorsqu'il a rompu son mandat, c'est- 
à-dire lorsqu'il n'a pas rempli sa 
mission. » 

« Tous les peuples sont naturelle- 
ment bons.-.) 

« Le mandat du chef lui enjoint de 
travailler au perfectionnement du 
peuple. » 

« Quand le roi n'accomplit pas son 
mandat les peuples peuvent se révol- 
ter, » 

« Ce que le Ciel voit et entend est 
ce que le peuple voit et entend ; ce 
que le peuple juge digne de récom- 
pense ou de punition est ce que le 
Ciel veut punir et récompenser. Que 
ceux qui gouvernent les peuples soient 
donc attentifs et réservés. » 

« Vou-Yang se révolta, se mit à la 
tête d'une armée, et, par une bataille, 
renversa l'ancienne dynastie, parce- 
que l'empereur s'était fait maudire 
du peuple et du Ciel. Vou-Vang fut 
un grand roi. » 



« Ce n'est pas l'eau qu'on doit 
prendre pour miroir ; c'est le 
peuple. » 

« Le Souverain Seigneur a détruit 
la dynastie Yu, il a donné des forces 
à la vertu de Vou-Yang, et lui a remis 
le soin de l'empire. » 

Koung-Feu-Tseu raconte que, quand 
un empereur n'avait pas fait son de- 
voir, le peuple le changeait contre un 
autre, et qu'alors s'élevaient des dis- 
cussions ; que plusieurs prenaient 
parti pour la dynastie tombée, et 
qu'onles embarrassait fort en leur ci- 
tant le fondateur de cette dynastie. 
On discutait quelquefois cettequestion 
devant l'empereur lui-même, et, 
quand les interlocuteurs remontaient 
ainsi jusqu'à l'origine, il disait : « Si- 
lence; on ne doit pas s'occuper de 
cela. » 

Les empereurs du Chou-King sont 
absolus; ce sont eux qui sont les juges 
de tous les différends et qui font pu- 
nir les coupables. Seulement ils 
doivent le faire d'après la justice. 

Il est certain que, si un chef sui- 
vait toutesles maximes etprescriptions 
de ce livre, il serait parfait, n'étant 
mu que par l'amour du peuple et par 
la volonté de faire cesser les maux de 
ceux qui soutirent. 

On lit dans les ch. 3 et 4 de la' 3 e 
partie deux discours admirables, le 
premier adressé au peuple par un 
nouvel empereur qui a chassé l'an- 
cienne dynastie, le second adiessépar 
son ministre à son successeur. 

Onremarque, enlisant le Chou-King, 
que l'établissement des mandarins re- 
monte aux temps les plus antiques, 

« On gagne à être patient, dit 
Koung-Fcu-Tseu, et savoir supporter 
les défauts des autres est une grande 
vertu. » 

Malgré la douceur et l'aimable to- 
lérance du philosophe, il est question 
de quelques usages cruels qu'il au- 
rait dû passer sous silence, ou ne 
rapporter que pour lesflétrir, ce sont 
des supplices tels que des marques sur 
le visage, l'amputation du nez, la 
castration, la mort. Quand il y a doute 
sur le crime, on en délivre toujours 
le criminel. Cette peine se rachète ; 
injustice criante. 

Le dernier mot de ce livre dans 



CON 



192 



CON 












lequel règne, comme une passion, 
l'amour du peuple avec la recherche 
de ce qui peut le rendre heureux, est 
celui-ci : 

« Un seul homme peut mettre le 
royaume dans une grande misère, et 
la vertu d'un seul homme peut aussi 
faire régner le bonheur et la paix. » 

XI 

Les Chinois disent que l'âme est 
composée de deux parties ; l'une 
subtile d'où vient la faculté de con- 
naître; l'autre grossière et fixe d'où 
vient la faculté de sentir : la pre- 
mière est nommée hoen, et la se- 
conde pé. 

A la mort, hoen retourne au ciel et 
devient chin, pé retourne à la terre 
et devient kouei. 

Parla vertu des sacrifices aux mânes, 
les deux parties se réunissent pour y 
assister. 

_ Ils font beaucoup de sacrifices au 
ciel, à la terre, aux fleuves, aux an- 
cêtres, etc. 

Il n'est pas question dans les li- 
vres de Koung-Feu-Tseu de cette phi- 
losophie ni d'autres sacrifices que de 
ceux aux ancêtres et à l'auguste ciel. 
Ramsay, dans son discours sur la 
mythologie, expose comme il suit la 
doctrine théologique du philosophe 
Tchouang-Tsé : 

« Dans l'état du premier ciel , 
l'homme était uni, au dedans, à la 
souveraine raison, et, au dehors, il 
pratiquait toutes les œuvres de la 
justice. Le cœur se réjouissait dans la 
vérité ; il n'y avait, en lui, aucun mé- 
lange de fausseté. Alors les quatre 
saisons de l'année suivaient un ordre 
réglé sans confusion ; rien ne nuisait 
à l'homme et l'homme ne nuisait à 
rien, une harmonie universelle ré- 
gnait dans toute la nature,... mais 
les colonnes du ciel furent rompues, 
la terre fut ébranlée jusqu'aux fon- 
dements. L'homme s'étant révolté 
contre le Ciel, le système de l'univers 
fut dérangé et l'harmonie générale 
troublée ; les maux et les crimes 
inondèrent la face de la terre. » 

« D'après le livre Likyki « l'homme 
méprisa le souverain empire; il vou- 
ut disputer du vrai et du faux ; et 



ces disputes bannirent la raison éter- 
nelle. Il regarda ensuite les objets 
terrestres, et les aima trop : de là na- 
quirent les passions.... Voilà la source 
de tous les crimes, et ce fut pour les 
punir que le Ciel envoya tous ces 
maux. » (p. 146 et suiv.) 

Nous u'avons vu dans les kings 
déjà traduits rien qui rappelle aussi 
clairement la tradition grecque de 
l'âge d'or et de l'âge de fer, et, par 
là même, la Genèse, relativement à 
la déchéance; mais nous n'avons pas 
lu ceux d'où cette exposition est ti- 
rée. 

Nous disons de même de ce pas- 
sage de Benjamin Bergman, analysé 
par A. F. Ozanam. 

« L'état de nos premiers pères, di- 
sent les Mongols, ne fut pas de lon- 
gue durée ; ils virent bientôt s'échap- 
per, par leur faute, toutes les félicités 
qui avaient, jusqu'alors, embelli leur 
existence. A la surfacedu sol croissait 
en abondance la plante du schismx, 
blanche et douce comme le sucre ; 
son aspect séduisit un homme, qui 
en mangea, et tout fut consommé. » 

XII 

LeTa-hio ou la grande étude a pour 
objet le perfectionnement de soi- 
même pari'applicationde cette grande 
loi morale : « Il faut développer le 
principe lumineux de la raison que 
nous recevons du ciel. » 

On y cite un vieux livre appelé livre 
des vers. 

On y trouve le syllogisme et toute 
la manière de procéder des anciens 
Grecs. 

« La première condition, pour bien 
gouverner, c'est de savoir mettre le 
bon ordre dans sa famille. » 

Le morale du Ta-hio est aussi par- 
faite que celle des autres ouvrages de 
Koung-Feu-Tseu. 

Il est précédé d'une préface compo- 
sée l'an H 91 de notre ère par le doc- 
teur Tchou-Hi. 

Dans cette préface on distingue, en 
dehors des disciples de Koung-Feu- 
Tseu, le secte des Tao-Ssé, qui eut, 
pour fondateur Lao-Tseu, adversaire 
du philosophe, et la se :te des bou- 
dhistes, fondée par Boudha, réforma- 



CON 



103 



CON 



teur indien dont il sera question, et 
antérieur à Koung-Feu-Tseu d'à peu 
près 400 ans. 

La doctrine des Tao-Ssé est qualifiée 
par l'auteur de doctrine du vide et 
de la non-entité ; et celle des boudhis- 
tes de doctrine du repos absolu et de 
l'extinction finale. 

Celle de Koung-Feu-Tseu, qui tient 
le milieu, est celle de la raison pure. 
Observons ici que, malgré la vérité 
de cette observation et la belle mo- 
rale du philosophe, ses livres ne sont 
pas de nature à faire avancer la civi- 
lisation. Ils laissent le peuple trop 
loin de la divinité ; ils le centralisent 
trop dans l'empereur. 

Il ne suffit pas de dire que Dieu est 
la grande raison, la grande unité, le 
souverain Seigneur, le Ciel auguste, 
etc. Il faut encore, pour qu'un peuple 
marche, ne point tendre entre lui et 
cette grande raison le rideau d'un 
seul homme ; il faut le mettre en rap- 
port direct et immédiat avec Dieu lui- 
même ; c'est alors qu'il comprend ce 
qu'il est, qu'il entend ses affaires, et 
qu'ilserésume dans sa destinée. Voilà 
ce qu'a fait Jésus-Christ, et lui seul 
l'a fait. 

Au reste, il est heureux que la ci- 
vilisation chinoise soit là, depuis tant 
de siècles, en exemple de ce que peut 
opérer la droite raison. Elle prouve 
au monde qu'il lui faut deux bras 
pour aller à son terme, celui de la 
nature et celui de la grâce; qu'avec le 
premier seul il reste à moitié che- 
min. 

XIII 

Le Tchoung-Young ou l'invariabi- 
lité dans le milieu, recueil de maxi- 
mes de Koung-Feu-Tseu, par Tseu- 
Ssé, son petit-fils et son disciple, est 
le deuxième livre classique. 

Il est profond dans la science mo- 
rale et n'offre rien à reprendre. 

Il a pour but de montrer que la 
grande règle de la vie intellectuelle 
et morale consiste à éviter, en toute 
chose, de se jeter dans les extrêmes. 

Il contient une foule de maximes 
belles comme celle-ci : 

« Celui dont le cœur est droit et 
qui porte aux autres les mêmes senti- 
ments qu'il a pour lui-même ne s'é- 
III. 



carte pas de la loi morale du devoir 
présentée aux hommes par leur na- 
ture rationnelle. Il ne fait pas aux 
autres ce qu'il désire qui ne lui soit 
pas fait à lui-même. » (Ch. 13. f 3.) 

On y rencontre des pensées très-phi- 
losophiques et très-élevées sur Dieu 
et la nature humaine. 

« Le parfait est par lui-même par- 
fait, absolu. » 

« La loi du devoir estpar elle-même, 
loi du devoir. » 

« Le parfait est le commencement 
et la lin de tous les êtres. » 

« Sans le parfait les êtres ne seraient 
pas. » 

« Il n'y a que l'homme qui soit ca- 
pable de discerner le bien du mal. » 

Le chap. 31 renferme de fort belles 
choses sur la sublimité de l'âme hu- 
maine. « Ses facultés, est-il dit, ses 
vertus puissantes l'égalent au ciel. » 

Voici une phrase singulière : « Le 
prince sage est cent générations à at- 
tendre le saint homme , et il n'est pas 
sujet à nos erreurs ; il cherche la 
preuve de la vérité dans les esprits et 
les intelligences supérieures. » 

Il n'est question, à toutes les pages 
de ce livre, que de la droite raison. 

XIV 

M. Abel Rémusat fait les réflexions 
suivantes sur le saint homme des 
cent générations dont il est parlé dans 
l'Invariable milieu : 

Il cite une glose d'un auteur chi- 
nois portant « que le saint homme 
des cent générations (pëchi) est très- 
éloigné, et qu'il est difficile de se 
former, à son sujet, une idée nette; 
que, dans l'attente où il est du saint 
homme des cent générations, le sage 
se propose à lui-même une doctrine 
qu'il a sérieusement examinée ; et 
que, s'il parvient à ne commettre au- 
cun péché contre cette doctrine, qui 
est celle des saints, il ne peut plus 
avoir de doute sur lui-même. » Et il 
ajoute : « Pë-chi, cent générations, est 
ici une expression indéfinie qui mar- 
que un long espace de temps. Mais 
un chi est l'espace de trente ans, cent 
chi font donc trois mille ans ; et, à 
l'époque ou vivait Confucius, il serait 
bien extraordinaire qu'il eût dit que 
le saint homme était attendu depuis 
13 



CON 



194 



GON 






> 



trois mille ans. J'abandonne du reste 
aux réflexions du lecteur ce passage, 
qui, à ne le prendre même que. dans 
le sens ordinaire, prouve du moins 
que l'idée de la venue d'un, saint était 
répandue à la Chine dès le sixième 
siècle avant l'ère vulgaire. » 

(Traduction Je l'Invariable mileu. p. 158.] 

Le même orientaliste cite un traité 
de la religion musulmane écrit en 
chinois, dans lequel on litce morceau : 
« Le ministre phi consulta Confur 
dus, et lui dit : maître, n'ètes-vous 
pas un saint homme ? Il répondit : 
Quelque effort que je fasse, ma mé- 
moire ne me rappelle personne qui 
soit digne de ce nom. Mais, reprit le 
ministre, les trois rois n'ont-iîs pas 
été des saints? Les trois rois, répon- 
dit Confucius, doués d'une excellente 
bonté, ont été remplis d'une prudence 
éclairée et d'une force invincible; 
mais moi, Kbiéou, je ne sais pas s'ils 
ont été des saints. Le ministre reprit ; 
Les cinq seigneurs n'ont-ils pas été 
des saints? Les cinq seigneurs, dit 
Confucius, doués d'une excellente 
bonté, ont fait usage d'une charité 
divine et d'une justice inaltérable ; 
mais, moi Kbiéou, je ne sais pas s'ils 
ont été des saints. Le ministre lui de- 
manda encore : Les trois Augustes 
n'ont-ils pas été des saints ? Les trois 
Augustes, répondit Confucius, ont'pu 
faire usage de leur temps ; mais, moi, 
Kbiéou, j'ignore s'ils ont été des saints. 
Le ministre, saisi de surprise, lui dit 
enfin : S'il en est ainsi, quel est donc 
celui que l'on peut appeler saint ? 
Confucius, ému, répondit pourtant 
avec douceur à cette question : Moi, 
Kbiéou, j'ai entendu dire que, dans 
les contrées occidentales, il y aurait un 
saint homme qui, sans exercer aucun 
acte de gouvernement, préviendrait 
les troubles; qui, sans parler, inspi- 
rerait une foi spontanée; qui, sans 
exécuter de changements, produirait 
naturellement un océan d'actions mé- 
ritoires; aucun homme ne saurait 
dire son nom; mais, moi, Khiéou, 
j'ai entendu dire que c'était là le vé- 
ritable saint. » If Invariable milieu de 
M. Rômusat : p. 144 nota.) 

M. de Guignes dit que a c'était en 
Chine une ancienne croyance qu'à la. 
religion desidoles, qui avait corrompu 



la religion primitive,, succéderait la 
dernière religion, celle qui devait du- 
rer jusqu'à la destruction du monde. » 
(Mémoire de l'Académie des Inscrip- 
tions, t, xlv p. 543.J 

Ramsay affirme que « les livres de 
Liiyki parlent d'un temps où tout 
doit être rétabli dans la première 
splendeur par l'arrivée d'un héros 
nommé Kiuntsê, qui signifie pasteur 
et prince, à qui ils donnent aussi les 
noms de Trés-Saint, de Docteur Uni- 
versel et de Vérité Souveraine. C'est, 
dit-il, le Mithxa des Perses, T'Orus. 
des Egyptiens, et le Brahma des In- 
diens. Les livres chinois, poursuit-il, 
parlent même des souffrances et des 
combats de Kiuntsé.... II paraît que 
la source de toutes ces allégories est 
une très-ancienne tradition, commune 
à toutes les nations, que le dieu 
mitoyen,, à qui elles donnent toutes 
le nom de Soter ou Sauveur, ne dé- 
truirait les crimes qu'en souffrant lui- 
même beaucoup de maux. » [Discours 
sur la mythologie p. 150.) 

Enfin le livre intitulé : Morale de 
Confucius, dit, n° 196 que, « d'après 
ce philosophe, un saint devrait être- 
envoyé du ciel; qu'il saurait toute* 
choses, et qu'il aurait tout pouvoir 
an ciel et sur la terre. » 
■ Le P. Intorcesta rapporte, dans sa 
vie de Confucius, que ce grand homme 
parlait d'un « saint qui existait ou 
qui devait exister dans l'Occident. ». 
Sur quoi M. Abel Rémusat fait ob- 
server que « cette particularité ne se 
trouve ni dans les kings — nous ne l'y 
avons pas vue en effet — ni dans les 
tsé-chou, mais qne cette parole du 
philosophe chinois se trouve consi- 
gnée dans le ssé-vven-Iouï-thsiu, ch. 
33 ; dans le chan-thang-ssékhao- 
fching-tsi, ch. 1 er et dans le lieï-tsen- 
thsio-nan-chou. » (L'invariable milieu., 
p.. 144.) 

« D'après le décret de Xacca (c'est 
le Eo dont le peuple suit la doctrine 
dans la Chine, dans la Cochinchine» 
au Tonquin, à Siain, au Japon, etc.f 
On croit qu'un Dieu sera l'auteur du 
salut des hommes, après qu'il aura 
satisfait au Dieu suprême pour les. 
péchés des hommes. » 

C'est Huet qui disait cela, il y a 
deux cents ans. Avant de donner" foi 



CON 195 

entière à des traditions .de ce genre, 
il faut les bien constater ; sur celle-là 
les témoignages sont très-nombreux. 

XV 

Le plus beau de tous les livres où 
est exposée la doctrine du philoso- 
phe est le Lun-Yu, ou les Entretiens 
philosophiques ,, troisième livre clas- 
sique. 

Il est divisé en deux parties, le 
Chang-lun et le Hia-Iun. 

Voici la forme : « Le philosophe 
— c'est-à-dire Young-Feu-Tseu — dit... 
Yéou-Tseu — ou un autre nom — 
dit » — Tous ces personnages se- 
condaires sont autant de disciples du 
maître. 

Il est encore parlé de sacrifices aux 
ancêtres et à des esprits, ainsi que du 
grand sacrifice royal incompréhen- 
sible. 

« Si, le matin, vous entendez la 
voix de la raison céleste, le soir vous 
pourrez mourir. » 

« La vertu ne restera pas comme 
une orpheline abandonnée ;, elle aura 
des voisins. » 

La grande vertu du philosophe, 
celle qui est le résumé de toutes les 
autres, est exprimée par un mot qui 
correspond à l'humanité. Ce terme est 
à peu près synonyme, dans l'esprit 
des interlocuteurs, du mot sainteté 
chez les chrétiens. 

On y trouve quelques traits satiri- 
ques : 

« Je n'ai pas encore vu un homme 
qui ait pu s'apercevoir de ses défauts 
et qui s'en soit blâmé intérieure- 
ment. » 

Le philosophe résume sa vertu de 
l'humanité, qu'il n'ose presque pas 
nommer par respect, dans ce principe: 
i< Agir envers les autres comme 
nous voudrions qu'on agît envers 
nous-même — il n'y à rien au delà. » 
« Ma doctrine est simple et facile à 
pénétrer, dit le philosophe — cela 
est certain, reprit un disciple — le 
philosophe étant parti, les autres dis- 
ciples demandèrent ce que cela vou- 
lait dire — Thscng-Tseu répondit : 
la doctrine de notre maître consiste 
uniquement à avoir la droiture du 
cœur et à aimer son prochain comme 
soi-même. » 



CON 



« Le philosophe dit : celui qui con- 
naît les principes de la droite raison 
n'égale pas celui qui les aime. Celui 
qui les aime n'égale pas celui qui en 
fait ses délices et les met enpratique.» . 

« Le philosophe pleure sur les vices ] 
des hommes qui ne se corrigent pas.» 

Les esprits les plus ardents à déni- 
grer la philosophie la respecteront 
dans le philosophe Chinois, ne serait- 
ce que par condescendance pour les 
liens de parenté qu'elle présente avec 
la charité évangélique, dont voici le 
portrait tracé par S. Paul. 

« La charité est patiente; elle est 
douce, elle ne cherche à surpasser 
personne, elle n'agit point avec té- 
mérité, elle ne s'enfle point. 

« Elle n'est point ambitieuse; elle 
ne suit point ses intérêts, elle ne s'ir- 
rite point; elle ne pense point le 
mal. 

« Elle ne se réjouit point dans l'in- 
justice; mais elle se plaît dans la vé- 
rité. 

« Elle tolère tout, elle croit tout, 
elle espère tout, elle souffre tout. » 
(Cor. xni, 4 et suiv.) 

Ici le coup d'œil est plus assuré, le 
pas plus ferme, et le résumé plus ra- 
pide. 

XVI 

« Le philosophe n'a fait qu'étudier 
les anciens. » 

« Le philosophe n'a rien de caché 
pour ses disciples. » 

« Le philosophe ne peut parvenir 
à voir un saint homme. Tout ce qu'il 
peut c'est de voir un sage. » 

« Le philosophe péchait à l'hame- 
çon. » 

« Le philosophe était malade. Il 
demande que ses disciples prient pour 
lui les esprits et les génies. On lui 
répond : cela convient, car il est dit 
dans le livre Lou'i : adressez vos 
prières aux esprits et aux génies d'en 
haut et d'en bas. » 

« Le philosophe perdit son dis- 
ciple Hoéi. Oh! qu'il aimait son dis- 
ciple iloéi I Oh! nu il était sage, Hoéi !... 
Il était pauvre, Hoéi!... Le philosophe 
pleurait Hoéi, car il était mort jeune! » 

« Le philosophe faisait des sacri- 
fices. Il avait pour lui des jours d'abs- 
tinence. Alors il se mortifiait. » 



CON 



198 



CON 



h 



« Le philosophe ne mangeait jamais 
de primeurs. Il ne mangeait jamais 
sans offrir un peu de ses aliments en 
oblation ou sacrifice. » 

« Le philosophe allait à la cour. Il 
dinait aussi dans les cabanes invité 
par ceux du village. » 

« Le philosophe saluait toujours 
une personne en deuil ; pour la saluer 
il descendait de son attelage. » 

« Le philosophe aime et vante le 
pauvre.... les richesses, c'est pour 
lui le nuage flottant qui passe. » 

« Le philosophe dit : On connaît 
la dimension des angles d'un carré 
quand on en connaît un. Il en es1 
ainsi des vertus. » 

Koung-Feu-Tseu est représenté par 
ses disciples comme un homme par- 
fait. 

JVII 

Voici une règle de conduite : 
« Marcher droit sans faire attention 
aux autres, même aux anciens. » 

Voici encore une définition de la 
vertu d'humanité : « Avoir un empire 
absolu sur soi-même, retourner aux 
lois primitives de la raison céleste 
manifestées dans les sages coutumes, 
dompter ses penchants, vaquer à la 
pratique des lois primitives. » 

« La vie et la mort sont soumises 
à une loiimmuable fixée dès l'origine. 
Richesses et honneur viennent aussi 
du Ciel. » 

« Un grand dit : Que servent les 
ornements de l'éducation à. l'homme 
supérieur? Un disciple répond : Les 
ornements de l'éducation et le natu- 
rel sont une même chose. » 

Il est question de sacrifices pour 
demander de la pluie. Mais tous ces 
sacrifices ne paraissent pas être per- 
mis au peuple ; c'est le prince qui les 
fait comme grand sacrificateur. 

« L'homme supérieur hésite dans 
ce qu'il ne connaît pas bien. » 

Rien n'est plus exact que cette ob- 
servation. Le doute, toutes les fois 
qu'il n'y a pas connaissance certaine, 
est le caractère distinctif de l'homme 
supérieur par le cœur et par l'intel- 
ligence. 

« Le philosophe dit : Si des hommes 
sages et vertueux gouvernaient cet 
état pendant sept années, ils pour- 



raient dompter les hommes cruels el 
supprimer tous les supplices. » 

Cette réflexion est admirable pai 
l'esprit qui l'inspire et elle prouve que 
le philosophe avait son franc parler. 

« Le philosophe dit : Si je possé- 
dais le mandat du Ciel, il ne me fau- 
drait pas plus d'une génération pour 
faire régner partout la vertu de l'hu- 
manité. » 

Le philosophe trouvait donc ceux 
qui gouvernent bien sots ou bien cou- 
pables. 

« Ce qui prouve en votre faveur, 
c'est l'amour des hommes vertueux 
et la haine de ceux qui ne le sont pas.» 

On pourrait objecter que l'amour 
de tous prouve encore davantage ; 
mais l'objection prouverait qu'on 
n'aurait pas compris. 

« Le philosophe ne veut pas du 
suicide. Il dit : Vous devez vivre poul- 
ie bien que vous avez à faire ; celui 
qui se tue ne pratique pas la vertu 
de l'humanité. » 

C'est en parlant d'un grand mi- 
nistre qui, s'il s'était donné la mort 
dans une occasion qui semblait l'y 
inviter, n'aurait pas civilisé son pays 
comme il le fit ensuite, que Koung- 
Feu-Tseu donne cette leçon. 

XVIII 

Mohammed dit dans le Koran : 
Rendez le mal pour le mal. 

Jésus dit dans l'Evangile : Rendez 
le bien pour le mal. 

Koung-Feu-Tseu, quand la même 
question se présente à son esprit, est 
embarrassé. Il prend un milieu. Il dit : 

« Si l'on rend bienfait pour injure; 
avec quoi paiera-t-on le bienfait lui- 
même? payez l'injure par l'équité; 
et le bienfait par le bienfait. » 

Il y a en effet une différence entre 
l'équité pure et le bi< nfait. L'équité 
consiste à ne pas faire ce qui est mal ; 
le bienfait est un acte de charité que 
l'on ne doit pas. 

Koung-Feu-Tseu, en résolvant ainsi 
laquestion, était dans la raison droite; 
Mohammed était dans l'erreur ; et l'E- 
vangile est dans la perfection surna- 
turelle. 

« Le philosophe dit : Je ne suis pas 
connu des hommes. Si quelqu'un me 
connaît, c'est le Ciel. » 



CON 



197 



CON 



« Sois sévère envers toi-même et 
indulgent envers les autres. » 

« Le philosophe dit : L'homme su- 
périeur ne s'afllige pas d'être ignoré 
et méconnu des hommes. » 

« Les hommes vertueux, qu'ils sont 
rares ! » 

« Le mot chou signifie : faire aux 
autres ce que nous voulons qu'ils 
nous fassent. Le philosophe a répandu 
partout le mot chou. » 

« Ne te fie pas au jugement de la 
foule. » 

« Instruis tout le monde sans dis- 
tinction de rang. » 

Ce précepte laisse loin derrière lui 
certaines théories égyptiennes etgrec- 
ques : il rappelle l'Evangile. 

Le Lun-yu, comme le Chou-king, 
donne d'excellentes règles de clé- 
mence aux empereurs, mais en les 
appelant les fils du Ciel et en exagé- 
rant le respect qui leur est dû. 

Il donne, au reste, à penser que le 
philosophe était plus que hardi à 
l'égard des rois. 

11 exalte l'importance des rites et de 
la musique. « Le philosophe dit : Ne 
donnez pas d'avis à un supérieur 
sans y avoir été invité. » 

« Le livre des vers est propre à 
réunir les hommes dans une mutuelle 
harmonie. » 

Il est probable que ce livre des vers 
était un poëme. 

« Le philosophe dit : Les hommes 
aux paroles artificieuses et fleuries, 
aux manières engageantes, sont rare- 
ment doués de la vertu d'humanité. » 

Rien de plus juste. 

« On demande au philosophe de 
parler davantage. Il répond : Le ciel, 
comment parle-t-il?... Les quatre 
saisons suivent leurs cours ; les êtres 
de la nature reçoivent tour à tour 
l'existence. Comment le ciel parle- 
t-il?.. » 

H serait difficile d'imaginer plus de 
profondeur, de finesse et de poésie. 

« Le philosophe chantait sur la 
gnitare. » 

Lao-Tseu était son adversaire et pro- 
fessait d'autres doctrines . mais il 
n'en dit pas de mal. 

» Un disciple dit : Les fautes de 
l'homme supérieur sont des éclipses 
de soleil » 



On ne lit dans toutes les œuvres de 
Koung-Feu-tseu, soit rédigées par lui- 
même, soit rédigées, sous ses yeux, 
par ses disciples, qu'un seul mot qui 
sente le fatalisme. C'est dans le Hia- 
Lun du Lun-Yu, c'est-à-dire le second 
livre des entretiens philosophiques ; 
voici ce mot. 

« Le philosophe dit : Si la voie de 
la droite raison doit être suivie, c'est 
le décret du Ciel. Si elle est aban- 
donnée, c'est le décret du Ciel. Com- 
ment arrêter les décrets du Ciel. » 

Comme le philosophe enseigne , 
dans beaucoup d'autres passages, le 
dogme de la liberté morale dans 
l'homme, celui-ci peut s'entendre à 
peu près comme le dogme chrétien 
de la prédestination; reste ensuite à 
concilier, dans sa philosophie, comme 
dans notre théologie, l'influx de Dieu 
et sa prescience avec la liberté de 
nos volitions. 

Passons au quatrième des livres 
classiques, à celui de Meng-Tseu, qu'on 
a latinisé en Mencius. 

XIX 

Meng-Tseu dit : 

«DeYaoà Tching-Tang, cinq cents 
ans et plus ; de Tchin-ïang à Veu- 
Vang, cinq cents ans et plus ; de 
Veu-Vang àKoung-Tseu, (Koung-Feu- 
Tseu) cinq cents ans et plus ; de 
Koung-Tseu à moi, cent ans et plus. » 

Le philosophe Meng-Tseu ou Moun- 
Tsê, était un admirateur de Koung- 
Feu-Tseu;il fit un livre, lequel porte 
son nom, où il développa la philoso- 
phie du maître sous forme d'entretiens 
avec des rois, des ministres ou ses 
disciples. 

Ce livre, qui est le quatrième des 
livres classiques, n'a pas la même 
physionomie que les précédents ; il a 
une teinte plus moderne ; il est plus 
suivi, forme un ensemble plus symé- 
trique. Ce sont les idées de Koung- 
Feu-Tseu exprimées d'une manière 
qui annonce un peuple plus avancé 
en littérature. 

Les discours de Meng-Tseu au roi 
et aux ministres sont longs, et ren- 
ferment des avis très-développés sur 
les moyens à prendre pour rendre le 
peuple heureux. 



CON 



198 



GON 



Dans ce livre on cite beaucoup le 
Chou-king. 

Il n'y est pas question explicitement 
d'une autre vie; mais on y remarque 
des choses qui en supposent l'exis- 
tence. 

Meng-Tseu appelle , comme Homè- 
re, les rois les pasteurs des hommes. 

« Quand vous voyez des hommes 
morts de faim, vous dites: Ce n'est pas 
ma faute, c'est celle de la stérilité de 
la terre — c'est comme celui qui 
aurait tué un homme et qui dirait : 
Ce n'est pas ma faute, c'est celle de 
mon épée. — Voilà ce que dit Meng- 
Tseu. » 

a 11 dit encore : Y a-t-il de la diffé- 
rence entre tuer un homme avec une 
épée ou le tuer avec un. mauvais 
gouvernement? » 

« Celui qui ne gouverne pas bien, 
c'est safaute, il suffit du bon vouloir. » 

« Meng-Tseu est sévère contre les 
richesses , contre la fureur de la 
chasse et la passion du plaisir chez 
les rois. Les rois doivent passer leur 
temps à visiter l'empire et à s'occuper 
des sujets qui souffrent. » 

« Le livre des vers dit : On peut 
être velu et puissant; mais il faut 
avoir de la compassion pour les mal- 
heureux , pour les veuves et pour les 
orphelins. » 

« Le roi cite Vou-Vamg, sujet, qui 
avait mis à mort Chéou-Sin, dernier 
roi de la deuxième dynastie, et il 
ajoute : Un sujet a-t-il le droit de tuer 
son prince ? Meng-Tseu répond : Un 
voleur et un tyran sont des hommes 
isolés, réprouvés. Vou-Vang a mis à 
mort un isolé, un réprouvé nommé 
Chéou-Sin. Il m'a pas tué son prince, a 

« Meng-Tsen dit : les princes sont 
les sujets des sages et des hommes 
éclairés. » 

•« Meng-Tseu dit : L'intelligence est 
la partie la plus noble; l'esprit vital 
vient après ; il faut l'harmonie entre 
l'un et l'autre. » 

XX 

■« Meng-Tseu dit : Il u'y a que le 
ciel qui soit grand, disait Koung-Tseu. 
Il n'y a que Yao qui ait imité sa 
grandeur. » 

« Faire de l'obéissance et de la sou- 



mission sa règle de conduite est la 
loi de la femme mariée. » 

Dans les livres chinois on ne parle 
du mariage qu'en y supposant un 
seul homme et une seule femme. Ce- 
pendant Meng-Tsen semble dire qu'on 
pouvait avoir une deuxième femme. 
La première est appelée la femme lé- 
gitime et la seconde est appelée con- 
cubine ou femme du deuxième rang. 
« Ne parlez pas, dit-il, à votre épouse 
de votre concubine. » 

Meng-Tseu condamne et qualifie de 
méprisables les amants qui, avant le 
mariage, se voient à la dérobée. 

« Meng-Tseu dit : Si l'on sait que 
ce que l'on pratique n'est pas con- 
forme à la justice, il faut cesser in- 
continent. Pourquoi attendre à l'année 
prochaine ? » Il s'agissait, quand il 
écrivit ce précepte, d'un homme 
qui volait des poules. 

Meng-Tseu, à l'imitation de Koung- 
Tseu, rappelait aux hommes les an- 
ciennes traditions. 

« Koung-Tseu peut être nommé 
le grand ensemble de tons les sons 
musicaux qui concourent à former 
l'harmonie.» 

« Il y aune destinée, disait Koung- 
Tseu. » 

«Les saints hommes de l'antiquité 
avaient la même tendresse pour l'en- 
fant au berceau et pour le premier 
venu. » 

ce Meng-Tseu dit : Respectez le plus 
âgé. Servez, le premier, en versant 
le vin, le dernier du village, s'il est le 
plus âgé. » 

« Selon Lao-Tseu, la nature, par 
elle-même n'est nibonne ni mauvaise; 
Meng-Tseu dit qu'elle est bonne et 
que, si on la suit, on sera bon. » 

Cette phrase est remarquable; elle 
établit une ligne de démarcation 
entre la philosophie de Koung-Feu- 
Tseu et celle de Lao-Tseu, son adver- 
saire, fondateur de la secte des Tao- 
Ssé. 

Voici un principe fécond qui a été 
rendu par saint Augustin sous cette 
formule concise, la vertu est l'ordre 
dans l'amour, et qui est la base de 
toute philosophie morale : 

« Tout le bien consiste à préférer 
ce qui est préférable. L'équité est pré- 
férable à la vie ; c'est pourquoi, dit 



CON 



190 



CON 



Meng-Tseu, la mort serait -en face de 
moi que je ne lafuiraispasponr suivre 
l'iniquité. » 

On remarquera, dans l'énoncé, la 
forme syllogistique laquelle est, en 
effet, inévitable dès que l'on parle ou 
que l'on écrit. 

Voici la même idée sous d' autres 
expressions: 

« Celui qui néglige ce qu'il y a de 
noble en lui pour soigner ce qu'il y 
a de vil (il s'agit de l'âme ef dn corps) 
est comme le jardinier qui néglige 
les arbres Ou et Kia pour le juju- 
bier. » 

« Bonne renomméevaut mieux que 
ceinture dorée. » 

« Préférez les rites atout. » 
Les rites étaient les modes d'ado- 
ration de la grande unité. 

^ « Meng-Tseu dit: Le ciel est la source 
d'où la raison procède. Celui qui con- 
naît la raison connaît le ciel. Celui 
qui alimente sa nature rationnelle se 
conforme aux intentions du ciel. » 

XXI 

« Sous Yao les eaux débordèrent 
de toutes parts. Ce furent les grandes 
et vastes eaux. » 

« Le pbilosopbe dit : Si la tyrannie 
qu'exerce un prince est extrême, 
alors sa personne est mise à mort, 
et son royaume est détruit. Le peuple 
lui donne le surnom d'bébôté et de 
cruel. La postérité de l'hébété et du 
cruel fùt-elle sage, elle ne pourra 
changer ces noms imposés par la jus- 
tioe populaire. » 

« La base de l'empire est dans le 
royaume ; la base du royaume est 
dans la famille ; la base de la famille 
est dans la personne. » 

La manière dont est formulé ce 
principe évident, que les théories 
communistes retournent à l'envers, 
prouve qu'alors la Chine était une fé- 
dération du royaume centralisée dans 
un empereur unique. Il y avait con- 
tradiction entre la maxime du phi- 
losophe et la constitution, sans que 
le philosophe parfit s'en douter. 

« Obtenir le peuple, c'est obtenir 
l'empire. Un'ya pas d'autremoyen. » 

Remarquez que, malgré sa théorie 
apparente du droit divin, le philo- 



sophe, creusant la question soit dog- 
matiquement soit empiriquement, 
conclut toujours à la souveraineté 
du peuple. 

« Chun aida Yao dans l'adminis- 
tration pendant vingt-huit ans ; cela 
ne fut pas le résultat de la puissance 
de l'homme, mais du Ciel. » 

La Providence est partout invoquée 
dans la philosophie chinoise. 

« Les intentions du Ciel pour la 
succession de l'empire se manifestent 
par le vœu populaire; et le vœu se 
produit sous trois formes, l'adhésion 
des vassaux, l'adhésion du peuple et 
l'adhésion des poètes. » 

Il est à remarquer que les poètes 
'ne soient pas oubliés dans les livres 
philosophiques d'où la poésie, avec 
le surnaturel, est le plus rigoureuse- 
ment bannie. 

« Meng-Tseu appelle les princes 
qui pressurent les peuples des voleurs 
de grands chemins. » 

« Dès que les sages ont quitté les 
abords du prince, ceux dont le vi- 
sage donne toujours un assentiment 
arrivent en foule. » 

Diminuer les désirs est le moyen 
de faire croître en nous l'humanité. » 
« Meng-Tseu attribue aux orphelins 
et aux enfants dont le père est in- 
connu plus de vertu qu'aux autres, 
parce qu'ils sont le fruit de leurs pro- 
pres œuvres. » 

Cela suffirait pour montrer com- 
bien Koung-Feu-Tseu et son école 
étaient au-dessus des préjugés . 

Les livres de Koung-Feu-Tseu ont 
eu les honneurs de la persécution. 
L'empereur Hi-Hoanti, deux cents 
ans après la mort du 'philosophe, en 
ordonna des auto-da-fé dans tout l'em- 
pire, et en aurait détruit, s'il avait 
pu, fous les exemplaires. 

XXII 

Les livres du philosophe chinois 
ressemblent beaucoup à ceux de nos 
livres sacrés qu'on a nommés les livres 
sapientiaux, aux proverbes de Salo- 
mon, au livre de la sagesse et à l'ec- 
clésiastique. 

Ceux-ci l'emportent sur les Kings 
en ce qu'ils sont exempts de toute 
apparence de superstition, ce dont 



CON 



200 



CON 






Kormg-Fcu-Tseu, malgré sa prudence 
exirème, n'est pas tout à fait pur ; en 
ce qu'ils sont inspirés par une théo- 
logie dogmatique qui se montre sans 
cesse avec largeur et hardiesse; et en 
ce qu'ils se distinguent par une vi- 
rilité, une énergie, un ton divin 
beaucoup plus propices au dévelop- 
pement du beau que la grande mo- 
destie de Koung-Feu-Tseu. 

Qu'on en juge par le début de l'ec- 
clésiastique, dans lequel le mot sa- 
gesse doit être considéré comme le 
synonyme de celui clc droite raison, 
dont use le philosophe : 

« Toute sagesse vient du Seigneur 
Dieu. 

« Elle fut toujours avec lui. 

« Elle est avant le temps . 

« Qui a compté l'arène des mers, 
et les gouttes de la pluie, et les jours 
de la durée? 

« Qui a mesuré la hauteur du ciel, la 
lalilude de la terre, et laprofondeur 
de l'abîme ? 

« Qui a scruté la sagesse de Dieu, 
précédant toutes choses ? 

« La sagesse a été créée la première 
des choses et la lumière de la pru- 
dence dès le pi'incipe. 

« La source de la sagesse estle Verbe 
de Dieu dans les hauteurs, et ses voies 
sont les lois éternelles. 

« La racine de la sagesse, à qui a- 
t-elle été révélée, et quia pénétré ses 
artifices ? 

« La discipline de la sagesse, à qui 
a-t-elle été révélée et manifestée ? 
Qui a compris la multiplicité de ses 
démarches? 

« Le Très-Haut seul, créateur tout- 
puissant, roi fort, et redoutable, assis 
sur son trône, et Dieu dominateur. 

« Lui-même l'a créée dans l'esprit- 
saint, et il l'a vue, et il l'a nombrée, 
et il l'a mesurée, et il l'a répandue 
sur toutes ses œu vres, et sur toute 
chair, selon son choix, et il l'a don- 
née à ceux qui l'aiment, etc.. » (22c- 
clésiastique, ch. 1.) 

XXIII 

Les livres de Koung-Feu-Tseu sont 
malheureusement presque complète- 
ment ignorés du peuple chinois. C'est 
une des causes de l'état d'immobilité 



dans lequel il dort depuis si long- 
temps, quoique la connaissance de 
ces livres ne fût pas de nature à l'ai- 
guillonner beaucoup, parce que Dieu 
n'y joue pas un rôle assez frappant. 
Il semble que la sagesse la plus pure 
est frappée elle-même de stérilité, 
quand elle ne nomme pas Dieu, et ne 
le montre pas aux yeux sous une 
forme visible. 

Ce n'est pas que la Chine soit sans 
révolutions. Nulle part il n'y a eu 
plus de changements de dynasties; on 
en compte plus de vingt qui se sont 
succédé ; mais ses révolutions sont 
stériles, quant à l'état moral, social 
et religieux de la population. Elles 
se bornent à mettre sur le trône une 
famille nouvelle. 

Il y a trois sectes religieuses dans 
l'empire chinois : celle d'Yu, ou de 
Koung-Feu-Tseu qui se compose des 
lettrés, celle de Fo ou de Bouddha 
(V. Bouddhisme) et celle de Tao, dont 
les partisans se nomment Tao-Tsé, et 
ont eu pour chef d'école le philoso- 
phe Lao-Tseu, quiétaitl'adversaire de 
Koung-Feu-Tseu. Le mot tao signilie 
raison ; ils se donnent donc pour ra- 
tionalistes, mais c'est un singulier ra- 
tionalisme que celui-là, comme on va 
le comprendre. 

Les lettrés seraient des hommes 
respectables s'ils n'étaient que des 
disciples du grand philosophe dont 
nous venons de faire connaître la 
doctrine; mais ils sont mandarins, 
tyrans, font adorer les empereurs, 
pressurent le peuple, et ont réduit 
toute religion et toute philosophie à 
un système politique de compres- 
sion. 

Ils font des sacrifices au Ciel ; c'est 
dans ces sacrifices que consiste le 
culte public, officiel et orthodoxe. 
Mais il paraît que, dans l'esprit de 
beaucoup, il s'agit directement du 
ciel matériel que Koung-Feu-Tseu 
payait malheureusement pas assez 
distingué de l'intelligence suprême 
qu'il qualifiait de ce nom. Cependant 
les lettrés doivent être classés parmi 
les monothéistes. Tant que le manda- 
rinat ne sera pas aboli dans la Chine, 
il n'y aura ni révolution réelle ni 
progrès. 

Ce que nous venons de dire ne 



CON 



201 



CON 



s'applique pas à tous les mandarins ; 
il y en a quelques-uns qui compren- 
nent leur maitre, mais très-peu, et 
cela vient de leurs vieux privilèges 
de richesse et de domination qui les 
matérialisent, quand ils n'en font 
pas des monstres. 

Tout cela n'ôte rien au mérite du 
sage Koung-Feu-Tseu, mais arrache 
à tout esprit de bonne foi cette con- 
clusion : Que sont les sages de ce 
monde près de notre Christ ? 

La secte des Tao-Tsé est celle des 
plus ignorants ; ses apôtres sont des 
jongleurs et des magiciens qui vont 
par les villes et les villages raconter 
des historiettes, faire des enchante- 
ments, et de l'astrologie. Ils sont 
fatalistes, ne raisonnent point, et pa- 
raissent, malgré cela, oublier complè- 
tement la divinité. Quand le feu prend 
à une maison, ils ne l'éteignent pas, 
parce que « ce serait impossible. » 
Leurs logis sont pleins de talismans, 
de ligures d'animaux, de combinai- 
sons de lettres. Les chauves-souris 
sont pour eux des oiseaux de bon 
augure. Leur religion n'est qu'une 
nécromantie ; ils tirent l'horoscope 
de l'empire sur les astres immuables. 
Enlin, comme cette secte est très- 
répandue, on peut dire que tout, en 
Chine, est ensorcelé. 

On sait, au reste, que le peuple 
chinois a sa civilisation particulière. 
Il a fait ses inventions peu à peu ; il 
possède encore beaucoup de secrets 
et de procédés que nous ignorons; il 
possédait une espèce d'imprimerie 
dès le x° siècle. Il avait la poudre et 
l'aiguille aimantée bien avant nous. 
C'est la stéréotypie qui est sa passion. 
Ilyd,enChine,beaucoup délivres et ils 
sont assez lus. Le théâtre est le jeu 
favori ; on remarque dans les comé- 
dies des scènes pleines de naturel et 
de charme. Presque toutes les sciences 
y sont cultivées, mais à l'état de no- 
tions élémentaires imparfaites. Le 
système de construction des Chinois 
est très-solide. Us ont une classifica- 
tion des animaux qui ne ressemble 
àaucune des nôtres. Ils ontdes oiseaux 
de pèche qui vont chercher le gibier 
et le rapportent. L'esclavage existe 
en Chine, quoiqu'il n'en soit pas ques- 
tion dans Koung-Feu-Tseu. Le sol est 



très-travaillé et très-cultivé, le pays 
très-salubre. Les Chinois méprisent 
tout ce qui leur vient d'ailleurs . 

Puisse la révolution qui se fait en 
ce moment (1) dans cet immense em- 
pire, déplus de 37S millions d'hom- 
mes, disent les uns, de plus de 250 
millions, disent les autres, être enfin 
une véritable révolution sociale, re- 
ligieuse, morale, scientifique, politi- 
que, humanitaire, et en amener d'au- 
tres qui complètent son œuvre. 

Le Nom. 

CONGNET ( l'abbé Louis-Henri. ) 
(Thcol. hist. biog. etbibliog.) — Gram- 
mairien français , né à Soissons , 
en 1793, M. l'abbé Congnct, membre 
de la Société Asiatique et de l'Institut 
Historique, est l'auteur d'une nou- 
velle méthode pour apprendre la lan- 
gue grecque, méthode qu'il a qualifiée 
d'enseignement positif. On peut citer 
de lui divers ouvrages adoptés dans 
les établissements religieux, tels que : 
Grammaire grecque comparée avec le 
latin, 3 e édit., 1845 ; Lexique grec- fran- 
çais , 1846; Prosodie grecque, 1848; 
Cours de thèmes, corriges, exercices, 
traductions, etc. Le Noir. 

CONGRÉGATION. L'on appelle 
ainsi à Rome une assemblée formée 
par des théologiens nommés consul- 
teurs, et présidée par un ou plusieurs 
cardinaux, pour s'occuper de divers 
objets relatifs au gouvernement de 
l'Eglise. Quelques-unes sont établies 
pour toujours , d'autres seulement 
pour un temps. Il y a une congrégation 
du concile de Trente, destinée à ré- 
soudre les doutes qui pouvaient sur- 
venir sur le sens ou sur la manière 
d'exécuter les décrets de ce concile; 
elle subsiste encore ; une congrégation 
de auxiliis, chargée d'examiner si le 
système de Molina sur la grâce était 
orthodoxe ou hérétique. Voy. Mou- 

NISME. 

Il y a une congrégation des rites, 
pour juger si telle pratique introduite 
dans le culte est louable ou supersti- 
tieuse, pour permettre ou rejeter les 
offices ou les cérémonies que l'on veut 

(I ) Il s'agissait, quand nous écrivions, du mouve- 
ment suscité par Fai-Pinzg-Vang, Le Nom. 



CON 



202 



CON 



mettre en usage, pour procéder à la 
béatification et à la canonisation des 
saints. La congrégation de propaganda 
fide, s'occupe des missions et des mis- 
sionnaires qui travaillent à la con- 
version des infidèles, etc. Voyez PRO- 
PAGANDE. BERGIER. 

Voyez aussi, comme article supplé- 
mentaire au précédent qui est insuf- 
fisant, notre arlicle Cardinaux (con- 
grégations de.) Le Noir. 

CONGRÉGATION, société de prê- 
tres séculiers, qui, sans faire de vœux, 
se sont réunis pour s'employer à des 
services d'utilité publique, tels que le 
soin des collèges et des séminaires, 
les missions de la ville ou de la cam- 
pagne, etc. Les eudistes, les joséphi- 
tes, les lazaristes, les oratoriens, 'ceux 
de Saint-Sulpice , etc., sont de ce 
nombre. L'utilité de ces congrégations 
est de rendre les établissements soli- 
des et les services plus constants, 
parce qu'elles ont toujours des sujets 
préparés pour remplir les places va- 
cantes. Plusieurs ont été établies pen- 
dant le dernier siècle ; mais comme 
le goût du nôtre est de détruire, si 
l'on écoutait nos pbilosoplies politi- 
ques, on n'en laisserait peut-être sub- 
sister aucune. Bergier. 

CONGRÉGATION DE RELIGIEUX. 

Lorsque le relâchement s'est glissé 
dans les ordres monastiques, un cer- 
tain nombre de religieux, qui vou- 
laient embrasser la réforme et revenir 
à la faveur du premier institut, se 
sont séparés des autres, ont formé 
entre eux une nouvelle association 
sous des supérieurs particuliers. Ainsi 
les bénédictins, les augustins, les cha- 
noines réguliers, etc., se sont divisés 
en différentes- congrégations. 

Bergier. 

CONGRÉGATION DE PIÉTÉ. Dans 
plusieurs paroisses, soit de la ville, 
.soit de la campagne, l'on a formé des 
associations de différents âges et des 
■deux sexes, des hommes, des femmes, 
des garçons, des iilles, pour leur faire 
pratiquer ensemble des exercices de 
piété, pour leur donner en particulier 
les avis et les instructions qui leur 



conviennent, pour les engager à se 
surveiller les uns les autres. Cet ar- 
rangement donne aux pasteurs des 
facilités pour remplir leurs devoirs 
plus commodément, entretient dans 
ces différentes sociétés une émulation 
louable, et contribue beaucoup au 
bon ordre des paroisses. Ordinaire- 
ment ces congrégations sont établies à 
l'honneur de la sainte Vierge. 

Par la même raison, l'on a formé 
dans les collèges une congrégation des 
écoliers, et dans les couvents une con- 
grégation des pensionnaires, pour les 
exciter à la piété. Comme un article 
essentiel de la foi chrétienne est la 
communion des saints, il est bon 
d'accoutumer de bonne heure les jeu- 
nes gens de l'un et de l'autre sexe à 
en prendre l'esprit, afin de les pré- 
munir contre le culte isolé et, pour 
ainsi dire, clandestin, que la plupart 
des chrétiens, surtout les grands, af- 
fectent pour leur commodité. 

Bergier. 

CONGRÉGATION DE NOTRE- 
DAME, ordre de religieuses institué 
par le B. Pierre Fourier, chanoine 
régulier de Saint-Augustin, curé de 
Mataincourt en Lorraine; c'est lui 
qui en a dressé les constitutions. Cet 
ordre a beaucoup de rapport à celui 
des ursulines, il a été établi dans le 
même temps, pour l'éducation des 
jeunes filles et pour l'instruction gra- 
tuite des enfants des pauvres. En 1515 
et 1516, Paul V permit à la mère 
Alix et à ses compagnes de prendre 
l'habit religieux, d'ériger leurs mai- 
sons en monastères, et d'y vivre en 
clôture sous la règle de saint Augus- 
tin. Ces religieuses furent agrégées g 
l'ordre des chanoines réguliers de la 
congrégation de notre Sauveur, par 
une bulle d'Urbain VIII, l'an 1628. 
Elles ont un grand nombre de mo- 
nastères en Lorraine, dans quelques 
autres provinces de France, et en Al- 
lemagne. La feue reine Marie, prin- 
cesse de Pologne, leur a fait bâtir à 
Versailles un superbe monastère dans 
lequel la communauté de Compiègne 
a été transférée et confirmée par let- 
tres patentes du roi en 1772. Ces re- 
ligieuses y remplissent leur destina- 
tion, sous la protection de Mesdames, 



CON 



203 



CGN 



héritières de la piété de la reine leur 
mère. Bergier. 

C0NGRUI5ME, système sur l'effi- 
cacité de la grâce, imagiuépar Suarez, 
Vasquez, et quelques autres, pour 
rectifier celui de Molina. 

Voici la manière dont ces théolo- 
giens conçoivent la suite des décrets 
de Dieu. 1° De tous les ordres possi- 
bles des choses, Dieu a choisi libre- 
ment celui qui existe et dans lequel 
nous nous trouvons. 2° Dans cet ordre, 
Dieu veut, d'une volonté antécédente, 
mais sincère, le salut de toutes ses 
créatures libres, sous condition qu'el- 
les le voudront elles-mêmes, c'est-à- 
dire, qu'elles correspondront aux se- 
cours qu'il leur donnera. 3° Il donne 
en effet à toutes, sans exception, des 
secours suffisants pour acquérir le 
bonheur éternel. 4° Avant même de 
donner ces grâces, il connaît par la 
science moyenne ce que ■chacune de 
ses créatures sera, quelle que soit la 
grâce qu'il lui donnera ; il voit quelle 
grâce sera congrue on incongrue, aura 
ou n'aura pas un rapport de conve- 
nance avec les dispositions de la vo- 
lonté de chacune des créatures en 
particulier; par conséquent, quelle 
grâce sera efficace ou inefficace. 5° Par 
une volonté purement gratuite, par 
un décret absolu et efficace, il choisit 
un nombre de ses créatures , et leur 
donne par préférenee des grâces con- 
grues, ou dont il a prévu l'efficacité. 
6° Par la science de vision, il prévoit 
quelles seront les créatures qui méri- 
teront d'être sauvées, et quelles sont 
celles qui mériteront d'être réprou- 
vées. 7° En conséquence de leurs mé- 
rites ou de leurs démérites prévus, il 
décerne aux unes la récompense éter- 
nelle, aux autres les supplices de 
l'enfer. 

Selon les partisans de ce système, 
l'homme aidé par une grâce congrue, 
ou qui a un rapport de 'convenance 
avec les dispositions de sa volonté, 
choisirainfailliblement,quoiquelibre- 
ment et sans nécessité, le meilleur ; 
l'effet de la grâce et le consentement 
de l'homme sont donc infaillibles, 
puisque la science moyenne, par la- 
quelle Dieu les a prévus, est infail- 
lible. 



Lorsqu'on demande aux congruistes 
en quoi consistel'e/'/icac^é delà grâce, 
ils répondent : Si par efficacité l'on 
entend la force que la grâce a de 
mouvoir et de déterminer la volonté, 
elle vient de la grâce môme. Si l'on 
entend l'effet qui s'ensuivra, il partira 
de la volonté aidée par la grâce. Si 
l'on entend la connexion qu'il y a 
entre la grâce et le consentement de 
la volonté, elle vient de l'une et de 
l'autre. Si enfiu l'on entend l'infailli- 
bilité de cette connexion, elle vient de 
la science moyenne, qui ne peut pas se 
tromper. 

On demandera sans doute quelle 
différence il y a entre ce système et 
celui de Molina. Elle consiste : 1° en ce 
que Molina disait que l'efficacité de la 
grâce venait uniquement du consente- 
ment libre de la volonté, au lieu que, 
selon les congruistes, cette efficacité 
vient delà congruité de la grâce, par 
conséquent de la force et de la nature 
de cette grâce même. 2° Molina pré- 
tendait que le bon usage de la grâce, 
considéré comme l'effet de la volonté 
ou du libre arbitre de l'homme, n'é- 
tait pas un effet du décret ou de la 
prédestination de Dieu ; les congruistes 
pensent que cette abstraction est fort 
inutile : Puisque la grâce, disent-ils, 
est donnée en vertu du décret de Dieu, 
et que le consentement de l'homme 
est principalement l'effet de la grâce, 
aussi bien que de la volonté ou du 
libre arbitre, il est clair que ce con- 
sentement vient au moins médiatc- 
ment du décret de Dieu. 3° Molina 
soutenait que l'homme, sans la grâce, 
peut faire une action moralement 
bonne, et un acte de foi naturel ; que, 
quoique ces actes ne soient point tels 
qu'il les faut pour la justification, et 
ne la méritent point, Dieu cependant 
y a égard, en considération des nffié- 
rites de Jésus-Christ. Or, les congruistes 
pensent que cette doctrine se rappro- 
che trop de celle de Pelage ; que puis- 
que Dieu donne des grâces à tous, 
plus ou moins, il y a de la témérité à 
vouloir deviner ce que l'homme peut 
ou ne peut pas sans le secours de la 
grâce. Voyez Molixisme. 

Seloni'opinionque nous soutenons, 
disent encore les congruistes, tout ce 
que saint Paul et saint Augustin en- 






CON 



204 



COxN 



seignent, touchant la grâce et son 
pouvoir sur l'homme, est exactement 
vrai. C'est Dieu qai opère en nous le 
vouloir et l'action; puisque sa grâce 
nous prévient, c'est elle qui nous 
excite au bien, qui donne à notre vo- 
lonté une force qu'elle n'aurait pas 
sans ce secours, et qui coopère avec 
elle ; la grâce est donc cause efficiente 
du bien, non cause physique, mais 
cause morale. Quand l'homme fait le 
bien, ce n'est pas lui qui se discerne 
d'avec celui que ne le fait pas ; c'est 
Dieu qui, par pure bonté, discerne 
celui auquel il donne une grâce con- 
grue, et par là même efficace, d'avec 
celui auquel il ne donne qu'un se- 
cours inefficace ; avec ce dernier 
secours , l'homme aurait pu faire 
le bien, mais il ne l'aurait pas fait. 
Il ne peut donc se glorifier de l'a- 
voir fait, toute la gloire en est due 
à Dieu. La bonne œuvre n'est pas 
veuue de ce que l'homme a voulu et a 
couru, mais de la miséricorde de Dieu ; 
il a été prévenu, excité, soutenu par 
la grâce, sans l'avoir méritée, sans s'y 
être disposé par ses propres forces. 
Dieu a prévu d'avance que l'homme 
consentirait à cette grâce, et en sui- 
vrait le mouvement; mais ce n'est 
pas cette prévision qui a déterminé 
Dieu à donner la-grâce, ni à donner 
telle grâce plutôt que telle autre ; il 
l'a donnée par pure miséricorde, 
parce qu'il lui a plu, et en considéra- 
tion des mérites de Jésus-Christ. 

Cela ne se peut pas, répondent les 
adversaires des congruistcs ; nous ne 
concevons pas qu'une cause morale 
puisse avoir l'influence que vous pré- 
tendez. Tant pis pour vous, répliquent 
les congruistes ; nous ne concevons pas 
mieux comment une cause physique 
n'a pas une connexion nécessaire avec 
son effet, et ne détruit pas la liberté. 
Voilà où la question est réduite depuis 
deux cents ans, après des volumes en- 
tiers écrits de part et d'autre, et il y 
a bien de l'apparence qu'elle y est 
pour longtemps. 

On pourrait peut-être la terminer, 
si Ton commençait par convenir de 
part et d'autre du sens qu'il faut don- 
ner au mot grâce congrue. Quelques 
théologiens distinguent deux sortes de 
congmités; l'une intrinsèque, c'est la 



force même de la grâce, et son apti- 
tude à incliner le consentement de la 
volonté ; cette congruitè, disent-ils , 
est l'efficacité de la grâce par elle- 
même; l'autre extrinsèque, c'est la 
convenance qu'il y a entre les dispo- 
sitions actuelles de la volonté et la 
nature de la grâce. Cette dernière es- 
pèce de congruitè, ajoutent-ils, est la 
seule qu'admet Vasquez, et qui est la 
base de son système. 

Si cela est vrai, Vasquez a mal rai- 
sonné, et celte distinction n'est pas 
juste. En effet, puisque la congruitè 
est un rapport de convenance, elle 
renferme nécessairement deux ter- 
mes, savoir, telle nature et telle force 
dans la grâce, et telles dispositions 
dans la volonté ; l'analogie ou la con- 
venance doit être mutuelle, autre- 
ment elle ne subsiste plus. Cela n'est 
pas difficile à démontrer. Avant de 
donner une grâce, Dieu voit qu'un 
sentiment ou un motif d'amour, de 
.reconnaissance, de désir des biens 
éternels, de confiance, est plus propre 
à toucher la volonté de tel homme, 
qu'un sentiment de crainte, de dégoût 
du crime, de honte, etc.; il voit que 
ce sentiment ne sera efficace qu'autant 
qu'il aura tel degré de force ou d'in- 
tensité. Si Dieu le donne tel qu'il le 
faut pour le moment, peut-on dire 
que la congruitè de cette grâce et son 
efficacité, viennent uniquement des 
dispositions dans lesquelles la volonté 
de cet homme se trouve? La grâce ne 
serait pas congrue, si elle inspirait un 
motif de crainte où il faut de la con- 
fiance, et si le sentiment qu'elle donne 
était trop faible. Or, une grâce de 
confiance n'est-elle pas essentielle- 
ment et par sa nature, différente d'une 
grâce de crainte? Une grâce forte n'est- 
elle pas, aussi,différen te par elle-même 
d'une grâce faible? Il n'est donc pas 
vrai que la congruitè de la grâce vient 
uniquement ab extrinseco, descircons- 
tances ou des dispositions dans les- 
quelles se trouve la volonté de 
l'homme à qui elle est donnée. Il n'est 
guère probable que Vasquez ait com- 
mis cette faute de logique. 

Lacongruitè bien entendue renferme 
donc essentiellement trois choses : 
1° telle nature dans la grâce ; 2° telles 
dispositions dans la volonté ; 3° la cou- 



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205 



CON 



naissance infaillible que Dieu a de 
l'effet qui s'ensuivra. Si on laisse de 
côté l'une de ces pièces, on pèche par 
le principe. 

Cela supposé, dira-t-on, qui empê- 
che les congruistes de dire, comme 
leurs adversaires, que la grâce est ef- 
ficace par elle-même et par sa propre 
nature, puisque sa congruité est une 
conséquence de sa nature? C'est que, 
pour admettre la grâce efficace par 
elle-même, il faut l'envisager comme 
cause physique de l'action qui s'ensuit; 
et conséquemment , selon les con- 
gruistes, il faut admettre entre la 
grâce et l'action une connexion né- 
cessaire ; au lieu qu'ils ne reconnais- 
sent dans la grâce qu'une causalité 
morale, et n'admettent entre la grâce 
et l'action qu'une connexion contin- 
gente. Voyez Grâce, § 4. 

Le ternie de grâce congrue est em- 
prunté de saint Augustin, 1. i , ad Sim- 
plieiun. q. 2, n° 13, ou le saint docteur 
dit ; llli electi, qui congruenter vocati, 
cujus miseretur (Deus,) sic eumvocat, 
quomodo sait ei congruere, ut vocantem 
non respuat. 

Quelques littérateurs, qui ont voulu 
parler de théologie sans y/ien enten- 
dre, ont dit qu'il est difficile d'assi- 
gner la différence entre le système 
des congruistes et celui des semi-pé- 
lagiens. Cette différence n'est cepen- 
dant pas fort difficile à saisir. Selon 
les semi-pélagiens, le consentement 
futur de la volonté à la grâce, con- 
sentement que Dieu prévoit, est le 
motif qui le détermine à donner la 
grâce ; d'où il s'ensuit que la grâce 
n'est pas gratuite. Selon les con- 
gruistes, au [contraire, ce prétendu 
motif est non seulement faux, mais 
absurde. En effet, en même temps 
que Dieu prévoit que l'homme con- 
sentira àtellegrâce, s'il la lui donne, 
il prévoit aussi que l'homme résis- 
tera à telle autre grâce qui lui serait 
donnée. Si le consentement, prévu 
pour la première, était un motif de 
la donner, la résistance, prévue pour 
la seconde, serait aussi un motif de 
ne donner ni l'une ni l'autre ; ce qui 
est absurde. Donc le choix que Dieu 
fait dedonner une grâce congrue, plutôt 
qu'une grâce incongrue, est absolu- 
ment libre et gratuit de la part de 



Dieu, c'est un effet de bonté pure, 
et Molina lui-même le soutenait aussi. 
Si les adversaires des congruistes 
ont souvent mal conçu ou mal exposé 
leur système, ce n'est pas au dernier 
qu'il faut s'en prendre, mais peut- 
être eux-mêmes ne se sont-ils pas tou- 
jours exprimés avec toute la précision 
nécessaire. Bergier. 

CONGRUITÉ. Les théologiens ad- 
mettent une espèce de mérite de 
congruité, de congruo, par opposition 
au mérite de condignité, de eondigno. 
Voyez Condignité. Bergier. 

CONJURATION, exorcismes, pa- 
roles et cérémonie par lesquelles on 
chasse les démons. Dans l'Eglise ro- 
maine, pour faire sortir le démon 
du corps des possédés, l'on emploie 
certaines formules ou exorcismes, 
des aspersions d'eau bénite, des priè- 
res et des cérémonies instituées à ce 
dessein. Voy. Exorcisme. 

Entre conjuration et sortilège, ou 
magie, it y a cette différence, que 
dans la conjuration l'on agit au nom 
de Dieu, par des prières, par l'invo- 
cation des saints, pour forcer le 
démonà obéir; le ministre de l'Eglise 
commande au démon au nom de Dieu; 
dans le sortilège, au contraire, et 
dans la magie, on prie le démon lui- 
même ; on suppose qu'il agira en 
vertu d'un pacte fait avec lui, qu'il 
s'entendra avec le sorcier pour faire 
ce que celui-ci désire. 

L'un et l'autre sont encore différents 
des enchantements et des maléfices; 
dans ces derniers, sans s'adresser di- 
rectement au démon, l'on suppose 
qu'il agira en vertu de telles paroles, 
de tels caractères, dételles pratiques, 
qui ont la force de le faire agir. Vo- 
yez Magie, Enchantement, etc. 

Bergier. 

CONONITES, hérétiques du sixième 
siècle qui suivaient les opinions d'un 
certain Conon, évêque de Tarse ; ses 
erreurs sur la sainte Trinité étaient 
les mêmes que celle des trithéistes 
ou trithéites. Il disputait contre Jean 
Philoponus, autre sectaire, pour sa- 
voir si, à la résurrection des corps, 
Dieu en rétablirait tout à la fois la 






CON 



206 



CON 






matière et la forme, ou seulement 
l'une des deux; Conon soutenait que 
le corps ne perdait jamais sa fotme, 
que la matière seule aurait besoin 
d'être rétablie : ou cet. hérétique 
s'expliquait mal,ou iL enseignait une 
absurdité. Bekgier. 

CONSANGUINITÉ ou PARENTÉ. 

Voy. Mariage. 

CONSCIENCE, jugement que nous 
portons nous-mêmes sue nos obliga- 
tions morales,, sur la bonté ou la 
méchanceté de nos actions, soit avant 
de les faire, soit après les avoir fai- 
tes. « Dans toutes vos œuvres, dit 
» l'Ecclésiastique, écoutez votre âme 
» et soyez-lui fidèle ; c'est ainsi que 
» l'on observe les commandements 
» de Dieu. » Eccli., cap. 32, y 27. 
C'est par ce sentiment intérieur que 
Dieu nous intime sa loi, nous fait 
connaître nos devoirs, nous reproche 
nos fautes. 

Lorsque nous ne sommes aveuglés 
par aucun intérêt, par aucune pas- 
sion, ordinairement notre conscience 
est droite ; mais un vif intérêt, une 
passion violente, des préjugés ou des 
habitudes contractées depuis long- 
temps, rendent souvent la conscience 
erronée et fausse. 

Saint Paul, lom., c. 14, f 23, dit: 
<t Tout ce qui n'est pas selon la foi 
» est un péché. » Il est clair que par 
la /foi, saint Paul entend le jugement 
de la conscience ; qu'ainsi nous som- 
mes obligés de suivre, dans nos ac- 
tions, le dictamen de notre conscience, 
de fane ce qu'elle nous prescrit, d'é- 
viter ce qu'elle nous défend, mais il 
y a sur ce sujet plusieurs observa- 
tions à faire. 

Bayle, dans son Commentaire phi- 
losophique, 2e part.,, ch. 8, 9 et 10, a 
rassemblé un bon nombre de sophis- 
mes, pour prouver que la conscience 
erronée et fausse nous impose la 
même obligation que la conscience 
droite; que nous. devons également 
suivre le jugement de' l'une et de 
l'autre. Ce principe est faux, parce 
qu'il est trop gènôrail; Bayle lui- 
même a été forcé d'y mettre plusieurs 
restrictions. 
Après avoir décidé que l'obligation 



est la même, soit que la conscience 
nous trompe en matière de droit ou 
en matière de fait, il ajoute, pourvu 
que l'erreur soit absolument inno- 
cente et ne vienne d'aucune passion 
criminelle. Quand on lui objecte qu'il 
s-' ensuivrait, de son principe, que les 
magistrats ne peuvent légitimement 
punir un malfaiteur qui a jugé qu'il 
lui était permis de voler ou de com- 
mettre un meurtre dans telle ou telle 
occasion, ni un athée qui dogmatise, 
ni un insensé qui enseignerait que 
la prostitution, l'adultère, ne sont 
pas des crimes, dès qu'il se l'est per- 
suadé ; Bayle répond que ces consé- 
quences sont fausses : 1° parce qu'il 
ne peut point y avoir d'erreur inno- 
cente sur des points de morale aussi 
clairs que ceux-là ; 2° parce que, si 
un malfaiteur a négligé de s'instruire 
de ce que l'on doit faire ou éviter, il 
sera punissable pour avoir suivi une 
tausse conscience; 3° parce que les 
magistrats sont obligés de punir tout 
malfaiteur qui trouble la société, sans 
s'embarasser de savoir si sa conscience 
a été vraie ou fausse, droite ou erro- 
née. 

De même, avoir dit que, quand 
Dieu nous ordonne de suivre la vé- 
rité, cela doit s'entendre de ce qui 
nous, paraît vrai, de la vérité appa- 
parente et putative, aussi bien que 
de la vérité absolue, il ajoute, pourvu 
toutefois que l'on ait aj^porté toute 
la diligence nécessaire pour ne s'y 
tromper pas, et sauf 5, voir quelle 
est la cause qui fait que le mensonge 
paraît quelquefois la vérité. 

Enfin, après s'être objecté que, si 
son principe général est vrai, il ex- 
cuse les persécuteurs qui suivent les 
mouvements de leur conscience ; il 
convient d'abord de cette conséquence, 
ensuite il la rétracte, en disant qu'il 
ne s'ensuit pas que l'on fasse sans 
crime ce que l'on fait selon sa cons- 
cience ; qu'un droit peut être mal ac- 
quis, et que l'on peut en abuser en 
le poussant à l'excès. Il n'est pas pos- 
sible de se contredire d'une manière 
plus frappante. 

Barbeyrac, qui a répété la plupart 
des sophismes do Bayle, Morale des 
Pères, ch. 12, § 55, a poussé l'entête- 
ment encore plus loin : « Que l'erreur 



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207 



CON 



» d'un homme, dit-il, soit vineible 
» ou invincible, il aurait toujours 
» péché en ne la suivant pas, tant 
» qu'il en serait prévenu. » Suivant 
cette décision, voilà tous les malfai- 
teurs dont nous venons de parler 
pleinement justifiés, et c'est ainsique 
Barbeyrae corrige les erreurs de la 
morale des Pères de l'Eglise. 

Il est évident, par les aveux de 
Bayle lui-même , que pour qu'une 
fausse conscience nous excuse devant 
Dieu, il faut : 1° que nous n'ayons 
rien négligé pour nous instruire, et 
que l'erreur dans laquelle nous som- 
mes soit invincible ; 2° que cette er- 
reur ne vienne d'aucun motif blâ- 
mable, d'aucune passion criminelle, 
d'aucun préjugé opiniâtre -, 3° que, 
quant à ce qui regarde les hommes, 
tout crime qui trouble la société est 
digne de châtiment et doit être puni, 
quelle qu'ait été la conscience de celui 
qui l'a commis de propos délibéré. 

Ce qu'il y a de remarquable, c'est 
. que ces deux auteurs ont touIu faire 
usage de leur principe pour prouver 
que les hérétiques ont droit de suivre 
et de professer leurs erreurs, dès 
qu'elles leur paraissent être la vérité ; 
que l'on pèche contre la justice quand 
on emploie la force pour les répri- 
mer ; que vouloir les faire changer 
de religion, c'est les forcer d'agir 
contre leur conscience, leur oter tout 
respect.pour la vérité et la vertu, les 
précipiter dans le pyrrhonisme en 
fait de morale, dans l'athéisme et 
dans le libertinage, etc. 

Mais, selon les réflexions évidentes 
que nous venons de faire, avant de 
décider que les hérétiques peuvent et 
doivent, en conscience, professer leurs 
opinions, et que l'on a tort de les 
gêner, il faut commencer par prouver 
que leur erreur est involontaire et 
invincible, qu'ifs n'ont rien négligé 
pour s'instruire, qu'ils ont cherché la 
vérité de bonne foi, qu'ils n'ont été 
poussés par aucune passion, ni par 
aucun motif suspect. 11 faut démon- 
trer que, dans leur doctrine, il n'y a 
rien qui puisse inquiéter le gouver- 
nement, et dans leur conduite, rien 
de contraire au repos et au bon ordre 
de la société. Il faut être assuré qu'ils 
ne porteront pas trop loin leurs pré- 



tentions, qu'ils n'abuseront point de 
la tolérance qu'on leur accordera, 
qu'ils l'observeront eux-mêmes à l'é- 
gard des autres. Si quelqu'une de ces 
conditions manque, toutes les belles 
dissertations faites en faveur des hé- 
rétiques portent à faux, et ne sont 
que du verbiage. 

Il n'est pas vrai qu'en les forçant 
à se laisser instruire, en les oblige 
d'agir contre leur conscience; on les 
contraint seulement à l'éclairer et à 
la- réformer ; le refus qu'ils en font 
n'est pas délicatesse de conscience, 
mais opiniâtreté pure : ce qui le 
démontre, c'est qu'ils ne sont pas 
scrupuleux sur les moyens d'écarter 
l'instruction et de se débarrasser des 
missionnaires. On ne les oblige donc 
point à fouler aux pieds- la vérité et 
la vertu, mais à chercher la vérité et 
à respecter la vertu. Il est singulier 
quelles hérétiques et leurs apologistes 
ne connaissent point de plus grande 
vertu que l'obstination malicieuse. 
Comme, dans toute cette discussion, 
il est principalement question des 
calvinistes, nous verrons en son lieu 
de quelle manière ils ont formé leur 
conscience, par quels motifs ils ont 
embrassé ce qu'ils nomment la vérité, 
de quels moyens ils se sont servis 
pour la propager, le cas qu'ils ont 
fait des instructions et des voies de 
douceur, comment ils ont observé 
la tolérance 
eux, etc. 

Ceux de nos incrédules modernes, 
qui ont voulu forger une morale 
indépendante de toute notion de Dieu, 
ont aussi raisonné sur la conscience a 
à leur manière. « La conscience, dit 
» l'un d'entre eux, est dans l'homme 
» la connaissance des effets que ses 
» actions produiront sur les autres. 
» Pour le superstitieux (c'est-à-dire 
» pour celui qui croit un Dieu), c'est 
» la connaissance qu'il croit avoir des 
» effets que ses actions produiront 
» sur la Divinité : mais comme il n'a 
» que des idées fausses, sa conscience 
» erronée lui permet souvent de faire 
» le mal, d'être intolérant, persécu- 
» teur, cruel, turbulent, insociable. 
» La conscience ne nous reproche, 
» pour l'ordinaire, que les choses 
» que nous voyons désapprouvées 



qu'ils exigeaient pour 






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CON 






» par nos semblables; nous n'éprou- 
» vons de la honte et des remords 
» que pour les actions que nous 
» croyons devoir paraître ridicules, 
» méprisables ou punissables aux 
» yeux des hommes.... Quand l'o- 
» pinion publique est viciée, nous fi- 
» nissons par tirer gloire du vice et 
» de l'infamie ; les homnes craignent 
» plus les yeux de leurs semblables 
» que les regards de la Divinité. » 
Système social, l ro part., chap. 13.. 

De cette belle théorie, il s'ensuit : 
1° que la conscience d'un athée n'a 
point d'autre règle que le jugement 
des autres hommes; que quand un 
vice quelconque cesse d'être blâmé 
et puni, il le commet sans honte et 
sans remords. Où sont donc les pré- 
tendues notions de bien et de mal 
moral, de vice et de vertu, que quel- 
ques spéculateurs ont soutenu être 
immuables, indépendantes de toute 
loi divine et humaine"? 2° Que quand 
un athée ose professer sa doctrine, il 
est assuré qu'elle ne paraîtra ni blâ- 
mable, ni punissable aux yeux des 
hommes; autrement c'est un forcené 
qui agit contre sa conscience. 3° Que, 
dans le secret, et loin des yeux des 
hommes, un atbée peut en conscience 
commettre tel crime qu'il lui plaira. 
4° L'auteur contredit sa propre doc- 
trine, par l'exemple de tous ceux 
qu'il nomme superstitieux, puisqu'ils 
craignent plus les yeux de la Divinité 
que ceux des hommes. Combien 
d'hommes ne peut-on pas citer d'ail- 
leurs qui ont mieux aimé souffrir le 
mépris, l'ignominie, les tourments 
et la mort, que de faire une action 
contraire à la loi de Dieu et à leur 
conscience ? Ils ne faisaient donc aucun 
cas du jugement des hommes, ils le 
bravaient pour suivre le jugement de 
leur conscience; 5° Combien de fois les 
malfaiteurs eux-mêmes ne sont-ils pas 
convenus qu'ils résistaient à la voix 
de leur conscience, en commettant des 
crimes pour lesquels ils savaient bien 
qu'ils n'avaient rien à redouter de la 
part des hommes? 6° Au milieu même 
des mœurs les plus corrompues, que 
l'on demande à un homme si telle ac- 
tion, qu'il s'est peut-être permise 
plus d'une fois, est bonne ou mau- 
vaise, il décidera sans hésiter que 



c'est un crime ; il condamnera ainsi 
tout à la fois et le jugement de ses 
semblables, et sa propre conduite. Il 
y a donc une autre règle de conscience 
que le jugement des hommes, et nous 
soutenons que c'est la loi de Dieu 
qu'il a lui-même gravée dans tous les 
cœurs, mais qui est souvent obscurcie 
parla stupidité, par les passions, par 
une mauvaise éducation, par la cor- 
ruption des mœurs publiques. 

Les remords de la conscience sont 
une grâce que Dieu fait au pécheur 
pour l'exciter à la pénitence. Le pre- 
mier homme en fit l'expérience im- 
médiatement après son péché ; il s'a- 
perçut de sa nudité, se cacha, n'osa 
plus paraître aux yeux de son Créa- 
teur. Dieu dit à Caïn, lorsqu'il médi- 
tait un crime : « Si tu fais bien, n'en 
» recevras-tu pas le salaire? Si tu fais 
» mal, ton péché s'élèvera contre 
» toi. » Gen., c. 4, f 7. David dit en 
gémissant : « La vue de mes péchés 
» ne me laisse point de repos. » Ps. 
37, $ 4. Un malfaiteur, qui serait par- 
venu à ne plus sentir de remords, se- 
rait un monstre redoutable. 

Bergier. 

CONSCIENCE (Liberté de). On a 
étrangement abusé de ce terme dans 
le siècle passé et dans celui-ci. Si ceux 
qui la réclamaient n'avaient demandé 
que la liberté de croire ou de ne pas 
croire ce qu'ils jugeaient à propos, 
cette demande aurait été absurde ; 
personne, dans ce sens, ne peut for- 
cer la conscience d'un autre. Mais, 
sous le nom de liberté de conscience, 
les protestants voulaient la liberté de 
professer publiquement, et d'exercer 
avec tout l'éclat possible une religioi 
différente de la religion dominante, 
de s'emparer des églises, d'en banniï 
les catholiques, de chasser et d'exter- 
miner les prêtres; c'est ce qu'ils ont 
fait dans tous les lieux où ils ont été 
les maîtres. Aujourd'hui les incrédu- 
les, en prêchant la tolérance, en sou- 
tenant que l'on ne doit forcer la cons- 
cience de personne, prétendent qu'il 
leur est permis de déclamer et d'é- 
crire contre la religion, d'insulter im- 
punément ceux qui sont chargés de 
l'enseigner; c'est ce qu'ils ont fait 
dans tous leurs livres. 



CON 

Pour fortifier leurs prétentions, ils 
ont fait cause commune avec les pro- 
testants, ils ont renouvelé leurs plain- 
tes et leurs anciennes calomnies. Pour- 
quoi ne pas appeler encore à leur se- 
cours les juifs, les turcs et les païens? 
Ceux-ci, sans doute, ont aussi une 
conscience, par conséquent le droit 
incontestable de venir prêcher et pro- 
fesser leur religion parmi nous. 

Lorsque les premiers chrétiens de- 
mandaient aux empereurs païens la 
liberté de conscience, ils étaient plus 
modestes ; ils demandaient de ne pas 
être tramés aux pieds des autels pour 
offrir de l'encens aux idoles, de ne 
pas être envoyés au supplice pour le 
nom seul de chrétiens. On peut s'en 
convaincre par les Apologies de saint 
Justin et de Tertullien. Ce dernier 
dit que c'est une impiété de contrain- 
dre la religion et de forcer un homme 
d'adorer un dieu qu'il ne veut pas. 
Apolog., c. 24. Nous ne voyons pas 
quel avantage l'on peut tirer de là 
en faveur de la prétention des protes- 
tants et des incrédules. 

Les premiers chrétiens, livrés aux 
supplices dès leur naissance, n'ont 
point pris les armes pour obtenir par 
force la liberté de conscience; ils ne 
sont entrés dans aucune des conjura- 
tions formées contre la vie ou contre 
l'autorité des empereurs; ils n'ont 
point tenté de se saisir de leur per- 
sonne, afin de leur donner des chré- 
tiens pour ministres et pour conseil- 
lers. Ils n'ont point mis à leur tête 
des grands de l'empire, ambitieux et 
mécontents; ils n'ont point cherché à 
se procurer de l'influence dans les 
affaires de politique et de gouverne- 
ment; ils n'ont point publié d'écrits 
séditieux contre le prince ni contre 
les magistrats; ils auraient pu cepen- 
dant alléguer d'aussi fortes raisons, 
pour le moins, que les calvinistes. 

Lorsque Constantin et Licinius, 
tous deux païens, eurent donné un 
édit de tolérance, les chrétiens ne 
s'avisèrent point de demander des 
villes de sûreté, ni de s'en emparer 
pour y mettre garnison de soldats 
chrétiens, ni des chambres mi-parties 
dans les tribunaux; jamais ils n'ont 
eu l'insolence de traiter avec leur sou- 
verain comme d'égal à égal ; jamais 
III. 



209 



CON 



ils n'ont adressé aux empereurs ni 
aux magistrats des mémoires mena- 
çants, des plaintes contre les abus du 
gouvernement, des insultes contre 
l'ancienne religion, afin d'en faire 
défendre l'exercice. 

Devenus les maîtres par la conver- 
sion des empereurs, ils n'ont pas pillé, 
démoli, brûlé les temples des païens, 
de leur propre autorité ; à peine peut- 
on en citer un ou deux exemples; 
ils n'ont point massacré les prêtres 
des idoles, forcé les païens à fréquen- 
ter les assemblées chrétiennes et à se 
faire baptiser. Ils ne les ont point 
chassés_ des villes, ni dépouillés de 
leurs biens; ils ne se sont pas empa- 
rés par violence des fonds ni des édi- 
fices qui avaient appartenu aux ido- 
lâtres. 

Julien, après avoir renoncé au 
Christianisme, rendit de nouveau le 
paganisme dominant; cependant les 
chrétiens ne lui présentèrent pas des 
mémoires, dans le style de ceux que 
les calvinistes adressèrent à Henri IV, 
après sa conversion; ils ne cherchè- 
rent point à l'intimider par des me- 
naces; ils ne tentèrent point de s'al- 
lier avec des princes étrangers; ils 
n'introduisirent point de troupes en- 
nemies dans l'empire ; ils ne s'empa- 
rèrent point des revenus du fisc pour 
les soudoyer. Ils ne livrèrent aux 
Perses aucune des places frontières, 
ils ne formèrent point le projet d'éta- 
blir une république dans le sein de 
la monarchie; les soldats chrétiens 
continuèrent à servir dans les armées 
romaines avecautant de fidélité qu'au- 
paravant. Aucun décret des conciles 
n'a jamais enjoint ni permis aux chré- 
tiens d'avoir recours à la force et aux 
voies de fait, sous prétexte de se faire 
rendre justice ; aussi, n'ont-ils jamais 
eu besoin d'édits d'abolition, d'am- 
nistie, ni de pardon de leurs révoltes 
passées. 

Il en fut de même, lorsque quel- 
ques empereurs se déclarèrent pro- 
tecteurs de l'arianisme. Plusieurs 
évèques catholiques furent dépossé- 
dés, exilés, emprisonnés, tourmentés, 
mais aucun ne prêcha la révolte à 
ses ouailles; plusieurs refusèrent de 
livrer de gré h gré des églises aux 
ariens, mais ils ne formèrent aucun 
14 



CON 



210 



CON 



attentat contre l'autorité civile. Les 
peuples ne furent pas moins soumis 
aux nouveaux conquérants barbares, 
qu'ils ne l'avaient été à leurs anciens 
maîtres. Dans les siècles suivants, les 
missionnaires, qui sont allés prêcher 
le Christianisme chez les infidèles, 
l'ont établi par l'instruction, par la 
persuasion, par l'ascendant de leurs 
vertus, et non par la violence ; les 
protestants ont fait de vains efforts 
pour noircir le zèle et les travaux de 
ces hommes apostoliques. 

Les excès contraires des calvinistes 
sont consignés non-seulement dans 
notre histoire, mais dans les fastes des 
nations qui nous environnent; ils ont 
été les mêmes en France, en Suisse, 
en Hollande, en Angleterre et en 
Ecosse. Nulle part ils ne se sont éta- 
blis sans répandre du sang ; c'était 
l'esprit du fondateur de leur secte; 
tous les crimes qu'ils se sont permis 
ont été justifiés et consacrés par les 
décrets de leurs synodes, et par les 
écrits de leurs théologiens. Bergiek. 

CONSCIENCE (liberté de), (thêol. 
mixt. philos, et thêol. social.) — Y. li- 
berté DE CONSCIENCE. 

CONSCIENTIAÏRES ou CONSCIEN- 
TIARII, {Théol. hist. sect,). — M. Hé- 
félé explique en peu de mots, 
comme il suit, ce qui concerne cette 
secte de libres-penseurs protestants 
du xvii e siècle, dont le fondateur et 
le chef fut Matthias Knutsen, dit 
aussi Knutzen, d'Oldensworth ville 
du Schleswig. 

« Kuntsen, candidat de théologie, 
vint en 1C74 à Iéna , s'entom-a de 
quelques étudiants libertins couime 
lui, et répandit à profusion des ma- 
nuscrits impies dans lesquels il niait 
l'existence de Dieu, l'autorité de la 
Bible, la différence entre le mariage 
et la prostitution, et ne reconnaissait, 
en place de la sainte Écriture et de 
l'autorité, que la raison propre, la 
conscience personnelle, comme norme 
de la pensée et de la vie. Le ciel et 
l'enfer, disait-il, ne sont que des 
rêves : le ciel est la bonne conscience 
de^ ceux qui sont en paix avec eux- 
mêmes, l'enfer est la conscience trou- 
blée. 



^ « De là leur nom de Conscientiarii- 
Knutsen se vantait, d'après cela, d'a- 
voir des partisans partout, dans toutes 
les capitales et toutes les universités 
d'Europe, à Rome comme à Paris; 
il prétendait en avoir 700 à Iéna, ce 
qui valut une triste réputation à cette 
haute école. 

« Une instruction exacte démontra 
qu'il n'y avait que peu d'étudiants à 
Iéna qui fussent tombés aussi bas, et 
le professeur de théologie D r Jean 
Musœus écrivit en 1674 son livre : Ré- 
futation de la calomnie d'après laquelle 
il serait né dans la résidence princière 
d'Iéna une nouvelle secte dite des Cons- 
cientarii. 

« Onn'entendit plus parler, au bout 
d'un certain temps, de Knutsen et de 
ses adhérents. » Le Noir. 

CONSÉCRATION, action par la- 
quelle on destine au culte de Dieu 
une chose commune ou profane, par 
des prières, des cérémonies, des bé- 
nédictions. C'est le contraire du sa- 
crilège et de la profanation, qui con- 
siste à employer à des usages pro- 
fanes une chose qui était consacrée au 
culte de Dieu. 

La coutume de consacrer à Dieu 
les hommes destinés à son service, 
leslieux, les vases, les instruments 
qui doivent servir à son culte, est de 
la plus haute antiquité. Dieu l'avait 
ordonné dans l'ancienne loi, et en 
avait prescrit les cérémonies. 

Dans la loi nouvelle, lorsque ces 
consécrations regardent les hommes, 
et se font par un sacrement, on les- 
appelle ordinations ; mais on nomme 
sacre l'ordination des évèques et l'onc- 
tion des rois. Quand elles se font 
seulement par une cérémonie insti- 
tuée par l'Eglise, ce sont des bénédic- 
tions ; la consécration des temples et 
des autels est appelée dédicace ; celle- 
ci est la plus solennelle et la plus 
longue des cérémonies ecclésiasti- 
ques ; nous en parlerons au mot 
Eglise. 

Un incrédule anglais, qui a fait un 
livre d'invectives contre le clergé, a 
tourné en ridicule les consécrations 
qui se font dans l'Eglise romaine ; il 
les regarde comme des superstitions, 
des impostures, des fraudes pieuses 



CON 



211 



CON 



du clergé catholique. Il demande qui 
a chargé les prêtres de faire toutes 
ces belles choses ; s'il y a dans le 
Nouveau Testament un seul passage 
qui nous apprenne qu'un être ina- 
nimé ou un lieu est plus saint qu'un 
autre, qu'un homme peut le rendre 
sacré ou lui communiquer une sain- 
teté qu'il n'a pas lui-même. 

Nous n'aurons pas beaucoup de 
peine à le satisfaire. Indépendam- 
ment des passages de l'Ancien Tes- 
tament, dans lesquels Dieu avait or- 
donné de consacrer par des cérémo- 
nies le tabernacle, les autels, les 
vases destinés à son culte, les prêtres 
mêmes, leurs mains et leurs habits, 
et de ceux où toutes ces choses sont 
appelées saintes, sacrées, sanctuaire, 
etc., le Nouveau Testament nous en 
fournit assez d'autres. Dans saint 
Matthieu, c. 7, f 6, Jésus-Christ dit : 
« Ne donnez point les choses saintes 
» aux chiens . » Il est question là de 
choses inanimées. Ch. 23, ^ 17, il 
demande aux pharisiens, lequel est 
le plus grand, l'or offert clans le 
temple, ou le ternple-qui sa7ictifie\'or; 
le don placé sur l'aulel, ou l'autei 
qui sanctifie le don. Les pharisiens 
auraient donc pu demander à leur 
tour, comme l'auteur anglais, de 
quelle sainteté étaient susceptibles 
l'or et les offrandes présentés dans 
le temple. Dans ce même Evangile, 
c. 27, ji 53; dans l'Apocalypse aussi 
bien que dans les livres de l'Ancien 
Testament, Jérusalem est appelée la 
cité sainte. Saint Pierre, IL Petr., 
c. 1 , y 13. parlant de la montagne sur 
laquelle arriva la transfiguration du 
Sauveur, lanomme lamcntagnc sainte. 

Saint Paul, I. Tim. , c. 4, f 4, dit 
que les aliments des lidéles sont sanc- 
tifiés par la parole de Dieu et par la 
prière. Il appelle les chrétiens en gé- 
néral les saints, non-seulement à cause 
de leurs vertus, mais à cause de leurs 
consécration faite à Dieu par le bap- 
tême; il les avertit que leurs corps 
mêmes et leurs membres sont les 
temples du Saint-Esprit. I Cor., c. 6. 
f 13. 

Nous n'avons pas besoin des leçons 
du critique anglais pour savoir que 
saint, sacré, sanctifié, 'etc. , sont des 
termes équivoques. Dieu est saint, 



parce qu'il défend et punit toute es- 
pèce de mauvaise action, qu'il com- 
mande et récompense tout acte de 
vertu, qu'il exigeun cultepur, sincère, 
exempt d'indécence, de superstition 
et d'hypocrisie. Un homme est saint, 
non-seulement lorsqu'il aime Dieu 
et pratique la vertu constamment, 
mais encore lorsqu'il est dévoué, con- 
sacré, destiné particulièrement au 
culte de Dieu . C'est dans ce sens qu'il 
est dit : » Tout enfant mâle premier- 
» né sera consacré au Seigneur. » Et 
cette expression est appliquée à Jésus- 
Christ lui-même, Luc. , c. 2, f 23. 
Lorsqu'il dit à son Père, en parlant 
de ses disciples, Joan., c. 17, f 19 : 
« Je me sanctifie pour eux, afin 
» qu'ils soient aussi sanctifiés en vé- 
» rite, » cela signifie évidemment : Je 
me dévoue pour eux à votre culte et 
à votre service, afin qu'eux-mêmes 
s'y dévouent et s'y destinent aussi 
sincèrement ; il est clair que Jésus- 
Christ, saint par essence, ne pouvait 
acquérir une nouvelle sainteté inté- 
rieure. 

Dans le même sens, une chose inani- 
mée est sa \nte et sacrée, c'est-à-dire, 
destinée au culte de Dieu ; dès ce mo- 
ment elle est respectable, et ne doit 
plus être employée à des usages pro- 
fanes. L'action par laquelle elle est 
ainsi destinée, dévouée, et, pour ainsi 
dire, mise à part, est nommée consé- 
cration, bénédiction, sanctification, 
selon le style même de l'Ecriture 
sainte: où est l'inconvénient"?' Dans 
l'origine, et selon l'étymologie du 
terme, consécration ne signifie rien 
autre chose que choix, destination, 
séparation d'avec les choses commu- 
nes; au contraire, Act. , c. 10, f 14, 
commun est la même chose qu'impur ; 
et Marc, c. 7, f 15, communicare, 
rendre commun, signifie souiller. Il 
est triste que nous soyons réduits à 
faire aux protestants et aux incrédules 
desleçons de grammaire. Voye-§\ixT. 

11 n'est donc pas vrai que, par des 
consécrations, les prêtres prétendent 
changer l'essence des choses, leur 
communiquer une vertu divine, y 
faire descendre quelqu'une des qua- 
lités du Très-Haut, comme le censeur 
anglais les en accuse ; cette absurdité 
n'a pu entrer que dans la tête de nos 



CON 



212 



CON 



incrédules. Mais les prêtres soutien- 
nent que, dès qu'une chose quelcon- 
que est consacrée au culte de Dieu, on 
doit la respecter; ne plus la regarder 
comme une chose profane, ne plus 
l'employer à des usages vils et 
communs, parce que cette marque de 
mépris serait censée retomber sur 
Dieu lui même. Il n'est pas vrai non 
plus que ce soit là un usage futile et 
superstitieux, puisque Dieu l'a ainsi 
ordonné dès le commencement du 
monde. Une cérémonie sensible, une 
consécration publique est nécessaire, 
afin d'inspirer aux hommes du respect 
pour ce qui sert au culte de Dieu, et 
afin de frapper leur esprit du souvenir 
de la présence de Dieu. 

Il est encore faux que notre culte soit 
aussi agréable à Dieu dans un lieu que 
dans un autre. Dieu avait commandé 
à Moïse de lui construire un taberna- 
cle, ou une tente, et à Salomon, de 
lui bâtir un temple ; longtemps aupa- 
ravent, Jacob avait consacré la pierre 
sur laquelle il avait eu une vision 
mystérieuse, et l'avait appelée la 
maison de Dieu ; c'est là qu'il éleva 
un autel par ordre de Dieu même, et 
qu'il offrit un sacrifice. Gtn., c. 28, 
f 16 ; c, 33, y 1. Déjà ce lieu avait 
été consacré par Abraham, c. 12, y 7 ; 
il fut constamment nommé Béthel, 
maison de Dieu, et fut respecté dans 
toute la suite des siècles, jusqu'à ce 
qu'il fut profané par Jéroboam. III 
Ueg., c. 12, y 29. Lorsque le temple 
fut bâti, dédié ou consacré, Dieu dit 
à Salomon : « J'ai exaucé votre 
» prière, j'ai sanctifié cette maison, 
» mes yeux et mon cœur y seront 
» pour toujours. » III Reg. , c. 9, f 3. 

Dieu, sans doute, est présent par- 
tout, en tout lieu il entend nos 
prières et agrée notre culte, lorsque 
nous l'adorons en esprit et en vérité. 
Joan. , c.4, y 22. Mais de tout temps 
il a voulu qu'il y eût des lieux consa- 
crés spécialement à son culte, dans 
lesquels ses adorateurs se rassem- 
blassent, pour lui rendre leurs hom- 
mages et lui adresser leurs prières en 
commun, comme des enfants se 
rassemblent autour de leur père , et 
ce culte est pics agréable qu'un culte 
isolé et particulier. Jésus-Christ a con- 
firmé cette croyance par ses leçons 



et par son exemple ; il priait partout, 
mais il allait aussi prier dans le 
temple; il a répété ce que Dieu avait 
dit par un prophète : « Ma maison 
» sera un lieu de prière. » Matth. , 
c 21, y 13. Il a puni les profana- j 
teurs, et il a dit: «Lorsque deux ou 
» trois personnes sont assemblées en 
» monnom, je suis au milieu d'elles. » 
Ckap. 18, y 20. 

Défions nous d'une philosophie per- 
fide et hypocrite, qui veut nous dé- 
tourner du culte extérieur et public, 
sous prétexte d'adorer Dieu en esprit 
et en vérité; ceux qui la prêchent 
n'adorent plus Dieu ni en esprit, ni 
en corps, ni en vérité, ni en appa- 
rence. Voy. Culte, Eglise, etc. 

Beugieh. 

CONSÉCRATION; ce terme, pris 
dans un sens plus étroit que le pré- 
cédent, signifie l'action par laquelle 
un prêtre, qui célèbre le saint sacri- 
fice de la' messe, change le pain et le 
vin au corps et au sang de Jésus- 
Christ On comprend d'abord que les 
hétérodoxes, qui ne croient point la 
présence réelle de Jésus-Christ dans 
l'eucharistie, ont dû bannir de leur 
liturgie le terme de consécration. 

Le sentiment commun des théolo- 
giens catholiques, après saint Tho- 
mas, est que la consécration du pain 
et du vin se fait par ces paroles de 
Jésus-Christ : Ceci est mon corps, ceci 
est mon sang, etc. On ne peut pas 
prouver qu'avant saint Thomas il y 
eu là-dessus une opinion différente 
dans l'Eglise latine. 

Mais on a disputé pour savoir quel 
est aujourd'hui et quel a été de tout 
temps le sentiment de l'Eglise grec- 
que sur les paroles de la consécration. 
Pour comprendre l'état de la question, 
il faut savoir que dans la liturgie ro- 
maine, avant de prononcer les paro- 
les de Jésus-Christ, le prêtre fait à 
Dieu une prière, par laquelle il le 
supplie de changer le pain et le vin 
au corps et au sang de Jésus-Christ. 
Dans la liturgie grecque et dans les 
autres liturgies orientales, outre cette 
première prière, il y en a une seconde 
qui se fait en mômes termes, après 
que le prêtre" a prononcé les paroles 
de Jésus-Christ. C'est cette dernière 



CON 



213 



CON 



que les Grecs nomment l'invocation 
du Saint-Esprit ; quelques-uns la 
croient essentielle à la consécration. 
D'où plusieurs théologiens ont conclu 
que, selon les Grecs, la consécration 
ne se fait pas par les paroles de Jésus- 
Christ; sentiment qu'ils ont taxé 
d'erreur. 

Pour justifier les Grecs, le père 
Lebrun, après l'abbé Renaudot, avait 
fait un ouvrage pour prouver que la 
consécration se fait non-seulement par 
les paroles de Jésus-Christ, mais en- 
core par l'invocation. Explication de 
de la messe, lom. 5, p. 212 et suiv. 
Bingham, théologien anglican, avait 
été de môme avis. Orig . ecclés. 1. 15, 
c. 3, § 12. Le père Bougeant, jésuite, 
soutint, contre le père Lebrun, qu'elle 
se fait par les seules paroles de Jésus- 
Christ. Un troisième théologien a 
fait, dans une dissertation imprimée 
à Troyes, en 1733, le résumé de la 
dispute, et a conclu par adopter l'o- 
pinion du père Bougeant. 

Il observe qu'avant le quatorzième 
siècle, ou avant le concile de Floren- 
ce, les Grecs et les Latins n'avaient 
entre eux aucune dispute sur les 
paroles essentielles à la consécration, 
quoique les théologiens latins fussent 
très-bien instruits des termes dont se 
servent les Grecs, dans leur seconde 
invocation. Par conséquent les scolas- 
tiques, qui ont attaqué les Grecs sur 
ce point, sont allés plus loin que leurs 
prédécesseurs. 

Il ne fut point question de cette 
dispute au second concile de Lyon, 
l'an 1274, ni dans les temps posté- 
rieurs, si ce n'est entre quelques théo- 
logiens. Mais au concile de Florence, 
en 1439, la contestation fut vive sur 
ce point entre les Grecs et les Latins. 
On voit, par les actes du concile, que 
les Grecs, à la réserve de Marc d'E- 
phèse, convinrent que la consécration 
se fait par les paroles de Jésus-Christ : 
mais ils ne voulurent pas que cette 
décision fût mise dans le décret d'u- 
nion, de peur qu'elle ne parût être 
une condamnation de leur liturgie. 

Dans le décret du pape Eugène, 
pour les arminiens, il est dit que 
l'eucharistie se fait par les paroles de 
Jésus-Christ; de là plusieurs théolo- 
giens ont conclu que le concile de 



Florence avait décidé la question. 
Mais alors les Grecs n'étaient plus au 
concile, ils étaient partis. Ce décret a 
décidé d'autres articles, sur lesquels 
les théologiens ont cependant con- 
servé la liberté des opinions, comme 
la matière de l'ordre, le ministre de 
la confirmation, etc. 

Depuis cette époque même, les 
Grecs ne sont pas d'accord entre eux 
sur la forme essentielle de la consécra- 
tion; les uns tiennent pour les paroles 
de Jésus-Christ; les autres pour l'in- 
vocation; plusieurs pour l'une et l'au- 
tre. Mais aucun d'entre eux n'a nié 
la nécessité des paroles de Jésus- 
Christ pour consacrer; la dispute, sur 
ce point, n'est donc ni inconciliable, 
ni aussi essentielle que le prétendent 
quelques théologiens. 

Les Latins eux-mêmes ont disputé 
pour savoir si Jésus-Christ, après -la 
cène, a consacré par sa bénédiction, 
ou par ces paroles : Ceci est mon corps; 
Salmeron est témoin que cette ques- 
tion fut agitée au concile de Trente, 
mais ce concile ne voulut rien déci- 
der là-dessus. Le père Lebrun pense 
que le Sauveur consacra par sa béné- 
diction, avant de dire : Ceci est mon 
corps. 

Les Pères les plus anciens se servent 
les uns du terme d'invocation, les 
autres des termes de bénédiction, 
d'eucharistie ou d'action de grâces, 
ou de prières; mais presque tous as- 
surent que la consécration se fait par 
les paroles de Jésus-Christ. 

On sait d'ailleurs qu'ils ont souvent 
nommé prière et invocation les formes 
mêmes des sacrements, qui sont pure- *-. 
ment indicatives, comme l'a fait voir 
le père Merlin, Traité des formes des 
Sacrements, c. 4, 9 et 14. 

Il est incontestable qu'un prêtre 
qui, hors de la liturgie, proférerait 
les paroles de Jésus-Christ sur du 
pain et du vin, ne consacrerait pas, 
parce que le sens de ces paroles ne 
serait pas déterminé par la suite d'ac- 
tions qui doivent 'es accompagner ; 
l'invocation ou la prière qui les pré- 
cède est donc nécessaire. Ainsi le 
supposent les rubriques, qui exigent 
que, dans le cas d'elfusion du calice, 
etc., on recommence les paroles qui 
précèdent la consécration. 



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Dans les liturgies orientales, aussi 
bien que dans celle de l'Eglise latine, 
il y a une invocation qui précède la 
consécration ; celle-ci est donc parfaite 
avant la seconde invocation, autre- 
ment les Latins ne consacreraient 
pas. Les Grecs ont donc tort de sup- 
poser la nécessité de leur seconde 
invocation; mais il ne s'ensuit pas 
qu'elle soit erronée et abusive. 

Elle ne suppose pas que la consécra- 
tion et la transsubstantiation ne soient 
pas faites, puisqu'il y a des termes 
semblables dans les liturgies gallicane 
et mozarabique ; jamais cependant les 
théologiens gallicans ni les Espagnols 
n'ont pensé que la consécration ne 
fût pas faite par les paroles de Jésus- 
Christ, qui ont précédé. On doit donc 
entendre cette seconde invocation 
dans le môme sens que les prières 
par lesquelles l'évèque demande la 
grâce du sacrement de conlirmution 
pour ceux qu'il vient de confirmer, 
et comme l'on entend les exorcismes 
du baptême à l'égard d'un enfant 
qui vient d'être ondoyé ou baptisé 
sans cérémonie. 

L'invocation qui suit la consécra- 
tion n'opère pas plus d'effets que 
celle qui la précède ; mais elle sert à 
déterminer le sens des paroles de 
Jésus-Christ, elle fait comprendre que 
ces paroles ne sont pas purement 
historiques, mais sacramentelles et 
opératives. Quant à l'adoration de 
l'eucharistie, qu'elle se fasse plus tôt 
ou plus tard, cela est égal ; elle prouve 
seulement que Jésus-Christ est pré- 
sent, et que telle est la croyance de 
ceux qui l'adorent. 

On ne voit pas quel avantage Bin- 
gham ou d'autres protestants peuvent 
tirer de la dispute qui a cil lieu entre 
quelques théologiens catholiques et 
les Grecs, touchant les paroles de la 
consécration. La question entre les 
protestants et nous est de savoir si 
les Orientaux onttoujourscru, comme 
nous, que, par ces paroles, le pain et 
le vin sont réellement changés au 
corps et au sang de Jésus-Christ : or, 
leurs liturgies témoignent qu'ils l'ont 
toujours cru ainsi et qu'ils le croient 
encore. Peu importe de savoir si ce 
changement s'opère par ces mots 
seuls : Ceci est mon corps, ceci est mon 



sang, ou par l'invocation qui suit, 
ou par l'un et l'autre indistinctement. 
Nous pensons unanimement qu'il faut 
une invocation avant ou après, pour 
déterminer le sens des paroles de 
Jésus-Christ, pour marquer que le 
prêtre ne les prononce pas comme 
une bistoire, mais comme une forme 
sacramentelle efficace, et qui opère 
ce qu'elle signifie. Nous convenons 
encore de part et d'autre que, par 
une invocation réunie aux paroles de 
Jésus-Christ, la consécration est par- 
faite, et l'effet opéré. D'où il résulte 
que, sur ce mystère, la croyance des 
Orientaux, la même que la nôtre, est 
très-opposée à celle des protestants. 

Il en résulte encore que les angli- 
cans, ni les autres protestants, ne 
consacrent point. Dans la liturgie an- 
glicane, imprimée à Londres en d 606, 
pag. 208, l'invocation qui précède les 
paroles de Jésus-Cbrist, se borne à 
demander à Dieu, qu'en recevant le 
pain et le vin nous puissions être faits 
participants de son corps et de son 
sang précieux. Mais les anglicans sont 
persuadés que ce pain et ce vin ne 
sont réellement ni le corps ni le sang 
de Jésus-Cbrist, que l'on peut seule- 
ment participer au corps et au sang 
de Jésus-Cbrist, par la foi, en recevant 
les symboles. Ainsi, les paroles de Jé- 
sus-Cbrist qu'ils prononcent n'ont 
qu'un sens historique et ne produi- 
sent rien. 

Ce n'est pas là ce que pensent les 
Orientaux, puisque l'invocation qu'ils 
ajoutent exprime le contraire ; pour- 
quoi les anglicans l'ont-ils changé", 
s'ils ont la même croyance que ces 
chrétiens séparés de l'Eglise romaine . 
Ce n'est pas là non plus le sentiment 
des Pères qui disent que les paroles 
de Jésus-Christ sont efficaces, opéra- 
tives, douées du pouvoir créateur: 
Sermo Chriiti vivus et efficax, opifex, 
operatorius, efficientid plenus, omnipo- 
tentiâ verbi, etc. Bingham lui-même 
en a cité plusieurs passages qui au- 
raient dû lui dessiller les yeux. Il a 
vu que saint Justin, Apol. 1, n. 66, 
compare les paroles eucharistiques à 
celles par lesquelles le Verbe de Dieu 
s'est fait ebair. Il a lu dans saint Jean 
Chrysostome, Hom. I, inprodit.Judx, 
n. 6, Op., tom. 2, p. 384: « Ce n'est 



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» pas l'homme qui fait que les dons 
» offerts deviennent le corps et le 
>> sang de Jésus-Christ, mais c'est 
» Jésus-Christ lui-même crucifié pour 
» nous. Le prêtre fait l'action exté- 
» rieur (sy-r.aa,) et prononce les pa- 
» rôles, mais la puissance et la grâce 
» de Dieu y est. Ceci est mon corps, 
» dit-il; cette parole transforme les 
j> dons offerts, de même que ces mots : 
» croissez, multipliez, peuplez la terre, 
» une fois prononcés, donnent dans 
» tous les temps, à notre nature, le 
» pouvoir de se reproduire; ainsi les 
« paroles de Jésus-Christ, une fois 
» dites, opèrent depuis ce moment 
«jusqu'à son avènement, à chaque 
» table de nos églises, un sacrifice 
» parfait. » Cela signifie seulement, 
dit Bingham, que Jésus-Christ, en 
prononçant une fois ces paroles, a 
donné aux hommes le pouvoir de 
faire son corps symbolique, c'est-à-dire, 
la figure de son corps. Mais pour faire 
une figure, une image, une représen- 
tation, est-il besoin du pouvoir de 
Jésus-Christ, de la puissance et de la 
grâce de Dieu? Selon saint Chrysos- 
tome, c'est Jésus-Christlui-mème qui, 
à la parole prononcée par le prêtre, 
transforme les dons offerts, produit 
son corps et son sang. Dans une sim- 
ple figure, où est la transformation? 
Le pain et le vin, par eux-mêmes, 
sont une nourriture corporelle ; ils 
sont donc par eux-mêmes la figure 
d'une nourriture spirituelle, par con- 
séquent du corps et du sang de Jésus- 
Christ : un pouvoir divin n'est pas 
nécessaire pour leur donner cette si- 
gnification. 

Aussi, les nouveaux écrivains pro- 
testants, devenus plus sincères, ne 
font grand cas ni des passages des 
Pères, ni des liturgies orientales; ils 
ont vu que la forme de la consécration 
y est trop claire, et que le sens en est 
encore fixé par les marques d'adora- 
tion rendue à l'eucharistie. Voyez la 
"Perpétuité de la foi, tom. 4, 1. 1, c. 9 ; 
tom. 5, Préface. Autant les anciens 
controversistes protestants ont témoi- 
gné d'empressement pour obtenir le 
suffrage des Orientaux, autant ceux 
d'aujourd'hui le dédaignent. 

Dans la messe romaine, après la 
consécration, le pré Ire dit à Dieu : 



« Nous offrons à votre majesté su- 
» prême, l'hostie pure, sainte, sans 
» tache, le pain sacré de la vie éter- 
» nelle, et le calice du salut perpé- 
» tuel ; sur lesquels daignez jeter un 
» regard propice et favorable, et les 
» agréer comme il vous a plu d'avoir 
» agréables les présents du juste Abel, 
» le sacrifice d'Abraham et celui de 
n Mclchisédech, saint sacrifice, hostie 
» sans tache. Nous vous en supplions, 
» ô Dieu tout-puissant, commandez 
» qu'ils soient portés sur votre autel 
» céleste, en présence de votre divine 
» majesté, par les mains de votre 
» saint ange, afin que nous tous qui, 
» en participant à cet autel, aurons 
» reçu le saint et sacré corps et le 
» sang de votre Fils, soyons remplis 
» de toute bénédiction céleste et de 
» toute grâce, par le même Jésus- 
» Christ Notre-Seigneur. » 

Bingham argumente encore sur 
cette prière : si les dons consacrés, 
dit-il, sont véritablement le corps et 
le sang de Jésus-Christ, il est ridicule 
de prier Dieu de les agréer, de les 
comparer aux sacrifices des patriar- 
ches, qui n'étaient que des figures ; 
sûrement cette prière a été composéa 
avant l'invention du dogme de la 
transsubstantiation. Orig. ecclés., 1. 
15, c. 3, § 31. Nous soutenons au 
contraire que cette prière suppose 
la transsubstantiation, puisqu'elle 
nomme les dons eucharistiques le 
saint et sacré corps et le sang du Fils 
de Dieu, qu'elle les appelle une hostie 
pure et sans tache, un saint sacrifice; 
expressions condamnées et rejetées 
par les protestants. Le prêtre ne de- 
mande pas simplement à Dieu d'a- 
gréer ces dons, mais de les accepter, 
afin que ou de manière que ceux qui y 
participeront, reçoivent les mêmes 
bénédictions célestes que les patriar- 
ches : on ne compare donc point ce 
sacrifice aux leurs, quant à la valeur, 
mais relativement aux grâces accor- 
dées à ceux qui les ont offerts. 

Mais telle a toujours été la méthode 
des protestants; lorsque dans l'Ecri- 
ture, ou dans les anciens monuments, 
il y a des expressions qui les incom- 
modent, ils les tardent, ils leur don- 
nent un sens vague, ils les regardent 
comme des façons de parler abusives; 



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s'il s'y trouve seulement un mot qui 
semble les favoriser, ils le pressent, 
ils le prennent à la lettre et dans la 
dernière rigueur. Bergier. 

CONSEILS ÉVANGÉLIQUES, ou 
MAXIMES DE PERFECTION. Jésus- 
Christ les distingue évidemment d'avec 
les préceptes. « Un jeune homme lui 
» demandait ce qu'il faut faire pour 
» obtenir la vie éternelle; Jésus lui 
» répondit : Gardez les commande- 
» ments. Je les ai observés dès ma 
» jeunesse, répondit ce prosélyte; que 
» me manque-t-il encore? Si vous 
» voulez être parfait, répliquale Sau- 
» veur, allez vendre ce que vous pos- 
» sédez, donnez-le aux pauvres, vous 
» aurez un trésor dans le ciel ; alors 
» venez et suivez-moi. » Matth., c. 19, 
f 16; Marc, c. 10, f 17; Luc, c, 18, 
f 18. Selon ces paroles, ce que Jésus- 
Christ lui proposait n'était pas néces- 
saire pour obtenir la vie éternelle, 
mais pour pratiquer la perfection et 
pour être admis au ministère aposto- 
lique. 

Plusieurs censeurs de l'Evangile 
ont dit que la distinction entre les 
préceptes et les conseils est une sub- 
tilité inventée par les théologiens 
pour pallier l'absurdité de la morale 
chrétienne. Il est clair que ce reproche 
est très-mal fondé. La loi ou le pré- 
cepte se borne à défendre ce qui est 
crime, à commander ce qui est devoir; 
les conseils ou maximes doivent aller 
plus loin, pour la sûreté même de la 
loi; quiconque veut s'en tenir à ce 
qui est étroitement commandé, ne 
tardera pas de violer la loi. 

D'autres ont été scandalisés du 
terme de conseils; il ne convient pas 
à Dieu, disent-ils, de conseiller, mais 
d'ordonner. Cette observation n'est 
pas plusjuste que la précédente. Dieu, 
législateur sage et bon, ne mesure 
point l'étendue de ses lois sur celle 
de son souverain domaine, mais sur 
la faiblesse de l'homme ; après avoir 
commandé en rigueur, sous l'alterna- 
tive d'une récompense ou d'une peine 
éternelle, ce qui est absolument né- 
cessaire au bon ordre de l'univers et 
au maintien de la société, il peut 
montrer à l'homme un plus haut de- 
gré de vertu, lui promettre des grâ- 



ces pour y atteindre, lui proposer 
une plus grande récompense. C'est 
ce qu'a fait Jésus-Christ. 

En général, on ne peut donner à 
l'homme une trop haute idée de la per- 
fection à laquelle il peut s'élever avec 
le secours de la grâce divine. Dès qu'il 
est pénétré de la noblesse de son ori- 
gine, de la grandeur de sa destinée, des 
pertes qu'il a faites, des moyens qu'il 
a de les réparer, du pris que Dieu ré- 
serve à la vertu, il n'est rien dont il 
ne soit capable ; l'exemple des saints en 
est la preuve. 

Au reste, la prévention des incré- 
dules contre les conseils évangéliques 
leurvientdes protestants, ceux-cin'erj 
ont pas parlé d'une manière plus 
sensée. Ils ont dit que Jésus-Christ 
avait prescrit à tous ses disciples une 
seule etmêmerègle dévie et de mœurs; 
mais que plusieurs chrétiens, soit par 
le goût d une vie austère, soit pour 
imiter certainsphilosophes, prétendi 
rent que le Sauveur avait établi une 
double règle de sainteté et de vertu, 
l'une ordinaire et commune, l'autre 
extraordinaire et plus sublime: la pre 
mière, pour les personnes engagées 
dansle monde; la seconde, pour ceux 
qui, vivant dans laretraite, n'aspiraient 
qu'au bonheur du ciel ; qu'ils distinguè- 
rent conséquemment, dans la morale 
chrétienne, les préceptes obligatoires 
pour tous les hommes, et les conseils qui 
regardaient les chrétiens plus parfaits. 
Cette erreur, dit Mosheim, vint plutôt 
d'imprudence que de mauvaise vo- 
lonté ; mais elle ne laissa pas d'en pro- 
duire d'autres dans tous les siècles de 
l'Eglise, et de multiplier les maux sous 
lesquels l'Evangile a souvent gémi. De 
là, selon lui, sont nées les austérités 
et la vie singulière des ascètes, des so- 
litaires, desmoines, etc. Hist. ecclêsiast. 
du second siècle, 2 e part., ch. 3, § 12. 
Mais nous demandons aux protes- 
tants si Jésus-Christ imposait un pré- 
cepte àtous les chrétiens, lorsqu'il di- 
sait : « Quiconque d'entre vous ne re- 
» noncepas à tout ce qu'il possède, ne 
» peut pas être mon disciple. » Luc.,c. 
» 14, f. 33. Heureux les pauvres, ceux 
» qui ont faim, ceux qui pleurent : 
» donnez à quiconque vous demande, 
» et s'il vous enlève ce qui vous appar- 
» tient, ne le répétez pas. » Ch. 6, f 



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20 et 30. « Si quelqu'un veut venir 
» après moi, qu'il renonce à lui-même, 
» qu'il porte sa croix tous les jours, 
» et qu'il me suive. » Ch. 9, f 23. 
« 11 y a des eunuques qui ont renoncé 
» au mariage pour le royaume des 
» cieux ;. que celui qui peut le com- 
» prendre, le comprenne. » Matth., 
c. 19, JH2. Les commentateurs, même 
protestants, ont été forcés de recon- 
naître dans ce passage un conseil et 
non un précepte. Voyez la Synopse 
sur cet endroit. 

Saint Paul a dit, I Cor., c. 7, f 40 : 
« Une veuve sera plus heureuse si elle 
» demeure dans cet état selon mon 
» conseil or, je pense que j'ai aussi 
» l'esprit de Dieu. » En exhortant les 
Corinthiens à des aumônes, il leur 
dit : « Je ne vous fais pas un eomman- 

» dément mais je vous donne un 

» conseil: parce que cela vous est 
» utile. » II Cor., c. 8, f 8 et 10. Et 
aux Galates, c. 5, f 24 : « Ceux qui 
» sont à Jésus-Christ ont crucifié leur 
» chair avec ses vices et ses corrup- 
» tions. » Si les chrétiens du second 
siècle se sonttrompés en distinguant les 
conseils d'aveelespréeeptes, c'estJésus- 
Christ et saint Paul qui les ont induits 
en erreur. Pour estimer et pour pra- 
tiquer des austérités, des mortifica- 
tions, des abstinences, et le renonce- 
ment aux commodités de la vie, ils 
n'ont pas eu besoin de consulter 
l'exemple des philosophes, le goût des 
Orientaux, ni les mœurs desEsséniens 
ou des Thérapeutes ; il leur a suffi de 
lire l'Evangile. 

Quant aux maux prétendus qui en 
ont résulté, sont-ils si terribles? Nos 
anciens apologistes nous attestent que 
la mortification, la chasteté, le désin- 
téressement des premiers chrétiens, 
aussi bien que leur douceur, leur 
charité, leur patience, ont causé de 
l'admiration aux païens, et ont pro- 
duit une infinité de conversions. Dans 
les siècles suivants, les mêmes vertus, 
pratiquées par les solitaires, ont fort 
adouci la férocité des barbares ; si les 
missionnaires qui ont converti les 
peuples du Nord, n'avaient pas pra- 
tiqué les conseils évangèliques, ilsn'au- 
raient pas attiré, peut-être, un seul 
prosélyte. Voilà les malheurs qui, au 
jugement des protestants, ont fait 



gémir l'Eglise dans tous les siècles, et 
que les incrédules déplorent avec eux. 
Heureusement, les réformateurs sont 
venus au seizième siècle réparer tous 
ces maux ; ils ont formé des sectateurs, 
non par des exemples de vertus, 
mais par des déclamations et par des 
arguments, ils ont fondé une nouvelle 
religion, non sur la perfection des 
mœurs, mais sur l'indépendance et 
sur le mépris des usages religieux; 
aussi n'ont-ils converti ni des païens, 
ni des Barbares ; ils ont perverti des 
chrétiens. Bergier. 

CONSERVATEUR, CONSERVA- 
TION. La révélation se réunit à la 
lumière naturelle, pour nous ap- 
prendre que Dieu conserve les créa- 
tures auxquelles il a donné l'être, et 
maintientî'ordre physique du monde ; 
l'auteur du livre de la Sagesse lui dit : 
« Comment quelque chose pourrait- 
» elle subsister, si vous ne le vouliez 
» pas, ou se conserver, sans votre 
» ordre? » Sap., c. 11, f 2(3. Il con- 
serve l'ordre moral entre les créa- 
tures intelligentes, par l'instinct 
moral qu'il leur a donné, par la con- 
science qui leur intime sa loi et leur 
fait craindre le châtiment du crime. 
C'est dans cette double attention 
que consiste la providence. 

Mais rien ne nous montre mieux 
l'action continuelle de Dieu dans la 
marche de la nature, que le pouvoir 
parlequelil en suspend les lois quand 
il lui plaît. Le monde noyé dans les 
eauxdu déluge, le feu du ciel lancé sur 
Sodome, les mers divisées pour donner 
passage aux Hébreux et submerger 
les Egyptiens, etc. : voilà les événe- 
ments par lesquels Dieu a convaincu 
les hommes, qu'il est le seul maître, 
le seul conservateur de l'univers. Il 
fallait alors des miracles, parce que 
le commun deshommes n'était pas en 
état de raisonner sur l'ordre physique 
du monde, d'y remarquer une main 
attentive et bienfaisante. 

Ainsi, Dieu a prévenu d'avance les 
hommes, encore ignorants et grossiers, 
contre les faux systèmes des philo- 
sophes qui ont enseigné, les uns, que 
Dieu est l'âme du monde, et que le 
monde est éternel; les autres, que Dieu, 
après l'avoir construit, en a laissé le 



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soin à des intelligences subalternes. Le 
dogme d'un seul Dieu, créateur et 
conservateur, est la croyance primi- 
tive; si les peuples avaient été fidèles 
aie garder, ils n'auraient été égarés 
ni par le polythéisme, ni par l'ido- 
lâtrie, ni par les prestiges de la phi- 
losophie. 

Mais dès qu'une fois cette grande 
vérité a été généralement méconnue, 
il a été besoin d'une nouvelle révé- 
lation pour en rétablir la croyance, et 
tel était le principal objet des leçons 
que Dieu donna aux Hébreux par 
Moïse. Voyez Révélation. Bergier. 

CONSERVATION DES PRODUITS 
DELA NATURE ET DE L'INDUS- 
TRIE. (Thcol. mixt. scien chim.) — 
Parmi les ressources que Dieu a pré- 
parées sur le globe terrestre pour 
que l'homme les découvre et amé- 
liore, par les applications qu'il en 
fera, les conditions de son séjour et 
de son développement, sont à remar- 
quer les procédés chimiques de con- 
servation des choses qui se détériorent 
par la fermentation. Ces moyens sont 
tous modernes, au moins ceux dont 
nous voulons parler; car l'homme 
trouva de tout temps, dans l'eau de 
la mer et dans les mines, le sel tout 
composé par la nature pour la conseï'- 
vation des aliments et de tout ce qui 
a besoin d'être gardé, sous peine de 
pertes sèches qui doivent être évitées 
avec d'autant plus de soin que la po- 
pulation croit davantage et que le 
germe humain se multiplie. Nous 
allons dire un mot des principes sur 
lesquels la chimie, science de notre 
temps, s'appuie pour réaliser ces 
procédés et ouvrir la voie à la décou- 
verte d'autres qui sont encore dans 
l'inconnu. 

La chimie a constaté que quatre 
conditions sont nécessaires pour la pu- 
tréfaction : la présence, dans la subs- 
tance , de matières azotées ; de l'eau ; 
de l'air ; et de la chaleur. La matière 
organique est d'autant plus fermen- 
tescible et plus prompte à se décom- 
poser qu'il y a chez elle plus de subs- 
tances azotées, plus d'azote, et les 
trois autres agents sont également 
nécessaires. Toutcequinecontient pas 
d'azote, par exemple le sucre, la fé- 



cule, l'huile, la gomme, ne se décom- 
pose pas; et, d'ailleurs, si un seul des 
trois autres éléments, l'eau, l'air ou 
l'oxygène, et la chaleur, est absent, 
il n'y a point fermentation et putré- 
faction. 

De là, on a cherché à empêcher ou 
retarder ce phénomène soit en faisant 
prédominer sur les matières azotées 
des matières non azotées, soit en 
faisant disparaître un des trois autres 
agents ; et c'est ainsi qu'on est arrivé 
auxprocédés de conserevation qui cons- 
tituent un des grands progrès de 
notre siècle. Le sucre, la gomme, 
l'huile sont employés quand il s'agit 
de substances que l'addition de ces 
éléments n'empêche pas de servir ; 
c'est ainsi que les sardines se conser- 
vent dans l'huile. L'enlèvement de 
la chaleur par la glace, qui l'absorbe 
pour tendre à se fondre et pour se 
fondre, est également un moyen très- 
usité, surtout pour le transport du 
poisson et la conservation de la 
viande; mais ce moyen n'est prati- 
cable qu'en petit et a l'inconvénient 
de désagréger les tissus , de leur 
enlever leur solidité, en sorte que 
les produits qui sont soumis à la 
congélation se décomposent très- 
rapidement aussitôt qu'ils sont rendus 
à la température ordinaire. L'enlè- 
vement de l'air, avec plus ou moins 
de perfection, ou la conservation dans 
le vide, serait un excellent moyen ; 
mais jusqu'à présent l'homme n'a pas 
inventé la machine pneumatique, 
c'est-à-dire la pompe à air avec le 
bocal hermétiquement clos, d'un usage 
facile et économique ; ce procédé erf 
resté à l'état d'expérience de labora- 
toire. Mais il y a, dans cette voie, du 
nouveau à découvrir , et on peut 
compter que tôt ou tard l'homme le dé- 
couvrira. Il faut dire pourtant que 
déjà Appert, dontleprocédésirépandu 
pour la conservation des viandes cui- 
tes porte le nom, a trouvé que la con- 
servation se réalise aussi bien par la 
raréfaction de l'air dans un bocal 
bien bouché, au moyen du bain- 
marie à l'eau bouillante, que par le 
vide complet, et que ce procédé est 
devenu d'une grande utilité pratique. 
Il faut dire aussi qu'on a déjà constaté 
qu'il suffit de la soustraction d'un des 



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éléments de l'air, par, exemple de 
l'oxygène ; c'est sur ce principe que 
M. Lamy a conservé des viandes et des 
légumes, en les plaçant dans un mi- 
lieu d'acide sulfureux, lequel acide ab- 
sorbe l'oxygène de l'air pour se trans- 
former lui-même en acide sulfurique. 

Enfin la suppression de l'eau seu- 
lement, soit par dessication, soit par 
concentration des substances, est le 
moyen le plus pratiqué peut-être jus- 
qu'à présent. C'est le procédé par 
lequel on conserva de tout temps les 
fourrages, les graines, le houblon, 
les plantes médicinales, etc. Les subs- 
tances animales ont été aussi conser- 
vées, de temps immémorial, par la 
dessication ; les viandes sécbées au 
soleil (came sèche) étaient la nourri- 
ture des esclaves et l'on en prépare 
encore aujourd'hui à Buenos-Ayres 
et à Montevideo; ces viandes sèches 
ont l'inconvénient de prendre un goût 
de rance par leurs parties graisseuses. 

Tout cela tire son origine d'assez 
loin dans le passé; mais il y a plu- 
sieurs procédés d'invention toute ré- 
cente qui reposent sur le même prin- 
cipe, et qui sont appliqués tout à fait 
en grand par l'industrie surtout pour 
les besoins de la marine dans les voya- 
ges de long cours ; ce sont, par exem- 
ple, les légumes desséchés et réduits 
par la compression en gâteaux ; 
on les charge facilement sur les na- 
vires à cause de leur réduction à un 
petit volume et il suffit, pour leur 
rendre leur eau, de les mettre à, trem- 
per assez longtemps quand on veut 
s'en servir. Tous les légumes peuvent 
se conserver de la sorte, et l'effet de 
leur mélange à la nourriture des ma- 
rins estsouverainpour prévenirparmi 
eux l'invasion du scorbut. C'est aussi 
le lait concentré de Liebig, professeur 
allemand qui vient de mourir ; ce lait 
est amené, par la soustraction de 
l'eau, à l'état de pâte gluante et su- 
crée; il suffit de délayer cette pâte 
dans de l'eau pour en obtenir un 
véritable lait tout sucré pouvant ser- 
vir à tous les usages ; il ne diffère du 
lait frais que par le sucre qu'il con- 
tient, et que souvent on serait obligé 
de lui ajouter dans la cuisine. M. de 
Ligna c est un de ceux qui ont donné 
leur nom à cette conserve , qui se 



garde dans des boites de fer-blanc. 
Il faut ajouter à l'espèce de mélasse 
qui est dans les boites environ trois 
fois le même volume d'eau. Grime- 
wade, patenté en Angleterre, réduit 
le lait à l'état de poudre, après l'avoir 
additionné d'un peu de sucre et de 
carbonate de soude. Cette poudre , 
chauffée dans huit fois son volume 
d'eau, redevient un excellent lait ; 
elle se conserve indéfiniment. 

Nous sortirions de notre cadre, si 
nous en expliquions davantage. Nous 
en avons assez dit pour prouver crue 
quand l'homme aura terminé sa mis- 
sion sur la terre, mission qui n'aura 
son terme, croyons-nous du moins, 
que quand la terre et toutes ses forces 
seront parfaitement asservies, l'hom- 
me ne pourra pas dire à son Créateur: 
Tu m'avais dit de régner, et tu ne 
m'en avais pas donné les moyens.... 

Il en sera de même pour chacun 
de nous, et pour tous ensemble, en ce 
qui concerne les destinées de l'autre 
vie. Le Nom. 

CONSIDÉRANT (Victor -Prosper). 
(Thèol. hist. biog. et bibliogr.) — Cet 
économiste socialiste français, né à 
Salins, dans le Jura, en 1808, et élève 
de l'école polytechnique, de laquelle 
il sortit pour entrer dans le génie et 
y devenir bientôt capitaine, renonça 
à l'avenir brillant que lui promettait 
cette carrière pour se faire le chef de 
l'école dite sociétaire et continuer la 
propagande du saint-simonisme et du 
fourriérisme. Entre autres journaux 
propagateurs de ces doctrines, on peut 
citer le Nouveau Monde ou la Réforme 
industrielle ; et, plus tard (1836), 
après la mort du maître, la Phalange, 
dans laquelle il soutient le phalans- 
tère, l'unité harmonienne, le travail 
attrayant, etc. Des souscriptions et 
surtoutleslargesses de l'anglais Young 
lui vinrent en aide et lui permirent 
de tenter des essais de phalanstère en 
France(àCitaux,Coudé-sur-Vègreetc), 
en Belgique, et au Brésil. Après la 
Phalange vint la Démocratie pacifique, 
qui attira assez de ressources pour la 
fondation d'une librairie spéciale et 
de cours publics, que mirent, presque 
sous nos yeux, en désarroi — car 
nous habitions alors le même quar- 



CON 



220 



CON 



?oL~ dlvers P llla g es bourgeois de 
1848 ou 1849. M. Considérant, après 
les événements qui amenèrent la fuite 
et l'exil de Ledru-Rollin, dont il 
suivait la politique, alla.au Texas,tenta 
de nouveau l'application de son sys- 
tème, revint en France, et retourna 
encore au Texas où il fonda la com- 
mune sociétaire de colonisation appe- 
lée la Réunion. 

Toutes ces tentatives de commu- 
nisme libre qui ont leur modèle dans 
le couvent chrétien et aussi dans le 
couvent bouddhiste, ne paraissent 
guère pouvoir réussir si l'ony laisse 
comme ces écoles modernes, fermen- 
ter les passions; ce n'est que la re- 
ligion et l'ascétisme qui jusqu'à pré- 
senties ont fait prospérer, et qui pro- 
bablement le feront jamais. 

Les ouvrages principaux de M. Con- 
sidérant sont : Destinée sociale, 3 vol 
in-8o, 1834 à 1 844; Théorie de l'éduca- 
tion naturelle et attrayante 1835 ; Dé- 
bâcle de la politique en France, 1836 • 
Manifeste de l'école sociétaire fondée 
par Fourrier, ou bases de la politique 
positive, 1841; Principes du socialisme, 
184/ ; Théorie du droit de propriété et 
dudroitau travail, 1848; Le socialisme 
devant le monde ou le vivant devant 
les morts, 1849; La dernière guerre et 

la paix définitive de l'Europe, Bruxelles 
1850. ' 

Il faut rendre à M. Considérant et 
à son école cette justice, que la vio- 
lence est absolument exclue de leurs 
moyens de succès, et que leur propa- 
gande est essentiellement pacifique. 
Le Noir, 



officialités modernes: ils s'occupent 
principalement des affaires litigieuses 
et surtout de mariage. 
_ En Saxe, il y a, en outre, le con- 
sistoire ecclésiastique catholique qui 
ne s'occupe que de l'administration 
purement ecclésiastique ; il se com- 
pose d'un directeur président et de 
quatre assesseurs consistoriaux dont 
deux ecclésiastiques et deux laïques. 
Le Noir. 

CONSISTOIRES PROTESTANTS 

(thêol. hist. genér) — Il convient de dis- 
tinguer les consistoires dans le culte 
Luthérien, les consistoires dans le culte 
dit réformé, les consistoires dans les 
divers Etats de l'Allemagne, et les 
consistoires en France qui sont ré- 
glementés par les articles organiques 
des cultes protestants. 



I 



Consistoires Luthériens. 



CONSISTOIRES PONTIFICAUX ET 
EPISCOPAUX, {Thêol. hist. génér.)- 
En France on n'applique le mot con- 
sistoire qu'au collège des cardinaux 
réunis eu sessions,tantôt secrètes,tan- 
totpubhques, et aux consistoires pro- 
testants. r 

Le collège des cardinaux réuni 
comme on vient de le dire constitue 
le consistoire pontifical. 

En Allemagne et peut-être ailleurs 
on nomme consistoires archiépiscopaux 
et épiscopaux les conseils des arche- 
vêques et évêques qui se sont formés 
à la suite des vicariats généraux et 
des omeialités anciennes, ce sont les 



M. Permaneder les explique comme 
il suit: 

« On nomme consistoires, chez les 
luthériens, les conseils composés de 
membres ecclésiastiques et laïques 
et institués par le souverain du pays, 
jure episcopali, pour surveiller et 
administrer les affaires ecclésiasti- 
ques, pour exercer sa juridiction dans 
les affaires de mariage et rendre 
des jugements dans les procédures 
concernant le clergé protestant. Le 
premier consistoire de ce genre fut 
fondé, en 1 542, à Wittenberg, et servit 
de modèle à ceux que tous les antres 
souverains luthériens érigèrent dans 
leurs Etats. Aux consistoires sont 
subordonnés les superintendants, les 
doyens, les préposés (prsepositi), les 
ephores, etc., qui n'ont pas de juri- 
diction, mais qui sont purement char- 
gés de surveiller les pasteurs de leurs 
districts, à peu près comme les doyens 
ruraux dans l'Eglise catholique. Les 
consistoires exercent leur autorité, 
dans la sphère qui leur est tracée, 
d'une manière indépendante, et ana- 
logue à l'autorité des fonctionnaires, 
civils ; seulement les souverains, 
en qualité de souverains, et de dé- 
positaires de la puissance ecclésiasti- 



CON 



221 



CON 



que, se sont réservé certains droits 
dans l'exercice de cette puissance, et 
dansceluidupouvoir législatif concer- 
nant l'organisation, la forme du culte 
extérieur, la discipline de la commune, 
l'administration des biens de l'Église, 
etc. Quant aux consistoires, ils ont en 
général la direction des affaires inté- 
rieures, l'application et la conserva- 
tion des lois, la surveillance sur les 
autorités etles institutions religieuses, 
la connaissance des délits commis 
par les ecclésiastiques dans leurs 
fonctions, le maintien de la discipline 
parmi les laïques, l'examen des can- 
didats aux cures et autres fonctions, 
l'instruction des accusations portées 
contre des fonctionnaires inférieurs, 
etc. Il y a des consistoires immédiats, 
c'est-à-dire institués directement par 
le souverain, et médiats, c'est-à-dire 
dépendant des princes, comtes, ou 
autres supérieurs et États autrefois 
feudataires de "empire, dont le jus 
consistorii a été conservé, en ce sens 
que les autorités qu'ils instituent sont 
subordonnées aux consistoires locaux, 
mais sont tenus d'observer les ins- 
tructions du consistoire général. Ces 
consistoires sont encore subdivisés, 
suivant l'étendue de leur circonscrip- 
tion, en consistoires inférieurs et 
supérieurs, et ces derniers eux-mêmes 
peuvent être subordonnés à une au- 
torité centrale, soit au consistoire su- 
périeur du pays, soit au ministère des 
affaires ecclésiastiques. 

II 

Consistoires réformés. 

Le même auteur les explique encore 
de la manière suivante : 

« Chez les réformés le gouver- 
nement ecclésiastique réside, confor- 
mément r h l'organisation originaire 
de cette Église, dans les communes, 
représentées toutefois par des auto- 
rités ecclésiastiques. Tous les membres 
de la communauté prennent part à 
l'élection de ces autorités. L'ensei- 
gnement, le service divin, le maintien' 
de la discipline sont confiés par ces 
autorités supérieures à autant de 
collèges ecclésiastiques qu'il y a de 
communes, composés chacun de pré- 



dicateurs, d'anciens et de diacres, ei 
portant le nom de conseil ecclésiasti- 
que, presbytérat, consistoire, et ces 
collèges sont unis à l'Église générale 
du pays au moyen de synodes régu- 
liers tenus par les pasteurs et les an- 
ciens. Depuis qu'à l'exemple de la 
Prusse, moyennant une organisation 
aussi uniforme que possible de toutes 
ces Églises, les deux principaux partis 
protestants se sont unis, l'organisa- 
tion des presbytères de l'une des con- 
fessions s'est mêlée à l'organisation 
des consistoires de l'autre. 

III 

Consistoires dans les divers états 

allemands. 

Citons encore M. Permaneder : 
« En Autriche il y a deux consistoires 
institués à Vienne pour les sectateurs 
de la Confession d'Augsbourg et pour 
ceux de la Confession helvétique ; leur 
juridiction s'étend sur les provinces 
allemandes, bohémiennes et galli- 
ciennes, surl'Illyrie, Venise et la terre 
ferme. Le président de ces consistoires 
est catholique ; les conseillers, moitié 
ecclésiastiques, moitié laïques, appar- 
tiennent aux deux confessions res- 
pectives et sont nommés par l'em- 
pereur. Ils ont une juridiction ana- 
logue à celle des consistoires catho- 
liques ou de l'ordinaire épiscopal dans 
les affaires de mariage ; ils n'en ont 
aucune dans les affaires judiciaires 
personnelles ou réelles, dans les 
affaires contentieuses et litigieuses or- 
dinaires. Le pouvoir qu'ils exercent 
pour le maintien de la discipline et 
de la pénalité ecclésiastiques s'étend, 
sauf le recours des intéressés aux 
autorités locales, aux individus qui 
troublent les exercices publics du 
culte, qui scandalisent leur commune 
par leur conduite immorale, qui se 
rendent coupables envers leurs pas- 
teurs et leur refusent l'obéissance qui 
leurestdue. Ce sontles tribunaux sécu- 
liers qui connaissent detous lesautres 
délits politiques et civils. 

« En Prusse il y a pour chaque 
province un consistoire auquel, sous 
la direction du président suprême, 
sont soumises les affaires purement 



CON 222 

ecclésiastiques et colles des écoles, 
des confessions protestantes unies 
(luthérienne et réformée), savoir: 
l'organisation des synodes, la surveil- 
lancedu culte, l'examen des candidats 
ecclésiastiques et leur ordination, la 
confirmation des présentations faites 
par les patrous pour les bénéfices, 
l'organisation des séminaires, la no- 
mination des pasteurs et des institu- 
teurs, la présentation et l'installation 
des superintendants confirmés par le 
roi, la surveillance sur la conduite et 
le ministère des ecclésiastiques, la 
suspension et le rappel des prédica- 
teurs délinquants, la fixation des fêtes 
ecclésiastiques, la censure des livres 
scolaires, des ouvrages religieux et 
liturgiques. L'introduction de l'orga- 
nisation synodale, décrétée en 1817 
pour l'Église protestante de toute la 
monarchie, n'est devenue pratique 
que dans les provinces de la Prusse 
rhénane et en Westphalie. 

« En Bavière le roi exerce l'é- 
piscopat protestant, qui lui est at- 
tribué en vertu de son droit de sou- 
veraineté, par un consistoire suprême, 
qu'il institue, auquel sontsubordonnés 
les consistoires immédiats d'Anspach, 
pour la moyenne Franconie, la Souabe 
et Neubourg ; de Bayreuth, pour la 
haute et basse Franconie, la basse 
Bavière, le haut Palatinat et Ratis- 
bonne ; de Spire, pour le Palatinat, 
et les deux consistoires médiats de 
Kreuzwertheim et de Thurnau. Ces 
consistoires, composés d'un président 
(le directeur ou le plus ancien con- 
seiller de la confession protestante du 
cercle politique), de trois conseillers 
protestants, dont deux ecclésiastiques 
et un laïque, d'un secrétaire et d'un 
personnel de chancellerie, ont, quant 
à l'administration des affaires ecclé- 
siastiques intérieures, une certaine 
indépendance, etsont,souscerapport, 
au niveau d'un directeur de cercle; 
mois ils lui sont subordonnés dans les 
affaires politiques et dans toutes les 
affaires qui appartiennent au droit du 
souverain, jura circa sacra. Ils n'ont 
aucune juridiction dans les affaires 
litigieuses. Les procès de divorce ne 
leur sont pas attribués; ils dépendent 
3'un tribunal protestant unique, 
chargé des affaires matrimoniales, 



CON 



c'est-à-dire du tribunal d'appel de 
Barnberg, et, en seconde et dernière 
instance, du tribunal d'appel suprême 
du royaume. Le consistoire suprême 
se compose d'un président, d'un con- 
seiller laïque et de quatre conseillers 
ecclésiastiques, dont l'un doit appar- 
tenir à la confession réformée, et du 
personnel inférieur ordinaire. Ce 
consistoire est subordonné au minis- 
tère des affaires ecclésiastiques et de 
l'instruction publique, dans toutes les 
circonstances prévues par le n° de 
l'ordonnance qui les organise (1). 

« Dans le royaume de Saxe un dé- 
cret du 27 juin 1833, institue quatre 
collèges administratifs provinciaux : 
les directions des cercles de Dresde, 
Leipzig, Zwickau etBudissin; main- 
tient le 'consistoire de Glauchau ; éta- 
blit, pour obtenir une certaine unité 
dans les affaires religieuses, une auto- 
rité protestante ecclésiastique centra- 
le, sous le nom de Consistoire général 
ecclésiastique., composé d'un président 
séculier, de cinq conseillers ecclé- 
siastiques ordinaires, de deux asses- 
seurs extraordinaires dans les affai- 
res importantes, et purement subor- 
donné au ministère des cultes. Ce 
consistoire général a une double pro- 
priété : il a une autorité indépen- 
dante, administrative et executive; il 
est en même temps le collège con- 
sultatif du ministre des cultes et de 
l'instruction publique/ Sous le pre- 
mier rapport il a dans ses attributions 
certaines affaires relatives à la nomi- 
nation aux charges ecclésiastiques, 
aux fonctions d'instituteurs primaires 
et à l'enseignement religieux ; sous 
le second rapport il a la mission d'as- 
sister de ses conseils et de ses avis le 
ministère des cultes dans toutes les 
affaires religieuses et ecclésiastiques, 
etde veiller en général avec conscience 
et connnaissance de cause, par des 
représentations et des rapports con- 
venables, au maintien et aux progrès 
de l'Église luthérienne évangélique. 
Le ministère des cultes, par son ins- 
truction du 27 juin 1835, a réglé les 



(1) Voy, YÉdit d'organisation des Communes 
protestantes du royaume de Bavière, d" 26 mai 
1818, § 103. 



CON 



223 



CON 



doubles attributions de ce consistoire 
général (1) . 

« En Wurtemberg, depuis l'union 
du ministère des affaires ecclésiasti- 
ques et de l'instruction publique avec 
celui de l'intérieur , le consistoire 
protestant, composé d'un directeur, 
de quatre conseillers, dont un séculier 
et trois ecclésiastiques, est subor- 
donné à ce ministère. 

« En Hanovre il y a des consistoi- 
res à Hanovre, Stade, Otterndorf et 
Osnabruk. 

« Dans le duché de Bade chaque 
commune évangélique a un consed 
d'anciens librement élu (presbytère), 
comme organe de l'administration 
des affaires morales, religieuses et 
ecclésiastiques. Le second degré de 
la représentation ecclésiastique, for- 
mé par le synode spécial, qui, en rè- 
gle générale, se réunit tous les trois 
ans, dans la résidence et sous la pré- 
sidence du doyen, en présence d'un 
commissaire du gouvernement, est 
composé de tous les pasteurs du dé- 
canat et d'une députation démembres 
laïques des conseils ecclésiastiques, 
devant égaler la moitié au moins des 
membres ecclésiastiques. Toute l'E- 
glise est représentée par le synode 
général, qui se tient sous la prési- 
dence d'un commissaire du grand 
duc. Ce synode, outre deux membres 
ecclésiastiques et deux membres laï- 
ques fonctionnaires du ministère 
évangélique, et un membre nommé 
par le grand duc, et appartenant à 
la faculté de théologie de Heidelberg, 
est composé de telle sorte que tous 
les diocèses y envoient, en se réunis- 
sant deux par deux, un député ecclé- 
siastique, et, en se réunissant quatre 
par quatre, un député laïque, 

« Dans le grand duché de liesse, 
les autorités ecclésiastiques des pro- 
vinces de Starkenbourg, de la Hesse 
supérieure et de la Hesse rhénane, 
ont leur centre commun dans le con- 
sistoire ' suprême de Darmstadt, di- 
rectement subordonné au ministère 
de l'intérieur et de la justice. 

« Dans la Hesse électorale il y a 

(i)Conf. les Ordonnances des 10 avril et 20 
juin 1S75 du ministre des cultes {in Evangeli- 
cis ). 



quatre consistoires protestants , à 
Gassel, Marbourg, Hanau et Rinteln. 

IV 

CONSISTOIRES PROTESTANTS EN FRANCE. 

Ce qui concerne les consistoires a 
été réglé par les Articles organiques 
des cultes protestants, promulgués 
par le premier Consul et insérés au 
Bulletin des lois, le 28 germinal an X, 3 e 
série, t. VI. 

Aiticle XV. « Les Églises réformées 
ont des pasteurs, des consistoires lo- 
caux et des synodes. 

XVI. « Il y a une église consisto- 
riale par six mille âmes de la même 
communion, 

XVII. « Cinq églises consistoriales 
forment l'arrondissement d'un sy- 
node. 

XVIII. « Le consistoire de chaque 
église est composé du pasteur ou des 
pasteurs desservant cette église, et 
d'anciens ou notables laïques, choisis 
parmi les citoyens les plus imposés ; 
le nombre de ces notables ne peut 
être au-dessous de six, ni au-dessus 
de douze. 

XX. ce Les consistoires veillent au 
maintien de la discipline, de l'admi- 
nistration des biens de l'église, et à 
celle des deniers provenant des au- 
mônes. 

XXIII. « Tous les deux ans les an- 
ciens du consistoire sont renouvelés 
par moitié. 

XXIX. « Chaque synode est formé 
du pasteur et d'un ancien de chaque 
église. 

XXX. « Les synodes veillent sur 
tout ce qui concerne la célébration du 
culte, l'ens igement de la doctrine 
et la conduite des affaires ecclésias- 
tiques. 

« Quant aux églises de la Confes- 
sion d'Augsbourg, elles ont également 
des consistoires locaux et généraux 
(art. XXXIII). 

XL. « Un consistoire général réside 
à Strasbourg. 

XLI. « Il est composé d'un prési- 
dent laïque protestant, de deux 
ecclésiastiques inspecteurs et d'un 
député de chaque inspection ( cinq 
églises consistoriales forment Farron- 



1 






CON 224 

dissement d'une inspection , art . 
XXXVI ). Le président et les deux 
ecclésiastiques inspecteurs sont nom- 
més par le gouvernement. 

XLIII. « Dans le temps intermé- 
diaire d'une assemblée à l'autre, il y 
a un directoire composé du président, 
du plus âgé des deux ecclésiastiques 
inspecteurs et de trois laïques, nom- 
més l'un par le gouvernement les 
deux autres parle consistoire, géné- 
ral. » Le Noir 

CONSISTOIRES RUSSES, (Théol. 
hist. gêner.) — Les évoques gréco- 
russes sont assistés d'un collège spécial 
qui est chargé de veiller à la disci- 
pline ecclésiastique; ce collège, 
nommé consistoire, se compose de 
trois membres qui sont ou archi- 
mandrites, (abbés) ou hégouménes 
(prieurs) ouprotopopes (arcbiprêtres). 

Au-dessous de ces consistoires sont 
les cantoirs, composés de deux mem- 
bres et d'un notaire, et qui corres- 
pondent à peu près à nos doyens 
ruraux. Le Nom. 

CONSOLATION, cérémonie des ma- 
nichéens albigeois, par laquelle ils 
prétendaient que toutes leurs fautes 
étaient effacées ; ils la conféraient à 
rarticledelamort ; ils l'avaient subs- 
tituée à la pénitence et au viatique. 
Elle consistait à imposer les mains, 
à les lever sur la tête du pénitent, à 
y tenir le livre des Evangiles, et à 
réciter sept patcr avec le commence- 
ment de l'Evangile selon saint Jean. 
C'était un prêtre qui en était le mi- 
nistre ; et il fallait, pour son effica- 
cité, qu'il fût sans péché mortel. On 
dit que, lorsqu'ils étaient consolés, ils 
seraient morts au milieu des flammes 
sans se plaindre, et qu'ils auraient 
donne tout ce qu'ils possédaient pour 
1 être. Exemple frappant de ce que 
peuvent l'enthousiasme et la supers- 
tition, lorsqu'ils se sont emparésfor- 
tement des esprits. Bergier. 



CON 



CONSOMMATION {Théol. mixt. écon. 
soc.) — Les trois grands objets de la 
science économique sont la produc- 
tion, par le travail, la circulation des 
produits par rechange, et leur consom- 
mation. Nous devrons, au mot produc- 
tion, un petit sommaire de ce qui la 



concerne, comme principes scientifi- 
ques à poser, comme vices qui se 
constatent dans les sociétés relative- 
ment à ces principes, comme moyens 
propres à combattre ces vices, et 
comme réponses qui furent données 
par la théologie chrétienne antérieu- 
rement à la science économique, et 
qui résoudraient, si on les mettait en 
pratique, toutes les difficultés. Au mot 
échange (égal), nous devrons un autre 
résumé dans lequel il soit procédé de 
la même manière ; et nous en devons 
dès aujourd'hui un pareil au mot 

CONSOMMATION. 

Ayant traité, dans nos harmonies de 
la raison et de la foi, la triple ques- 
tion économique de la production, de 
l'échange et de la consommation, et 
trouvant, dans le traité sommaire qui 
concerne cette triple question, les 
trois résumés dontnous parlons, nous 
les transcrirons tels qu'ils y figurent. 
Le lecteur aura de la sorte trois par- 
ties d'un même article qu'il pourra 
rapporter l'une à l'autre, s'il veut les 
lire selon l'ordre méthodique que 
nous venons d'indiquer : production, 
échange, consommation. 

Voici la partie qui concerne la con- 
sommation. 

« Le troisième objet de l'économie 
sociale est la consommation. 

« I. Que dit sur cet objet la science 
solide et vraiment rationnelle? — Sur 
ce troisième objet, comme sur les 
deux autres, elle établit des principes, 
constate des vices et propose des 
moyens. 

1° Principes. 

Premier principe . — Liberté pour 
chacun de consommer à son bon plai- 
sir, sauf l'abus nuisible aux droits d'au- 
trui, ce dont il est propriétaire légitime 
par travail, échange, ou quelqu'une 
des formes du don. 

« Second principe. — Liberté d'exer- 
cer la charité par le don. 
_ « Troisième principe. — La charité 
libre est la grande loi moitié propre à 
amener l'équilibre dans la consomma- 
tion, comme la liberté du travail et la 
propriété sont les grandes lois de justice 
de la production, comme l'égalité est 
la grande loi de justice de l'échange. 



CON 



225 



CON 



« Quatrième principe. — II y a 
deux modes d'exercice de la charité, 
le mode par lequel chaque individu la 
fait en son particulier, et le mode par 
lequel les individus se réunissent pour 
en organiser une application commune . 
Ces deux modes sont également loua- 
bles. — Le second peut être exercé 
dans un petit cercle; tels sont les bu- 
reaux de bienfaisance maintenant en 
usage, ou dans un grand cercle , comme 
serait une association universelle de 
toute une nation, avec divisions et 
subdivisions, librement voulue par 
cette nation. 

« Cinquième principe. — Une société 
peut même, du consentement de tous ses 
membres, renoncer à des droits de pro- 
priété par motif de charité publirque, 
pour obviera des inconvénients inévita- 
bles sans des mesures de ce genre — C'est 
un communisme libre qui peut être 
marqué au coin de la morale, du dé- 
vouement et d'une sage prévoyance. 
« Sixième principe — C'est la con- 
sommation qui provoque la production; 
et, par suite, une nation n'est sage que 
quand elle ne consomme des produits 
inutiles et de luxe qu'autant qu'elle 
produit tout le nécessaire et tout l'utile 
pour la vie du corp'i et pour la vie de 
l'âme, pour la nourriture, le vêtement, 
le logement, suffisamment confortables, 
pour la science, pour l'art, et pour la 
religion — autrement, ily aura produc- 
tion excessive d'objets inutiles, su- 
perflus ou même nuisibles ; par suite, 
occupation du travail à cette produc- 
tion ; par suite encore, production in- 
suffisante de l'utile et même de l'in- 
dispensable ; et en dernier résultat, 
détresse ou misère pour le plus grand 
nombre. 

2° Vices sociaux dans la consommation. 

« Les principaux de ces vices sont 
les suivants : 

« Premier vice : le luxe — La science 
économique entend par ce mot 
l'invasion du goût et de la consom- 
mation de ce qui satisfait les passions 
de l'opulence, mais qui n'est ni indis- 
pensable ni utile pour le corps ou 
pour l'âme, pour la vie matérielle, 
ou pour la vie intellectuelle, ou pour 
la vie artistique, ou pour la vie mo- 
lli. 



raie et religieuse. Il reste vrai à ja- 
mais que les anciens ne se trompaient 
en rien quand ils disaient que le luxe 
est la cause principale de la déca- 
dence des nations. C'est le vice con- 
traire au cinquième principe, lequel 
explique la cause de ses fâcheux effets. 
« Second vice : l'imprévoyance sociale 
et le défaut de connaissance du but oà 
l'onmarche. — Ce vice consiste dansune 
anarchie du travail, telle que chacun 
se jette dans telle ou telle industrie, 
ou produit avec surabondance telle 
ou telle chose sans pouvoir se 
douter de l'accumulation excessive 
qui en résultera dans un temps don- 
né , et par suite, de la disette d'autres 
produits qui deviendront très-chers, 
pendant que celui-là tombera en dé- 
préciation. Ce malheur résulte de ce 
qu'il n'y a d'autre thermomètre de 
la production que l'offre et la deman- 
de du jour même, en d'autres termes, 
que l'on ne sait que l'effet du passé, 
et non celui du présent, que l'on ne 
peut penser au remède que quand le 
mal est consommé, en un mot, que 
la production est réglée par son pro- 
pre désordre, tandis qu'elle devrait 
l'être par les besoins de l'avenir. M. 
Ottexplique-trèsbien, dans son Traité 
d'économie sociale, ce mal social qui 
amène tant de hausses et de baisses, 
tantde fluctuations, tant de ruines, 
tant de crises pour l'agriculture et l'in- 
dustrie . 

« Troisième vice. — Le progrès dans 
l'industrie et les inventions est un 
bien, maisunbien qui engendre beau- 
coup de maux, quand la société est 
établie sur un mauvais pied ; dans ce 
cas, elle invente et progresse pour 
quelques-uns contre l'intérêt général. 
Le principal résultat, en effet, du 
progrès industriel est une production 
plus abondante en moins de temps, 
avec moins de peine et avec moins de 
bras; ce sont d'ailleurs les forts, et 
seulement les forts, qui peuvent 
mettre à profit les instruments nou- 
veaux, les machines, usines, etc. ; 
ceux-là donc deviennent plus indé- 
pendants des ouvriers, et peuvent les 
assujettir plus librement à leurs con- 
ditions; les machines remplacent ces 
derniers, en partie; on peut se passer 
d'ungrand nombred'entre eux ; delà, 

13 






CON 



226 



CON 



diminution de salaire, manque d'ou- 
vrage, et aussi diminution du prix 
des choses, mais, somme toute, aux 
dépens du faible ; c'est le faible qui 
paie le montant de cette diminution, 
le fort empoche tout. C'est cerésultat 
immédiat qui donne au peuple tant 
d'animosité contre les machines, bien 
qu'elles soient l'honneur de l'intelli- 
gence humaine et la source d'un bien- 
être à venir. Au reste il n'est pas de 
mal qui n'emporte son remède avec 
lui, et c'est précisément le vice que 
nous venons de signaler qui provo- 
quera toujours les réformes économi- 
ques. Le peuple est une force contre 
laquelle on ne résiste pas, quand elle 
est excitée ànn certain degré; c'est le 
besoin qui l'excite, et, comme le 
progrès industriel produira forcément 
et rapidement ce besoin, on le verra 
amener fatalement de nouvelles or- 
ganisations compensatrices dans laré- 
partition des richesses. C'est même 
ce progrès irrésistible, providentiel, 
fatal, qui sera, en ce sens, la cheville 
ouvrière de toute nouveauté sociale ; 
mais supposons que tous les moyens 
proposés parla science, et que nous a- 
vons exposés, fussent appliqués à la 
fois, on même d'autres, meilleurs en- 
core, qui serontpeut-être inventés; as- 
surément, l'inconvénient que nous ve- 
vons de signaler aurait à peu près dis- 
paru ; non-seulement chacun ne vivrait 
plus que de sa vraie propriété, et non 
de celle d'autrui, selon le précepte de 
l'apôtre, soit qu'il produisît pour le 
corps, soit qu'il produisit pour l'âme, 
l'échange étant là pour donner à 
tous les besoins légitimes de quoi 
se satisfaire ; mais encore chacun ne 
pourrait attirer en ses mains, par les 
moyens aujourd'hui connus, les ins- 
truments de travail pour en faire des 
instruments d'exploitation de la so- 
ciété faible; et cependant, il resterait 
encore un danger d'absorption, pro- 
venant du progrès même de l'indus- 
trie et de l'invention des machines. 

« Supposons l'impossible pour com- 
prendre le possible; qu'un homme 
industrieux vienne à inventer une 
machine si ingénieuse et si puissante 
qu'en la faisant marcher avec ses 
seuls bras, il produise autant avec 
elle, soit du blé ou autre chose, que 



des milliers d'hommes réunis; point 
d'usure , point d'exploitation hu- 
maine, et, malgré cela, accumulation 
de capitaux énormes dans les mains 
de cet homme, car il vend comme 
les autres, fait la concurrence, écrase 
les exploitations rivales, achète et' 
accumule, puis fait la loi. On com- 
prend assez ce qui peut surgir du 
possible dans cet ordre d'hypothèses. 
Donc, malgré tous les moyens, il 
reste encore une possibilité cV absorp- 
tion pernicieuse pour la société, et 
génératrice d'une nouvelle misère, 
bien que les chances en soient très- 
considérablement diminuées. 

« Quoique ce vice, presque insépa- 
rable de la nature humaine, et peut- 
être sans remède, parce qu'il ne naît 
d'aucune injustice, mais seulement 
de l'inégalité des talents, se rapporte 
autant à la production qu'à la con- 
sommation, nous le signalons sous ce 
dernier chef, attendu que, s'il est 
possible de le prévenir, ce sera par 
une disposition de charité sociale, 
consentie par tous, laquelle ne se 
rapporte qu'à la distribution des biens 
à consommer, et ne peut avoir pour 
base que la liberté qu'a chacun de 
faire ce qu'il veut des fruits de son 
travail. 

« quatrième vice. — Celui-ci résulte 
encore de la nature et est sans remède 
dans son germe. Il y aura toujours 
des faibles par constitution, des vieil- 
lards, des infirmes, des orphelins, 
des idiots, des malheureux sans leur 
faute qui ne produiront rien, à qui 
leurs parents ou amis ne laisseront 
pas le nécessaire pour vivre, et qui, 
cependant, ne devront pas mourir de 
faim, ni même souffrir plus que les 
autres. Il y aura aussi des paresseux, 
des coupables qui se trouveront, par 
leur faute, dans la misère, n'ayant 
pas, à un jour donné, le nécessaire 
pour leur consommation. Malgré les 
avantages des assurances, on rencon- 
trera de ces êtres sur la terre. 
_ « cinquième vice. — Ce dernier vice 
tient encore à la nature, et plus que 
tout autre. Il consiste dans l'absence 
de proportion entre l'augmentation 
de la population et l'augmentation 
de la production. L'augmentation de 
la population dans une société bien 



CON 



227 



CON 



organisée sous tous les rapports est 
indéfinie, tandis que la surface du sol 
ne s'accroît pas, et que sa fécondité, 
toute susceptible qu'elle soit de dila- 
tation énorme par le travail et par 
le progrès agricole et industriel, n'est 
pas cependant sans terme. Fénélon, 
dans sa philanthropie et son espé- 
rance, disait, en y pensant, que la 
terre nourrirait cent fois plus d'habi- 
tants qu'elle n'en nourrit ; supposant 
cette maxime le résultat d'un calcul 
mathématique, et faisant aujourd'hui 
le même calcul, on trouverait déjà, 
en moins de deux siècles, quelque 
chose comme un vingtième de dimi- 
nution , pour le globe entier , et 
beaucoup plus pour tous les pays 
civilisés, puisqu'il y en a, comme la 
France, qui ne peuvent déjà plus 
nourrir tous leurs habitants ; Cor- 
menin l'a prouvé. D'ailleurs Malthus, 
a fait là-dessus des calculs irréfuta- 
bles. Nous raisonnons pour toute la 
durée du genre humain qui peut être 
énorme, et qui parait n'être qu'à son 
début , au moins par appréciation 
géologique. Nous devons donc signaler 
cet inconvénient, d'autant plus qu'en 
ce qui concerne les contrées les plus 
civilisées il ouvre une perspective 
effrayante pour un temps prochain. 
Ce malheur ne tient à la faute de 
personne, il est inhérent à la consti- 
tution humaine depuis qu'il a été dit 
à la femme : Je multiplierai tes con- 
ceptions. (Gen. m, 16.) , 

« Tels sontles principauxvices que 
constate la science économique. 

3° Moyens. 

« Quels moyens propose-t-elle? 

« Contre le luxe nous n'en connais- 
sons pas d'autre que l'organisation 
même qui a été exposée (1), laquelle 
aurait pour résultat d'empêcher les 
trop grandes fortunes, et aussi une 
institution comme l'imagine M. Ott 
qui ferait connaître l'état de la pro- 
duction et de la consommation à des 
périodes rapprochées, montrerait à 
tous les tendances du travail, rappel- 
lerait sans cesse les yeux sur l'abîme où 
l'on court, pourrait ainsi faire réfléchir 

(I) Voyez écàhan-ge (égal). 



les conso mmateurs et les produc- 
teurs, et mettre le luxe en discrédit. 

a Contre l'imprévoyance sociale, 
nous ne voyons aussi qu'une institu- 
tion de ce genre, qui jouerait dans 
l'état, à titre d'avertissement conti- 
nuel, sans gêner la liberté de per- 
sonne, le rôle d'une comptabilité bien 
tenue dans une ferme vis à vis du 
directeur de l'exploitation (2). 

« Contre le troisième vice, nous ne 
pouvons concevoir qu'un esprit de 
charité qui déterminerait tous les 
citoyens à renoncer à une partie de 
leurs droits pour compenser perpé- 
tuellement, jusqu'à un degré raison- 
nable, les inégalités qui surgiraient. 

« M. Huet imagine une législation 
sur les héritages qui atteindrait ce but; 
d'après cette idée tout fruit du travail 
ne pourrait être hérité qu'une fois ; le 
producteur seul aurait droit de trans- 
mettre ce qu'il aurait produit, et tout 
ce qui aurait déjà passé par une autre 
main que celle de son producteur, 
serait déclaré appartenir à une caisse 
commune, laquelle servirait à doter 
les jeunes gens qui auraient besoin 
d'être dotés; la société leur donnerait 
ainsi l'instrument de travail. Ce com- 
munisme mitigé serait un attentat au 
droit de propriété qui implique le 
droit de transmettre, soit qu'il naisse 
immédiatement du travail, soit qu'il 
naisse du don, puisque le don absolu 
met le donataire dans tous les droits 
du donateur, et, par suite, du pro- 
ducteur lui-même ; mais, s'il était 
accepté bénévolement par une cité, 
il n'y aurait plus attentat puisque 
chacun ferait, par son consentement 
même, l'acte de charité consistant 
à abandonner à la caisse du patri- 
moine général ce qu'il aurait déjà 
hérité d'un autre. Une telle cité rap- 
pellerait la primitive Église, et ne 
serait que digne d'admiration. 

« Ce quinousparaîtévident, c'est la 
nécessité de quelque mesure de ce 
genre, librement acceptée par toits 
pour prévenir les trop grandes iné- 
galités, qui, malgré les autres moyens, 
pourraient encore résulter duperfec- 
tionnement industriel mis àprolîtpar 
les uns pour faire aux autres une con- 

(2) Voyez production. 



CON 



228 



CON 



currence écrasante, toute légitime et 
pure d'exploitation usuraire qu'elle 
pût être. 

« Contre le quatrième vice, nous 
ne voyons de proposé par la science 
que les assurances dont nous avons 
parlé (1), et pour ceux qui y échappe- 
raient encore, que l'assistance libre, 
particulière et publique, organisée et 
non organisée. Mais, dans tout état 
de cause, il faudrait, pour être sage, 
que la charité n'allât point jusqu'à 
garantir la paresse contre la souf- 
france; la punition devrait suivre la 
faute, comme le veut la justice na- 
turelle, sans quoi, la production gé- 
nérale en souffrirait et la société de- 
viendrait misérable. 

« Enfin, contre le dernier inconvé- 
nient , nous trouvons la science 
muette; car les moyens immoraux, 
qui reviennent à l'infanticide à tous 
les degrés, et que pratiquèrent officiel- 
lement un grand nombre de peuples 
en dehors du Christianisme, fonthor- 
reur.bien que des économistes aient 
eu l'audace, eu pleine civilisation 
moderne, de nous les proposer; et 
ceux qui consistent à appeler les des- 
tructions providentielles au secours de 
la société, sont en sens inverse de 
ses tendances raisonnables, qui sont 
et à la paix d'une part et à la santé 
de 1 autre. 



« II. Consultons maintenant le Chris- 
tianisme — Nous avons à peine 
besoin, aprèsnotre analyse, de faire 
remarquer l'harmonie de l'esprit évan- 
gélique avec la vraie science. 

« Touslesprincipes, quenousavons 
posés d'abord, reposent sur celui de 
la charité libre, et chacun sait que 
cette charité est la base de la morale 
chrétienne. C'est l'Église du Christ 
qui en a popularisé le devoir. 

« Quant aux vices que nous avons 
énumérés, ceux qui résultent d'excès 
dont l'homme ou la société sont res- 
ponsables, ne cessent d'être en butte 
depuis Moïse et Job, à toutes les apos- 
trophes et malédictions de la révéla- 
tion; on sait avec quelle fureur sainte 
retentit, l'anathème de la prophétie hé- 
breue.puis de Jésus, puis des apôtres, 

(1) Voy. production eUcHAitois (égal). 



puis des Pères de l'Eglise, puis des 
orateurs chrétiens, contre le luxe et 
les trop grandes richesses, contre les 
dépenses inutiles et l'absorption des 
biens parles forts, contre la folle pro- 
digalité d'une part et, d'autre part 
contre la dévorante avarice. 

Quant aux moyens proposés pour 
contrebalancer, autant que possible, 
les effets de ces vices, ils naissent de 
trois idées fondamentales : la justice 
en premier lieu, la sagesse prévoyante 
en second lieu, et, en troisième lieu 
la charité ; or ces trois vertus sociales 
ne sont-elles pas l'objet des prédica- 
tions incessantes de l'église catholi- 
que ? Ce qui regarde l'assistance du 
malheur naît aussi de la charité 
évangélique, et est spécialement en- 
seigne par toutes les exhortations à 
la pitié et à l'aumône: de quelque 
manière que l'assistance se fasse, dés 
qu'elle sort du contrat d'assurance 
et a pour base le don, elle est une au- 
mône; seulement le mode de cette 
aumône peut être plus ou moins di- 
gne, plus ou moins conforme à la 
fraternité humaine; et quand la so- 
ciété est assez vertueuse pour pren- 
dre des mesures qui se rapprochent 
de celles qu'employèrent entre eux 
les > premiers chrétiens, c'est alors 
qu'elle obéit le plus parfaitement aux 
instructions du Christ et aux désirs de 
son église. Cependant la doctrine 
chrétienne craint aussi l'oisiveté, 
comme la craint la science, et, tout 
en prêchant la pitié du malheur cou- 
pable, elle la flétrit de toutes ses 
forces en lui attribuant la hideuse 
maternité de tous les vices. 

« Reste Je cinquième inconvénient 
auquel la science ne propose que des 
remèdes insuffisants et de faibles pal- 
liatifs, tels que le moins de précocité 
dans les mariages. Or ici l'Eglise est 
en mesure ; et elle seule a trouvé le 
moyen ; elle répond au danger crois- 
sant d'une augmentation trop grande 
de la population, par l'honneur qu'elle 
attribue à la virginité et au célibat, 
ainsi que par ses règles de continence 
relatives à ceux qui se consacrent 
à son ministère. C'est le seul remède 
moral, saint, approuvé de Dieu ; le 
seul que puisse aussi approuver la 
science, bien qu'il n'entre pas dans 






ccw 



229 



CON 



sa mission de le proposer, car toute 
mesure humaine sur une telle ma- 
tière serait de l'oppression ; il n'y a 
que la puissance morale qui ait droit 
de pousser à de tels moyens, lesquels 
ne peuvent, par leur essence même, 
être mis en usage que par la liberté 
individuelle. Mais on conçoit que 
cette puissance morale de la religion 
parvienne à élever la virginité telle- 
ment en honneur qu'un assez grand 
nombre d'hommes et de femmes choi- 
sissent cet état, pour qu'il y ait com- 
pensation à l'augmentation excessive 
des populations. Aujourd'hui, la com- 
pensation est loin d'exister, mais 
aussi la terre est loin d'être pleine; 
et nous croyons qu'à l'avenir est ré- 
servée la gloire d'opposer ce remède 
d'une manière complètement efficace, 
aux calculs de Malthus. C'est ainsi 
que la société ne sera jamais obligée 
de périr par sa multiplication même : 
et l'Eglise aura le mérite exclusif de 
la sauver sous ce rapport. Oui, si la 
cité cosmopolite de la justice et de 
la fraternité se réalise jamais telle 
que le rêvent les cœurs généreux, 
elle verra, dans son sein, notre Eglise 
multiplier les vierges selon la pro- 
portion équivalente à ce que serait 
le trop plein. Nous savons qu'au- 
jourd'hui, la béte humaine, pour 
user du mot de Lacordaire , rugit 
encore à de telles prédictions; mais 
ce n'est pas une raison pour nous 
taire; et, de plus, elle ne nous fait 
pas peur. 

« L'homme de bonne foi avouera 
que, sur tous les points fondamen- 
taux de l'économie sociale, en ce qui 
concerne la consommation comme 
en ce qui concerne la production et 
l'échange (1), nous avons trouvé la 
doctrine chrétienne, non-seulement 
en harmonie avec la science, mais 
la précédant, et projetant sur le but 
que la science vise, depuis les temps 
les plus antiques, quelques rayons de 
son flambeau divin. » (harmonies de 

LA RAISON ET DE LA FOI. art. SOCIALES 

[sciences] p. 1561.) Le Nom. 

CONSORT, société ou confrérie du 
tiers-ordre de saint François, établie 

(1) Voy. ces mots. (1873). 



à Milan, et composée d'hommes et 
de femmes, pour le soulagement des 
pauvres. On lui avait coniié la distri- 
bution des aumônes; elle s'en acquitta 
avec tant de fidélité, que l'on recon- 
nut bientôt la faute que l'on avait 
faite en la privant de cette fonction 
délicate. Il fallut la médiation du 
pape Sixte IV pour l'engager à la re- 
prendre : preuve qu'elle n'y avait 
trouvé que des peines méritoires 
pour l'autre vie ; avantage que la piété 
solide peut aisément se procurer. Le 
débat le plus scandaleux qui pourrait 
survenir entre des chrétiens, serait 
celui qui aurait pourobjet l'économat 
du bien des pauvres ; mais ceux qui 
ont le courage de s'en charger, sont 
souvent accusés très-mal à propos. 
Bergier. 

COXSTANCE. Le concile général 
tenu dans cette ville, fut assemblé 
sur la fin d'octobre, l'an 1414, et dura 
jusqu'au mois d'avril 1418. Un des 
principaux objets de cette assemblée 
était de mettre fin au schisme, qui 
durait depuis l'an 1377, entre plu- 
sieurs prétendants à la papauté, et qui 
tous avaient des partisans. Il y en 
avait encore trois pour lors, savoir, 
Jean XXIII, qui avait convoqué la 
concile, Grégoire XII, et Benoit XIII; 
ces deux derniers avaient déjà été dé- 
posés au concile dePise,cinqansaupa.- 
ravant; ils le furent de nouveau à 
Constance : le concile déposa aussiJean 
XXIII, et élut à sa place Martin V, qui 
fut universellement reconnu. Les au- 
tres objets étaient de condamner les 
erreurs de Jean Hus et de Jérôme de 
Prague, qui étaient les mêmes que 
celles do Wiclef, et deréformer l'Eglise, 
tant dans son chef que dans ses mem- 
bres. 

Le décret de ce concile, publié dans 
la quatrième session, est remarqua- 
ble : il porte que le concile de Cons- 
tance, légitimement assemblé au nom 
du Saint-Esprit, faisant un concile 
général qui représente l'Eglise catho- 
lique militante, a reçu immédiatement 
de Jésus-Christ une puissance à la- 
quelle toute personne, de quelque 
état et dignité qu'elle soit, même pa- 
pale, est obligée d'obéir dans ce qui 
regarde la foi, l'extirpation du schis- 



CON 



230 



CON 



me et la réformation de l'Eglise dans 
son chef et dans ses membres. Il ne 
manque rien à cette décision pour 
avoir une pleine autorité, puisque 
Martin V, élu pape au mois de novem- 
bre 1417, donna, immédiatement 
après son élection, une bulle par la- 
quelle il veut que celui qui sera sus- 
pect dans la foi, jure qu'il reçoit tous 
les conciles généraux, et en particu- 
lier celui de Constance (1) représen- 
tant l'Eglise universelle, et que toutee 
qui a été approuvé et condamné par 
ce concile, soit approuvé et condamné 
par tous les fidèles. Par conséquent, 
ce pontife approuve et confirme lui- 
même ce qui avait été décidé dans la 
quatrième session : illit la même chose 
dans deux bulles contre les bussites, 
le 22 février 1418 ; et dans la dernière 
session du éoncile, il confirma encore 
expressément tout ce qui avait été fait 
en pleine assemblée, conciliariter. 

Ce même décret fut approuvé et 
confirmé de nouveau par le concile de 
Bàle, en 1431. C'est aussi la doctrine 
■à laquelle le clergé de France a tou- 
jours fait profession d'être attaché, 
notamment dans son assemblée de 
1682 (2). 

Dans la quinzième session, le con- 
cile condamna les erreurs de Wicîef 
et de Jean Hus, qu'il avait déjà pro- 
scrites dans la huitième. Comme Jean 
Sus ne voulut point se soumettre à 
cette condamnation, ni se rétracter, 
il fut déclaré hérétique, dégradé et 
livré au bras séculier qui lui fit subir 
le supplice du feu. Jérôme de Prague, 
son disciple, après s'être rétracté dans 
la dix-neuvième session, désavoua 
cette rétractation dans la vingt-uniè- 
me, soutint opiniâtrement ses erreurs, 
et eut le même sort que son maître. 
Le concile, dans la troisième, pro- 
nonça l'anathème contre ceux qui 
soutenaient que la communion sous 
une seule espèce était illégitime et 
abusive; c'était une des erreurs de 
Jean Hus. Dans la quinzième, il dé- 
clare hérétique, scandaleuse et sédi- 
tieuse la proposition de Jean Petit, 

(1) Voyez la note sur l'art. Coscile. Gocssit. 

(2) Cette doctrine de l'ancien Clergé de France 
est précisément le vieux Gallicanisme qui vient 
o être implicitement condamné par le concile dn 
Vatican. " i, E jf oah 



docteur -de Paris, qui, en 1408, avait 
soutenu publiquement qu'il est per- 
mis d'user de surprise, de trahison et 
de toutes sortes de moyens pour se 
défaire d'un tyran, et qu'on n'est pas 
obligé de lui garder la foi qu'on lui 
a promise. Dans les sessions, 40, 42 
et 43, on fit quelques décrets pour 
réformer les abus introduits dans la 
discipline. 

Plusieurs protestants et plusieurs 
incrédules ont accusé le concile de 
Constance d'avoir violé le droit natu- 
rel et les lois de la justice et de l'hu- 
manité, en livrant Jean Hus au bras 
séculier pour être puni du dernier 
supplice, malgré le sauf-conduit qui 
lui avait été donné par l'empereur; 
c'est une calomnie que nous réfute- 
rons au motllussiiEs. Bergier. 

CONSTANTIN. Nous ne devrions 
avoir rien à dire sur cet empereur ; 
mais les critiques modernes se sont 
appliqués à le noircir, afin de rendre 
suspecte sa conversion au Christia- 
nisme, et de décréditer les écrivains 
ecclésiastiques qui ont fait l'éloge de 
ses vertus. Dasnage leur a fourni les 
matériaux. Histoire de l'Eglise, toni. 
2, pag. 1077. Mosheim n'a été guère 
plus équitable. Ht'sfc christ., sac 4, 
pag. 9S2. Un théologien doit savoir à 
quoi s'en tenir sur le caractère de ce 
prince. 

I. Ou lui reproche les meurtres de 
Licinius son beau-frère, assassinémal- 
gré la foi des traités ; de Licinien son 
neveu, massacré à l'âge de douze ans ; 
deMaximicnsonbcau-père,égorgépar 
son ordre à Marseille; de son propre 
fils Crispus, prince de grande espé- 
rance, injustement mis à mort, après 
lui avoir vu gagner des batailles ; de 
l'impératrice Fausta son épouse, étou- 
fée dans un bain. On insiste sur la 
cruauté avec laquelle il fit dévorer 
par des bêtes féroces, dans les jeux 
du cirque, tous les chefs des Francs 
avec les prisonniers qu'il avoit faits 
dans une expédition sur le Rhin : on 
ajoute que tous ces crimes exécrables 
flétriront à jamais sa mémoire. 

S'ils étaient tous vrais, il serait éton- 
nant que Julien, qui ne ménage pas 
Constantin dans la Satire des Césars, 
n'en eût rien dit, pendant qu'il trai- 



CON 



231 



CON 



tait de monstres les deux compétiteurs 
Constantin; que Zozime, historien 
païen, très-indisposé eontrelui, ne lui 
eût pas reproché ces crimes; que Li- 
banais et Praxagore, autres païens 
zélés, eussent osé faire un éloge com- 
plet des vertus de Constantin, lors- 
qu'il n'existait plus, et que l'on pou- 
vait flétrir impunément sa mémoire. 
Mais les païens comtemporains ont 
été moins injustes que les philoso- 
phes du dis-huitième siècle; les pre- 
miers l'ont adoré comme on dieu après 
sa mort; les seconds veulent le faire 
détester comme nn scélérat. 

Pour juger Constantin sans partia- 
lité, il faut consulter Tillemont ; il 
n'a supprimé aucun des reproches 
qui ont été faits à ce prince : il y 
oppose non le témoignage des au- 
teurs chrétiens, mais celui des his- 
toriens païens, d'Anrélius Victor, 
cFEutrope, d'Ammien Marcellin, de 
Libanius, de Julien : la plupart ont 
écrit après la mort de Constantin, et 
après l'extinction de sa famille; ils 
n'avaient aucun intérêt de déguiser 
la vérité. 

Il est faux que Constantin ait fait as- 
sassiner Licinius malgré la foi des 
traités. Trois fois Licinius avait armé 
contre lui, avait été vaincu en ba- 
taille rangée, et avait été pardonné. 
Après avoir solennellement renoncé 
à l'empire, devenu simple particu- 
lier, il cabalait encore ; il violait donc . 
les traités, il ne fut donc pas mis à 
mort contre la foi des traités : la 
mort d'un sujet rebelle, ordonnée, 
par un empereur despote, après trois 
pardons accordés, ne fut jamais nn 
assassinat. 

Constantin n'est point l'auteur du 
meurtre du jeune Licinien, aucun écri- 
vain n'a osé l'en accuser; et il n'y en 
a aucune preuve. 

Maximien, son beau-père, avait 
attenté à sa vie, c'était d'ailleurs un 
monstre couvert de crimes; après 
avoir renoncé à l'empire, il voulait 
s'en emparer de nouveau et l'arra- 
cher à son gendre ; il fut réduit à 
s'égorger lui-même. Se défaire d'un 
compétiteur injuste, ou plutôt d'un 
assassin, pane prévenir de nouvelles 
guerres civiles, est-ce un crime? 

Nous avouons le meurtre injuste 



de Crïspus. Sa belle-mère Fausta 
l'accusait d'avoir attenté à sa pu- 
deur ; Constantin, trop crédule, eut 
tort de ne pas mieux vérifier ce 
crime prétendu; mais lorsque, per- 
suadé de l'innocence de son- fils, 
Constantin punit la calomnie de 
Fausta, nous soutenons qu'il fit un 
acte de justice. Aucun écrivain chré- 
tien n'a cherché à justifier ni à pallier 
le meurtre de Crispus. 

Quant à la cruauté exercée contre 
les chefs des Francs et contre les pri- 
sonniers, il faut se souvenir que de- 
puis longtemps la coutume des Ro- 
mains était de faire contre les Barba- 
res la guerre sans quartier ; qu'après 
la victoire remportée sur Maxence 
Constantin avait racheté à prix d'ar- 
gent la vie des prisonniers; qu'il avait 
placé dans l'Illyrie et dans la Thrace 
trois eent mille Sarmates, chassés de 
leur pays par d'autres Barbares ; ce 
n'était donc pas un monstre altéré de 
sang humain. Ses prédécesseurs 
avaient, pendant trois cents ans, fait 
dévorer par les bêtes, dans le cirque, 
les chrétiens qui n'étaient ni des 
Francs, ni des Sarmates, mais des Ro- 
mains ; et les censeurs de Constantin 
Font trouvé bon. 

IL Ses accusateurs ont cherché à 
rendre suspects les motifs et les cau- 
ses de saconversion an Christianisme; 
les uns ont dit, sur la foi de Zozime, 
historien païen très-prévenu contre 
ce prince, qu'il se fit chrétien, parce 
que les pontifes du paganisme l'assu- 
rèrent que leur religion n'avait point 
d'expiation assez puissante pour ex- 
pier les crimes qu'il avait commis. 
Cette absurdité est assez réfutée par 
les éloges que lui ont prodigués d'au- 
tres auteurs païens, et par le culte 
idolâtre qui lui a été rendu par les 
païens après sa mort. Eutrope, 1. 40. 
D'autres empereurs, plus coupables 
que lui, n'avaient pas cru avoir be- 
soin d'expiation, et l'on sait d'ailleurs 
si Iespontifes du paganisme étaient des 
censeurs fort rigides à l'égard des em- 
pereurs. Les autres disent que Cons- 
tantin se fit chrétien par politique, 
parcequ'ilvit queles chrétiens étaient 
déjà nombreux et puissants, qu'il pou- 
vait compter sur leur fidélité, que leur- 
religion était plus capable que le pa- 



CON 232 

gauisme de contenir les peuples dans 
l'obéissance. Soit pour un moment. 
Il eu résulte déjà que Constantin fut 
plus sage et meilleur politique que ses 
prédécesseurs, qu'il rendit au Chris- 
tianisme plus de justice que ne lui en 
rendent les incrédules, et que par l'é- 
vénement il ne fut pas trompé, puis- 
que sonrègnefut paisible et heureux. 
Mais les motifs de politique ne déro- 
gent en rien aux preuves que ce prince 
put acquérir d'ailleurs de la divinité 
du Christianisme. 

Constantin a raconté lui-même, qu'a- 
vant de livrer bataille à son compéti- 
teur Maxence, il avait vu, après midi, 
dans le ciel et au-dessus du soleil, une 
croix lumineuse avec ces mots : Sois 
vainqueur par cesigne ; que les soldats 
qui l'accompagnaient en avaient été 
témoins. Il ajoutait que la nuit sui- 
vante Jésus-Christ lui était apparu, et 
lui avait ordonné de faire une ensei- 
gne militaire, ornée du signe qu'il 
avait vu. Constantin la fit exécuter en 
effet ; c'est ce qui fut nommé le laba- 
rum. Après sa victoire, ce prince ût 
placer à Rome sa statue, tenant à la 
main une lance en forme de croix, 
avec cette inscription : Par la vertu de 
cesigne, j'ai délivré votre ville du joug 
de la tyrannie, etc. Eusèbe, dans la 
Viede Constantin, liv. 4, c. 28 et suiv., 
assure qu'il tenait ce fait de la propre 
bouche de cet empereur, qui le lui 
avait attesté avec serment, et dit qu'il 
avait vu plus d'une fois le labarum. Il 
en parle encore dans le panégyrique 
de ce prince, prononcé en sa présence, 
la trentième année de son règne, ou 
l'an 333. Orat. de laud. Constant., c. 
6 et 9. Constantin lui-même semble y 
faire allusion dans son discours à l'as- 
semblée des saints. Orat. ad Sanct. 
cœtum, c. 26, lorsqu'il dit que ses ex- 
ploits militaires ont commencé par 
une inspiration de Dieu. 

Lactance, auteur contemporain, 
Lib. de Mort, persec, c. 44, dit seule- 
ment que Constantin fut averti en songe 
de faire graver sur les boucliers de 
ses soldats le signe céleste de Dieu, 
avant de commencer le combat, et 
qu'il ht en effet marquer sur les bou- 
cliers le signe de Jésus-Christ. Socrate, 
Sozomène, Philostorge, Théodoret, 
Optatianus, Porphyre, dans unpoëme 



CON 



à la louange de Constantin, deux ora- 
teurs païens dans les panégyriques 
de ce prince, le poète Prudence et 
d'autres, conflrmentlanarrationd'Eu- 
sèbe. 

Jusqu'au seizième siècle, aucun 
écrivain ne l'avait attaquée ; mais, 
comme les protestants ont vu qu'elle 
pouvait servir à autoriser le culte de 
la croix, plusieurs d'entre eux ont en- 
trepris de lui ôter toute croyance. Ils 
ont dit que tous les témoignages que 
l'on produit en faveur de ce miracle, 
se réduisent, dans le fond, à celui de 
Constantin; que ce fut, de sa part, une 
ruse militaire pour animer ses soldats 
au combat. Chaussepié, dans le Sup- 
plément au Dictionnaire de Bayle, a ras- 
semblé toutes les objections et les con- 
jectures de ces critiques. Mosheim a 
fait de même. Hist. Christ, ssec. 4, p. 
978. Les incrédules modernes en ont 
triomphé, et l'on n'a pas manqué de 
mettre un long extrait de cette disser- 
tation dans l'ancienne Encyclopédie, 
au mot vision de Constantin. 

En 1774, M. l'abbé Duvoisin leur a 
opposé une dissertation plus exacte et 
plus solide ; il a rapporté les preuves 
et les témoignages que nous venons 
d'indiquer, il en a fait sentir la force, 
et a répondu à toutes les objections ; 
l'on peut consulter cet ouvrage. On 
y verra, dans tout son jour, la témé- 
rité avec laquelle les protestants ont 
travaillé à jeter du doute sur les faits 
de l'Histoire ecclésiastique, qui parais- 
sent les mieux constatés, et les armes 
qu'ils ont fournies aux incrédules pour 
attaquer tous les faits favorables au 
Christianisme. 

Nous nous bornons à remarquer que 
l'on suspecte, sans aucune raison, la 
probité de Constantin. l°A-t-on prouvé 
queDieun'apas pu ou n'a pas dû faire 
un miracle pour convertir cet empe- 
reur, et pour préparer ainsi le triom- 
phe du Christianisme? 2° Il fiut sup- 
poser que tous les soldats de son ar- 
mée étaient chrétiens, ce qui ne peut 
pas être, puisque alors ce prince n'avait 
pas encore professé la religion chré- 
tienne ; des soldats païens ne pou- 
vaient avoir aucun respect ni aucune 
confiance au nom ni au signe de Jésus- 
Christ ; il élait à craindre au con- 
traire que ce signe, détesté par les 



CON 



païens, ne les fit déserter et passer du 
côté de Maxence. 3° Après la victoire 
une fois remportée sur Maxence, quel 
intérêt pouvait avoir Constantin à faire 
attester par ses enseignes, par sa sta- 
tue et par d'autres monuments, 1 im- 
posture qu'il avait forgée pour inspi- 
rer du courage à ses soldats? 4° 11 en 
avait encore moins à répéter cette fa- 
ble à Eusèbe douze ou quinze ans 
après, à l'attester par serment, à dire 
que le prodige avait été vu par les 
soldats qui l'accompagnaient pour 
lors. Si cela n'était pas vrai, les païens, 
surtout les soldats, ont dû se moquer 
de la fourberie de l'empereur et de 
ses prétendus monuments, et s'obsti- 
ner davantage dans la profession du 
paganisme. D'un côté, l'on attribue à 
ce prince une politique très-rusée, de 
l'autre une imprudence inconcevable. 
5° La vision de Constantin n'est pas , 
dans le fond, une preuve fort néces- 
saire au Christianisme ; il peut aisé- 
ment s'en passer ; nous ne voyons pas 
que ceux qui la rapportent en tirent 
aucune conséquence ni aucun avan- 
tage. Ils ont donc eu moins d'intérêt 
^l'accréditer, que les protestants et les 
incrédules n'en ont à la suspecter. 
Voyez encore Vies des Pérès etdes Mar- 
tyrs, t. 8, p. 488 et suiv. 

III. Les accusateurs modernes de 
Constantin lui refusent la qualité de 
sage législateur, parce qu'il accorda 
des immunités aux clercs, et donna 
lieu d'en augmenter le nombre ; parce 
qu'il donna aux évoques de grands 
privilèges, en particulier celui d'af- 
franchir les esclaves ; parce qu'il fa- 
vorisa le célibat, en abolissant la loi 
Papia Poppœa, qui privait les céliba- 
taires des successions collatérales. 

Quand Constantin aurait eu tort en 
tout cela, ce qui n'est pas, aurait-il dé- 
truit par là le bien qu'ont dû produire 
plus de quarante lois fort sages, qu'il 
a faites sur divers objets de police? 
Elles sont dans le Code Théodosien ; 
Tillemont les a rapportées; mais, par 
un trait d'équité exemplaire, nos cri- 
tiques les passent sous silence : il se- 
rait trop long d'en faire le détail et 
d'en montrerles heureuxeffets. Voyez 
le Traité de la vraie religion, tom, 1 1 , 
c. 10. art, 1, § 9. 
Mais Constantin était meilleur poli- 



233 CON 

tique que ceux qui osent le blâmer. Il 
accorda aux médecins et aux profes- 
seurs de belles-lettres les mêmes im- 
munités qu'aux clercs; nous espérons 
qu'on ne lui en saura pas mauvais 
gré ; mais, loin d'augmenter le nom- 
bre des clercs, il ordonna que l'on ne 
ferait point de clercs qu'à la place de 
ceux qui seraient morts et que l'on 
préférerait ceux qui n'étaient pas ri- 
ches. Sous la république romaine , 
les Pontifes avaient eu déplus grands 
privilèges que n'en eurent jamais les 
évèques; on ne conçoitpas comment 
des philosophes osent faire un crime 
à cet empereur d'avoir facilité l'af- 
franchissement des esclaves, lorsque 
l'empire était dépeuplé par les guer- 
res civiles et étrangères qui avaient 
précédé. C'est pour le repeupler qu'il 
accorda des terres à trois cent mille 
Sarmates, chassés de leur pays par 
d'autres Barbares. La loi Papia Pop- 
pwa était injuste et absurde, parce 
qu'elle punissait les innocents aussi 
bien que les coupables ; elle n'avait 
produit d'ailleurs aucun effet; il est 
faux, qu'après son abolition, le céle- 
bat soit devenu plus commun qu'il 
n'était auparavant. 

Enfin, l'on a écrit et répété que 
Constantin employa la violence et les 
supplices pour exterminer le paga- 
nisrne.etmettre la religion chrétienne 
à sa place; c'est une calomni